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Chapitre 19 : Vulnerant Omnes, Ultima Necat. Morales avait eu ce qu’elle voulait. Si par hasard ce mec n’était pas clair, il était désormais déstabilisé. Un chef sait dès sa naissance qu’à partir du moment où un suspect quel qu’il soit s’imagine être surveillé, c’est à ce moment là qu’il commence à multiplier les erreurs. Et pour le cas où Morales n’aurait rien à se reprocher, ses yeux bouffis et ses ongles noirs rejoindraient tranquillement le placard doré des précipices. Après presque une semaine à camper au même endroit sur la rive de la Seyne, je fus dérangé lors de la préparation de mon repas par un bruit de moteur. Une vedette qui avait du servir pour le tourisme se dirigeait à grande vitesse vers la berge. J’attendis patiemment, les bras croisés, afin qu’aucune méprise ne soit faite quant à mes intentions. Au dernier moment, le bateau vira et ralentit ; un homme à l’intérieur me héla, tandis que deux autres me tenaient en joue : « Hé, mon gars, je suis sûr que tu vas sacrifier un peu de ta personne pour aider le Gouverneur ! – les deux autres ricanèrent. - Parfaitement. Je vous attendais d’ailleurs. Depuis une semaine. Vous êtes pas très efficaces les mecs. Alors grouillez vous de me m’amener chez le Gouverneur, et me faites pas chi.er parce que je serai bientôt votre nouveau chef ! » Pour le coup, les trois guignols ne rigolèrent plus du tout. Le pilote de la vedette leur fit signe et ils descendirent pour me cueillir. Le larbin non armé m’attrapa rudement le poignet en m’injectant de me tenir tranquille. En réponse, ma main emprisonnée lui attrapa l’avant bras et je lui fis une clef ; un genou à terre, il n’eut pas le temps de protester : je lui assénais deux violents coups de genou dans les côtes et le laissai s’affaler au sol. Les deux autres relevèrent alors leurs fusils en ma direction, manifestement paniqués et ne sachant que faire, jetant frénétiquement des regards affolés entre leur chef et son bourreau. Sans même y prêter attention, je me dirigeais vers l’embarcation en lançant un « Bon, assez perdu de temps ; et au cas où vous l’auriez pas compris : » Allez vous faire voir ! ». Le pilote, qui n’était pas descendu, ne semblait pas craintif, tout juste étonné. Il attendit que les deux porte-flingue soient montés pour repartir, abandonnant sur le rivage la loque aux gros muscles, se relevant à peine. La vedette accosta peu de temps après sur un ponton l’île du Gouverneur autrefois Ile St Maurice, le QG de Charles. Le conducteur se retourna vers moi. Il portait à la ceinture un gros revolver, et je compris rapidement que c’était lui qui commandait, et pas la grande gueule. « Ton petit jeu c’était marrant, maintenant tu pose tes flingues, tu sors et tu joues pas au c.on. Tu me suis, et si tu dévies d’un demi mètre, tu serviras à nourrir les pommiers du gouverneur ! » J’emboîtais donc son pas, et, après trois postes de garde bien contenus, j’arrivais devant le palais du gouverneur, bien entouré d’une triple rangée de barbelés. Mon guide me mena rapidement à la salle principale, où une cour des miracles se pressait autour du trône sur lequel siégeait Charles, entouré de ses lieutenants les plus directs. Versailles. Le roi soleil en question avait l’air de s’ennuyer mortellement , quel adjectif approprié , devant un pauvre erre en train de mendier une grâce quelconque. Sans même le regarder, le pilote de la vedette le dépassa et alla murmurer quelque chose à l’oreille de Charles. Ses yeux s’éveillèrent et me détaillèrent. Il fit signe au serf de se taire et me dit d’approcher. « Alors, il parait que tu veux me servir… C’est courageux. Mais on me dit également que tu as des tripes. Très bien. Montre le : bute le ! » Les yeux du paysan brillèrent de peur, alors qu’un garde me faisait passer un Luger. Le test vieux comme le monde. Le flingue n’était pas chargé, et si je cherchais à tuer Charles, je me ferais transpercer de toutes part. Sans hésiter, je visais le mendiant en pleurs et pressais la détente. Son crâne explosa, soulevant le dégoût de la foule proche et largement arrosée. Merdre ! Le flingue ETAIT chargé ! Ce c.on aussi avait lu Hombre ! Charles rit des protestations de la foule et me félicita : au vu de mon hésitation, j’étais la personne avec le moins d’état d’âme qu’il lui avait été donné de voir ! Je n’eus pas le temps de me mortifier pour ce meurtre perpétré de sang