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Chapitre 19 : Vulnerant Omnes, Ultima Necat. Morales avait eu ce qu’elle voulait. Si par hasard ce mec n’était pas clair, il était désormais déstabilisé. Un chef sait dès sa naissance qu’à partir du moment où un suspect quel qu’il soit s’imagine être surveillé, c’est à ce moment là qu’il commence à multiplier les erreurs. Et pour le cas où Morales n’aurait rien à se reprocher, ses yeux bouffis et ses ongles noirs rejoindraient tranquillement le placard doré des précipices. Après presque une semaine à camper au même endroit sur la rive de la Seyne, je fus dérangé lors de la préparation de mon repas par un bruit de moteur. Une vedette qui avait du servir pour le tourisme se dirigeait à grande vitesse vers la berge. J’attendis patiemment, les bras croisés, afin qu’aucune méprise ne soit faite quant à mes intentions. Au dernier moment, le bateau vira et ralentit ; un homme à l’intérieur me héla, tandis que deux autres me tenaient en joue : « Hé, mon gars, je suis sûr que tu vas sacrifier un peu de ta personne pour aider le Gouverneur ! – les deux autres ricanèrent. - Parfaitement. Je vous attendais d’ailleurs. Depuis une semaine. Vous êtes pas très efficaces les mecs. Alors grouillez vous de me m’amener chez le Gouverneur, et me faites pas chi.er parce que je serai bientôt votre nouveau chef ! » Pour le coup, les trois guignols ne rigolèrent plus du tout. Le pilote de la vedette leur fit signe et ils descendirent pour me cueillir. Le larbin non armé m’attrapa rudement le poignet en m’injectant de me tenir tranquille. En réponse, ma main emprisonnée lui attrapa l’avant bras et je lui fis une clef ; un genou à terre, il n’eut pas le temps de protester : je lui assénais deux violents coups de genou dans les côtes et le laissai s’affaler au sol. Les deux autres relevèrent alors leurs fusils en ma direction, manifestement paniqués et ne sachant que faire, jetant frénétiquement des regards affolés entre leur chef et son bourreau. Sans même y prêter attention, je me dirigeais vers l’embarcation en lançant un « Bon, assez perdu de temps ; et au cas où vous l’auriez pas compris : » Allez vous faire voir ! ». Le pilote, qui n’était pas descendu, ne semblait pas craintif, tout juste étonné. Il attendit que les deux porte-flingue soient montés pour repartir, abandonnant sur le rivage la loque aux gros muscles, se relevant à peine. La vedette accosta peu de temps après sur un ponton l’île du Gouverneur autrefois Ile St Maurice, le QG de Charles. Le conducteur se retourna vers moi. Il portait à la ceinture un gros revolver, et je compris rapidement que c’était lui qui commandait, et pas la grande gueule. « Ton petit jeu c’était marrant, maintenant tu pose tes flingues, tu sors et tu joues pas au c.on. Tu me suis, et si tu dévies d’un demi mètre, tu serviras à nourrir les pommiers du gouverneur ! » J’emboîtais donc son pas, et, après trois postes de garde bien contenus, j’arrivais devant le palais du gouverneur, bien entouré d’une triple rangée de barbelés. Mon guide me mena rapidement à la salle principale, où une cour des miracles se pressait autour du trône sur lequel siégeait Charles, entouré de ses lieutenants les plus directs. Versailles. Le roi soleil en question avait l’air de s’ennuyer mortellement , quel adjectif approprié , devant un pauvre erre en train de mendier une grâce quelconque. Sans même le regarder, le pilote de la vedette le dépassa et alla murmurer quelque chose à l’oreille de Charles. Ses yeux s’éveillèrent et me détaillèrent. Il fit signe au serf de se taire et me dit d’approcher. « Alors, il parait que tu veux me servir… C’est courageux. Mais on me dit également que tu as des tripes. Très bien. Montre le : bute le ! » Les yeux du paysan brillèrent de peur, alors qu’un garde me faisait