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Nouvelles Artus de Oguz - 1510753 

Les survivants de l'après: Chapitre 24 et fin


Chapitre 24 : In fine.

Une jolie brise tiède de sud-ouest l’emportait doucement vers l’horizon. La terre au loin ne fut bientôt plus qu’un mince filet brunâtre où stationnaient les nuages.

Nous étions en octobre ; ça allait bientôt être mon troisième noël dans les terres de nul part. Quatre mois avaient passés depuis cet épisode où je m’étais enfin décidé à m’écouter, à faire ce que je voulais plutôt que ce qui semblait le plus sûr : rester avec les plus forts pour être sur de survivre, se cacher derrière un fusil pour éviter la mort, la peur, la tristesse. On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va. Les enfants, quand ils savent qu’ils vont entendre quelque chose qui ne leur plait pas, se bouchent les oreilles et parlent fort, ils refusent d’entendre, et même si ce bouclier ne les protège pas réellement, il leur sert d’alibi. J’avais si longtemps fait pareil. Mais maintenant, je savais que c’était ma vie : j’avais eu des moments de joie, et des moments de peine, mais il est nécessaire de vivre ces derniers ; on peut refuser de traverser, mais on est alors bloqué sur une rive. La tristesse et le désespoir ne sont pas nécessairement agréables à vivre, mais une fois le deuil fait, on peut à nouveau vivre des moments agréables. On finit toujours par oublier, mais pas ce qu’on refuse d’affronter. On peut tricher, couper à travers bois, mais avec la vie ça ne marche pas : jouez aux échecs contre vous-même, et vous saurez ce que l’adversaire projette. C’est exactement pareil. Vous pouvez faire semblant de ne pas avoir de remords et vous duperez certainement des gens, mais il y aura toujours une personne qui aura conscience de la duperie…

Je n’étais pas resté dans le village que nous avions défendu. Quand j’étais retourné voir Carine et Danton, ils étaient sur le point de partir, avec une petite caravane. Ils allaient vers la Bretagne. Carine me dit que Louis, son futur fils, elle en était persuadée, vivrait sous un ciel plus clément et serait heureux lui aussi : il vivrait longtemps et aurait de nombreux amis… J’étais donc parti, je m’étais éloigné de ces lieux lourds de sens pour moi. La ceinture interdite autour de l’ancien Paris se réduisait de plus en plus : les groupes armés tels que le Phoenix ou d’autres troupes de mercenaires allaient régulièrement à la chasse pour en éliminer la vermine. Rien de plus facile pour un petit chef de guerre que de clamer sa supériorité en ayant abattu plus de goules que ses congénères. Il y avait deux mille ans on faisait de même avec les tribus d’agriculteurs ‘’barbares’’, puis avec les esclaves africains, puis plus tard avec les chevreuils ou autres canards, massacrés par des crétins avinés heureux de faire du sport en communion avec la nature. De nombreux petits villages se créaient donc dans ces territoires nouvellement libérés, qui avaient le double avantage d’être proche des terres libres de bâtiments donc cultivables et plutôt éloignées des gangs de junkies hantant le centre ville. C’était dans un de ces petits villages que je m’étais installé. Je leur avais demandé s’ils avaient besoin d’un conseiller technique (vous savez, comme au Vietnam, les milliers de conseillers techniques américains avec une M-60 dans les mains).

Je ne sais pas s’ils m’avaient compris mais ils m’avaient chargé de débarrasser un champ de gros rats-cochons qui effrayaient la population. Un rat mutant, c’est comme un rat : ça n’aime pas le plomb, et ce travail était dans mes cordes. J’étais ensuite resté et je m’étais de plus en plus investi dans l’agriculture, délaissant complètement armes et armures. N’étant pas du village, les enfants venaient souvent, voulaient que je leur raconte des histoire de ‘’la ville’’. Je distillais un peu, enjolivais, mais me laissais souvent aller dans mes rêveries à raconter tous les petits détails insignifiants qui avaient fait ma vie à cette époque. J’étais déjà vieux et je radotais comme un grand-père ; les gamins aimaient ça.

Les parents un peu moins, ils demandèrent à leur progéniture d’espacer leurs visites. On me donna une case un peu en retrait, histoire de pouvoir mieux défendre le village au cas où. Je ne voyais pas trop le coté stratégique de la chose, mais bon. J’eus une relation rapide avec une fille du village, mais au bout de quelques jours elle ne reparut pas. Le lendemain, un peu inquiet, j’allais chez ses parents. Son père, visiblement nerveux et sur ses gardes, la fourche à portée de main, ne me laissa pas entrer. Sa fille était occupée et les lois du village faisaient qu’elle allait se marier avec un autre. On me donna aussi une parcelle, et on m’indiqua qu’elle avait besoin de soin, que je n’avais donc plus besoin d’aider les autres dans leurs champs respectifs. En effet j’avais fort à faire pour dépierrer ce terrain, mais tant pis. Mi-octobre donc, j’allais vers le village comme chaque semaine (on m’avait également dit de ne pas venir trop souvent au centre du village, sinon les enfants venaient m’écouter au lieu d’aller travailler aux champs), lorsque je vis un groupe de paysans poussant et bousculant un humanoïde qu’ils attachèrent finalement à un poteau au centre de la place du village.

