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Les cygnes de Noël


Les cygnes de Noël

Le Leitrim est un comté d’Irlande du Sud allongé sous ses frères prisonniers du Nord . Sa géographie est bizarre, ses montagnes Cuilcagh sauvages gardent au sein de leurs courbes placides les mille sources de la Shannon River, ce fleuve velléitaire qui réussit à parcourir presque trois cents kilomètres au ventre de l’île.
Près de Fenagh, comme abrité au Sud de ces collines pelées, un chapelet de lacs contribue à nourrir la rivière. Il y a le Drumlaheen (célèbre pour ses brochets), le Finagh, le Rowan et le minuscule Drumcollon.
Le paysage est sauvage, fait de vallons surprenants au creux desquels se lovent des nids de bruyères, dans de petits lacs de terre gagnés à force de bras patients : construire des murets de pierres semble avoir été la première occupation celtique.

Depuis l’été dernier , tout le monde remarque les jumelles Mc Farlane, leur beauté et leurs différences. Des parents Dublinois ont retapé une bicoque, stressés comme le sont maintenant tous les irlandais.
Orna est brune, raide, avec des yeux d’un bleu bizarre, car ils sont cerclés d’un adorable anneau noir. Elle fait croire qu’elle est une petite peste, en fait hyperémotive avec des larmes perlant toujours au creux des yeux lorsqu’elle parle. Orna te dit toujours ce qu’elle pense, mais va ensuite pleurer dans son coin.
Philomène est blonde éblouissante, sa tignasse ondoie jusque très bas dans son dos. Un regard doux, diminué et attendri par de petites lunettes rouges, débordant d’une douce tranquillité.
Mais elles se contentent d’être sœurs, jumelles, chacune troublante de sa particulière grâce, et de rigoler devant l’air incrédule des gens qui les croisent : des jumelles ?

Cet été, elles ont cavalé autour du Drumcollon Lake, Orna pataugeant et lançant des galets ricochant, Phil préférant compter les cygnes. Et chanter : le répertoire de Sineàd O’Connor.
Un soir tranquille du mois d’août, ses chants ne suffirent pas à retenir le troupeau des volatiles, qui s’en furent à tire de palmes vers un autre coin du lac, où un vieillard leur sifflait un drôle d’appel. Elle s’approcha doucement pour voir le bonhomme donner du pain aux cygnes.
Ce qui surprit Phil, c’est que notre homme ne lançait pas son pain : il le donnait délicatement, et le mâle, d’habitude si agressif, picorait dans sa main comme un vulgaire poulet. Ces dames ramassaient les miettes, comme il se doit.

Les salutations furent brèves, mais chaleureuses. Rory étant boiteux et débonnaire, sous sa casquette informe.

« Dis, monsieur, comment tu fais ? »

« Les cygnes, petite banshee, sont les rois des oiseaux ; il faut simplement savoir les respecter. Vois-tu le grand mâle, là ? C’est le roi du lac. Je ne suis que son bouffon. Quand mon père est mort il y a vingt ans, le lac était gelé. Et bien, pour lui qui avait nourri les cygnes toute sa vie, le lac était couvert d’oiseaux trompetant en chœur. Et quand la glace a fondu, des milliers de plumets duveteux flottaient encore. »

Et le bon Rory était remonté, avec sa patte folle et son plaisir d’en avoir raconté une bonne !
« Pourquoi tu m’appelles ta banshee ? » insiste Phil.

« Parce que tu en es une. La banshee, c’est une fée, et il y a deux versions : l’une est une méchante sorcière, qui vient ramasser violemment les âmes pour les torturer.
Mais toi, tu serais plutôt la deuxième version : celle que j’ai entendue auprès de ma grand-mère ; son chant était doux, et elle accompagnait les morts gentiment. »
Orna, surgie de nulle part, décréta :
« Elle chante, mais elle ne pleure pas ! »


* * * * * * * * ** * *



Orna marche devant, Philomène derrière. C’est toujours pareil depuis douze ans et cela ne changera jamais. Leurs souliers claquent en désordre sur la route.
Orna tient une flasque de whiskey négligemment par le goulot et la fait danser au gré de son vagabondage. Tous les deux pas, elle secoue sa frange ténébreuse, fière de ses cheveux si noirs et si raides, qui réfutent le bleu de ses yeux et qu’elle vient de couper pour ce Noël car elle veut accentuer ce qu’elle appelle son « charme latin ».
Phil s’applique au contraire à marcher droit, serrant sur son cœur une poche plastique, sa grande chevelure blonde ondoyant sous le vif vent du Nord.
« Tu vas la casser.... »
« Tu m’énerves ! Marche donc plus vite. »
Ainsi vont les jumelles Mc Farlane : se haïssant d’un tendre amour, elles sont toujours ensemble. Aussi éternelles que les murs de granit qui les guident vers le vieux Rory qu’elles ont connu l’été dernier.

