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Seberg - 3159203
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avant sur Aff', je postais cela...


C’est un jour où la vie même n’existe plus, dont le temps est suspendu, accroché aux branches mortes d’arbres dépouillés.
C’est un jour où malgré la pluie, les papiers gras -vidés de leurs hamburgers aux traces de moutarde fluorescente et de ketchup rouge sang- virevoltent dans l’air glacial d’un tarmac surligné de traits de pneumatiques en fusion et dans l’air froid l’odeur de la gomme arabique brûlée...

C’est un jour qui a enfoui sa résonance dans l’absurde, qui n’appartient plus aux hommes, qui n’a plus de date dans aucun calendrier connu. 

Oui, un jour à rayer de la carte, définitivement.
C’est un temps gâché, inutile et stérile où se perdent de vagues fantômes, errants comme des chiens après le grand méchoui, en quête d’abats refroidis dans l’espace déserté par les hommes. Un moment d’horreur absolu, silencieux et ce silence est pire que le plus grand des fracas, que la pire des déflagrations.
Dans ce couloir –espace temps figé- , un homme et une femme, deux humains, dévorés par la haine, une haine toute en tension, chocs et abîmes intérieurs. Des murs résonnent les échos de la violence qui sourd, dégouline, comme une bave, avant de revenir se terrer en eux, deux blocs rageurs qui se contemplent avec une furieuse envie d’en découdre. On peut toucher, presque du bout des doigts, la tension qui les anime. On sera incapable de dire et les raisons et les causes et tous ce qui les a conduits à ces regards de glace, à ces cris figés. Cela fait bien longtemps que le fracas se renvoie au fracas, que personne ne cherche plus d’accalmie ; que la rage est devenue silencieuse, sournoise et dirigée comme le canon d’un fusil de sniper sur la nuque de l’autre, alors inattentif. Deux « animals » dressés l’un contre l’autre, neutralisés dans leur évolution par l’envie d’en découdre, de se mesurer dans la chair à meurtrir, à lacérer, coups de griffes, baffes, pied dans les couilles, yeux pochés : une guirlande de fantasmes à venir, mâchoires et poings serrés, joues creuses, fièvres. Rage, oui rages…
Les jours d’avant celui-ci avaient passé, les mois également, chacun venant écorcher l’édifice auparavant somptueux, tout en luxes et brillances, lumineux. La mémoire était morte ; les souvenirs déchus, réduits à raviver l’animosité par le déchirant écart qui les séparaient de la réalité, leur réalité présente.
Il avait fallu une lente décomposition, des luttes immobiles pour arriver à pourrir ce qui resterait un monument de bonheur fracassé, de hontes ravalées puis resurgies dans le tumulte des voix, comme des armes pour tuer en l’autre toutes traces de dignités, d’humanités.
Le constat était simple : on était passé de l ‘amour comme un miroir : tu es mon moi, mon autre et je suis toi, à toi, toute entière ; aux plus lâches crises de rages et de désespoirs, mots comme des balles, regards assassins toujours, froideurs et gestes mesquins, jusqu’à la lie, au pire , jusqu’à se dégoûter soi-même. Et ce dégoût, moins fort que l’envie du pire qui les animait, renforçait la certitude de leurs propres convictions : je n’en peux plus, peux plus, je veux plus ça, plus ça…
Un jour, bien avant celui-ci, les coups étaient venus, dans une escalade logique, affreuse dans sa progression : je me fais mal, je te fais peur, je te fais mal, je me fais peur, à te voir ainsi, amoché, tout tremblant, réduit à plus rien, sang séché, lèvres fendues, tremblantes, et des sanglots déchirés, déchirants, cris contre l’autre pour dire le regret, la peur et son cortège de terreurs. Il faut imaginer la mésestime de soi nécessaire pour serrer ainsi le poing et l’écraser contre un mur, puis une porte et au fil des crises de rages, contre un bras, une joue, et les mains qui griffent l’air, comme des serpes pour faucher un morceau d’épiderme, le plus doux, au cou, à la gorge qu’on rêve de serrer comme un ballon de baudruche, à l’en faire exploser.

Dernière participation le
Tuesday, November 17, 2020
6:59 PM

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Blog mis à jour le 28/09/2022 à 00:23:22



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