« Une goule, on a choppé une goule ! » Des gamins lui lancèrent des cailloux. Intrigué, je m’approchais un peu plus. Les goules, au mieux, avaient des haillons dignes de sacs à pomme de terre, or celle-ci avait un habit jaune profond, du jaune des pyjamas qui servaient de combinaison à l’abri 13. En effet, la bande rouge sur le coté ne laissait aucun doute, je me frayais un chemin dans la foule et allais voir le malheureux. Il me regarda au bout d’un instant avec deux yeux morts. Il fallut que je l’appelle plusieurs fois et que je parle du dirigeant pour qu’il s’éveille un peu. Je l’avais déjà vu, mais ne me souvenais plus de son nom. Je lui demandais ce qu’il faisait là. Ce qu’il me raconta, balbutia plutôt, ressemblait plus à un délire de mourant qu’à un discours bien construit. C’était logique en même temps. Apparemment d’autres gens étaient sortis de l’abri ; ils avaient suivi mon exemple, (sortir, ou se rebeller contre les sacrifices idiots ?), mais sans réelle préparation. Il était parti avec deux amis mais les avait-il perdu ou étaient-ils morts ? Je n’eus pas beaucoup plus de temps de parole, le malheureux semblait s’être évanoui. Je regardais autour de moi. Les gens me dévisageaient, horrifiés. J’avais parlé avec une goule ; j’étais un démon, et autres inepties typiquement moyenâgeo-chrétiennes. Si ces derniers temps je m’étais posé la question d’une légère animosité contre moi, il semblait évident maintenant que je devais aller me poser ces questions ailleurs si je ne voulais pas à mon tour finir lapidé. Je commençais à prendre la direction de ma hutte, prêt à me battre s’il le fallait, mais tout le monde s’écartait sur mon passage.
Je pris un sac de vivres, quelques affaires, mon dernier pistolet, et je partis.

Je décidais de retourner à mon abri, même sans armée libératrice. Pourquoi ? Il est vrai que cette décision ne venait de rien de réfléchi. Mais bon. J’avais décidé que je ne retournerais pas au centre Phoenix, l’ambiance de la ville ne me convenant pas. De même l’errance ne me plaisait plus. J’avais essayé de me ranger, mais là encore ça avait été un échec. Que faire d’autre ? En manque d’inspiration, cet évènement qui m’avait fait penser à mes origines m’avait donné envie d’y retourner. Juste pour voir. Comme lorsque l’évocation d’une musique vous donne envie de l’écouter. Bref, c’était un coup de tête, et c’était complètement stupide au vu de l’argumentation que j’avais. En réalité, cette idée me taraudait depuis longtemps. J’attendais une fausse excuse pour y retourner. Et voilà. J’y allais. Dans quel but ? Aller voir ce qui s’y passait, le héros revenant et s’opposant au tyran ? Un nouveau Che Guevara… Quoi que le Che a mal fini… Oublions cette comparaison… Le plus dur fut de retrouver le chemin. Je l’avais fait deux ans auparavant dans des conditions peu propices à la concentration. Mon I-Pocket était mort depuis bien longtemps, son GPS aurait pourtant été d’une grande utilité. Je commençais par revenir à l’endroit où j’avais rencontré les premières ruines de Paris. Cela me demanda déjà plusieurs jours d’errances. Je remontais alors la route.

Mais comment déterminer où je l’avais croisée pour la première fois, et de là comment revenir à l’abri ? Je quadrillais la zone pendant deux ou trois semaines. Plus le temps passait, plus je perdais du temps à chasser, trouver de l’eau potable, etc. A force de tourner, je finis par découvrir de nombreuses curiosités : un camion de Cacolake renversé avec 20.000 capsules à l’intérieur ; un homme un peu fou vivant dans une ancienne station service et cherchant à vendre les ‘’superbes voitures’’ qu’il avait en exposition, carcasses rongées par la rouille et détruites par les intempéries ; un ancien bar dévasté, dont l’enseigne, un néon certainement alimentée par des cellules solaires, avait miraculeusement survécu au chaos et illuminait encore son nom : le faucon maltais. Un peu plus et j’aurais pu trouver le lance flamme solaire. J’aurais presque pu écrire un guide du routard : tout pour vous amuser en encaissant 300 rad… J’étais de plus en plus fatigué. Exténué. Une nuit, je me laissais tomber par terre, désespéré.

J’ouvris les yeux : une étoile semblait m’attendre : elle me faisait signe. Je compris alors qu’elle m’invitait. Je lui criais : « je te suivrais, où tu iras j’irai, fidèle comme une ombre ». Et je me remis en route. Après quelques heures de marches, je rencontrais une piste fraîche, qui se dirigeait elle aussi vers l’étoile. Je hâtais le pas et rattrapais rapidement trois hommes à pieds, deux blancs un noir, sac à dos rangers, chacun avec un petit tupperware à la main. Je leur demandais :

« Bonjour ; vous aussi vous allez à mon abri ?
- Ah non, nous nous allons à l’étable de Joshua. Pour votre abri, il faut suivre cette étoile. Ensuite, deuxième chêne à gauche et vous y êtes. Et faites attention il y a un radar. »

Je les remerciais chaleureusement et repartis dans la direction indiquée. Je finis par tomber de fatigue sur le chemin. Quand je me réveillais, je ne pus déterminer si ça avait été un rêve , un délire du au manque d’eau , ou la réalité. Et soudain je reconnu le massif rocheux d’où j’étais sorti deux ans plus tôt ; dans cette région plate, un amas de rochers de cinq mètres de haut était plutôt rare. J’y arrivais quelques heures plus tard et il me fallu encore deux heures pour contourner la falaise et trouver l’entrée de la grotte. J’y étais !

Après un peu de repos, j’entrais. Rien n’avait bougé depuis mon arrivée, je ne m’inquiétais donc pas. Je revis mes amis les rats, et je me fis un plaisir de les atomiser avec mes armes ultra destructrice. Quand je pense qu’ils avaient failli mettre un terme à mon aventure , et simplement à ma vie , lors de ma première sortie. Combien de héros étaient mort en essayant de tuer trois rats à coup de poings, hein ? Cela semblait bien ridicule. J’arrivais au bout de la grotte. La lourde porte d’acier était là, imposante, incrustée dans la pierre. Le petit terminal devant clignotait paisiblement. Tout semblait en parfait état, contrairement à l’abri de Paris Est. Je tapotais un peu sur le clavier et demandai l’ouverture de la porte. Il me demanda confirmation mais refusa malgré tout. Je réessayais plusieurs fois sans succès. Je commençais à m’énerver et tapais violement à coup de pied dans l’ordinateur. Etrangement cela résolut mon problème. Mon problème d’énervement, hein, la porte était toujours fermée. Puis je remarquais un orifice sur le coté, et lorsque je refis une demande, au moment de la confirmation, je sortis mon cadavre de i-Pocket et le branchais à l’ordinateur. Celui-ci bippa, et mon appareil revenu d’entre les morts lui répondit. Un gyrophare rouge se mit en route dans le mur, une sonnerie intermittente se mit en marche, et la lourde porte commença à se mouvoir et à disparaître dans le mur. J’avais maintenant un passage de trois mètres de diamètre devant moi. Une faible lueur blanchâtre d’un seul néon survivant donnait un halo pâle dans la pièce intermédiaire. L’accueil fantomatique était fantastique. De retour chez moi…