passer un Luger. Le test vieux comme le monde. Le flingue n’était pas chargé, et si je cherchais à tuer Charles, je me ferais transpercer de toutes part. Sans hésiter, je visais le mendiant en pleurs et pressais la détente. Son crâne explosa, soulevant le dégoût de la foule proche et largement arrosée. Merdre ! Le flingue ETAIT chargé ! Ce c.on aussi avait lu Hombre ! Charles rit des protestations de la foule et me félicita : au vu de mon hésitation, j’étais la personne avec le moins d’état d’âme qu’il lui avait été donné de voir ! Je n’eus pas le temps de me mortifier pour ce meurtre perpétré de sang froid, car Charles m’annonçait que la véritable épreuve commençait, en même temps qu’on me reprenait le flingue. J’allais devoir battre Mitron en combat singulier. Ce nom évoquait en moi une image de boutonneux à lunettes, mais la masse de deux mètres qui écarta la foule, au contraire, avait du abuser du Jet, un anabolisant que beaucoup utilisaient pour se droguer, pour arriver à une telle carrure. J’eus un moment de panique, et je reculais un peu. Mon adversaire arriva au niveau du cadavre, et lui marcha dessus. Son pied entra dans la cage thoracique du mort comme dans du beurre. Sans être particulièrement chétif, j’allais me faire rétamer ! Il me fallait une idée. Je fis le tour de la pièce du regard sans trouver d’objet à miracle. Puis je me résignais, je n’avais pas le choix. Alors que la brute se rapprochait, je me mis à courir dans sa direction, en hurlant, pour me donner du courage. En fait, pas tout à fait dans sa direction, je passais à un mètre à côté de lui, me dirigeant vers l’estrade d’où Charles présidait. A pleine vitesse, je chargeais un lieutenant et l’emportais vers le mur derrière lui. Au dernier moment, je me décalais un peu sur la gauche tout en lui tenant le bras. Emporté par la vitesse, il heurta violement le mur, tandis que je passais l’embrasure d’une porte à côté. Son membre résista à peine à l’énergie cinétique en jeu, et, dans un craquement sinistre suivi d’un hurlement glauque, me resta dans les mains. Je revins immédiatement dans la salle, puis, d’un coup de coude sur la nuque du bougre plié par la douleur, suivi de deux coups de pieds dans la face, j’achevais le malheureux. Je me penchais et ramassais le flingue à sa ceinture, objet de ma convoitise, et braquais le géant qui, éberlué, m’avait regardé l’éviter sans comprendre. « Ok, ok, c’est bon, t’as gagné tire pas » bégaya-t-il, comprenant que c’était son dernier combat. Malheureusement, furieux d’avoir descendu un ‘’innocent’’, un seul des hommes du Gouverneur ne me suffisait pas pour apaiser mon âme. Cette petite mise au point lui mit du plomb dans la cervelle. Enfin, nonchalant, me sachant braqué par quatre gardes, je me dirigeais vers le maître des lieux, libérant le chargeur, actionnant deux fois de suite la glissière pour vider le canon, et tendant finalement le flingue à Charles. « Tu diras à la femme de ménage que je suis désolé ; si tu savais pas quoi faire de moi, je peux remplacer le manchot. Son mal de crâne lui a été fatal. » Charles attendit une seconde et éclata de rire. « On ne m’avait pas menti : tu es aussi gonflé en actes qu’en paroles. Bienvenue parmi nous, et repose toi, ce soir tu auras deux veuves à consoler ! » La société idéale que Charles essayait de construire était très simple. La hiérarchie se composait du monde extérieur, des paysans enfermés dans le sud du confluent, des soldats, des chefs de vedettes, de ses principaux lieutenants, et enfin de lui, tout en haut de la chaine alimentaire. Le quartier était divisée en deux : au nord l’Ile avec des soldats et supérieurs, au sud,sur la rice gauche de la Marne là où originellement s’étendaient de vastes jardins, une soixantaine de paysans cultivaient diverses denrées en échange de leur vie