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Il m’arrive un truc bizarre, c’est la première fois que j’en parle à quelqu’un.Depuis quelques semaines déjà, de petits détails dans mon comportement m’avaient, comment dirai-je, pas vraiment inquiétés, non, plutôt alertés.J’avais mis ses petits dysfonctionnement sur le compte de la surcharge de travail due au bilan de fin d’année et j’avais chassé ces petits tracas comme on chasse une mouche d’un revers de main. Pourtant ce matin, comme j’allais acheter L’Equipe, j’ai négligemment et naturellement tendu au libraire, en plus de mon quotidien, le dernier numéro de Marie Claire et j’ai payé le tout. Ce n’est qu’une fois sur le trottoir que j’ai réalisé : »- Comment, moi, Marc Cortelli, 30 ans, directeur financier dans un grand groupe, major de ma promotion à l’Essec, célibataire et chaud lapin, comment donc- et pourquoi- j’ai pu acheter ce p.tain de magazine ???? »Et là, à cet instant, tout m’est revenu…il y a 15 jours, chez Jean Claude, à l’apéro, je lui ai demandé deux doigts de Porto (alors qu’il me préparait déjà mon Pure Malt préféré), la semaine dernière je me suis surpris à demander les horaires des cours de streching au gymnasium…Plus grave encore, il y a deux jours, ayant repéré un cheveux roux sur le pan de la veste du manager général j’ai eu une envie irrésistible de le lui oter. Ces évocations me firent froid dans le dos, j’enfournais mes journaux dans mon attaché-case, un ravissant modèle griffé Boss en agneau et buffle, je sautais sur mon scooter direction La Défense. Voilà, maintenant, je suis au bureau et depuis dix minutes j’hésite à appeler, André, un ami médecin…l’Equipe traîne par terre, encore plié, par contre je sais tout sur la chirurgie esthétique des fesses, sur les nouveaux régimes californiens, que mon ascendant me prédispose à avoir des règles abondantes et douloureuses et que d’après le grand test de la séduction : »je suis une dévoreuse d’hommes avec des tendances sado-maso et bi-sexuelles » Mais qu’est ce qui m’arrive….Bon, j’appelle André. (à suivre) « -Allô, André ?C’est Marc ! -Salut, comment vas tu ?tu …. -j’ai un problème, je dois te voir le plus tôt possible ! -Bon, viens à midi et on bouffera un bout ensemble… » Cela va un peu mieux. Comme je raccroche, Mireille, ma secrétaire entre dans mon bureau.Elle jette un œil sur le magazine ouvert : « -Vous lisez ça ?Vous ? -Mais, non…c’est une copine qui a du l’ oublier dans ma voiture ! » lui dis-je d’un air agacé -J’ai quoi aujourd’hui ? -Rendez-vous à 14 heures avec les gens de KPMG… -Remettez ce rendez- vous à 16 heures, s’il vous plaît.Ce sera tout, merci Mireille…très joli votre ensemble, c’est un Rodier, n’est ce pas… -Heu…oui, merci Marc, je l’ai acheté en soldes la semaine dernière.J’ai repéré une petite boutique…. » Finalement nous somme restés une bonne heure à discuter chiffon, coiffeurs, régimes…et ça m’a plu, j’étais à l’aise, malgré moi... 12H00, je sonne à la porte du cabinet d’André, il me crie d’entrer.Il discute avec une de ces patiente qu’il est en train de raccompagner : une belle brune, la quarantaine, grande, des jambes magnifiques…mais super mal maquillée…trop de fond de teint, et ce rimel bleu, quelle horreur !!!!Soudain j’ai l’impression de perdre pied.Pour la première fois de ma vie d’homme, je ne dévisage pas une femme selon mes codes de mâle : Jambes, cul, seins, mains, bouches, yeux, mais avec des critères qui, bien qu’ils me soient totalement inconnus, me semblent familiers : je la détaille à toute vitesse de bas en haut, et de haut en bas et j’enregistre tout : son tailleur mi-saison un peu défraîchi, des escarpins neufs (Charles Jourdan), un carré Hermès (modèle classique), elle s’est fait les ongles en vitesse sans avoir enlever