Ta....a, depuis que tu es parti de notre maison, j’ai perdu mon âme. Je suis comme un fantôme, un spectre, j’erre à ta recherche, sans jamais aucun repos, je traîne ma peine comme des chaînes. Mon amour ou es-tu ? J’erre sur « affection.org », tu es caché la-bas, derrière ton clavier, j’écris et réponds à toutes les annonces. J’aligne des mots, des phrases sans aucune valeur, je me transforme en démon, je prépare ma potion en fonction de l’âme que je veux chasser. Je prépare mes appâts en fonction du poisson que je veux pêcher. Grande lettre, juste un numéro, elles répondent toutes, encore un rendez vous! Elles sont toutes là, Française coincée dans sa moralité, Africaine avec la puissance et la sûreté de ses formes, aux sentiments simples, Asiatique compliquée dont les mots s’enroulent entre la chemise et la peau. Elles sont toutes là, tirant leur galère vers un rivage imaginaire, une épaule charitable, elles sont prêtes à tout dans la force du désespoir. Femmes en mal de papiers, femmes en mal d’amour et de solitude, femmes en mal de guerre, elles sont toutes là. Le fond est toujours le même : trahison amoureuse, abandon, fuite, fuir le problème, « partir à l’aventure » Depuis, je connais tous les cafés de paris! de La Courneuve à Antony ! de Nanterre à Choisy ! Elle est là devant moi, je joue mon numéro, en comédien, j’entre dans la peau de mon personnage. Je flatte, je flagorne sa beauté passée, je pleure sur mon sort, point trop n’en faut ! Je lui fait parler d’elle, je partage sa peine. je lui souris , lui fait mes yeux coquins, ne lui parle pas de ses seins. On se sépare, je n’insiste pas pour la première fois, restons classe, faisons la différence ! Et toujours « bonsoir, on se téléphone », et toujours son regard, ce même regard ! Ce regard, tel un démon, je l’absorbe, le pompe, le vampirise, ce sera mon repas de ce soir ! Promis demain je lui téléphone pour ne pas aller plus loin, un dernier sentiment de moralité ? Aucune ne viendra chez nous violer notre sanctuaire ! Je rentre chez nous, je me couche, je te pleure, dans ce grand lit si vide, toutes les molécules de mon corps te cherche, cent fois la nuit tu me réveilles, tu n’es pas là ! Mon corps est mort, se désagrége, se putréfie. Le lendemain, j’enfile mon spectre, mes chaînes. Quel sera ma proie, mon repas ce soir ?
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