froid, car Charles m’annonçait que la véritable épreuve commençait, en même temps qu’on me reprenait le flingue. J’allais devoir battre Mitron en combat singulier. Ce nom évoquait en moi une image de boutonneux à lunettes, mais la masse de deux mètres qui écarta la foule, au contraire, avait du abuser du Jet, un anabolisant que beaucoup utilisaient pour se droguer, pour arriver à une telle carrure. J’eus un moment de panique, et je reculais un peu. Mon adversaire arriva au niveau du cadavre, et lui marcha dessus. Son pied entra dans la cage thoracique du mort comme dans du beurre. Sans être particulièrement chétif, j’allais me faire rétamer ! Il me fallait une idée. Je fis le tour de la pièce du regard sans trouver d’objet à miracle. Puis je me résignais, je n’avais pas le choix. Alors que la brute se rapprochait, je me mis à courir dans sa direction, en hurlant, pour me donner du courage. En fait, pas tout à fait dans sa direction, je passais à un mètre à côté de lui, me dirigeant vers l’estrade d’où Charles présidait. A pleine vitesse, je chargeais un lieutenant et l’emportais vers le mur derrière lui. Au dernier moment, je me décalais un peu sur la gauche tout en lui tenant le bras. Emporté par la vitesse, il heurta violement le mur, tandis que je passais l’embrasure d’une porte à côté. Son membre résista à peine à l’énergie cinétique en jeu, et, dans un craquement sinistre suivi d’un hurlement glauque, me resta dans les mains. Je revins immédiatement dans la salle, puis, d’un coup de coude sur la nuque du bougre plié par la douleur, suivi de deux coups de pieds dans la face, j’achevais le malheureux. Je me penchais et ramassais le flingue à sa ceinture, objet de ma convoitise, et braquais le géant qui, éberlué, m’avait regardé l’éviter sans comprendre. « Ok, ok, c’est bon, t’as gagné tire pas » bégaya-t-il, comprenant que c’était son dernier combat. Malheureusement, furieux d’avoir descendu un ‘’innocent’’, un seul des hommes du Gouverneur ne me suffisait pas pour apaiser mon âme. Cette petite mise au point lui mit du plomb dans la cervelle. Enfin, nonchalant, me sachant braqué par quatre gardes, je me dirigeais vers le maître des lieux, libérant le chargeur, actionnant deux fois de suite la glissière pour vider le canon, et tendant finalement le flingue à Charles. « Tu diras à la femme de ménage que je suis désolé ; si tu savais pas quoi faire de moi, je peux remplacer le manchot. Son mal de crâne lui a été fatal. » Charles attendit une seconde et éclata de rire. « On ne m’avait pas menti : tu es aussi gonflé en actes qu’en paroles. Bienvenue parmi nous, et repose toi, ce soir tu auras deux veuves à consoler ! » La société idéale que Charles essayait de construire était très simple. La hiérarchie se composait du monde extérieur, des paysans enfermés dans le sud du confluent, des soldats, des chefs de vedettes, de ses principaux lieutenants, et enfin de lui, tout en haut de la chaine alimentaire. Le quartier était divisée en deux : au nord l’Ile avec des soldats et supérieurs, au sud,sur la rice gauche de la Marne là où originellement s’étendaient de vastes jardins, une soixantaine de paysans cultivaient diverses denrées en échange de leur vie sauve, le tout relier par un pont en bois Et tout autour, des gardes patrouillaient sur les quais et empêchaient tous ceux qui n’avaient rien à y faire de s’approcher des vedettes. Quant à la propriété, il suffisait de tuer quelqu'un pour s’approprier ses possessions, dont les femmes, sauf si l’on était condamné à mort suite à l’affrontement. Par extension, tout appartenait au Gouverneur. Les rares femmes à être libres avaient tué plus d’hommes que moi dans toute ma vie et n’engageaient pas à la conversation. La situation n’était pas aussi simple que prévue. Même si j’étais un conseiller direct de Charles, position renforcée par quelques joyeux massacres perpétrés sur la côte, je n’avais pas accès aux vedettes sans raison. Et s’il l’on me mandatait pour quelque mission, j’avais toujours pour escorte trois ou quatre larbins crétins mais fidèles au pouvoir et à leurs avantages acquis. Sans compter que seuls les pilotes avaient le droit de toucher aux bateaux. Il était sans doute possible d’acheter tout ce monde, mais je n’étais dans la place que depuis trop peu de temps, et les différentes castes ne se fréquentaient que rarement en dehors du travail. Bref, il allait falloir bien jouer. Fin chapitre 19.
