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xiane - 381776 
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"J" comme Jessica ...


À Jessica Dubroff,
qui s'est envolée le 10 avril 1996,
un jour d'orage,
et qui se trouve maintenant à côté des anges.




Voler ! Voler, j'ai toujours fait ce rêve, du plus loin que je me souvienne, j'ai voulu voler.
Depuis que je suis toute petite, à l'âge où les petites filles commencent à jouer à la poupée, je n'aime que les avions et je veux voler.
Mon père m'a même raconté qu'un jour j'ai voulu imiter un pigeon quittant le rebord de ma fenêtre et me jeter derrière lui dans le vide. Papa m'a rattrapée de justesse par le bout de ma salopette. Ma chambre n'est qu'au premier étage de notre maison, mais je n'avais que deux ans à l'époque.
Maintenant je suis beaucoup plus vieille, j'ai six ans et demi, mes parents commencent à prendre mon rêve au sérieux et ont promis qu'ils m'offriraient ma première leçon de pilotage pour mes sept ans.
En attendant, je suis sage à l'école, et j'essaye d'avoir de bonnes notes car je sais qu'il faudra que je sois brillante plus tard si je veux être pilote professionnel, comme je le désire. Je suis certaine d'une chose, je piloterai un avion jusqu'à ma mort.
Pour mes six ans, mes parents m'ont offert mon baptême de l'air.
On a d'abord roulé sur la terre battue, jusqu'à la piste d'envol, le moteur a ronflé, ronflé au moment du point d'arrêt pour arriver à un régime suffisant pour le décollage, le pilote a abaissé les volets des ailes, et puis ensuite on a roulé tout droit, le plus vite possible, toujours sur la terre battue, même qu'on aurait cru qu'on avait crevé, il a ramené le manche vers lui, j'ai ressenti comme un coup et puis plus aucune secousse pendant qu'on montait le plus haut possible.
On est resté une demi-heure là-haut, et c'était drôle parce que vu du ciel, les arbres sont gros comme des bourgeons, les champs semblent à peine plus grands que ma main, et les animaux et les gens ressemblent à des jouets.
J'éprouvais une jouissance intense et en même temps un énorme sentiment de puissance.
Ensuite, le pilote qui comprenait ce que je ressentais m'a dit que nous devions malheureusement redescendre, mais qu'il se ferait un plaisir de me laisser encore monter dans son avion.
Il s'appelle Joe et c'est le type le plus fantastique que j'aie jamais rencontré.
Depuis ce jour, Papa m'accompagne tous les dimanches au petit aéroport et il a tellement sympathisé avec Joe qu'ils discutent ensemble pendant des heures et moi, je les écoute, fascinée.
Joe a fait des tas de choses dans sa vie, il est allé partout, il a appris à plein de gens à piloter, mais il n'a jamais eu d'élève aussi jeune que moi.
Il a accepté de faire une exception parce que mon père et lui s'entendent bien, et puis aussi parce qu'il sait qu'il est le meilleur instructeur de la région et il n'a pas assez confiance dans les autres.
Donc, c'est décidé, je n'ai plus qu'à attendre mon anniversaire et j'aurai enfin accès aux commandes et recevrai ma première leçon de pilotage.

*********************************************

Je suis très inquiète. Mon anniversaire est dans une semaine et plus personne ne parle de mes leçons de pilotage.
Mes parents auraient-ils l'intention de revenir sur leur promesse ?
Joe aurait-il réussi à les convaincre d'attendre encore un peu ?
Je n'en peux plus d'angoisse.