Rory ouvre aux petites, s’efface sans rien dire. Il les attendait depuis le matin de cette veille de Noël. Toujours muet, il claudique pour touiller sa tourbe au petit âtre du salon. Ce grand bonhomme est vieux à ne plus savoir son âge, mais il sait encore parler aux enfants.
« Alors, ma banshee, qu’est-ce que tu me portes là ? »
Orna rétorque, venimeuse :
« Arrête de l’appeler comme ça, tu sais qu’elle n’aime pas !  »
Aussi jalouse que directe, Orna ne manque pas l’occasion de faire remarquer à Rory que celui-ci préfère sa sœur. Ce qui fait sourire le bonhomme.
Les sisters expliquent à Rory : Orna a apporté le whiskey pour le Père Noël : « Tu ne bois pas tout, dis, tu laisses un petit verre pour Santa Claus. » Phil découpe sa carotte en neuf morceaux qu’elle arrange sur une petite coupelle. « Une  pour chaque renne, et la neuvième juste en cas… ». Les fillettes arrangent le tout près de la cheminée, sous le regard amusé du vieux crabe.

Il leur rappelle gentiment que ces habitudes ne le regardent plus, qu’il se sent vieux et tellement perclus qu’il se contente dorénavant d’observer ses Noëls passer l’un après l’autre, et d’espérer le suivant.
Mais les gamines sont sûres d’elles : « Tu verras, Rory, le Père Noël viendra, c’est certain. »

«  Bon, on y va ? »

Rite immuable depuis l’été, il faut descendre au lac Drumcollon. Depuis la masure de Rory, ça fait à peine cent mètres en pente douce au milieu des bruyères craquantes de gel. Notre homme accompagne, boitant bas. A leur approche, la flottille des cygnes rame sec vers la berge, et le mâle dominant émet son vhorr soufflé, amiral suivi de ses femelles. Le lac Drumcollon est petit, carré, bordé de roselières accueillantes. C’est juste une flaque débonnaire de trois hectares à l’abri de tout vent. Phil distribue son pain, tandis qu’Orna s ‘éloigne…
Le nourrissage terminé, assise avec Rory sur la murette qui finit sa course dans l’eau, Phil range son sac dans sa poche.

« Dis-moi, Rory, pourquoi tu boites comme ça ? »

En 1920, son rôle avait été d’infiltrer les troupes loyalistes.
« Tu comprends, ma banshee, je voulais que mon peuple soit réuni… D’autres n’avaient rien compris. J’étais dans l’ I.R.A, pourtant des potes à moi m’ont senti comme un traître… Ils se sont trompés mais j’ai reçu la punition : une balle dans la rotule. Par mon propre beau-frère, en plus, ce crétin ! C’est très compliqué tout ça, et ça fait des dégâts, imagine : depuis soixante ans, je n’ai pas revu ma sœur Maeve… »
Tout en observant plus loin sa frangine s’exercer à des ricochets rageurs, Phil contemple le lac, compte les cygnes avec satisfaction : trois jeunes de l’été mêlent leurs plumes grisâtres aux adultes. Elle fredonne les Cranberries.

Another head hangs slowly
Child is slowly taken.
In your head, in your head…

Finalement, les yeux troublés de larmes, elle murmure : « Moi, j’y crois, au père Noël, et les cygnes aussi… et je ne suis pas une banshee ! »

Rory lui répète : la banshee n’est pas toujours une harpie miaulante . C’est aussi une jolie fée qui vient chanter ses pleurs attendrissants autour des maisons endeuillées. Elle a de longs cheveux blonds et reste éternellement à la recherche de son peigne. Voilà pourquoi les petites filles d’Irlande brossent leur tignasse.
Mais il s’abstient de livrer toute sa pensée : sa banshee vient de chanter, et de pleurer : il y a de la mort pas loin, se dit-il…
Sous une presque lune tous trois sont remontés vers la maisonnette, accompagnés par le drense des cygnes satisfaits.

Le lendemain, gavées de jambon, de dinde et de chou, les Mc Farlane sisters ont eu la permission de descendre chez Rory vers trois heures. Pour une fois, c’est Phil qui court devant. Orna a peur : « Tu sais, je l’aime trop. Il est si seul, il fait si froid… et puis, hier, tu as pleuré et j’ai entendu tout ce qu’il t’a dit.»

Devant la maison, il y a une voiture. Les filles hésitent, puis Orna se décide à frapper.

Rory leur ouvre et les fait entrer dans le salon tiède où ronflent deux choses : l’odorant feu de tourbe, et une petite vieille abandonnée dans sa sieste et dans le fauteuil de velours vert.
« Doucement, mesdemoiselles : c’est ma sœur, elle est arrivée ce matin. Son mari vient de mourir, étouffé par sa bêtise, sans doute… » glousse-t-il.

