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Fly Away ! - 1829548
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Les Deux Quartiers d'Orange.


C'était l'odeur d'agrume, et puis l'odeur de thymp. A la commissure des ombrages de la plantation, qui fuyait en pente douce vers la mer, aux confins des branchages on devinait le littoral. Le paquebot Marseille – Alger, après une nuit à riduler la surface de la mer, les avait déposé au matin sur l'autre rivage de la Méditerranée – le port de l'algérois.

Un taxi les avait emmenés sur les collines qui bordent au loin la ville, là où son bruit se fait plus sourd, où son tumulte se difracte, où l'air semble s'alléger. Sur les hauteurs qui ourlent la capitale, lorsque les barres d'immeubles se sont faites rares, quand les quartiers sont devenus des bourgs, et les bourgs des masures, le temps prenait une ample respiration, et semblait un moment dilater son emprise. On arrivait à l'orangeraie familiale.

Depuis les années de guerre civile, qui avaient ensanglanté dès l'aube des années 1990 le pays, on disait le lieu peu sûr. Repère de la milice, lieu de règlements de comptes entre « le pouvoir », pour reprendre l'expression quasi religieuse des algériens, et les milices islamistes, pour ce que l'on en savait, l'endroit nourrissait une légende qui datait de la guerre d'indépendance. Déjà à l'époque, les frontières étaient floues. Entre les colons français, ceux qu'on appelerait plus tard « les harkis », pris à l'étau de deux fidélités, et les mouvements nationalistes se réclamant du FLN, c'étaient des familles, des villages, un pays qui se déchirait, dans ces années soixante qui voulaient se détacher de la France. Aujourd'hui les clivages restaient aléatoires, entre religieux, armée et pouvoir, reprenant ceux d'hier, les hâchurant de ceux d'aujourd'hui, dans un rapport d'amour et de haine avec la France, qui ne servait le plus souvent que de prétexte à des rivalités de familles, d'argent, d'influence supposée... On maquillait souvent de vieux conflits, de vieilles haines des couleurs du contexte politique, quelques en soient les nuances, les dégradés, et les empourprements – parfois sanguins, comme une orange.

Le taxi les avait déposé à l'entrée du hameau, à la demande de Roxana. Il leur resterait quelques paires d'hectomètres à gravir, à elle et à Tafir, arpentant les rues basses du village, pour toucher à l'enclos qui ouvrait la demeure de famille – du grand-père de Roxana, puisqu'il fallait être précis. Roxana y avait passé ses six premières années, heureuse et insouciante, avant que ses deux parents ne viennent vivre sur l'autre bord de la Méditérannée, qu'ils mâtinaient de remugles d'océan – en banlieue de Bordeau. Son père, Ithar, qui était algérien, travaillait dans l'import-export vinicole, et obtenait une promotion importante auprès d'un producteur de sirupeux bordelais. Elle disait juste de sa mère qu'elle était d'origine espagnole, et qu'elle se nomait Aranxa.

Les souvenirs d'enfance, qui avaient reflué en rêves durant toutes ces années de la mémoire de Roxana, revenaient à tout va à la surface. L'odeur de terre. La couleur du gravier. La caresse de la brise. Le stridulement des grillons. La Provence était peu en regard de cela. Comme dans un jeu de cubes, les souvenirs d'enfance venaient s'emboiter, dans un superposé parfait, avec ce que les yeus de Roxana retrouvait. Tafir respectait cet instant, qui lui avait lâché la main, demeurant quelques pas derrière elle. Ne la laisser qu'avec el

mardi 22 août 2006
01:29

Oeuvre originale
Auteur : Thierry Seveyrat

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L’Aile Gauche du Désir.


Nouvelle de la Saint Valentin.







Une nouvelle est là pour caresser des possibles - faute de mieux.







‘‘Que dîtes-vous ?
C’est inutile ? Je le sais !
Mais on ne se bat point dans l’espoir d’un succès !
Non, non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !’’


‘‘Cyrano de Bergerac’’, Edmond Rostand, tirade finale.







‘‘Les seuls combats perdus d’avance sont ceux que l’on refuse de mener.’’

Léon Blum, mai 1936,
discours d’investiture du gouvernement de Front Populaire à l’Assemblée Nationale.