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Je n'arrive pas à m'endormir ... Aujourd'hui c'était mon anniversaire, j'ai passé la journée la plus excitante de ma vie et à force d'y repenser, je m'énerve de plus en plus.
Bon, il faut absolument que je vous raconte :
Hier soir, quand je me suis couchée, j'étais désespérée. Plus personne ne me parlait de mes leçons de pilotage et je croyais bien que c'était fichu.
Et puis, ce matin, lorsque je suis arrivée dans la cuisine pour petit-déjeuner, il y avait un joli petit paquet posé sur ma serviette. Mes parents étaient déjà assis, et ils avaient l'air tout heureux et me regardaient en coin.
Comme je n'ouvrais pas tout de suite mon paquet, Papa m'en fit la remarque, mais j'étais déçue : si j'avais un cadeau, je n'aurais pas mes cours de pilotage et je n'avais plus qu'à aller me cacher dans un coin pour pleurer.
J'ai ouvert quand même mon paquet, et dedans il y avait un étui avec de vraies lunettes de pilote, à ma taille et tout et tout. Papa m'a expliqué qu'elles fonçaient à la lumière et que je pourrais piloter même face au soleil.
Je les ai mises aussitôt et me suis précipitée dans la salle de bains : j'avais fière allure ; on aurait dit un vrai pilote.
Je retournais dans la cuisine et avalais mon petit déjeuner en deux minutes, bien que Papa et Maman me disent que j'avais tout mon temps, nous étions dimanche et n'avions pas rendez-vous avant deux heures cet après midi.
Je n'étais pas encore dans mon avion, mais j'étais déjà sur un petit nuage ...
Pour fêter mes 7 ans, mes parents ont voulu aller chez Steak & Ale, mais je n'ai rien pu avaler. Papa m'avait commandé un T-bone, mais c'est lui qui l'a mangé. Moi je n'ai pu grignoter qu'un petit morceau de Brownie, et encore, sans boule de glace.
Sitôt que mes parents eurent avalé la dernière bouchée, j'étais déjà debout, prête à partir. Papa me faisait remarquer qu'il faudrait malgré tout attendre d'avoir payé, que j'étais déjà arrivée à la voiture.
Il était deux minutes avant deux heures lorsque nous sommes arrivés à l'aéroport, et je n'en pouvais plus d'attendre.
À côté du hangar, il y avait un Cessna et j'ai trouvé que c'était le plus bel avion au monde. Joe était à côté du Cessna et avait ouvert la trappe d'accès au moteur. J'ai couru vers lui.
Il m'a expliqué qu'il avait dû trafiquer les pédales de direction et me rajouter un coussin sur le siège car j'étais trop petite. Il m'a expliqué aussi qu'il serait indispensable que je comprenne le fonctionnement de mon moteur et qu'il faudrait que je sois capable de le réparer.
Mais là, pour le moment, je n'écoutais rien de ce qu'il m'expliquait tellement j'avais hâte de monter dans l'avion. Il m'a aidée à y grimper, Papa est monté à l'arrière, et Joe s'est installé à côté de moi. Maman, elle, a préféré rester au sol. Maman a toujours eu peur en avion : elle dit qu'elle a le vertige. Joe m'a expliqué que ce n'était pas possible, que si on n'a pas de contact avec le sol, on ne peut éprouver cette sensation. J'ai essayé de le dire à Maman, mais je ne suis pas sûre de l'avoir convaincue, la preuve, elle a refusé de monter dans l'avion.
Donc, j'étais à ma place, mais avant de partir, Joe m'a expliqué en détail toutes les manœuvres à accomplir, me les a répétés, m'a demandé ensuite de tout mimer et lorsque j'ai semblé être au point, il a été d'accord pour que je démarre l'avion. Effectivement, les pédales étaient trop loin pour moi, et même rallongées, j'avais un peu de mal à les atteindre. J'ai réussi sans trop de problèmes à amener l'avion sur la piste d'envol. Là, Joe a pris au moins dix minutes pour m'expliquer comment contacter la tour de contrôle, à quoi cela servait, comment demander une autorisation de décoller. Il m'a encore demandé de mimer l'opération, et ce n'est qu'ensuite que j'ai appelé pour pouvoir décoller.
L'avion au point d'arrêt, lorsque le régime du moteur a été suffisant, j'ai abaissé les volets des ailes, on a roulé de plus en plus vite et à un moment, Joe m'a dit "Vas-y", j'ai encore augmenté les gaz, le nez de l'appareil a commencé à se lever, Joe m'a dit "à fond", j'ai ramené le manche vers moi et on a commencé à grimper, grimper.
Je crois que je grimperais encore si Joe ne m'avait pas dit de ramener l'appareil à l'horizontal. Il y a même un cadran qui montre comment on se situe par rapport à la ligne d'horizon. Ensuite, nous sommes redescendus de cent pieds, puis remontés de cinquante pieds, Joe m'a demandé d'aller vers l'est, puis vers l'ouest, et je m'allongeais au maximum pour appuyer sur les pédales correspondantes, de descendre doucement au dessus de la voie ferrée, de la suivre jusqu'à une gare, puis de faire demi-tour et de revenir au dessus de l'aéroport. J'ai alors appelé la tour de contrôle qui nous a autorisés à atterrir, mais Joe a préféré reprendre les commandes car il pensait que j'en avais assez appris pour une première fois.
J'ai bien regardé comment il faisait, et arrivés au sol, il m'a demandé de mimer l'atterrissage. Il m'a dit que la prochaine fois, il n'y aurait pas de problèmes et que j'atterrirais comme une grande.
De retour au sol, j'étais toute surprise de voir mon père sortir de l'appareil car j'avais complètement oublié qu'il était avec nous.
Vous comprendrez pourquoi, après une telle journée, j'ai autant de mal à m'endormir.