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Sans doute trop crâne ! Sans doute trop belle ! Trop altière voyez-vous ce qui l'a perdue, Lorsque on est désirée bien des âmes se rebellent... L’hominien est ainsi. Tantôt ils s'entretuent. A quel point les hommes voulaient la posséder, Devenir leur captive soumise et domptée, Ils furent si abondants... jamais elle cédait, Plénipotentiaire, reître, lui en ont tant conté... Lettres parfumées, agressives parfois, Duperies ou intimidations ne la faisaient bouger, Son aristocratie majestueuse donnait je ne sais quoi, Faisaient d’eux des don juan, existant le danger. La châtelaine trop hautaine, restait de pierre. Se coalisant ils décidèrent de passer à l’assaut, De leurs corps s'accrochant comme du lierre, Ils grimpèrent la belle voyant cela de haut. La casser, la ravager, demeurant plus que ça De ces forcenés altérés d’aigreur inutile, Les sagaies lancées la poussèrent à bas, Les démons de leurs âmes la rendirent si fragile. Les violences affluaient si dur que plus rien n'y fit, Chavirant dans le fatras toujours aussi belle , Orgueilleuse qu’ elle était , trop peu sûr son défi, Restant qu’escarbille et plus de... citadelle.
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Je suis passant au front moissonné de silence, La sagesse enroulée autour de mes poignet, Sur mon front de givre, une étoile balance, Entre le vrai, le bien et tourne les feuillets. O livre universel, guide mes pas de sable, Menacés par la vague enivrante des cœurs, Car je n'ai qu'un chemin, dans ma quête inlassable, Il part du sein du divin vers des halos vainqueurs. Je suis marin d'où s'en vont les mouettes, Pour braver l'ouragan des verbes égarés, Je carde les vents fous, cheveux des girouettes, Attendant le retour des bateaux torturés. Ces conquérants des mers se jouant des naufrages, Comme l'homme indécis, observaient mon fuseau, Qui réveille le phare et gagne les suffrages, " Penser avant d'agir " doit encrer votre sceau ! Je suis le guide aux yeux que le firmament cherche, Par désir de justice et de discernement, Offrant à vos esprits vigilants sous ma perche, Lorsque la nébuleuse apaise le tourment. Montreur d'oasis où conduire vos âmes, Mon langage d'eau rare aux portes du désert, S'écarte des rochers envahis par les drames, Je m'appelle Raison et mon flambeau vous sert.
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Appuyé sur le coté du comptoir cuivrée, Où rutile le bout discordant d’une fiasque opale, La cerne apoplectique d’un chibouk enfumé, Enflamme un tison d’ivresse dans un rire carnaval. Chancelant, maladroit, silhouette hagard, Triste sir de l’obscurité aux halos démoniaques, La glace du décor réfléchi à tout hasard, Un portrait fané et de burlesques masques. Récitant, interloqué, des vers hermétiques, Riant des quolibets et des regards équivoques, Il affronte, farouche, les feux de la critique, Risquant sa prose pour une tournée de bocks. Se cramponnant, marin, au bord de l’ivresse, Chants de table en larges tumultueux, Bafouant le peuple et compères de son espèce, Un définitif salut en de propos fumeux. Méprisant, en maître bacchant, les hospitaliers, Dans un bruit de sièges, il marche barbare, Et zigzagant vers ses égaux une vue aviné, Il récite en éructant un poème au bar. Le mikado des bars, paladin du picrate, Chantre pochard damné des artisans du sérail, J’estime ce libertaire, adversaire de l’eau plate, Parce qu’il est mon pote, un auteur de rimailles.