En descendant au lac, Orna répète tous les deux pas :
« Le Père Noël existe ! »
Phil chantonne :
« Je suis la banshee ! »

Et les cygnes ? Ils pagayent et trompettent, abandonnant quelques plumes neigeuses, derrière leur chef qui tousse des « gaoh ! » sonores.
Quant à Rory, s’il pouvait, il en oublierait de boiter.




Tuesday, February 09, 2010
5:17 PM

Oeuvre originale

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Je me suis surpris à "partir" dans ton conte. L'auteur et le pays même nous réservent certainement des surprises...

Poèmes lysandra - 1562562

25 ANS toi et moi


25 ans de complicité
25 ans de bons et mauvais souvenirs
<==clic

Nous avons partagé
tant de chose,
tant de plaisir,
tant de peur,
tant de folie,
tant de doute,
tant de passion
Nous avons essuyé
des tempêtes,
des calmes plats
des coups de gueule,
des coups dur,
des moment de bonheur,
des moments d’extase

Nous avons vue
tant de beaux paysages
tant de belles vagues
tant de personne différente
tant d’horizons variés
tant de vie en nombre de lieux
tant d’heures de partage

SALAM Aldebaran



Saturday, December 12, 2009
1:25 PM

Oeuvre originale
Auteur : moi même

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Poèmes lysandra - 1562562

Johann


Johann si loin de moi


Au nom de l'amour
Mon coeur est fermée et tu en as pris la clé
Dans l'attente du jour
Où tu prendra ma main
Dans l'attente du jour
Où tu dirais aime-moi

Si loin de moi

Je cherchais quelque chose de nouveau
J'errais privé de toi
Mais en ces jours il me semble que mes yeux
T'ont aperçu te tenant à proximité
Je veux être avec toi
Nuit et jour

Si loin de moi

Bien que séparé
Nous pouvons être un
Tu traverseras la terre
Rien que pour être avec moi
Crois seulement en moi
Tu es le seul que je veux toucher
Je vois ton visage dans chacun de mes rêves
J’ai dans le coeur un sourire de toi


Si loin de moi

Tu es tout ce que je veux, tu es mon fantasme
Tout ce que j'ai de toi est une photographie
Mais ça ne me suffit pas
Je serais ton amante s i tu étais là
Tu as une sorte de pouvoir sur moi
Tu es tout entouré de mystère
Si sauvage,

Si loin de moi

Jusqu’à maintenant nous n’avions toujours pas trouvé ce que nous cherchions
Mais bientôt nous serons enfin réunis


Loin des yeux loin du coeur ça n'existe pas
loin des yeux loin du coeur moi je pense à toi
et chaque jour qui passe me rapproche de toi
au rendez-vous de ton amour je serais toujours la

Thursday, August 13, 2009
10:39 PM

Oeuvre originale
Auteur : moi

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Et il ne s'en trouve pas une pour me parler de la sorte ??

Histoires drôles PHIL - 391201

auto-stop...


Un touriste américain se promène sur les routes corses au volant de son oldsmobile lorsqu'il est surpris par un petit homme qui saute du maquis et le braque avec un fusil.
Tout aussitôt, tout tremblant, il lui tend son portefeuille: "Tenez, monsieur tout mon argent - laissez moi la vie ". Le Corse lui répond: "Garde ton argent et masturbe toi". Pensant avoir à faire à un fou, l'homme s'exécute non sans un certain plaisir. Il n'a pas sitôt fini que le vieil homme lui ordonne sous la menace encore plus pressante de son arme de recommencer.
C'est avec peine et complètement terrorisé qu'il se remet à la tache assez peiniblement.
Lorsqu'il a enfin attend le but, le Corse se retourne vers le maquis, pose son arme et siffle à deux reprises. Une jeune fille, brune et belle comme une diva apparait alors sur la route. "Pardon, monsieur, demande l'homme tout en se découvrant, pourriez-vous déposer ma fille au prochain village ?"

Friday, November 07, 2008
12:23 AM

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Poèmes lysandra - 1562562

ISABELLE


Isabelle

Pourquoi tu nous as fait ca ??
Pourquoi tu es partie ainsi sans prévenir ??
Pourquoi tu n’es pas venue me voir ??
Pourquoi ??Pourquoi ?? Pourquoi ??

Isabelle
Je comprends ton geste
Je comprends ta douleur
Je comprends ta souffrance
Je comprends ton besoin de paix

Isabelle
Jamais je ne t’oublierais
Jamais je ne laisserais ton fils
Jamais je ne te pardonnerais
Jamais je ne te condamnerais

Isabelle
Repose enfin en paix


Monday, September 08, 2008
9:00 PM

Oeuvre originale
Auteur : moi

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Beaucoup de douleurs exprimées..

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