l’ancien verni et porte Shalimar de Guerlain…cette faculté me sidère autant qu’elle m’angoisse et je dois être livide car André m’invite, précipitement à m’asseoir, alors que je marmonne un vague au revoir à la cliente qui me regarde bizarrement, la main sur la poignée de la porte. Elle sort enfin et je lâche un soupir sonore en me passant la main sur le front. « -ça va aller? », s’inquiète André. « -Oui, merci !Enfin, non cela ne va pas du tout….j’ai l’impression de devenir dingue ». Et je lui raconte tout : Marie Claire, le Porto, le papotage avec Mireille et mon analyse express de sa patiente. André me regarde longuement.Nous sommes restés dans l’entrée, moi sur le fauteuil d’osier, près du porte-parapluies, lui s’est assis derrière le bureau de sa secrétaire, partie manger. Tiens,il manque un bouquet, sur ce bureau….des orchidées ça serait pas mal, c’est à la mode… «- Qu’est ce qui m’arrive André ?? « Il semble hésiter « je ne suis pas sûr….laisse moi te poser quelques questions.Réponds moi sans réfléchir ,OK? -OK -Tu regardes quel journal télévisé le soir? -PPD -Ton animateur préféré ? -Drucker -Ton feuilleton favori ? -Navaro, Julie Lescaut -Le prochain bouquin que tu veux t’acheter ? -Le dernier Patricia Cornwell….j’adore ! -Ton film préféré ? -Titanic -Tu vas regarder quoi Samedi soir ? -Star ac….ou peut être Sébastien…. » Je n’arrive même pas à croire ce que je viens de dire…la dernière fois que je suis resté un samedi soir chez moi, devant la télé, j’avais 42 de fièvre…et encore j’étais avec une nana. André me regarde, avec compassion maintenant : « Tu souffre de panélisation aiguë…tu es mon 3ème cas en un mois -De pané…quoi !!!! ?? -Panélisation aiguë, et ton cas est le plus avancé que j’ai pu observer.Laisse moi t’expliquer et ne m’interromps pas.Cette pathologie est apparue il y a un an aux Etats-Unis, mais elle est dure à déceler et se diagnostique seulement quand les personnes sont gravement atteintes comme tu sembles l'être. -Je ne…. -Tais toi,je t'en prie, laisse moi finir . Nous avons observé, en Amérique, puis en Europe, que des personnes perdaient petit à petit leur traits de caractère, leur références, leur jugements propres pour intégrer à la place les codes, les goûts, les habitudes créés par les médias et les publicitaires .Et plus la personne est éloignée de toutes ces références médiatico-publicitaires plus la transformation se fait rapidement.Il s’agit bien sûr d’une transformation neurologique et non physique, mais la personne qui souffre de panélisation aiguës perd ses repères et devient quelqu’un d’autre.Selon le pays, les nouvelles normes acquises sont différentes. Et moi qui te connais depuis 10 ans, je peux te dire que, pour toi, c’est irréversible : ta métamorphose est presque terminée, tu as pratiquement assimilé toutes les références du panel. -Mais de quel panel !!!!!Quelle métamorphose !!!! »Hurlè-je. André me regarde droit dans les yeux, un rictus comme un sourire défunt. « Tu es en train de devenir une ménagère de moins de cinquante ans. » |
| Impression : Extraordinaire
Et tellement vrai chez certains sujets ...(diable) ;o) |
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Remerciements à J-Jacques, pour l’idée ... Je suis à la recherche d’un chien, un doberman. Contrairement à la plupart de ce genre de chiens, il n’a pas les oreilles et la queue coupées, et son collier est du type qu’on appelle étrangleur, vous savez, ces colliers de métal avec des éléments qui ressortent d’un côté et que les gens mettent avec les éléments ressortant soit l’intérieur, pour maintenir plus fermement leur chien, soit vers l’extérieur, pour les protéger contre l’agression éventuelle d’autres chiens, et son collier à lui a les éléments qui ressortent vers l’intérieur. Si