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Féline - 1301487
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xiane - 381776 

La solitude


sur une idée venue à la suite d'une contribution de domi

Elle lui manquait. Sa femme, sa douce, sa tendre amie, lui manquait.
Cela faisait combien de temps maintenant qu’elle l’avait quitté ? dix ou quinze ans... il était seul et elle lui manquait. Quand elle était partie tout s’était passé tellement vite qu’il n’avait même pas eu le temps de s’y préparer, un jour elle lui souriait, lui disait encore à quel point elle l’aimait et le trouvait beau, elle lui avait toujours dit qu’il était beau, et ... et voilà, elle était là et n’était plus l’instant d’après.
Depuis, il passait son temps à se mirer partout où il se trouvait, et il essayait de retrouver le regard de sa femme, de sa douce, sa tendre amie, qui devait le regarder de l’autre côté du miroir.
Il vivait maintenant dans une maison de vieux, avec d’autres vieux, c’était plus simple pour lui, mais tous ces vieux lui répugnaient, ils étaient tellement laids. Il ne leur parlait jamais. La voix de sa douce amie lui manquait, mais quand il réussissait à rentrer dans sa bulle, parfois il l’entendait encore ... elle lui disait des choses douces et tendres, qu’il était beau, qu’il était bon, et qu’il lui manquait.
Il avait obtenu qu’on lui réserve une petite table, dans un coin. Sa table était isolée du reste de la salle. Il y avait quelques plantes vertes qui l’isolaient encore davantage. Elle était collée au mur et sur le mur, un miroir. Tous les jours, trois fois par jour, il prenait ses repas à cette table, face au mur et dos à la salle. Il mangeait tout en se regardant.
Et il ne comprenait toujours pas.
Mais qu’est-ce que sa douce et tendre femme avait pu lui trouver. Il avait beau scruter, il se trouvait vieux, et aussi laid qu’il l’avait toujours été.
Il se répugnait autant que lui répugnaient les autres vieux.
"Tu es grand, beau et fort, tu es tout ce que j’ai toujours aimé, tu es le seul et tu l’as toujours été et tu le seras toujours, je t’aime ..."
La voix de sa femme lui résonnait à l’oreille, il regardait droit devant lui, mais il ne voyait que lui dans le miroir en face.
Quand son repas était fini, il se redressait, péniblement, repoussait sa chaise à sa place, se tournait face à la salle à manger.
Il savait ce que les regards des autres vieux posés sur lui voulaient dire.
On le haïssait. On le haïssait parce qu’il avait l’air de se complaire dans sa solitude. En fait il en crevait, il aurait tellement voulu être allongé à côté de sa femme, et il lui tardait tellement de la rejoindre.
Ce que pensaient les autres ne lui importait pas.
Son regard survola les gens dans la salle et passa au dessus d’un homme qui manifestement était venu voir sa mère et qui le regardait, l’air choqué. Il continua d’avancer, traversa la salle-à-manger et regagna sa chambre, sans un autre regard pour les autres.

xl 31 décembre 2002

mardi 8 mars 2005
07:25

Oeuvre originale
Auteur : xiane

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6 Commentaires
Impression : Extraordinaire

Ce texte me fait penser à la solitude de nombreuses personnes âgées qui ne sont pas assez prises en compte dans notre société.

    

Blog mis à jour le 05/12/2008 à 07:22:38



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