Autour du rideau


Que se disent théâtre et cinéma ? Si nombre d’acteurs et réalisateurs passent de l’un à l’autre, et que quantité de cinémas trouvent place dans d’anciens théâtres, il se noue des liens plus intimes et plus fins entre ces deux arts de la représentation, dont aucun ne peut prétendre remplacer l’autre. Si Peter Sellars sut intégrer certains passages filmés dans quelques de ses pièces, nombre de réalisateurs ont pris pour cadre de leurs films le théâtre, en ce qu’il est le lieu dramaturgique par excellence. Entre les marivaudages d’un Rivette ("Haut Bas Fragile", "Va Savoir"...) et l’exigence du couple Danièle Huilet – Jean-Marie Straub (cf. l’éprouvant "Ouvriers, Paysans", pièce lue pendant 2H03 sans intonations par des acteurs figés debout en pleine forêt, chaque rôle étant lu par plusieurs personnes...), émergent nombre de longs métrages qui associent audace de mise en scène et qualité d’interprétation, planches et toiles. Fourrons-y donc un peu le nez...

"All About Eve". Avec "La Comtesse Aux Pieds Nus" et "Soudain l’Eté Dernier", ou encore "Cléopâtre", l’un des tous meilleurs films du réalisateur américain Joseph Leo Mankiewicz. Daté de 1950, tourné en noir et blanc, il voit Bette Davis y interpréter Margo, grande actrice à succès, dont une certaine Eve est la spectatrice assidue, n’hésitant pas à suivre ses pièces de ville en ville. Petit à petit celle-ci se fait accepter par la troupe, assiste Margo, se rend indispensable, puis un soir d’absence la remplace sur scène... Son succès est énorme, estompant celui de Margo ; Eve Harrington remporte dès lors nombre de prix et succès. La scène finale voit une certaine Phoebe s’introduire chez Eve et y proposer ses services : on devine la suite...

Oscar du meilleur scénario et du meilleur réalisateur, "All About Eve" est un film sur l’ambition et l’arrivisme, qui relègue le théâtre en arrière plan pour se concentrer sur la noirceur fondamentale de l’être humain, thème redondant chez Mankiewicz, un peu à l’image de Kubrick. Le dédale de situations, un certain suspense, le caractère entraînant du scénario trouvent écho dans le jeu époustouflant des acteurs, qui affichent à l’écran tout ce que l’ambition peut avoir d’implacable. Le film n’a pas pris une seule ride.

"Opening Night". Myrtle Gordon, actrice au fait de sa carrière, interprète au théâtre ‘‘The Second Woman’’ avec son équipe habituelle, à New Haven. Mais un soir, après une représentation, l’une de ses admiratrices de 17 ans lui quémande un autographe : moins chanceuse que l’Eve pr

lundi 7 août 2006
23:35

Oeuvre originale
Auteur : Thierry Seveyrat

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Qu'en est-il de l'amitié ?


Patrick et Martin filaient le parfait amour. Patrick, la trentaine, jeune cadre en informatique, était un garçon créatif, avenant, des projets plein la tête, même s'il arrivait qu'un peu d'anxiété l'amène à se ronger un ongle. Martin, pour sa part, était dans le couple celui à qui échoit le rôle du sérieux, celui qui le premier rachète les céréales du petit déjeuner, régle dès qu'elle arrive la facture EDF, appelle à l'avance le plombier afin qu'avant l'hiver il vérifie les circuits d'eau. Ils s'étaient rencontré au vernissage de l'exposition d'une amie commune, Isabelle L., jeune artiste émergente qui réalisait des tableaux figuratifs sur support vidéo. Les deux hommes s'étaient aperçus à l'apéritif, et puisqu'ici l'un et l'autre, hors Isabelle, ne connaissaient personne, ils avaient décidé, entre un Gin et trois pistaches, de nouer conversation. Tout était parti d'un violent désaccord qu'ils avaient sur l'interprétation à donner au plus fameux tableau de l'exposition, "Désamour en si bémol", chacun tentant d'amener l'autre à sa position. De considérations philosophiques en analyses critiques, de références vidéographiques en allusions au passé d'Isabelle, tous deux s'étaient tant pris au jeu (mais en était-ce encore bien un ?) qu'il fallut un restaurant pour prolonger le débat, puis un bar, une voiture.... On ne sait qui convaint l'autre, mais le résultat était que depuis quatre ans Martin et Patrick vivaient ensemble, dans un grand appartement de la périphérie de Lille. Pacsés au printemps 2000, Isabelle avait été leur témoin.