sauve, le tout relier par un pont en bois Et tout autour, des gardes patrouillaient sur les quais et empêchaient tous ceux qui n’avaient rien à y faire de s’approcher des vedettes. Quant à la propriété, il suffisait de tuer quelqu'un pour s’approprier ses possessions, dont les femmes, sauf si l’on était condamné à mort suite à l’affrontement. Par extension, tout appartenait au Gouverneur. Les rares femmes à être libres avaient tué plus d’hommes que moi dans toute ma vie et n’engageaient pas à la conversation. La situation n’était pas aussi simple que prévue. Même si j’étais un conseiller direct de Charles, position renforcée par quelques joyeux massacres perpétrés sur la côte, je n’avais pas accès aux vedettes sans raison. Et s’il l’on me mandatait pour quelque mission, j’avais toujours pour escorte trois ou quatre larbins crétins mais fidèles au pouvoir et à leurs avantages acquis. Sans compter que seuls les pilotes avaient le droit de toucher aux bateaux. Il était sans doute possible d’acheter tout ce monde, mais je n’étais dans la place que depuis trop peu de temps, et les différentes castes ne se fréquentaient que rarement en dehors du travail. Bref, il allait falloir bien jouer. Fin chapitre 19.
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| Impression : Extraordinaire
Enfin.....!!!! Merci ! |
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L'histoire que je vais vous raconter, je n'ai rien à en dire... Je suppose qu'elle a trait à d'autres histoires sur lesquelles il y aurait des choses à dire; mais sur cette histoire, je reste sans mot... Sans mot devant ce phénomène qu'on appelle l'anecdote... Elle me dépasse, elle est différente de moi et n'a surtout aucun besoin de mes services... C'est une de ces histoire comme il en existe plein, ici et ailleurs... Que faire ? Il y a des gens capables de sauter d'une hauteur de huit mètres dans une piscine, il y en a d'autres capables d'entrer tout de suite dans l'eau, il y a moi qui mouille toujours ma nuque et mon bas-ventre... Ils vous diront qu'ils aiment les changements brusques, quand ils plongent dans l'eau la tête la première... Il y en a d'autres, quand on leurs offre une histoire, ils en tirent vite une leçon, habiles à généraliser, sans distinguer le chemin ni lui accorder la moindre importance. Ils disent: "ah, c'est une histoire sur les riches"; "ah, c'est une histoire sociale". "Ah, ça veut dire que l'argent ne fait pas le bonheur"... Bien sûr, il m'arrive de tomber sur des gens comme cela, tant mieux pour eux, mais qu'ai-je donc à voir avec eux ? Qu'ai-je donc à voir avec cette histoire... Un homme marchait dans la rue et il pleuvait.. Il pleuvait beaucoup, ses souliers étaient trempés, le bas de son pantalon était mouillé par les flaques qu'il traversait. Il avait un pantalon large et noir qui s'envolait comme une cape et qui, à cause de sa grande surface, absorbait les gouttes d'eau bien plus qu'un pantalon normal et ajusté... Ses genoux étaient froids et au dessus, tous les poils de son corps se dressaient de froid. Quand j'arriverai à ses oreilles, si j'y arrive, je vous raconterai qu'elles étaient glacées et qu'il se disait qu'il avait besoin d'un chapeau, qu'avec un chapeau ce serait mieux. Oui, un grand chapeau noir avec de larges bords! Comme en porte ce cuisinier savoyard qui aime à cuisiner des plantes... Mais je suis encore à la partie inférieure, dans la région du sexe, pour le moment en stationnement; et plus haut, la bedaine qui pointe par un jour d'été à travers la chemisette mais qui est maintenant bien cachée par un imperméable gris et tâché, mais pas de sang... Pourquoi toujours chercher des drames ? Ainsi donc, pas de sang. De simples tâches de l'hiver dernier, de quelques choses qu'il a mangé, des tâches qui se sont fondues à l'imperméable et qui ont