Après un moment, je pris une grande respiration et franchis le seuil. Je traversais rapidement le sas pour me rapprocher de la porte intérieure. C’est à ce moment que j’entendis soudain un bruit significatif. Un bruit de moteur électrique. Je voulus me retourner pour vérifier, mais je n’en eus pas le temps, le second bruit significatif que je craignais se fit soudain entendre : le crépitement continu d’une mitrailleuse gatling, mitrailleuse bien cachée dans un coin de la salle, invisible pour les gens arrivant de l’extérieur, et dont j’avais croisé le faisceau laser. Sans doute une mesure du dirigeant pour dissuader les démons zéro et trois de venir investir son petit paradis. Certainement aussi pour persuader les infidèles cherchant à sortir de revenir sagement dans les rangs. Et puis peut-être me craignait-il en fait, qui sait ? Amusant de me dire que j’avais été l’artisan de ma propre perte. J’en fus presque fier, avant d’en être triste.

Voilà ; c’est ainsi que je me retrouvais par terre, transpercé par une quinzaine de balles, à me rappeler comment j’en étais arrivé là. En fait, suis-je en train de me demander où a été mon erreur ? Il n’y a pas eu d’erreur ; tout s’est fait d’une manière tellement logique et effrayante.

Le sang chaud qui s’écoule, c’est au départ très agréable ; mais ça refroidit vide. Et puis c’est tout poisseux. En plus le plafond gris est d’une désespérante monotonie. Et je n’arrive pas à bouger la tête. J’aurais préféré voir autre chose en mourrant. En fait j’aurais préféré mourir autre part. Et puis d’une autre manière. Plus tard. Enfin, j’aurais bien aimé ne pas mourir quoi. Moi qui ai toute ma vie œuvré pour essayer de me distinguer des autres, j’ai là une pensée bien commune…

Je me demande si l'on revoit sa vie automatiquement, ou si on le fait afin d'essayer de se persuader , en vain , que tout ceci n'a pas été inutile...

Voilà. Je ne vois plus rien ; je ne sens plus rien. En fait plus aucun de mes sens ne fonctionne ; que me reste-t-il ? Je pense... Donc je suis... En même temps, vu les trous que j'avais dans le ventre il y a cinq minutes je vais bientôt arrêter de penser...

Descartes avait pas pensé à ça, hein ? Haha je suis bien plus fort que lui en fait… J’ai l’impression de délirer. De dire des choses qui n’ont aucun sens... Comme dans un rêve. En plus j’ai plus mal et plus froid. Comme quoi la mort ce qui est chiant c’est surtout le début.

La fin aussi ça doit être pas jouasse. J’espère que c’est pas trop long. Que quand on meurt, on attend pas comme ça le jugement dernier avant de tout reprendre à zéro. Parce que comme il l’a dit… Woody Allen… L’éternité c’est long… Surtout vers la fin…

Merdre, elle est où cette put… de lumière ? Est-ce que Dieu me refuse parmi les siens ? Ou est-ce qu'il est mort d'un cancer, vu toutes les radiations qu'il a du se prendre après la grande guerre ?

De toutes façons, tout ça, ce n'est pas grave... L'individu importe peu, seule l'espèce compte… Enfin même l'espèce, dans l'état où elle est, je lui souhaite bien du bonheur.

L'individu importe peu, seule l'espèce compte...
Ça doit être de Darwin ça, non ?
Quel c.. ce Darwin...

FIN


Un grand merci à Lin Rag, et aux auteurs du jeu Fallout

mardi 17 juin 2008
09:11

Oeuvre originale
Auteur : Artus de Oguz

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Nouvelles Artus de Oguz - 1510753 

Les survivants de l'après : chapitre 23


Chapitre 23 : Auxilia humilia firma consensus facit.

Je regardais la Lune , elle n’avait pas changé depuis des millions d’années , dommage qu’elle ne puisse parler, elle m’aurait donné de précieux conseils.

Je n’avais presque pas dormi cette nuit là, trop occupé à réfléchir sur ce qui m’avait été dit. Au lever du jour, peu avant six heures, j’allais voir le chef pour me renseigner sur les moyens de défense du village. Me voir si matinal le rassura quelque peu. Une heure après, j’avais devant les yeux trois carabines, deux fusils de chasse dont l’un marchait à la poudre et ne supportait pas les cartouches, une demi-douzaine d’arcs artisanaux, une arbalète et un tout petit pistolet automatique qui faisait peine à voir. A cela s’ajoutait une caisse de grenades vide, qui avait jusque là servi à impressionner les pillards non découragés pas les flèches et qui s’étaient un peu trop approchés. Vu la manière dont je les engueulais, j’imagine qu’ils instaurèrent rapidement mon principe de service militaire : chaque homme de plus de seize ans devait avoir son arc attitré et passer au moins un jour par mois à s’entraîner. S’ils suivaient la moitié seulement de mes directives, ils auraient de quoi faire fuir la plupart des groupes de pillards du coin. Je leur donnais également deux trois idées pour créer une ou deux balistes, arme impressionnante et dévastatrice contre les groupes. Puis j’allais m’installer avec Silenius, le Sniper du Phoenix, dans le préfabriqué de garde, au dessus de la porte du village. Nous discutâmes un long moment, pour nous occuper.