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Six mois ont passé. J'ai à mon actif une vingtaine d'heures de vol. Lorsque j'arrive pour ma leçon, je vais chercher un escabeau et c'est moi qui vérifie l'arrivée d'essence et les différents niveaux, comme Joe m'a appris à le faire. Je n'ai jamais encore volé par grand vent ou par temps de pluie.
Par contre, un jour, il faisait tellement chaud que l'air ne nous portait pas et j'ai eu du mal à décoller. Cette fois-là, Joe a préféré atterrir lui-même car l'avion était trop lourd pour moi.
Sinon, je décolle et j'atterris sans difficultés. Ce serait presque de la routine pour moi maintenant si je n'avais un grand projet.
Je voudrais, avant mes huit ans, aller de la côte Californienne à la côte Atlantique, en trois étapes. Je veux être seule aux commandes, avec Joe à mes côtés, bien sûr, mais je voudrais être le plus jeune pilote à traverser les Etats-Unis.
J'ai même écrit au Président Bill Clinton pour lui proposer de faire le voyage avec moi, et il m'a adressé une très gentille lettre que Papa a encadrée et accrochée au mur de ma chambre.
C'est bête, mais monsieur Clinton ne sera pas libre la semaine d'avril pendant laquelle Joe et moi avons projeté notre traversée. Je devrais peut être reporter les dates, mais Joe n'est pas d'accord car ensuite, c'est lui qui aura ses propres engagements. Tant pis pour le Président, je peux me passer de lui, mais pas de Joe.

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Nous sommes à la fin du mois de mars, et tous les jours, j'apprends mon trajet sur les cartes d'état major que Joe m'a prêtées. Ce sont des cartes extrêmement détaillées sur lesquelles figurent le moindre dénivellement de terrain, la plus petite ferme, les voies ferrées, les rivières et les ruisseaux.
Il n'est pas possible de faire la traversée en une seule fois, d'abord parce que le réservoir du Cessna ne contiendrait pas suffisamment de carburant, ensuite parce que ça serait trop fatiguant pour moi.
Papa a pris quelques jours de congés pour venir avec nous. Maman, quant à elle, refuse toujours de monter dans l'avion, mais prendra le train pour nous rejoindre à chacune des étapes.

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Nous sommes le lundi 8 avril. Depuis hier, j'ai trente cinq heures de vol à mon actif et ce soir nous devons rejoindre la côte Californienne.
C'est dommage, il ne fait pas très beau.