oublié leurs origines, des tâches que seul un œil aiguisé peut distinguer... Nous arrivons à la région de la poitrine. C'est plutôt large et si on regarde plus à l'intérieur, même jusqu'à l'intérieur des os, le cœur bat bien vite, à un rythme qui ne satisferait aucun cardiologue... Les gens pensent que si le cœur de quelqu'un bat trop vite, c'est possible mais pas probable. Comment les choses arrivent-elles donc dans cette vie, alors ? Plus haut encore, un cou large et un visage long avec un grand nez et des yeux... Des yeux qui implorent... Mais qui donc implorent-ils? Quelqu'un qui ne les voient pas, bien sûr, et qui, s'il les voyait, ne se détournerait pas de leur appel... C'étaient des yeux affamés, si vous saviez Ô combien affamés... Ils reflétaient l'état déplorable de cet homme, d'un point de vue alimentaire... Il était affamé et cela se voyait dans ses yeux. Il avait faim, vous comprenez ça ? La pluie continuait de tomber, en trombes, elle tombait sans compter, sur les riches et les pauvres, les affamés, les assoiffés; il y avait de l'eau à satiété. Une vraie manne... Il vit une porte banale, un café-restaurant improbable... Il avait un gros creux. Il est bedonnant ? Et alors? C'est la couche adipeuse de l'an dernier. Maintenant, c'est une nouvelle année... Cela ne compte plus... Il entre comme s'il en avait un peu, un tout petit peu envie... Il s'assoit sur une chaise, personne ne vient vers lui. C'est un de ces endroits où on peut crever sur leurs tables, ils ne bougent pas, ils ne se manifestent que lorsque la puanteur commence à se répandre. Un de ces endroits que personne ne nettoie, on se demande même s'il y a quelqu'un pour l'entretenir... Il s'assoit, regarde autour de lui, tranquille, sans que personne ne le remarque; prend un petit sachet de sucre en poudre, l'ouvre et l'avale. Encore un sachet, même chose. Ainsi des vingt sachets qui sont là; dans une soucoupe blanche, légèrement ébréchée... Pendant ce temps, il ne voit personne... Sauf à l'autre bout, tout au fond, après que le sucre eut commencé à faire de l'effet, l'image devient plus claire, le cœur s'apaise un peu; il voit un journal étalé de telle sorte que seul quelqu'un peut le déployer ainsi. C'est à dire qu'il y a quelqu'un qui tient ce journal et qui le lit. Il regarde de ce coté-là. Ça l'intéresse de savoir qui est cette personne, juste pour pouvoir passer à autre chose. Il se passe un quart d'heure, le journal ne bouge pas, il reste déployé. Sous le même angle... L'homme n'a pas la force de se lever. Il est de ceux qui, lorsqu'ils se lèvent, mettent dix heures à se rasseoir. Il a envie d'effacer cette question de son existence, de l'oublier, de passer à autre chose... Derrière le comptoir, une femme surgit et nettoie. Il vient de l'apercevoir. Elle ne lui demande même pas ce qu'il désire, comme s'il avait déjà fait tout un repas, qu'il avait déjà payé et qu'il se reposait un peu. Il se dit que de sa place, elle voit sûrement celui qui est derrière le journal et il a envie de savoir une chose, il veut le savoir mais il n'a pas la force de se lever pour voir. Il essaie de lire sur le visage de la femme qui est celui qui se trouve derrière le journal. C'est-à-dire d'après les regards qu'elle lance vers l'endroit, d'après sa manière d'être, mais il ne découvre rien sur quoi fonder sa théorie... Elle part, disparaît à l'intérieur... Dans le café désert, notre homme tente l'étape suivante: -" Je peux regarder les titres? " Pas de réponse. Il essaie en parlant plus fort. -"Pardon, les titres! Je peux ? " Rien. Bon... Il commence à se dire que c'est quelqu'un de mort. Peut-être un touriste. Peut-être... Non. Les caractères lui sont familiers. Si le quelqu'un est mort, pourquoi le journal n'est-il pas mort avec lui, se demande l'homme... Mais il ne se lève toujours pas. Il