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Chapitre 24 : In fine. Une jolie brise tiède de sud-ouest l’emportait doucement vers l’horizon. La terre au loin ne fut bientôt plus qu’un mince filet brunâtre où stationnaient les nuages. Nous étions en octobre ; ça allait bientôt être mon troisième noël dans les terres de nul part. Quatre mois avaient passés depuis cet épisode où je m’étais enfin décidé à m’écouter, à faire ce que je voulais plutôt que ce qui semblait le plus sûr : rester avec les plus forts pour être sur de survivre, se cacher derrière un fusil pour éviter la mort, la peur, la tristesse. On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va. Les enfants, quand ils savent qu’ils vont entendre quelque chose qui ne leur plait pas, se bouchent les oreilles et parlent fort, ils refusent d’entendre, et même si ce bouclier ne les protège pas réellement, il leur sert d’alibi. J’avais si longtemps fait pareil. Mais maintenant, je savais que c’était ma vie : j’avais eu des moments de joie, et des moments de peine, mais il est nécessaire de vivre ces derniers ; on peut refuser de traverser, mais on est alors bloqué sur une rive. La tristesse et le désespoir ne sont pas nécessairement agréables à vivre, mais une fois le deuil fait, on peut à nouveau vivre des moments agréables. On finit toujours par oublier, mais pas ce qu’on refuse d’affronter. On peut tricher, couper à travers bois, mais avec la vie ça ne marche pas : jouez aux échecs contre vous-même, et vous saurez ce que l’adversaire projette. C’est exactement pareil. Vous pouvez faire semblant de ne pas avoir de remords et vous duperez certainement des gens, mais il y aura toujours une personne qui aura conscience de la duperie… Je n’étais pas resté dans le village que nous avions défendu. Quand j’étais retourné voir Carine et Danton, ils étaient sur le point de partir, avec une petite caravane. Ils allaient vers la Bretagne. Carine me dit que Louis, son futur fils, elle en était persuadée, vivrait sous un ciel plus clément et serait heureux lui aussi : il vivrait longtemps et aurait de nombreux amis… J’étais donc parti, je m’étais éloigné de ces lieux lourds de sens pour moi. La ceinture interdite autour de l’ancien Paris se réduisait de plus en plus : les groupes armés tels que le Phoenix ou d’autres troupes de mercenaires allaient régulièrement à la chasse pour en éliminer la vermine. Rien de plus facile pour un petit chef de guerre que de clamer sa supériorité en ayant abattu plus de goules que ses congénères. Il y avait deux mille ans on faisait de même avec les tribus d’agriculteurs ‘’barbares’’, puis avec les esclaves africains, puis plus tard avec les chevreuils ou autres canards, massacrés par des crétins avinés heureux de faire du sport en communion avec la nature. De nombreux petits villages se créaient donc dans ces territoires nouvellement libérés, qui avaient le double avantage d’être proche des terres libres de bâtiments donc cultivables et plutôt éloignées des gangs de junkies hantant le centre ville. C’était dans un de ces petits villages que je m’étais installé. Je leur avais demandé s’ils avaient besoin d’un conseiller technique (vous savez, comme au Vietnam, les milliers de conseillers techniques américains avec une M-60 dans les mains). Je ne sais pas s’ils m’avaient compris mais ils m’avaient chargé de débarrasser un champ de gros rats-cochons qui effrayaient la population. Un rat mutant, c’est comme un rat : ça n’aime pas le plomb, et ce travail était dans mes cordes. J’étais ensuite resté et je m’étais de plus en plus investi dans l’agriculture, délaissant complètement armes et armures. N’étant pas du village, les enfants venaient souvent, voulaient que je leur raconte des histoire de ‘’la ville’’. Je distillais un peu, enjolivais, mais me laissais souvent aller dans mes rêveries à raconter tous les petits détails insignifiants qui avaient fait ma