Nous parlâmes d’abord des problèmes du Phoenix , notamment une histoire de pont suspendu détruit par des rebelles en bateau, de Python, de la prison, bref de notre monde. Beaucoup des fondateurs du Phoenix étaient mort récemment. Les nouveaux responsables n’avaient pas nécessairement les mêmes vues sur le monde que leurs prédécesseurs. Un courant voulait abandonner le centre Phoenix, gouffre financier, pour laquelle ils avaient perdus de nombreux hommes et munitions, les attaques de pillards et autres goules se faisant de plus en plus rapprochées et violentes. Ce groupe, minoritaire mais dont la taille augmentait chaque jour, prévoyait dans un premier temps de reformer ses rangs, d’appliquer une politique plus stricte, et éventuellement balayer la racaille de Panamis. Le groupe majoritaire, lui, pestait contre la politique paternaliste de Python, sa gestion molle et égalitaire de sa petite communauté. Ils voulaient prendre le pouvoir, étendre leur domination à toute la banlieue dans un premier temps avant de repeupler la ville. La dictature militaire qu’ils comptaient imposer était justifiée par l’état martial dans lequel nous nous trouvions depuis des années. Heureusement, ils avaient perdu beaucoup de crédibilité après avoir envoyé un commando assassiner Juda et prendre Notre Liberté, fait considérable qui aurait du marquer leur prise de pouvoir ; une partie du commando avait sauté sur des mines cachées dans le pont qui permettait d’accéder à l’entrée de la tour.

Ceux qui n’avaient pas été massacrés à distance par les snipers alertés par les détonations avaient été autorisés à rentrer à la base pour raconter leur mésaventure ; du moins la partie au dessus des épaules, le reste ayant été suspendu par les pieds au mur maintenant rougeâtres de l’immeuble. Le dernier courant, encore honoré car il comprenait les trois derniers membres fondateurs du groupe vivants, respectait ce qui avait été fait depuis quelques mois, et considérait que leur mission était d’appuyer la renaissance du monde en soutenant la politique égalitaire entamée par Python. Ce groupe menaçait d’être renversé chaque semaine… Python de son côté, avait également ses problèmes ; alors que les attaques contre sa cité se multipliaient et qu’il devait envisager d’être lâché par le Phoenix, la milice trop récemment formée et inexpérimentée qu’il avait à disposition était vérolée de contestataires qui voulaient prendre le pouvoir. Difficile alors de leur donner des armes sans les conduire au putsch. Les contaminés mis en quarantaine se révoltaient, les paysans se plaignaient qu’en dehors de la ville ils n’étaient pas protégés, les mères de familles reprochaient à Python de vivre protégé derrière sa double muraille alors qu’elles craignaient constamment une attaque meurtrière pour leur famille, et ceux qui ne le trouvaient pas trop peu agressif le pensaient trop laxiste.

Dans ce climat plus que tendu, sa garde prétorienne, sur le vif, multipliait les erreurs de tact, et refusait l’accès à la prison aux villageois, ce qui accentuait le fossé. Puis nous parlâmes des grandes questions que je me posais. Il m’aida à remettre de l’ordre. Parler peut parfois faire des miracles. Il me confirma que, quel que soit le choix que je ferais, si je ne le faisais pas à contre cœur, alors ce serait le bon. Il me conseilla enfin, dans mon indécision, de trouver une moyenne entre les deux extrêmes : plutôt que de faire ce qui me plaisait le plus mais dont je craignais les conséquences, ou alors avoir une existence plus conventionnelle mais moins libre, avec le risque dans ce cas de ne pas vivre, je devais selon lui partager mon temps, goûter aux deux, avant de prendre ma décision finale. Dans la vie, il n’y a jamais de mauvais choix, seulement des passages qui rétrospectivement étaient moins bons. L’important est de toujours garder un regard critique et extérieur sur soi, et ne pas hésiter à faire demi-tour : on se trompe vraiment lorsqu’on change d’opinion sans changer de direction.

Après trois heures de conversation, une cloche nous avertit que les pillards arrivaient. Silenius scruta l’extérieur avec ses jumelles, sortit un instant et revint. Yanne s’occupait de diriger les villageois. Nous, protégés par le manque de lumière à l’intérieur du préfabriqué, nous allions faire du tir au pigeon. « Tu sais utiliser ça ? » il me désignait son sniper. Je fus surpris qu’il me le propose, je supposais que cet honneur n’était pas réservé à tout le monde. Il compris mon hésitation. « Je te fais confiance ; je sais que tu prêtes attention à ce qui en vaut la peine. » Il était plus simple pour moi de faire mouche avec un outil de cette précision, tandis qu’il utilisait une des carabines réquisitionnées ce matin. Je regardais par la fenêtre et me mis en position de tir. Il y avait du mouvement dans les ruines et déchets au bas des immeubles, à une cinquantaine de mètres de là. J’entendis une détonation toute proche, qui me fit sursauter, et je pus voir un corps qui s’écroulait par la lunette de mon fusil. A coté de moi, mon compagnon chuchota : « Je suis celui qui bannit, celui qui souffle la dernière chandelle. »
Il venait d’ouvrir le bal.

Les talents de sniper de Silenius ne firent aucun doute ; avec son arme imprécise, il dissuada rapidement les pillards de sortir de couvert. Néanmoins, à deux contre quinze, vingt, cinquante, nous avions peu de chances. Nos assaillants tentèrent une attaque en masse, une douzaine de personnes se rua vers les portes avec un bélier improvisé. Yanne choisit ce moment pour donner un ordre, les villageois, cachés derrière le haut de la palissade, se relevèrent et canardèrent le groupe. C’est fou ce qu’un tout petit millier de billes de plomb peut donner comme sens au mot : charpie. Malheureusement, la porte située un petit peu en retrait sous le préfabriqué de garde fournit une protection contre les tirs aux rares survivants du groupe d’assaut, qui commencèrent rapidement leur travail de sape. Nuls doutes qu’une fois ouverte, la porte, peu encline à résister, allait briller dans les yeux de nos assaillants qui allaient se ruer vers l’entrée béante et ainsi faire une percée meurtrière. Yanne n’hésita pas et sauta par-dessus la palissade, à l’extérieur, atterrissant sans mal trois mètres plus bas. Il lâcha une rafale de son Jackhammer, et la mitraille, rebondissant sur la ferraille de la porte et celle du préfabriqué au dessus, créa une nouvelle œuvre qui irait sans nul doute concurrencer à Beaubourg celle effectuée par les villageois quelques secondes plus tôt.
La menace étant écartée, quelqu'un entrebâilla la porte et Yanne passa sous le préfabriqué pour rentrer. Soudain une détonation lointaine ; j’en cherchais l’origine : je trouvais celui qui devait être le chef avec un fusil que je ne distinguais pas bien, et qui venait de tirer plus ou moins dans notre direction. Il était dans ma ligne de mire, et il inaugura un instant plus tard un nouveau type de piercing : à la gorge.