vous le voyez, pourriez-vous me prévenir ? ********************************************* C’était un couple sans histoire ; la femme, la quarantaine bien conservée, coquette et bien mise, donnait toujours l’impression de sortir de chez le coiffeur ; le mari, un peu rond, plus âgé et le paraissant, avait l’œil triste et le cheveu rare. Ils étaient mariés depuis bientôt 20 ans et la lassitude s’était installée entre eux. Ils n’avaient jamais eu d’enfant et avaient comblé ce vide par la présence d’un chien, un doberman. Elle travaillait à mi-temps comme secrétaire médicale, tous les jours jusqu’à 13 heures dans un petit cabinet médical de leur quartier, et lui partait tous les matins à la Gare du Nord où il était chef du service de la consigne de la gare. Ils habitaient depuis leur mariage au quatrième étage d’un petit immeuble de la rue Danrémont et connaissaient tous les habitants et les commerçants du quartier ; il faut dire qu’en 20 ans les gens finissent par s’habituer à vous. C’était vraiment un couple sans histoire. Un jour, la vieille dame du troisième fut mise en maison de retraite par ses petits-enfants et l’appartement qu’elle occupait devint libre. Cela les gêna d’abord dans leurs habitudes, car cette gentille dame s’était toujours occupée de faire relever leurs compteurs d’eau et d’électricité ainsi que d’arroser leurs plantes vertes lorsqu’ils étaient absents ; et puis, la vie poursuivant son cours, ils se firent au fait qu’elle n’était plus là. Quelques semaines plus tard, une camionnette de déménagement s’arrêta devant leur immeuble et un grand jeune homme tout habillé de cuir vint s’installer dans l’appartement libéré par la vieille dame. Tout d’abord, le couple sans histoire ne s’intéressa pas au nouvel occupant de l’appartement du troisième, et puis un jour, comme il offrit ses services pour aider la femme à monter ses commissions, ils commencèrent à échanger des paroles anodines sur le temps qu’il faisait, et un dimanche qu’il était venu leur emprunter un peu de sucre, ils l’avaient même invité à partager le café avec eux. La vie continua ainsi dans leur petit immeuble. La femme travaillait le matin, s’occupait de son ménage et de ses courses l’après-midi, et l’homme partait tôt et rentrait tard, après être allé prendre un petit verre au bistrot avec ses collègues de travail, et, de temps en temps, le dimanche après le déjeuner, ils allaient prendre le café soit chez le jeune homme, soit c’était eux qui l’invitaient à venir en prendre un au quatrième. Plusieurs mois passèrent. On apprit le décès de la charmante vieille dame et tout l’immeuble se rendit à son enterrement après s’être cotisé pour l’achat d’une couronne. Les mois continuèrent à s’écouler paisiblement, avec échange d’invitation pour prendre le café, soit au troisième, soit au quatrième. Un jour pourtant, les invitations entre le troisième et le quatrième étage cessèrent. Dans le couple sans histoire, ni la femme ni l’homme ne souleva de questions. Une année s’écoula. Depuis des années, tous les dimanches après-midi, sitôt son café avalé, l’homme emmenait son chien en promenade du côté des puces de Saint-Ouen, et sa femme ne le revoyait que le soir. Il revenait souvent avec des vieilleries qui disparaissaient aussi vite qu’elles étaient apparues, car la femme les cassait malencontreusement, elle était tellement maladroite. Il finit par ne plus rien rapporter, et il ne lui faisait plus partager son enthousiasme pour des reliques pleines de poussières, mais il disparaissait toujours tout l’après-midi du dimanche. Elle en fut très contente. Elle, par contre, passait moins de temps à faire ses courses et son ménage, mais elle disparaissait également des après-midi entiers. Elle avait minci et faisait davantage