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Pierre Desproges (re)


Que choisir ?

Oh, puis merde, j’ai pas tellement envie de me détruire, moi, finalement.
Je vois pas pourquoi j’irai me foutre en l’air sous prétexte que j’ai rien à dire à une brassée de désœuvrés qui viennent mater mes états d’âme, uniquement parce qu’il y a plus de place sur l’autoroute du sud.
Vous savez ce que vous êtes, tous, là ? Vous êtes des voyeurs, voilà, je l’a dit, ça y est !
Et des voyeurs qui paient pour voir un exhibitionniste, et bien, je vous le dis comme je le pense, c’est petit.
Puis d’abord, le suicide, ça s’improvise pas comme ça…
Qu’est-ce qu’y a pour le se suicider, au fait ? Y a le gaz, la noyade, pfff ! en ce moment, tu parles ! Le pistolet, la corde… la corde…
Hé ! je dis exprès la corde, parce qu’il existe une superstition très tenace dans ce métier de la scène, qui veut que personne,, jamais, quoi qu’il arrive, personne ne prononce le mot de corde sur une scène, parce que ça porte malheur, à tous les coups. Ou c’est un projecteur qui tombe sur le public, ou alors le théâtre brûle, avec le pompier dedans, ah ben oui…
Je m’en fous que ça porte malheur, j’adore le malheur, y a plus que ça qui m’excite.

Alors, qu’est-ce que je disais ? Oui, alors, le gaz, la noyade, le pistolet, pffff ! faut toujours choisir, c’est pas marrant… J’ai jamais su choisir.

Et pourtant, il faut toujours faire un choix, comme disait Himmler en quittant Auschwitz pour aller visiter la Hollande, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin !
Mais ne vous moquez pas de Himmler, c’était pas un imbécile, Himmler. C’était un homme capable d’une grande concentration.
Alors, le gaz, pfff ! J’ai jamais su choisir. Tout dans la vie est affaire de choix, finalement, ça commence par la tétine ou le téton, ça se termine par le chêne ou le sapin, et puis d’ici à là, de sa naissance à sa mort, l’homme est en permanence confronté à des choix.
Mais que choisir ?
Fromage ou dessert ? La bourse ou la vie ? La cigale ou la fourmi ? Le sabre ou le goupillon ? Jacob ou Combaluzier ? Labourage de crâne ou pâturage de dents ? La gauche ou Mitterrand ? Un baril de merde, ou deux barils d’une lessive ordinaire ? Eh bien, je ne sais pas.
Je suis dubitatif.
Eh ! c’est pas cochon, dubitatif. C’est en une seul mot, hein, dubitatif. Cà veut pas dire : éjaculateur précoce. Ca veut dire que je suis dans le doute, voilà. Je suis dans le doute. Tiens ! le doute m’habite.
Tout au cours de mon existence, qui n’aura été finalement qu’une féerie d’aventures extraordinaires et riches en rebondissements sur d’innombrables sommiers dont j’ai oublié le nom, tout au cours de cette existence, j’ai été maintes fois confronté à des choix très difficiles.
Songez que j’avais trente-cinq ans en 1940… Si, si, c’est vrai, j’en ai soixante-dix-neuf, là, aujourd’hui. C’est vrai ! Quoique, je ne les fais pas.
Si j’ai su, jusqu’à aujourd’hui, conservé ce teint de jeune fille, c’est que je prends soin de retarder le vieillissement de mes cellules, en menant une vie d’ascète, d’une part, et d’autre part en consommant des bananes, car la banane vaut un steak, de cheval ! Encore que, je préférerais un cheval entier à cause de la douceur du regard qu’on ne retrouve pas dans la banane.
Bon, alors, que choisir quand on a trente-cinq ans en 1940, disais-je lorsque je fus assez grossièrement interrompu par moi-même malgré mes remarques réitérées ?
Eh bien, pour être tout à fait franc, en 1940, j’ai longuement hésité entre la Résistance et la collaboration.
Il faut bien voir qu’en une période ennuyeuse comme le fut celle de l’Occupation – songer qu’en 1940 Patrick Sabatier n’était même pas né…Pour vous dire à quel point on pouvait s’emmerder ! Qu’est-ce vous avez tous contre ce jeune homme ? Hein ? Oui, moi aussi j’ai connu des topinambours qui avaient le regard plus vif ! C’est vrai aussi que si on épluche un topinambour, en dessous, y a quelque chose ! Bon enfin, on n’est pas là pour faire chier les rhizomes-, je disais que dans une période ennuyeuse comme le fut celle de l’Occupation, la seule distraction qui se présentait aux Français, après la messe, c’était de faire ou de la résistance, ou de la collaboration.
Mais là encore, que choisir ?
Alors bien sûr, la collaboration, c’était le bon droit, la respectabilité, un prie-Dieu réservé à Saint-Honoré-d’Eylau, les amitiés de Pierre Laval assurées, les indulgences de Pie XII également, et puis des places de faveur aux concerts de Tino Rossi et de Maurice Chevalier.
Oui, mais la résistance, c’était la vie au grand air, youkaïdi youkaïda !
Oui, mais la collaboration, c’était la possibilité d’apprendre une jolie langue étrangère à peu de frais.
Oui, mais dans la résistance, on se cultivait pas l’âme, mais on rigolait bien. Boum, le train ! Boum, la voie ferrée ! Tagadagada, le petit viaduc, ouais j’lai eu, ouais j’lais eu !
Oui, mais dans la collaboration, on faisait pas sauter des ponts, mais on pouvait sauter des connes !
Oui, mais pour bien gagner sa vie, dans la collaboration, fallait dénoncer les juifs. C’est pas très joli, comme occupation, pour gagner sa vie, de dénoncer les juifs.
Oui, mais dans la résistance, on dénonçait pas les juifs, mais fallait vivre avec !
Enfin, bref, à force de tergiverser, j’avais pas pris de décisions le 25 août 44, quand j’ai vu soudain des centaines de chars déboucher dans la rue de Rivoli. Je me rappelle très bien ce matin-là : il faisait un temps magnifique, je me promenais sous les vieux marronniers du jardin des Tuileries, quand soudain, c’es arrivé. Le fracas des chaînes des tanks faisait trembler la poussière. Une jeune inconnue s’est approché de moi, elle était belle, blonde, au regard bleu.
« Monsieur », s’est-elle écriée en me pressant le bras, avec des larmes de joie dans les yeux, « Monsieur, regardez, mais regardez, c’est l’armée française, la vraie, les forces françaises libres, mais votre pays est libéré, monsieur ! »
_ Pourquoi dites-vous « votre pays » ?
_« Oh ! c’est que moi-même, monsieur, je ne suis pas française, je suis citoyenne helvétique, de Berne. »
Elle avait en effet un assez fort accent germanique.
J’ai juste eu le temps de la tondre, les FFI arrivaient.


Pierre DESPROGES









Dernière participation le
dimanche 19 novembre 2006
17:11

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Les annones et autres messages qui me font...


...sourire

étant Aff +, je passe parfois par "Qui a vu ma fiche"
et parfois je clique, juste pour voir...

les messages aussi, sont parfois étonnants





Dernière participation le
samedi 22 avril 2006
11:56

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Blog mis à jour le 15/10/2008 à 20:53:21



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