tente à nouveau: -"Ah, tout ce qui est écrit dans les journaux, c'est de la merd.e. C'est mort, nature morte, dégénérée... On en tue un, il en vient dix autres..." On laisse tout tomber... Çà marche pas non plus... Rien... Pas une réaction... Pas un mouvement... Du vide... Il prend un papier, le froisse et le jette. Mal visé. Un autre papier... Raté... Encore deux papiers, rien... Il prend la salière, la lance... La salière ne réagit même pas selon les lois de la physique, c'est à dire qu'elle touche le journal, elle rebondit et tombe par terre, se brise mais le journal ne bouge pas. Pas d'un poil... Il ne frémit même pas... Notre homme dans le café, sa confiance dans l'environnement, ses choses qu'il croyait savoir... Comme un tourbillon... Jamais l'environnement n'avait à ce point vacillé... Que sur le plan économique, il se soit effondré, ça peut arriver à tout le monde... C'est le libre marché, on est libre de s'effondrer. Quand on s'effondre, on est libre... Je m'effondre donc je suis libre... Quand je m'enrichis, je suis libre de m'enrichir ou de m'effondrer... Je suis libre... On n'a pas besoin d'avoir fait un Doctorat de physique pour savoir que lorsqu'un objet solide est projeté avec force sur un journal déployé, il est censé le faire tomber, le déchirer ou lui faire quelque chose... Pas ici... Pas dans ce café désert... Pas dans cet environnement... Des trombes... Dehors, des trombes d'eau... Les gens se dépêchent vers leur "chez-eux"... Un fois chez eux, ils organisent leurs vies, encore et encore, non, interdit de renoncer... L'instinct de curiosité lutte avec l'instinct de de la position assise, finalement la position assise dit: "restons encore un peu assis et après, soyons curieux..." Alors, l'homme prend le poivrier de verre sale et le jette, il se brise par terre à grand fracas mais le tonnerre couvre le bruit. Il ne se passe toujours rien... Finalement, il s'approche et que voit-il, Dieu, il n'y a rien derrière le journal, pas de squelette ni de cravate ni de lecteur de journal assoupi. Il touche le journal et constate qu'il est dur, dur comme la pierre et mince comme du papier... Il ne comprend pas ce que c'est ... - "Mais que se passe-t-il ici ?" Il essaye de froisser cette sal.operie, "mais qu'est ce que c'est", se demande-t-il, "le libre marché ou peut-être la dictature du prolétariat"? La femme revient, la patronne; il faut qu'il y arrive, il faut qu'il comprenne, avant d'être jeté dehors, avant d'être balancé à la rue après ce semblant de repas, il faut qu'il sache... Il doit savoir... - "Dites-moi, lui dit-il, qu'est-ce... ? quoi...?" Et il montre le journal... - "Nous avions un client, lui dit-elle. Il lisait les journaux. Tous les journaux. un jour, au lieu de les lire, il a lu dans le journal..." Cet homme, ce nouveau client, regarda le journal avec un frisson, il pris peur... Il sorti de ce café miteux; venu de nul-part, en déroute, ébranlé... Il courut et courut, puis tomba sur le trottoir... Une vieille dame l'emmena chez elle, dans sa chambrette, lui servit de la soupe chaude et lui dit... "Reste"... |
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Le ciel breton était gris comme une huître. Elle crânait sur la terrasse sise face à la mer émeraude. Ce midi, elle avait déjeuné: une assiette de sardines, des pommes de terre en robe des champs et du thé. Son plat, elle l'avait mangé sans bouder parce que les petits poissons luisaient comme des glaçons. Là, face à la mer, le vent la décoiffait amoureusement et le miroitement des éclaircies lui faisait comme des clins d'œil. C'était un moment plein comme un orgasme. Tout ce qui allait suivre pourrait s'avérer inutile... Mais aujourd'hui elle pouvait frimer face à la mer, dans sa petite robe verte à bretelles. Elle pouvait se la ramener sur le fait qu'elle était