attention à ses toilettes, néanmoins son mari ne s’en aperçut pas, ou fit semblant de ne pas s’en apercevoir. Il continuait sa petite vie tranquille et ne s’occupait pas de la vie ni de l’emploi du temps de sa femme, pourvu qu’elle fit de même et qu’il eut son dîner prêt lorsqu’il rentrait le soir. Un soir, cependant, il était déjà là lorsqu’elle rentra à la maison. Il fut furieux de devoir attendre qu’elle prépare le repas pour pouvoir passer à table et de manquer le début des informations à la télévision. Elle s’excusa : elle avait rendez-vous avec son dentiste, et il l’avait reçu en retard. Il lui demanda alors de s’arranger pour prendre ses rendez-vous suffisamment tôt dans l’après-midi pour que ce genre d’incident ne se reproduise pas. Elle lui dit qu’elle y ferait attention. Le soir suivant ses copains n’étaient pas libres et comme il n’alla pas au bistrot, il rentra plus tôt que d’habitude. En montant chez lui, il entendit la porte du troisième claquer, et des pas précipités grimper les escaliers. Il ressentit une impression bizarre. Mais arrivé chez lui, sa femme était là à l’attendre et le repas était prêt. Le temps passa. Un jour, le mari était parti comme tous les dimanches se promener avec son chien ; la femme, s’ennuyant devant la télévision, décida de sortir. Arrivée devant la porte du troisième étage, elle crut reconnaître la voix de son mari, mais quand elle lui posa la question, le soir, il lui demanda si elle n’était pas souffrante. Pourtant, il sembla troublé ; cela intrigua la femme. Elle décida alors d’en avoir le cœur net et de le suivre à sa prochaine sortie dominicale. Elle n’eut malheureusement pas le temps de mettre son plan à exécution car le lendemain, son mari rentra beaucoup plus tôt que d’habitude. Elle n’eut pas non plus le temps de sortir de l’appartement du grand jeune homme pour aller préparer le dîner de son mari, ni de refermer la porte au nez de celui-ci alors qu’il montait les escaliers et qu’elle était en train de quitter le logement du troisième en y laissant son chien pour être plus tranquille pour faire ses courses pour le repas. Par contre, son mari eut le temps de repousser la porte, d’entrer dans l’appartement du troisième, de suivre le couloir, de gagner la chambre, de voir que le jeune homme était encore au lit, et, surtout, de voir que le doberman était avec lui. Il aurait supporté de se rendre compte que sa femme le trompait, de toute façon, il faisait la même chose avec le jeune homme tous les dimanches après-midi, il aurait également supporté que le jeune homme le trompe, mais ce qu’il ne supporta pas c’est de savoir que son chien le trompait avec le jeune homme. Il y avait un petit poignard marocain qui traînait sur une table basse non loin du lit à côté de plusieurs lettres ouvertes ; sa main plongea pour s’en emparer et d’un mouvement instinctif il trancha la gorge du jeune homme. Il trancha également celle de sa femme qui hurlait derrière lui car elle l’ennuyait avec ses cris. Il remit le collier et la laisse à son chien et quitta l’appartement en claquant la porte. Depuis on ne les a plus revus. Si vous voyez dans le quartier ou même ailleurs, un doberman aux oreilles tombantes, à la queue non coupée et avec un collier étrangleur, accompagné d’un monsieur un peu rond avec l’œil triste et le cheveu rare, ce dernier sera peut-être le mari de la maîtresse de l’amant, en cavale avec son chien, amant de son amant et de l’amant de sa femme, alors surtout, n’hésitez pas, prévenez-moi, je m’occupe de son dossier…. x.l. |
| Impression : Extraordinaire
J’ai bien failli croire à une autre histoire et une autre chute, mais celle-ci me plait bien... ;o) |