vie à cette époque. J’étais déjà vieux et je radotais comme un grand-père ; les gamins aimaient ça. Les parents un peu moins, ils demandèrent à leur progéniture d’espacer leurs visites. On me donna une case un peu en retrait, histoire de pouvoir mieux défendre le village au cas où. Je ne voyais pas trop le coté stratégique de la chose, mais bon. J’eus une relation rapide avec une fille du village, mais au bout de quelques jours elle ne reparut pas. Le lendemain, un peu inquiet, j’allais chez ses parents. Son père, visiblement nerveux et sur ses gardes, la fourche à portée de main, ne me laissa pas entrer. Sa fille était occupée et les lois du village faisaient qu’elle allait se marier avec un autre. On me donna aussi une parcelle, et on m’indiqua qu’elle avait besoin de soin, que je n’avais donc plus besoin d’aider les autres dans leurs champs respectifs. En effet j’avais fort à faire pour dépierrer ce terrain, mais tant pis. Mi-octobre donc, j’allais vers le village comme chaque semaine (on m’avait également dit de ne pas venir trop souvent au centre du village, sinon les enfants venaient m’écouter au lieu d’aller travailler aux champs), lorsque je vis un groupe de paysans poussant et bousculant un humanoïde qu’ils attachèrent finalement à un poteau au centre de la place du village. « Une goule, on a choppé une goule ! » Des gamins lui lancèrent des cailloux. Intrigué, je m’approchais un peu plus. Les goules, au mieux, avaient des haillons dignes de sacs à pomme de terre, or celle-ci avait un habit jaune profond, du jaune des pyjamas qui servaient de combinaison à l’abri 13. En effet, la bande rouge sur le coté ne laissait aucun doute, je me frayais un chemin dans la foule et allais voir le malheureux. Il me regarda au bout d’un instant avec deux yeux morts. Il fallut que je l’appelle plusieurs fois et que je parle du dirigeant pour qu’il s’éveille un peu. Je l’avais déjà vu, mais ne me souvenais plus de son nom. Je lui demandais ce qu’il faisait là. Ce qu’il me raconta, balbutia plutôt, ressemblait plus à un délire de mourant qu’à un discours bien construit. C’était logique en même temps. Apparemment d’autres gens étaient sortis de l’abri ; ils avaient suivi mon exemple, (sortir, ou se rebeller contre les sacrifices idiots ?), mais sans réelle préparation. Il était parti avec deux amis mais les avait-il perdu ou étaient-ils morts ? Je n’eus pas beaucoup plus de temps de parole, le malheureux semblait s’être évanoui. Je regardais autour de moi. Les gens me dévisageaient, horrifiés. J’avais parlé avec une goule ; j’étais un démon, et autres inepties typiquement moyenâgeo-chrétiennes. Si ces derniers temps je m’étais posé la question d’une légère animosité contre moi, il semblait évident maintenant que je devais aller me poser ces questions ailleurs si je ne voulais pas à mon tour finir lapidé. Je commençais à prendre la direction de ma hutte, prêt à me battre s’il le fallait, mais tout le monde s’écartait sur mon passage. Je pris un sac de vivres, quelques affaires, mon dernier pistolet, et je partis. Je décidais de retourner à mon abri, même sans armée libératrice. Pourquoi ? Il est vrai que cette décision ne venait de rien de réfléchi. Mais bon. J’avais décidé que je ne retournerais pas au centre Phoenix, l’ambiance de la ville ne me convenant pas. De même l’errance ne me plaisait plus. J’avais essayé de me ranger, mais là encore ça avait été un échec. Que faire d’autre ? En manque d’inspiration, cet évènement qui m’avait fait penser à mes origines m’avait donné envie d’y retourner. Juste pour voir. Comme lorsque l’évocation d’une musique vous donne envie de l’écouter. Bref, c’était un coup de tête, et c’était complètement stupide au vu de l’argumentation que j’avais. En réalité, cette idée me taraudait depuis longtemps. J’attendais une fausse excuse pour y retourner. Et voilà. J’y allais. Dans quel but ? Aller voir ce qui s’y passait, le