A peine plus âgé que Patrick, Martin était un beau garçon, sportif, qui comptait cinq marathons à son actif, et nombre de participations à des compétitions multiples, du canoé-kayak au VTT, du watter-polo au ski de randonnée. Peut-être faut-t-il déduire qu'il trouvait dans ces pratiques un exutoire à quelque angoisse, toujours est-il, il eut été peu dire que la nature ne l'avait pas démuni. Son travail de conseiller juridique dans une société d'économie mixte lui permettait de canalyser ses véléités intellectuelles, mais dans le sport c'étaient ses trippes, sa soif de sensations, son énergie à vivre qu'il débridait. Ce n'était jamais sans un froncement du sourcil droit, complété d'une contraction de la pupille, qu'il voyait imperceptiblement poindre le spectre de la quarantaine, cette dernière marche de la première partie d'une vie, la meilleure des deux à vivre. C'était cela peut-être, sa souterraine angoisse. En attendant, il bouffait la vie des deux bouts.

Patrick était lui plus songeur, moins matériel, plus inspiré aussi, ses amis communs avec Martin disaient : plus absorbé. Mais films, lectures, expositions et voyages l'avaient fourbi d'étonnantes ressources créatrices, qui surprenaient parfois Martin, sans jamais le décevoir. Patrick avait ainsi installé un salon de thé oriental dans leur salle de réception, disposé un réseau de webcams entre leurs pièces de travail, originalement repeint le couloir de leur appartement. C'est à cela que tenait son amitié avec Isabelle, avec qui il avait partagé deux années aux Beaux Arts : une même énergie à créer, un même et essentiel besoin d'esthétiser ses angoisses. Plus<

lundi 7 août 2006
23:09

Oeuvre originale
Auteur : Thierry Seveyrat.

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Chimères.


Le jeu ne consisterait qu'à s'approcher plus près de la réalité, du réel, de l'exact, à ne les saisir que de manière toujours plus fine, plus précise, plus ténue, exercice brut de dissection, de dépeçage, de scrutation obsessionnelle d'un avéré en fuite. Il y aurait des faisceaux, des grilles, des microns perfectibles, faiseurs de mondes et pyromanes de l'établi, qui nous offrirait nus des états invisibles, des maillages inateints, une génétique de l'espace-temps, quand le temps est un leurre, le réel une idée, la perception un étonnement.

Nous nous tromperions bien.

vendredi 21 juillet 2006
14:01

Oeuvre originale
Auteur : Thierry Seveyrat

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Il y a des bulles.


Il y a des bulles. Espaces abandonnés, fertiles, à conquérir, proies de l'imaginaire, lieux de la déliaison où s'ouvrent les lotus, fleurs de l'esprit, épanchements féconds. Nous y entrons, et y ensemençons de nos douleurs d'hier, nos rêves d'aujourd'hui. Nos parallépipèdes, nos triangles secrets, bonbonnières à l'odeur de formol où gisent nos papillons. Pierres amassées, sables épandus, poussières d'étoiles réamorçant leur cycle : nos sédimentations, qui nourriront demain.

Il y a des bulles. Poches d'oxygène, alvéoles intérieures, satellites hallogènes, ces accompagnateurs sont les boites noires de nos désirs, le paper-board de nos appartenances, l'asignation carbone à toutes nos projections. Lucioles qui nous poursuivent.

Il y a des bulles. Segments de nos inconscients, reviviscences des rêves, partitions virtuelles disséminées sur le réseau, elles élargissent nos ciels, défragmentent nos perceptions, dessinent des banlieues à nos imaginaires. Ce sont nos en-deçà, nos au-delà et nos par-devers nous, les chrysalides à toutes nos intuitions, avant qu'elles ne s'envolent.

jeudi 20 juillet 2006
20:55

Oeuvre originale
Auteur : Thierry Seveyrat.

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Blog mis à jour le 02/12/2008 à 05:51:25



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