La tête pensante morte, en l’occurrence méchamment arrachée du corps et projetée à trois mètres par un plomb de .223, l’incertitude flotta un instant parmi les pillards survivants. Certains tentèrent un baroud d’honneur qui se termina en publicité pour un célèbre fromage suisse, mais la plupart s’enfuirent. Nous redescendîmes. Yanne était couché par terre, à quelques mètres de la porte. Le sable qui recouvrait le sol, rouge et poisseux, achevait d’absorber le sang qui coulait de sa boite crânienne qui avait littéralement explosé. Sur vingt centimètres s’étendait un long morceau de cervelle en mauvais état ; un œil gisait sur le sable et regardait dans ma direction. Finalement le chef pillard ne m’avait pas visé. Beaucoup de gens s’agglutinaient autour du cadavre et certains s’éloignaient pour aller vomir. Puis ils revenaient regarder à nouveau. Pourtant la vision de ce spectacle ne m’avait même pas fait détourner le regard. L’habitude. Ce fut le premier point qui me décida. Le spectacle de ces gens, dégoûtés mais attirés par l’horreur, par contre, eut un effet nauséeux sur ma personne, et ce fut le deuxième point. Rotten.com à la préhistoire. De Gaulle avait tort : les français ne sont pas des veaux ; les humains sont des porcs.

Une fois les derniers détails réglés avec le chef, nous nous apprêtions à partir. Silenius m’attendait. « Attends, j’ai fait mon choix. Je ne rentre pas.
-Très bien. Je serai heureux de t’avoir rencontré. Si, j’ai un dernier mot à te dire : quelqu'un a dit : ‘’Il faut rire avant d'être heureux, de peur de mourir sans avoir rie.’’ Si tu ne l’oublies pas cela te sera utile.

-Merci… Et toi ?

-Ne t’inquiète pas ; j’ai mes idéaux, et je me bats pour eux. Quand je serai inutile, ou que j’aurai plus d’intérêts à changer de chemin, je te rejoindrais sûrement. Adieu !
-Adieu. »

Fin Chapitre 23.

mardi 10 juin 2008
09:15

Oeuvre originale
Auteur : Artus de Oguz

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Nouvelles Artus de Oguz - 1510753 

Les survivants de l'après : châpitre 22


Chapitre 22 : Malum est, malum est, dicit omnis emptor.

Ah malheur de malheur ! Je ne savais plus sur quels pieds danser et ou aller, il me fallait réfléchir, la nuit me porterai conseil…

J’avais finalement rejoint Python. Il m’avait dit que je pourrais revenir. Sans doute savait-il que, tôt ou tard, la vie allait me renvoyer dans ses filets. Etant à la tête du seul lieu civilisé, et sachant que je ne pouvais vivre bien longtemps à l’état sauvage, il devait avoir prévu ma réaction. Mais il m’avait laissé du temps. Je le remerciais en lui donnant raison. Aussi grave que la fois où il m’avait annoncé la mort de Mina, il se contenta de me dire : bienvenue. Puis il m’avait laissé quelques jours, et j’avais repris du service. Il connaissait mes qualités de guerrier, nous avions survécu à Juda ensemble, et j’avais mis fins aux aventures des motards de l’apocalypse , sans doute n’était-il pas au courant pour Charles. Il savait également que j’avais une grande connaissance du monde, et me faisait confiance. Après les épreuves que j’avais affrontées, il me fit toutefois commencer par de petites missions sans grande importance ni grands risques. Reconnaissance d’un terrain plus ou moins connu, ravitaillement d’un village, résolution d’un conflit parmi les gens de Phoenix Centre, etc. Au bout d’un mois, j’eus droit à une vraie mission. La ville qu’il avait créée était trop petite pour accueillir tous les déshérités de l’ancienne mégalopole. C’était donc devenu un pôle commercial et humain, et qui aidait les villages alliés aux alentours. Les soldats du groupe Phoenix allaient donc régulièrement dans ces petits groupements pour voir si tout se passait bien, et les épaulaient en cas de problème. L’influence de Python grandissait sans cesse, et la région se pacifiait, les échanges intercommunautaires s’intensifiaient, sans nécessairement passer par la prison.

Ce jour là, nous avions reçu l’appel d’un village avec lequel nous venions juste de passer un accord, bien au nord par rapport à nous, à la limite d’influence de la cité. Il était donc très important de régler leur problème de la façon la plus rapide qui soit, et la plus adaptée à leur manière de voir les choses. Pas d’incident diplomatique, s’il vous plait. Ils se plaignaient d’attaques constantes de la part d’un groupe de pillards, et réclamaient notre aide. J’avais donc été dépêché là bas avec deux soldats du Phoenix.

Le voyage, à dos de cheval, ce qui était assez rare, mais la distance à parcourir et l’économie d’essence nous l’imposaient, le voyage, donc, se passa bien. Je fis rapidement connaissance avec Yanne, petit, trapu, dont je n’aurais pas aimé recevoir une baffe. Un air souriant, des yeux rieurs, au milieu d’une petite tête ronde aux cheveux noirs et plaqués. Il avait un fort accent polonais, un Jackhammer en bandoulière, et parlait finalement assez peu. Son compagnon me parut beaucoup plus intéressant. Plus renfermé, il fut difficile de lui arracher un mot, mais plus tard j’arrivais à avoir des discussions captivantes avec lui. Il avait à l’épaule un fusil de précision, son fusil de précision, que personne n’avait le droit de toucher. Le long canon était gravé : méfiez-vous de l’eau qui dort.