héros revenant et s’opposant au tyran ? Un nouveau Che Guevara… Quoi que le Che a mal fini… Oublions cette comparaison… Le plus dur fut de retrouver le chemin. Je l’avais fait deux ans auparavant dans des conditions peu propices à la concentration. Mon I-Pocket était mort depuis bien longtemps, son GPS aurait pourtant été d’une grande utilité. Je commençais par revenir à l’endroit où j’avais rencontré les premières ruines de Paris. Cela me demanda déjà plusieurs jours d’errances. Je remontais alors la route. Mais comment déterminer où je l’avais croisée pour la première fois, et de là comment revenir à l’abri ? Je quadrillais la zone pendant deux ou trois semaines. Plus le temps passait, plus je perdais du temps à chasser, trouver de l’eau potable, etc. A force de tourner, je finis par découvrir de nombreuses curiosités : un camion de Cacolake renversé avec 20.000 capsules à l’intérieur ; un homme un peu fou vivant dans une ancienne station service et cherchant à vendre les ‘’superbes voitures’’ qu’il avait en exposition, carcasses rongées par la rouille et détruites par les intempéries ; un ancien bar dévasté, dont l’enseigne, un néon certainement alimentée par des cellules solaires, avait miraculeusement survécu au chaos et illuminait encore son nom : le faucon maltais. Un peu plus et j’aurais pu trouver le lance flamme solaire. J’aurais presque pu écrire un guide du routard : tout pour vous amuser en encaissant 300 rad… J’étais de plus en plus fatigué. Exténué. Une nuit, je me laissais tomber par terre, désespéré. J’ouvris les yeux : une étoile semblait m’attendre : elle me faisait signe. Je compris alors qu’elle m’invitait. Je lui criais : « je te suivrais, où tu iras j’irai, fidèle comme une ombre ». Et je me remis en route. Après quelques heures de marches, je rencontrais une piste fraîche, qui se dirigeait elle aussi vers l’étoile. Je hâtais le pas et rattrapais rapidement trois hommes à pieds, deux blancs un noir, sac à dos rangers, chacun avec un petit tupperware à la main. Je leur demandais : « Bonjour ; vous aussi vous allez à mon abri ? - Ah non, nous nous allons à l’étable de Joshua. Pour votre abri, il faut suivre cette étoile. Ensuite, deuxième chêne à gauche et vous y êtes. Et faites attention il y a un radar. » Je les remerciais chaleureusement et repartis dans la direction indiquée. Je finis par tomber de fatigue sur le chemin. Quand je me réveillais, je ne pus déterminer si ça avait été un rêve , un délire du au manque d’eau , ou la réalité. Et soudain je reconnu le massif rocheux d’où j’étais sorti deux ans plus tôt ; dans cette région plate, un amas de rochers de cinq mètres de haut était plutôt rare. J’y arrivais quelques heures plus tard et il me fallu encore deux heures pour contourner la falaise et trouver l’entrée de la grotte. J’y étais ! Après un peu de repos, j’entrais. Rien n’avait bougé depuis mon arrivée, je ne m’inquiétais donc pas. Je revis mes amis les rats, et je me fis un plaisir de les atomiser avec mes armes ultra destructrice. Quand je pense qu’ils avaient failli mettre un terme à mon aventure , et simplement à ma vie , lors de ma première sortie. Combien de héros étaient mort en essayant de tuer trois rats à coup de poings, hein ? Cela semblait bien ridicule. J’arrivais au bout de la grotte. La lourde porte d’acier était là, imposante, incrustée dans la pierre. Le petit terminal devant clignotait paisiblement. Tout semblait en parfait état, contrairement à l’abri de Paris Est. Je tapotais un peu sur le clavier et demandai l’ouverture de la porte. Il me demanda confirmation mais refusa malgré tout. Je réessayais plusieurs fois sans succès. Je commençais à m’énerver et tapais violement à coup de pied dans l’ordinateur. Etrangement cela résolut mon problème. Mon problème d’énervement, hein, la porte était toujours fermée. Puis je remarquais un orifice sur le coté, et lorsque je refis une demande, au moment