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Il s’appelait Gérard ; son fils, Justin. Je fis leur connaissance pendant mes vacances d’été, une année, au Maroc. Gérard n’était pas très grand et était plutôt rond et chauve. Justin n’avait que six ans, mais on pouvait déjà se rendre compte que, plus tard, il ne serait pas très grand, et qu’il serait plutôt rond ; et chauve. Gérard était toujours souriant. Justin aussi. Mais cela ne me les rendait pas plus sympathiques pour autant. Vous souvenez-vous de certaines nouvelles, obsessionnelles, de Ray Bradbury, situées géographiquement en Amérique du Sud, et dans lesquelles la beauté du squelette et l’envie de gommer toute graisse superflue sur le squelette revenaient de façon récurrente ? Ces nouvelles m’ont marquées et à cause d’elles j’ai toujours éprouvé un certain plaisir à regarder une ossature fine et un profond dégoût à voir qui que ce soit bâfrer de façon écœurante. Gérard mangeait beaucoup. C’était d’ailleurs son principal centre d’intérêt ; et également sa plus grande angoisse en ce qui concernait l’appétit ou l’éventuel, bien qu’improbable, manque d’appétit de son fils : « Justin, tu ne manges pas ... qu’est-ce que tu as ? mange de la viande, mange des légumes, mange des gâteaux, fini ton assiette, prends des forces ... » et comme cela tous les jours, et trois fois par jour. Lorsque Justin nous rejoignait enfin à table, alors que nous avions commencé à déjeuner depuis longtemps, ses assiettes débordaient de spaghettis, de boulettes de viande, de sauce tomate et de gruyère râpé. Il avait à peine fini son assiettée qu’il repartait chercher du fromage, de la soupe, des gâteaux ... sous l’œil inquiet de son père qui trouvait toujours que Justin ne mangeait pas suffisamment : « Justin, tu ne manges pas ... qu’est-ce que tu as ? ... » ; ce que Justin n’arrivait pas à terminer était avalé par son père qui lui-même s’était octroyé des portions gigantesques. Nous partagions la même table qu’eux et regardions, effarés, les capacités de Justin à engloutir n’importe quoi. Nous avions même un peu peur qu’il soit malade à table ... Gérard avait une cinquantaine d’années. Il avait divorcé d’avec la mère de Justin plusieurs années auparavant et ne pouvait profiter de son fils que pendant quelques week-ends par an ainsi que pendant les vacances. Il angoissait en permanence et avait peur que son fils s’ennuie, qu’il tombe malade, et qu’il soit moins heureux avec lui qu’avec sa mère. Il interrogeait donc continuellement le gamin et on entendait régulièrement « Justin, tu es heureux avec ton père, n’est-ce pas ? n’est-ce pas Justin que tu préfères être avec ton père qu’avec ta mère ? on s’amuse mieux entre hommes, hein mon Justin ? ». Justin se laissait aimer et souriait toujours ... Comme il avait environ six ans, il avait commencé à perdre quelques unes de ses dents de lait et son sourire en pâtissait. Il en pâtissait d’autant plus que Justin était grimacier et qu’il passait son temps à se raconter des histoires : il aimait particulièrement celle de "la belle au bois dormant" et quand il s’en racontait des passages, on avait davantage l’impression qu’il s’agissait d’un film de guerre que d’un dessin animé de Walt Disney ... Ses grimaces et son sourire me faisaient un peu peur. Il était petit pour son âge, joufflu, un peu rougeaud, le cheveu ras et rare, et ses mains, petites et larges, avaient des doigts larges et très courts, surtout le pouce qui ressemblait à une petite spatule. Je n’aimais pas le regarder car il me répugnait, particulièrement quand il s’empiffrait. A notre table, il y avait également deux petites filles, à peine plus âgées que lui, qui déjeunaient raisonnablement et plutôt peu que trop. Elles étaient adorables, bien élevées, fines et menues, et habillées de façon ravissante. J’ai toujours préféré les petites filles ... de