juste en vie et que, ce midi, elle avait déjeuné de sardines grillée, en Bretagne. La ruelle grise qu'elle avait empruntée pour arriver dans le vent- sur cette terrasse- après la pluie; n'était qu'un trait lumineux de mémoire, et ses pas brillaient dans les flaques comme dans un manga, laissant des traînées bulleuses, des étoiles et des cœurs roses éclater tout autour d'elle. Les illuminations sont, dans la vie, ces instants où l'on tire le voile du rideau pour admirer, un bref instant, le paysage à la fenêtre. Ces derniers mois, elle avait vécu avec les volets clos, sortant la nuit comme les chats. Silencieuse, elle avait écouté les personnes cernées qui, cacahouètes au bout des doigts, l'avait remplis de dégoût . Ils critiquaient tout, se moquaient de sa naïveté et de son romantisme. Dans leurs soirées et leurs amours, ils suintaient l'angoisse. Ils cassaient les flûtes de champagne en riant du prix du cristal. Ils possédaient souvent des maisons avec jardins et quand, au moment du café, une coccinelle se posait sur leurs avant-bras, ils l'éjectaient d'un geste méprisant. Ne savent-ils pas qu'on l'appelle "bête à Bon Dieu"? Mais à présent, face à la mer, les vagues lourdes lui chantaient avec l'écume mousseuse que le temps des tragédies minuscules était terminé. Que diable, enfin, soyez humble devant la vie ! Aimez-la, aimez-la follement. Comme une femme. Le suc de la vie est frémissant comme la peau, tendre, près du cou; et la chair des femmes est beaucoup plus sentimentale qu'on ne le pense. Elles la savent périssable, alors elles y font attention. Recouvertes de crèmes, elle se tiennent vives dans les jardins en fleur comme dans leurs vies. Elles portent en couronne, au-dessus de leurs cheveux -nattés ou lâchés- une fraîcheur et une simplicité vieille comme le monde. Le cœur gonflé, plein d'espoir pour les saisons qui reviennent et qui ne mentent jamais, elles attendent. Elles attendent, toujours au bord... Aimez la vie comme vous aimez les femmes. Faîtes que le rêve jamais ne fuit. Donnez des rendez-vous: à la vie, aux femmes... Car toutes sont ivres, luisantes, moites, étourdissantes et satinées. Qu'elles soient face à la mer ou non... Cherchez les clairs instants, face à la mer, et répétez-vous sans cesse: "il n'y a qu'une vie, c'est donc qu'elle est parfaite". (*) (*)= P. Eluard
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J'ai lu, et lu encore...c'est beau, tout simplement...Beau ! |
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16 heures 00: Le fumeur absorbé par son minois charmant a les dents carrées et un peu écartées. Il n'y a pas plus mignon que lui! Là... avec sa tête de de Pierrot méchant et le feutre bleu de sa casquette de marin posé dessus- comme il est encore chic de la porter à Saint-Malo... Assise devant lui avec son léger mensonge cosmétique quotidien, cachée derrière son vernis carmin et le collier en or tressé de sa grand-mère, elle croit l'entendre lui dire qu'il la quitte pour Paul... Il fut la rencontre phosphorescente de son année avec sa frimousse aux yeux de chats, sa barbichette finement taillée, ses grandes boucles argentées et sa maigreur de révolté. Ils bouturaient ses rosiers blancs, arrosaient le bégonia, taillaient les genets jaunes... Une grande fougère rafraîchissait leur chambre... Heureuse en morte-saison, coûteuse avec lui, vaniteuse envers elle-même, au petit matin, il sentait la vanille alors elle le suçait amoureusement... Quelle conne ! Jamais elle n'aurait dû aller balader sa petite gueule de pétroleuse et ses lèvres huileuses dans son entrecuisse. Il chipait son mascara, la conseillait zélé dans le choix de ses robes et ne jouissait qu'entre ses fesses... Elle imagine les joyeuses enculades et les frottis-frottas de moustaches, les nuits plus violentes, encore... Elle quitte les lieux... Rien de ceci n'existera... 