Nous arrivâmes au village en début de soirée. Il devait être six heures, le soleil commençait à descendre et allait bientôt atteindre la ligne déchiquetée des immeubles en ruines qui tenait lieu d’horizon par ici ; la lumière était rouge, les ombres grandissaient. L’endroit était facilement repérable, car, comme nombre d’autre communautés qui se méfiaient des nomades, souvent des pillards, les villageois avaient dans la mesure du possible abattu les immeubles autour de leur campement. Même si c’était très approximatif, de loin on voyait bien un espace sans tour, et il était difficile de ne pas se faire repérer en approchant de moins de cinquante mètres des palissades qui protégeaient l’endroit. Le village était en effet établi sur un terrain en construction : l’endroit était donc assez atypique, puisque l’ensemble avait très peu souffert, et paraissait avoir passé la guerre sans encombre. De l’extérieur, les grandes palissades de tôle, hautes de deux mètres, blanches, à peine taguées, et surmontées d’un léger rouleau de barbelé probablement d’origine, laissaient apparaître quelques amas de cases de préfabriqués, à l’origine réservées au repos des ouvriers et aux plans des architectes, et qui maintenant accueillaient des familles entières. Yanne tiqua : une attaque en règle aurait fait voler ces frêles remparts comme des fétus de paille. Les gardes nous reconnurent à l’oiseau enflammé cousu à l’épaule de nos uniformes , seul moi avais voulu garder mon équipement habituel.

Du haut de leurs miradors de fortune, ils firent signe pour qu’on nous encadraient la porte, et permettaient de surveiller ce qui se présentait grâce à celui qui la surplombait ; nous mîmes donc pied à terre, et nous foulâmes la terre parcourue il y a des années par des noms illustres comme Caterpillar, Fenwick ou Case. J’allais voir l’ancien, qui semblait diriger et avait fait appel à nous. On m’avait indiqué l’endroit, mais allez distinguer un préfabriqué d’un autre préfabriqué ; il fallut qu’on m’y emmenât. Là-bas, on me ré expliqua le problème des pillards, qui venaient régulièrement et terrorisaient la population. La populace thésaurisait, les pillards terrorisaient… Heu, hum, excusez moi. Le vieux me regarda bizarrement, il m’expliquait que son peuple allait se faire décimer et je rêvassais. Je l’assurais que tout allait bien se passer et sortis, un peu barbé par son exposé plein de suppliques et lamentations dissimulées… Bla bla bla, mon peuple, bla bla, on va se faire voler… J’en avais un peu marre de tous ces petits chefs qui se lamentaient, et moi qui devais résoudre tous les problèmes. Pour un monde où l’industrie avait disparu, je me rendais compte que j’avais tiré un nombre incalculable de cartouches. Est-ce qu’ils en mangeaient avant la guerre pour en avoir laissé tellement en réserve ?

J’imaginais bien l’européen moyen, arrivant à sortir de son canapé parce que la guerre va être déclarée, aller acheter une autre arme à feu au lieu d’un bidon d’eau potable. D’un coté, les gentils vont se faire tuer, d’un autre coté, pour empêcher ça on tue les méchants. Si on retourne le problème, que sommes nous pour ces pillards ? Plus intéressant, que sommes nous pour cette population qui trime pour faire pousser un peu de blé, nous, les gens d’armes qui arrivons, massacrons les méchants, puis repartons. Sommes nous des sauveurs ou des profiteurs, des pillards qui ont bien choisi leur camp, qui ont eu de la chance en fait : la lutte des classe avait déjà repris. Houlà, je tapais une petite déprime ou quoi ? Je finis de m’éloigner de la case sous l’œil un peu soupçonneux du chef de village.
Les préfabriqués, à l’origine éparpillés un peu partout sur le terrain, avaient été rassemblés, au minimum une case sur deux autres, transversalement, mais cela pouvait aller jusqu’à des blocs de 11 sur trois étages ! Ce faisant, un maximum de terre était laissée libre pour l’agriculture et les tentes, le terrain étant assez vaste pour permettre de cultiver intra muros, les récoltes craignant moins d’être ravagées par des voleurs.
Je fus accueilli pour la nuit dans une famille qui habitait sous une tente. « C’est moins confortable et plus froid, mais il y a plus de place ! ». Le mari s’appelait Danton, sa femme, visiblement enceinte, Carine, et leur petit garçon de deux ans au plus, Jules.

Ils furent très bons avec moi, trop sûrement, je me rendis compte que le somptueux repas qu’ils me donnaient puisait très largement dans leurs réserves hebdomadaires. Ils furent visiblement blessés lorsque je fis mine de ne plus avoir faim, gêné que j’étais de les priver ensuite de repas convenable pour plusieurs jours. Je compris rapidement que ce n’était pas parce que j’étais leur ‘protecteur’, simplement leur invité. Danton était de garde ce soir là, je discutais donc avec Carine. Elle jouait avec le petit Jules ; elle le posa et, alors qu’il marchait, je remarquais qu’il avait plus des pattes que des jambes : elles lui sortaient sur le coté à la manière des reptiles, et non pas en dessous du tronc. Il n’avait que trois doigts de pieds, terminés par des petites griffes. Se dandinant, il arriva à faire quelques pas puis tomba ; sa mère alla le relever. « A cet âge, il devrait pouvoir marcher, si ce n’est pas triste ; mais c’est qu’il aime se faire cajoler ! Elle lui gratouilla le ventre et lui fit un câlin.

-Mais… tu as conscience qu’il n’est pas normal, cet enfant…

-Ah… C’est bien ce que je dis à Danton, mais il me dit que les enfants marchent plus tard.

Non, moi il me semble bien qu’il devrait déjà être debout en train de gambader. C’est bien un paresseux, comme son père.

-Je parle de ses jambes…

-Ses jambes ? N’est ce pas mignon ? Elle continua une phrase plus ou moins compréhensible qui se termina par un gouzi-gouzi en se frottant les cheveux sur le ventre de l’enfant.

-Tu ne crois pas qu’il risque d’être rejeté ? Si il survit ?