toute façon. Les mères des deux petites filles essayaient de temps en temps de prendre Gérard en aparté et de lui faire comprendre qu’il n’était pas nécessaire d’inciter Justin à manger autant que cela, que si cela continuait, soit Justin risquait d’être malade, soit il finirait par devenir un gros petit garçon ... Gérard avait toujours une bonne raison pour expliquer et excuser l’appétit de son fils ; d’abord, Justin tenait de lui qui avait bon appétit, ensuite, ils faisaient tous les deux énormément de sport et il fallait que son fils ait des forces pour le tennis, la natation, les promenades ... et tout ce qu’il lui imposait tout au long de la journée. Justin pendant ce temps-là continuait à se raconter "la belle au bois dormant", toujours avec force grimaces, en continuant de vider des assiettées de frites et de spaghettis. Lorsque le gamin était attablé devant son assiette, il était hors de question de le voir quitter la table, sauf pour aller la remplir à nouveau ; une fois, par exemple, le gamin se rendit compte qu’il avait oublié de prendre une cuillère à soupe, et plutôt que de se lever de table, il me demanda d’aller lui en chercher une ... Il aurait fallu également que je l’aide à couper sa viande, car son père était trop occupé lui-même à vider ses assiettes, et nous, bien sûr, avec le peu que l’on mangeait, on avait tout le temps de les aider à remplir leurs assiettes ou à les vider en leur apportant ce qui leur manquait. Plus Gérard et Justin mangeaient, moins je remplissais mes plats, moins je passais de temps à me nourrir, et plus je passais de temps à les regarder s’empiffrer, tout en écoutant Gérard dire à Justin : "Justin, tu n’as pas pris de viande ! il faut que tu manges de la viande, tu en as besoin ! Justin, mange de la viande, mange des légumes, mange du fromage, mange des gâteaux ..." ; j’en attrapais des indigestions. Vous pourriez me demander pourquoi je ne changeais pas de table, mais les deux petites filles et leurs mères étaient tellement adorables qu’à cause d’elles, je restais. Puis les vacances se sont terminées et chacun est rentré chez soi : mes petites amies à Bruxelles et Gérard et Justin en région Parisienne. J’avais eu plaisir à laisser mes coordonnées à mes petites amies belges, mais je ne le fis pas pour Gérard et son fils. Ils ne m’avaient intéressée pendant le temps de mes vacances qu’en ce qui concerne le côté ethnologique, mais je n’avais pas envie de revoir ce gros homme laid qui aimait de plus étaler ses soi-disant énormes possibilités financières. Pourtant, j’ai eu un fantasme à leur égard : je les ai vus tels des ogres, entourés d’énormes monceaux de nourriture, et j’ai rêvé qu’à force de se forcer à manger et de forcer son fils à manger, Gérard pourrait bien mourir un jour de suralimentation dans son petit pavillon de banlieue et qu’à ce moment là, il risquait fort d’être mangé à son tour par son charmant bambin lorsque celui-ci aurait réussi à engloutir tout le reste. x.l. |
| Impression : Extraordinaire
"Moi j'voudrais tous les voir crever, étouffés de dinde aux marrons..." ;o) |
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Lundi 13 novembre Je m'appelle Karin et j'ai 7 ans. Papa travaille toute la journée et maman reste avec moi pour s'occuper de moi. Je ne vais pas à l'école. Je ne vais plus à l'école. Depuis que je suis tombée malade et que j'ai arrêté de marcher. Maman dit que je suis très en avance pour mon âge. Je pense que c'est vrai. C'est elle qui m'a appris à lire et à écrire. Maman dit que j'écris très bien et m'encourage à écrire dans ce cahier que j'ai reçu avec toute une pile de livres pour mon anniversaire. J'ai eu 7 ans hier. Vendredi 17 novembre Je passe mes journées à lire ou à regarder la télévision assise sur