Accueil | Connexion
kochka37 - 1855378
Ignorer les liens de navigation.
Blog   Tous ses forums


Forums \ Plaisir d'écrire

HETRE OU NE PAS HETRE


« Tu en as de la chance, d’avoir fait un si beau voyage. »
Le magnifique et séculaire cèdre du Liban secoue royalement sa chevelure rouge et lève ses branches au ciel avec une expression nostalgique. Son destin ne lui semble pas si enviable quand il songe au paradis lumineux que la guerre a dévasté :
« Je m’en serais bien passé, dans mon pays, le climat est doux et le soleil brille. Ici, on ne le voit que la moitié de l’année. »
Il frissonne dans un sourd bruit de feuillage, laissant tomber d’un seul coup une bonne vingtaine de ses petits ornements multicolores d’automne. Le ginkgo biloba regrette lui aussi cet orient lointain et mystérieux dont vinrent ses ancêtres il y a si longtemps déjà :
« Le reste du temps, il se cache derrière les nuages comme s’il avait honte d’être aussi pâle ou bien souvent, il ne se lève même pas. »
Le paresseux ; quand on a une place aussi importante dans l’univers que celle de soleil, la moindre des politesses envers ceux qui implorent la chaleur de vos rayons serait d’être un peu plus présent. Le vieux chêne royal y va de sa tirade moralisatrice :
« Je veux bien comprendre que, comme tout le monde, le roi des astres a besoin de jours de repos et je veux bien reconnaître à son actif qu’il les prend, le plus souvent, hors des périodes estivales mais tout de même, quand on a de telles responsabilités. »
Bref, en ce gris matin d’automne, l’atmosphère est à la contestation dans le petit par et les belles couleurs de l’humide saison ne parviennent pas à donner un peu de gaité à ce petit groupe de massifs et vénérables vieillards dont le cadet a poussé ses premières racine il y a plus d’un siècle. Certains vont même jusqu’à qualifier irrespectueusement le préhistorique Ginkgo de fossile vivant mais celui-ci préfère de plus poétiques appellations :
« Les chinois me surnomment yinxing, abricot d’argent et d’autres, l’arbre aux mille écus, à cause de cette forme particulière de mes feuilles. »
L’antique relique aime à jouer les midinettes. Il est vrai qu’ayant dans sa prime jeunesse, fréquenté les mastodontes dinosaures, il peut considérer son imposante silhouette sans trop de complexes. Le coquet survivant d’une famille disparue aime attirer les regards et ne se prive pas de disposer à ses pieds un étincelant tapis de pièces jaunes :
« Ce n’est pas la modestie qui l’étouffe. »
L’aulne, solide et vaillant, n’accorde de valeur qu’aux viriles qualités d’âmes qui font les guerriers et il n’est pas peu fier de ses formes élancées et martiales. Il considère la plus part de ses collègues avec un hautain mépris condescendant :
« On construit des maisons avec ma ferme chair tandis que d’autres sont tout juste bons à devenir des commodes exotiques. »
Le chêne est un des rares dont la force placide mérite son respect ; en dépit des dire d’un imaginatif fabuliste qui voulait le faire plier devant un roseau pour le seul bénéfice d’une rime mondaine. Le roi des arbres, indifférent à ces stériles commérages, sème méticuleusement ses glands féconds aux alentours :
« J’ai déjà fait tant de petits-enfants qu’ils suffiraient à peupler une forêt si les bucherons ne s’acharnaient pas avec tant de constance sur ma robuste famille. »
C’est ainsi, qu’avec un peu de respect pour sa générosité illimitée, les ingrats humains seraient à l’abri des rigueurs des plus rudes saisons pour une éternité douillette. Il n’en tire pas peu de secrète vanité bien qu’il essaie de rester simple et paraître modeste avec cette noblesse qui sied aux arbres de haute extraction :
« Triste destinée ; tant de temps et d’efforts pour atteindre une taille aussi respectable pour terminer ainsi dans les flammes en quelques soirs. »
Ginkgo se sent soudain du vague à l’âme. Les questions existentielles, même chez les arbres, ça ne rend jamais gai. On a beau être un puissant végétal, on n’est pas pour ça de bois et la nostalgie prend le plus fort être des hêtres, l’angoisse le saisit à la gorge, l’étouffe d’une pernicieuse douleur dont il ne peut même pas comprendre la profonde origine. C’est parfois en ces instants moroses que naissent les grands projets :
« Comme ça plairait de faire un beau voyage. Ça fait si longtemps que j’ai envie de visiter la terre de mes ancêtres. »
L’if a déjà naturellement des formes torturées mais quand il se tord de rire, le résultat est digne de figurer dans la plus délirante exposition d’art contemporain :
« Mon pauvre ami, notre seule façon de voyager, c’est hélas en planches quand on devient le pont ou la coque des navires qui parcourent le monde. »
Certains ont parfois de plus tristes et souterraines destinations. L’un des frères de notre chêne magnifique en a fait la triste expérience :
« Lui qui me snobait dans mon jardin urbain parce qu’il s’était établi dans la forêt cossue d’un riche domaine, il a fini comme un vulgaire sapin d’élevage. »
La seule différence étant la qualité du velours des coussins et l’état de fortune de la famille de feu le contenu, ce qui est six pieds sous terre, on le reconnaitra, une bien maigre compensation. Bref, le destin des malheureux est irrémédiablement sédentaire ou alors fatal depuis la nuit des temps et le voyage de Ginkgo dans ces conditions semble compromis avec les moyens propres que lui a fourni dame Nature :
« Pourtant, tu n’es pas né ici et tu n’es pas fait de planches. »
Le cèdre du Liban a un instant de mélancolie. Une larme de sève glisse sur son écorce quand il pense à l’évènement tragique de son enfance :
« J’aurais pourtant bien voulu rester chez moi auprès de mes parents. »
Il n’était encore qu’un arbrisseau lorsqu’on est venu le chercher, qu’on l’a retiré de son nid douillet de chaude terre sablonneuse. On l’avait enfermé dans une caisse hermétique avec à peine assez d’eau pour surv

Dernière participation le
vendredi 25 janvier 2008
11:11

2 Contributions

Ajouter à vos favoris

Répondre

Forums \ Plaisir de lire

une maison d'édition associative


http://41rex.skyrock.com

Les éditions REX n'ont pas pour vocation de concurrencer les maisons d'éditions classiques mais de servir de relais en leur offrant, comme aux auteurs, une présentation plus attractive des manuscrits, recueils, photos, dessins etc....
Et ceci dans plusieurs pays du monde

Les éditions Rex créent des « collectors » illustrés à l'ancienne pour faire connaître des auteurs parallèlement à la production et la diffusion plus large de grandes maisons d'éditions.


Une seule adresse :


Editions REX
Murielle Comes
20 rue nationale
41320 Châtres sur cher

Mail : Murielle.COMES@tele2.fr

Site internet : http://41rex.skyblog.com

Dernière participation le
vendredi 25 janvier 2008
10:14

1 Contributions

Ajouter à vos favoris

Répondre

    

Blog mis à jour le 05/12/2008 à 17:40:40



Traitement en cours...

Créé et hébergé par Capit