Elle releva la tête, étonnée de mes propos :

-Pourquoi survivre ? Il a toutes ses chances ce petit, on le nourrit bien. Après qu’il soit paresseux ne change rien, il s’y mettra, mais plus tard tout simplement. Quant à être rejeté, on ne rejette pas quelqu'un parce qu’il est différent. Et puis, c’est tellement minime et mignon. Au pire, je serai toujours là avec lui.

-Et s’il est malheureux ?

-Mais c’est ridicule d’être malheureux. Qu’est-ce que ça change ? Il vaut mieux agir et changer sa vie, si on ne l’aime pas. Si tu n’es pas heureux et que tu ne changes rien, tu ne seras pas heureux plus tard, alors quel est l’intérêt de vivre comme ça ? Les gens malheureux, ce sont des gens immobiles, je n’ai jamais réussi à comprendre comment ils pouvaient faire. Il y a tellement de belles choses autour de nous. Tu n’es pas heureux toi ?
Je réfléchis quelques secondes. Dans un premier temps je me demandais quelles raisons auraient pu faire que je sois heureux ; dans un second temps je me posais franchement la question. Je fus sur le coup un peu choqué, mais en fait c’était évident :
-non, je ne crois pas.

Carine me prit vraiment au sérieux : elle posa son fils sur une couverture avec un ou deux jouets en bois, et s’assit en face de moi.
-Raconte moi tout. »

Un long moment passa. Ma mère, Mina, Thaddée, tellement d’autres…
« Pourquoi, si tu ne veux plus être soldat, tu ne t’arrêtes pas ? Un petit village comme le notre… On rencontre rapidement une gentille fille qui veut bien de nous. La journée on travaille, le soir on rentre, on rit, on s’aime…

-Et quand je mourrais, quand je ferai un bilan de ma vie, qu’est ce que je me dirais ? Moi et ma femme : la journée, on sème, le soir, on s’aime, et c’est tout ? La même vie que tant d’autres, tant d’autres que j’ai critiqué pour leur médiocrité, comment être sûr de ne pas avoir raté sa vie ? Depuis le temps que l’on réfléchit au sens de la vie, pourquoi on ne l’a pas trouvé, ce serait tellement simple ?

-Pourquoi vouloir chercher un sens à la vie, te torturer, et quand tu vas mourir te rendre compte que tu as gâché tout ce temps à penser à des bêtises. Pourquoi ne pas te contenter d’être heureux ?

-Mais ce n’est pas aussi simple, qu’est-ce que le bonheur ? N’est-ce pas un ersatz de bonheur ce que je vivrais ? Un alibi pour ne pas ma poser de questions ? Quelle sera la différence entre moi et l’imbécile qui n’a jamais réfléchi et se contente d’être ballotté par le flot des évènements ?

-Si tu te sens bien, pourquoi aller chercher plus loin ? Si personne n’a trouvé le sens de la vie, si personne n’a pu déterminer ce qu’était l’amour, ou le bonheur, pourquoi ne pas te laisser aller à écouter tes sentiments ? Tout ne peut peut-être pas se démontrer, alors si tu as l’impression que tu es heureux et que tu aimes ta femme, que ta vie est belle comme cela, pourquoi ne pas te sentir bien si la science ne l’a pas prouvé ? Pourquoi cherches-tu à t’élever au dessus de ton voisin ? Si tu veux vraiment ne pas être confondu avec la masse, très bien, tu n’es pas comme les autres. Les autres suivent le troupeau, toi tu as réfléchi, tu as cherché, et tu as vu qu’ils allaient dans la bonne direction. Ils ont eu de la chance, toi tu as pensé, le hasard fait que votre chemin est le même mais tu es différent d’eux. Ceux qui font différemment ne sont-ils pas un autre troupeau ? Toi qui réfléchis, es-tu sûr que personne n’a déjà emprunté la même voie que toi ? Ton raisonnement est sans doute simpliste pour des gens qui ont encore plus réfléchi. Donc si ça se trouve, tu es également méprisable pour des gens encore plus intellectuels que toi. Quitte à être méprisable, quitte à ne pas avoir la réponse à la fin, pourquoi ne pas faire tout simplement ce qui te fait te sentir bien sans te poser plus de questions ? Tu crois que sur tous les gens qui ont suivi les conventions au long des siècles, il n’y a que des moutons idiots ? Tu penses que personne n’a suivi cette voie simplement parce que ça lui convenait ? Réfléchis si tu veux, mais n’oublie pas de vivre. Si tu t’es trompé de chemin, tu pourras changer de direction, mais ne reste pas toute ta vie sur le ligne de départ en te demandant s’il faut aller à gauche ou a droite. Tu juges les autres, mais personne ne te jugera si un jour tu as cédé à la facilité parce que c’était plus agréable ; qui t’en blâmerait, à part ceux qui regrettent de ne pas l’avoir fait ? »

Fin Chapitre 22 .


mardi 3 juin 2008
09:24

Oeuvre originale
Auteur : Artus de Oguz

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Nouvelles Artus de Oguz - 1510753 

Les survivants d'après : châpitre 16


Chapitre 16 : Dies Irae, Dies Illa.

Nous nous reposâmes, cette nuit sera bien venue pour faire le point, réfléchir à une stratégie gagnante comme disait Edgar « Si tu veux survivre dans ce milieu hostile, prends ton flingue et tir sur tout ce qui bouge … »

Notre véhicule ayant beaucoup souffert, le moteur troué de toute part, il fallut se décider à l’abandonner. Il allait finir de rouiller là, serait tôt ou tard visité par un groupe de clochards qui arracheraient les banquettes ou les portières ; de toutes façons en sursis, il allait finir de trépasser ici, comme, à plus ou moins long terme, tous les vestiges pré-apocalyptiques. Je démontais toutefois la M2 et la cachais dans l’entrepôt, espérant un jour venir la récupérer. Vassili vida les réservoirs du Hummer dans les jerricans du coffre, puis jeta un coup d’oeil aux choppers. « Sur le réservoir du premier est écrit War. Sur l’autre Famine. J’imagine que War était celui au minigun, on fait difficilement pire en arme de guerre.

-Et pourquoi Famine pour l’autre ?