ma chaise et je me rends compte qu'il est très difficile d'avoir tous les jours quelque chose à écrire dans son journal. En fait, il ne m'arrive pas grand-chose de nouveau à raconter puisque je reste tout le temps sur ma chaise dans cette grande maison où je m'ennuie à mourir. Dimanche 26 novembre Grand-mère est venue déjeuner avec nous ce midi. Elle m'a demandé ce que je voulais commander au Père Noël cette année. Je sais bien que je n'ai que 7 ans mais cela fait au moins deux ans que je n'y crois plus au Père Noël ! Par contre, je n'ai pas voulu le lui dire, de peur de la peiner. Mercredi 29 novembre Grand-mère m'a apporté du joli papier à lettres dimanche dernier. Alors pour lui faire plaisir, j'ai écrit une lettre au Père Noël et je la lui donnerai à poster la prochaine fois qu'elle viendra nous voir. J'ai demandé à recevoir une poupée qui marche. Il y a plein de publicités pour les jeux et les jouets qui passent en ce moment à la télévision et ça m'a fait un peu envie ce genre de poupée, à moi qui ne peux plus marcher. Samedi 2 décembre Grand-mère est passée ce midi et je lui ai donné ma lettre. Elle était toute contente que j'ai utilisé son papier à lettres. Lundi 4 décembre Ce journal ne me sert à rien. Je n'ai jamais rien à y raconter. Mercredi 20 décembre Cela fait plus de deux semaines que je n'ai pas ouvert ce cahier ni écrit dedans. J'ai envie de le déchirer et de le jeter ! Vendredi 22 décembre Noël est dans deux jours. Lundi 25 décembre Ma poupée est superbe. Elle est grande, blonde, avec de jolis yeux bleus. Elle marche aussi bien que moi avant ma maladie et en plus, elle parle. Je l'ai appelée Nirka. Vendredi 5 janvier Je ne sais pas où ma grand-mère a trouvé cette poupée, mais il se passe de drôles de choses avec elle, des trucs que j'ai du mal à expliquer. Dimanche 7 janvier Quand ma poupée parle, elle ne dit pas bêtement "papa" ou "maman" comme toutes ces poupées idiotes, mais elle me parle, elle me parle vraiment ! Mercredi 10 janvier Grand-mère est passée tout à l'heure et je lui ai demandé si elle savait où le Père Noël avait trouvé cette poupée. Elle m'a répondu n'en rien savoir, que ça n'était pas elle qui avait choisi ma poupée, mais qu'elle la trouvait très belle. Samedi 13 janvier En fait, ma poupée me fait peur. Elle me raconte des choses qui me déplaisent, des choses sur papa et maman que je préfèrerais ignorer. C'est comme si elle les détestait et qu'elle leur en voulait des conséquences de ma maladie. Jeudi 18 janvier Je me demande si Nirka n'a pas raison … Samedi 24 février Nirka est la meilleure amie que j'ai jamais eue. Je sais que ma mère la déteste. Lundi 24 décembre Le temps a passé, près d'un an s'est écoulé depuis la dernière fois que j'ai ouvert ce journal. Ce soir, c'est à nouveau Noël. Bizarrement, ma poupée a arrêté de marcher ce matin. Mon père a essayé de changer les piles, mais il n'a pas réussi à découvrir la trappe d'accès. Je ne sais pas si c'est l'idée de fêter Noël qui me fait me sentir comme ça, mais je suis en ébullition et j'ai comme des picotements dans tout le corps. Mardi 25 décembre Papa, grand-mère, mon journal ! il s'est passé un miracle hier soir !! Alors qu'elle descendait du premier étage, ma mère a trébuché sur Nirka qui était posée sur une marche et est tombée. Elle est restée là, immobile, en bas de l'escalier, la tête tournée bizarrement, les yeux fixes, grand ouverts et un peu en tas, comme une poupée de chiffon. J'ai alors eu très peur et je me suis précipitée ! Mon père me regardait, les yeux écarquillés et plein de larmes : "ma fille marche ! ma fille marche !". C'est alors que j'ai réalisé que j'étais debout. J'ai posé ma poupée dans un coin et ce matin, quand j'ai voulu la prendre dans mes bras, je n'ai pas réussi à la retrouver, c'est comme si elle avait disparu. C'est drôle, avec l'accident qui est arrivé à ma mère hier soir, ni papa ni ma grand-mère n'ont pensé à m'offrir de cadeau de Noël ... mais ça ne me manque pas. x.l. |