de la confirmation, je sortis mon cadavre de i-Pocket et le branchais à l’ordinateur. Celui-ci bippa, et mon appareil revenu d’entre les morts lui répondit. Un gyrophare rouge se mit en route dans le mur, une sonnerie intermittente se mit en marche, et la lourde porte commença à se mouvoir et à disparaître dans le mur. J’avais maintenant un passage de trois mètres de diamètre devant moi. Une faible lueur blanchâtre d’un seul néon survivant donnait un halo pâle dans la pièce intermédiaire. L’accueil fantomatique était fantastique. De retour chez moi… Après un moment, je pris une grande respiration et franchis le seuil. Je traversais rapidement le sas pour me rapprocher de la porte intérieure. C’est à ce moment que j’entendis soudain un bruit significatif. Un bruit de moteur électrique. Je voulus me retourner pour vérifier, mais je n’en eus pas le temps, le second bruit significatif que je craignais se fit soudain entendre : le crépitement continu d’une mitrailleuse gatling, mitrailleuse bien cachée dans un coin de la salle, invisible pour les gens arrivant de l’extérieur, et dont j’avais croisé le faisceau laser. Sans doute une mesure du dirigeant pour dissuader les démons zéro et trois de venir investir son petit paradis. Certainement aussi pour persuader les infidèles cherchant à sortir de revenir sagement dans les rangs. Et puis peut-être me craignait-il en fait, qui sait ? Amusant de me dire que j’avais été l’artisan de ma propre perte. J’en fus presque fier, avant d’en être triste. Voilà ; c’est ainsi que je me retrouvais par terre, transpercé par une quinzaine de balles, à me rappeler comment j’en étais arrivé là. En fait, suis-je en train de me demander où a été mon erreur ? Il n’y a pas eu d’erreur ; tout s’est fait d’une manière tellement logique et effrayante. Le sang chaud qui s’écoule, c’est au départ très agréable ; mais ça refroidit vide. Et puis c’est tout poisseux. En plus le plafond gris est d’une désespérante monotonie. Et je n’arrive pas à bouger la tête. J’aurais préféré voir autre chose en mourrant. En fait j’aurais préféré mourir autre part. Et puis d’une autre manière. Plus tard. Enfin, j’aurais bien aimé ne pas mourir quoi. Moi qui ai toute ma vie œuvré pour essayer de me distinguer des autres, j’ai là une pensée bien commune… Je me demande si l'on revoit sa vie automatiquement, ou si on le fait afin d'essayer de se persuader , en vain , que tout ceci n'a pas été inutile... Voilà. Je ne vois plus rien ; je ne sens plus rien. En fait plus aucun de mes sens ne fonctionne ; que me reste-t-il ? Je pense... Donc je suis... En même temps, vu les trous que j'avais dans le ventre il y a cinq minutes je vais bientôt arrêter de penser... Descartes avait pas pensé à ça, hein ? Haha je suis bien plus fort que lui en fait… J’ai l’impression de délirer. De dire des choses qui n’ont aucun sens... Comme dans un rêve. En plus j’ai plus mal et plus froid. Comme quoi la mort ce qui est chiant c’est surtout le début. La fin aussi ça doit être pas jouasse. J’espère que c’est pas trop long. Que quand on meurt, on attend pas comme ça le jugement dernier avant de tout reprendre à zéro. Parce que comme il l’a dit… Woody Allen… L’éternité c’est long… Surtout vers la fin… Merdre, elle est où cette put… de lumière ? Est-ce que Dieu me refuse parmi les siens ? Ou est-ce qu'il est mort d'un cancer, vu toutes les radiations qu'il a du se prendre après la grande guerre ? De toutes façons, tout ça, ce n'est pas grave... L'individu importe peu, seule l'espèce compte… Enfin même l'espèce, dans l'état où elle est, je lui souhaite bien du bonheur. L'individu importe peu, seule l'espèce compte... Ça doit être de Darwin ça, non ? Quel c.. ce Darwin... FIN Un grand merci à Lin Rag, et aux auteurs du jeu Fallout |
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Blog mis à jour le 05/12/2008 à 17:37:18
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