-On peut penser qu’une double décharge de son flashball chargé avec des balles en bois, à bout portant, dans l’estomac, t’empêche à jamais de manger à nouveau. A jamais, c'est-à-dire une dizaine de jours maximum. Tu avais dit que tu avais vu les inscriptions sur deux motos ?
-War et Death, il me semble. Si tu as juste en pensant que c’est leur nom de scène, il nous en manque un.
-Cherche pas, c’est Pestilence. Et là ça m’inquiète. On retourne au village attaqué. »

Il alla avant tout vérifier que nos ennemis étaient bien morts. Je le sentais inquiet. En utilisant un des choppers sans propriétaires, nous arrivâmes au village attaqué. Le dernier bâtiment retranché était en flammes. Les deux motards à terre n’avaient pas perdu leur temps. On ne retrouva pas non plus leur motos, qui devaient de toutes façons être inutilisables. Nous nous éloignâmes, et le soir, autour d’un feu de camp…
« Ils étaient pourtant certainement blessés, plus que deux. Les villageois auraient pu les terminer. Du reste, ils n’ont rien de divin, on a réussit à en tuer deux. Je me demande comment ils ont pu massacrer autant de gens et de hameaux entiers sans se faire arrêter.
-Nous en avons tué deux, mais en fait, chacun en a tué un, et dans des conditions telles qu’ils étaient désavantagé. War n’avait qu’une arme blanche, même si elle était très dangereuse et qu’il m’a fallu un quart d’heure pour lui faire apprécier la technologie russe. Dans l’entrepôt, son minigun ne passait pas, et il lui aurait fallu plusieurs secondes pour commencer à tirer s’il m’avait aperçu. En terrain découvert je n’avais aucune chance. A quatre, ils sont complémentaires, s’entraident. Un loup seul est peu dangereux, mais tu as peu de chances d’échapper à une meute. L’entraînement également fait toute la différence. La plupart des villageois assassinés sont des paysans qui ont toujours connu la violence des Ravagés, mais sont armés d’un simple fusil et d’une fourche. Ceux là sont des tueurs qui ont sans doute connu la guerre ou la folie des années qui suivirent les bombes, où, chacun sachant qu’il allait mourir, tuait son voisin pour des histoires anciennes : il y avait encore des munitions à profusion, et plus de police… Je pourrais à moi tout seul, grâce à mon entraînement militaire, et avec assez de chargeurs, tuer tous les villageois que nous avons vus.

mardi 22 avril 2008
08:54

Oeuvre originale
Auteur : Artus de Oguz

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Nouvelles Artus de Oguz - 1510753 

Les survivants de l'après : chapitre 15


Chapitre 15 : Citius venit periclum cum contemnitur.

Les volutes de fumée dansaient doucement devant le visage de Vassili. S'il n'avait eu cette lueur dans le regard, on eût pu croire que la cigarette se consumait entre les doigts d'un mort. Ce sont les yeux d'un homme qui peuvent nous faire croire à l'existence de l'âme. Les morts ont le regard vide. Quand la vie quitte leurs yeux, il ne reste qu'un corps, qu'advient-il alors de cette lueur ? On peine à croire qu'elle retourne au néant.

Vassili et moi avions donc décidé de faire une partie de chasse ensemble. Un problème se posa donc, puisque nous ne pouvions voyager à deux sur la moto très longtemps, surtout en cas de combat, et je le voyais mal à pied, poussant son bolide à côté de moi. Je lui proposais donc de retourner au bastion que nous avions investi avec le gang de python, près de « Notre Liberté ». Nous y avions laissé pas mal de matériel, notamment le Hummer. Plus dépités qu’autre chose, sans voir son utilité, pensant également retrouver une vie plus calme, nous avions tout laissé en plan. Après avoir bien entendu miné le terrain. La tour n’était pas loin, Vassili nous y conduit rapidement, de là je retrouvai le chemin pour notre ancienne base « le Trocadéro ». Le portail d’entrée était gardé par un cadavre, et je reconnu en me rapprochant le promoteur qui nous avait montré la place. Il avait du vouloir la récupérer, mais des nouveaux locataires avaient du lui montrer leur intention de rester. Je me rendis soudain compte de la stupidité d’avoir laissé tant de matériel de valeur à la portée de tous. Je m’approchais sans précaution, repoussais la grille, et entrais.

Quelque chose passa à coté de ma figure et vint s’écraser sur le mur derrière moi. Cela m’énerva encore plus, surtout quand, en examinant les restes du projectile, je reconnus la tête en porcelaine d’une poupée que Mina avait un jour trouvé dans des ruines ; elle y tenait beaucoup, mais n’avait pas eu le temps de la reprendre, n’étant pas vital c’était secondaire. Je regardai dans la direction d’où était venu le projectile : au milieu de la cour, autour d’un feu, trois personnages qu’on aurait directement qualifié de clochards avant la guerre. De nos jours, c’étaient juste des junkies. Un dormait par terre, les habits imbibés de bière, autant que son cerveau, un second, debout, me regardait hébété, apparemment ne comprenant pas comment il avait réussit à me rater, et le troisième, assis à coté, rigolant. Titubant, mon agresseur commença à m’insulter. Etant de fort méchante humeur, je sortis mon revolver et tirai trois coups dans sa direction. Il sursauta et tomba, émettant à terre des sons peu ragoûtants. Son compagnon assis se leva, pris un antique mauser caché dans son dos, et n’eut pas le temps de me braquer car il reçut un violent coup de pied dans le ventre. Plié sur lui-même, je lui relevais le menton du bout de mon canon. « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. » J’appuyais sur la gâchette, et un mélange peu avenant de cervelle de sang et d’os jaillit de sa nuque en même temps qu’il était projeté en arrière.

Le dormeur du val ouvrit un œil, puis affolé se leva et sembla chercher quelque chose. Je lui désignais ma première victime, qui touché au ventre, était encore conscient et avait régulièrement des spasmes, tout en râlant et crachant du sang. « Ton ami a

mardi 15 avril 2008
08:42

Oeuvre originale
Auteur : l'homme à abbatre

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Blog mis à jour le 24/07/2008 à 22:13:08



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