| Impression : Extraordinaire
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La période de l’année qu’il aime le plus, celle de Noël, approche enfin. Il aime tout particulièrement cette sensation au moment des fêtes, comme si l’air de la ville devenait pétillant. Il aime aussi voir les passants, les bras chargés de paquets, courir pour prendre qui le bus, qui un taxi, qui le métro. Et lui est là, immobile, à un angle de rue, devant un grand magasin, revêtu d’une houppelande dont la capuche est soigneusement rabattue sur ses yeux, l’autre moitié du visage cachée par sa large barbe blanche. Déguisé en Père Noël, tous les enfants viennent le voir, et aucun n’a peur de lui, car le reste de l’année, quoi qu’il fasse, aucun enfant ne viendrait vers lui, il leur fait peur, il est trop vieux et trop laid. Il est tellement laid, et la plupart des enfants sont si beaux, les cheveux fins, lisses ou bouclés, le visage rose avec des yeux immenses et lumineux, le corps souple et confiant lorsqu’ils s’abandonnent dans ses bras pour un baiser… c’est si bon de se sentir aimé, même si ce n’est pas lui que l’on aime, mais l’image qu’il a revêtu en même temps que son déguisement. Au bout de son bras droit, une petite clochette. Il l’agite par moment, pour attirer l’attention d’un enfant qu’il a repéré de loin et qu’il trouve plus particulièrement beau. La clochette tintinnabule et aussitôt, le tout petit entraîne sa mère ou son père dans sa direction. Il peut alors s’accroupir pour le prendre dans ses bras. Quand il le relâche, le petit semble un peu plus pâle, mais ce doit être l’émotion. Son déguisement est très réussi. Sa houppelande est en drap de bonne qualité, d’un rouge superbe, et tombe parfaitement en beaux plis au-dessus de ses bottes fourrées. Sa large ceinture met en valeur son ventre confortable, et sa barbe est d’une qualité irréprochable. Rien à voir avec les autres Père Noël qui, pour tout le monde, y compris les enfants, ne sont que de vagues copies de l’original. Derrière son dos, sa hotte est remplie de bonbons aux emballages multicolores. A sa gauche, une large sacoche lui sert à ranger les lettres que les enfants lui remettent. Il fait un peu froid, mais plus la journée avance, plus il se sent mieux, plus les journées passent, plus il se sent vigoureux : tenir les enfants dans les bras lui fait du bien. Cela fait déjà une bonne dizaine de jours qu’il vient, tous les matins, se poster à cet angle de rue, devant le grand magasin. A chaque fois qu’un malheureux déguisé en Père Noël a voulu se placer trop près de lui, il l’a regardé droit dans les yeux et ce que l’autre y a découvert l’a fait fuir. Pourtant, les enfants continuent à s’approcher de lui à chaque fois qu’il agite sa clochette, petites choses tendres emmitouflées, dont les joues rosies par le froid deviennent plus claires lorsqu’ils les redépose par terre et qu’ils courent rejoindre leurs parents attendris. Certains enfants le connaissent parfaitement bien maintenant, et, bien que l’on voie qu’ils meurent d’envie de se jeter dans ses bras, ils hésitent ; pour les décider, il doit agiter davantage sa clochette et là, plus rien ne peut les retenir, il faut qu’ils viennent, qu’ils sautent dans ses bras ; il les soulève alors de terre, les tient longuement serrés contre lui et les joues des enfants palissent d’être embrassées si fort et si lon |
| Impression : Extraordinaire
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Blog mis à jour le 05/12/2008 à 11:13:57
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