20 heures 00: Mouchetée de grains de beauté, épouvantée d'amour, les cheveux bien lissés, elle arrive dans un dîner placé et se retrouve en compagnie des mollassons mondains et des noctambules sans-soucis de la ville corsaire, croque-morts en tenue de soie. Les anémones sur la commode de l'entrée ont des tiges ondulantes comme un vieux fil téléphonique, juste retenues par un vase transparent italien. Leurs pétales cramoisis s'abaissent comme des cils lourds sur des yeux brûlants. Tous parlent très fort de l'importance du monde de la nuit dans le monde créatif. Un babillage d'enfants. Alors, elle part se rafraîchir dans le jardin breton... Barmen et musiciens cancanent sur le voisin. Nuit de douce conspiration citadine malouine comme il en existe toutes les semaines. Il n'y a aucun jardinier à table... Le crépuscule des idiotes l'a fatiguée... Plus vraiment quémandeuse de leurs histoires, elle a demandé à une bouteille de Saint-Julien qui roupillait sur la table si elle avait envie de se balader en sa compagnie sur le sillon. Elle lui a dit oui, alors elles sont parties. Couchées toutes deux sur le sable encore chaud et humide, l'une a enlevé ses sandales Armani, l'autre son chapeau de liège... Elles se sont embrassées toute la nuit sur la plage, dans le vent du large, parmi les coquillages et le varech... Epilogue: Tout le reste de l'été, peu mamelue mais minaudant, une fleur de liseron dans les cheveux, en manque de jardinage et de baisers, elle a marabouté des hommes... Magnétiques, lubriques, bandants, juvéniles ou voûtés, sa connaissance des fleurs ne les épatait pas quand elle leurs montrait son mur de clématites et de salsepareilles... Préférant ses poils aux fleurs, arrosant sa chatte mais jamais ses capucines... Elle cherche encore un homme qui aime les fleurs...
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Elle cherche encore un homme qui aime les fleurs...
....Merci pour l'émotion que vous nous offrez ! |
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On ne sait plus depuis combien de temps le bâtiment existe, moi je l'ai toujours connu. Depuis des décennies il abrite un café restaurant-boucherie-charcuterie-dépôt de pain-mercerie-épicerie-tabac. Une aubaine pour les personnes âgées qui trouvent là tous ce dont ils ont besoin pour (sur)vivre car il n'y a plus rien de ce genre dans les autres petits villages environnants. Au bar, les fins de semaines, le pastis et les canons (verres) de vin coulaient à flot. Il n'était pas rare les samedis ou dimanches midi de vider une quinzaine de canons de blanc, rouge, rosé ou jaune avant de passer à table ou nous attendait un repas aussi copieux que bon et pas cher, préparé amoureusement par «la Nicole», une cuisinière d'exception. Et puis, les copains, l'un après l'autre nous ont quittés, pour un monde que l'on dit meilleur. Sur la trentaine d’ "anciens" il n'en reste qu'une poignée. Le patron aussi est mort récemment, la patronne n'est plus en meilleure condition non plus ; elle compte fermer la maison, et ce sera la mort irrémédiable de tout un village. Si un jour vous faites la route des vins de Bourgogne, surtout celles des Grands Crus, arrêtez-vous à Villers-La-Faye, dans les Hautes Côtes entre Nuits Saint Georges et Beaune. Si c'est toujours ouvert, entrez vous mangerez excellemment pour 10€ vins et baguette de pain compris. Si c'est fermé, faites une petite prière pour tous les petits vieux et vieilles qui, de part leur âge, restent maintenant cloîtrés chez eux. C'est un endroit plein de vieilleries et de charme ancien, un endroit de convivialité et de rencontres. Un endroit qu'on ne rencontre plus.
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Blog mis à jour le 05/12/2008 à 13:53:54
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