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Mardi soir, 9 avril. Nous avons décollé en début d'après midi, et avons atterri tout à l'heure à Cheyenne. Je suis au motel en train de me reposer, allongée sur mon lit. Le vol a été assez long, mais je me sens bien.
Joe a dit que je m'étais très bien comportée pendant tout le vol et que mon atterrissage avait été parfait.

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Mercredi midi, 10 avril.
Il fait un temps affreux.
Joe et mon père discutent depuis des heures pour savoir si on attend demain pour repartir, mais Papa n'est pas trop d'accord. Tous les journalistes vont nous attendre à la prochaine étape et si l'on ne part pas aujourd'hui, ils vont penser qu'on a abandonné notre projet.
Joe lui-même ne peut pas se permettre de perdre trop de journées, et moi, je pense que lorsque l'on sera là-haut, au dessus des nuages, nous ne serons plus gênés par cette affreuse pluie.

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C'est décidé, on part à deux heures.

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Il fait toujours un temps affreux.
Le simple fait de traverser la piste pour rejoindre le Cessna et je suis trempée jusqu'aux os. Vivement que l'on passe au dessus des nuages.
Je ne vois rien au travers du pare-brise et me rends tant bien que mal sur la piste d'envol. La tour de contrôle nous autorise à décoller. Comme Joe me l'a appris, j'abaisse les volets des ailes puis je pousse doucement sur la manette des gaz pour l'amener au maximum. Le nez de l'appareil commence à se redresser, je ramène le manche vers moi. Je grimpe, je grimpe, j'essaye de grimper, mais l'avion est tellement lourd, chargé d'eau sous la pluie, et je ne vois toujours rien au travers du pare-brise. Je n'arrive pas à grimper plus.
Joe m'encourage, me dit de ramener davantage le manche vers moi, que je vais y arriver.
La manette des gaz est au maximum, je ne sens plus mes bras, et je n'ai pas assez de force pour remonter davantage le nez de l'appareil. Sur les cadrans, je m'aperçois que nous ne montons plus.
Joe continue à m'encourager, me dit que je dois y arriver toute seule, que s'il m'aide, le record ne pourra jamais être homologué ...
Et puis, je sens l'avion piquer du nez et je comprends alors que je ne serais jamais pilote professionnel.

x.l.

samedi 27 septembre 2008
13:45

Oeuvre originale
Auteur : xiane

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Le journal d’un monstre


(de Richard Matheson)

X - aujourd’hui maman m’a appelé monstre. Tu es un monstre elle a dit. J’ai vu la colère dans ses yeux. Je me demande qu’est-ce que c’est qu’un monstre.

Aujourd’hui de l’eau est tombée de là-haut. Elle est tombée partout j’ai vu. Je voyais la terre dans la petite fenêtre. La terre buvait l’eau elle était comme une bouche qui a très soif. Et puis elle a trop bu l’eau et elle a rendu du sale. Je n’ai pas aimé.

Maman est jolie je sais. Ici dans l’endroit où je dors avec tout autour des murs qui font froid j’ai un papier. Il était pour être mangé par le feu quand il est enfermé dans la chaudière. Il y a dessus FILMS et VEDETTES. Il y a des images avec des figures d’autres mamans. Papa a dit qu’elles sont jolies. Une fois il l’a dit.

Et il a dit maman aussi. Elle si jolie et moi quelqu’un de comme il faut. Et toi regarde-toi il a dit et il avait sa figure laide de quand il va battre. J'ai attrapé son bras et j'ai dit tais-toi papa. Il a tiré son bras et puis il est allé loin où je ne pouvais pas le toucher.

Aujourd’hui maman m’a détaché un peu de la chaîne et j’ai pu aller voir dans la petite fenêtre. C’est comme ça que j’ai vu la terre boire l’eau de là-haut.

XX - Aujourd’hui là-haut était jaune. Je sais quand je le regarde mes yeux ont mal. Quand je l’ai regardé il fait rouge dans la cave.

Je pense que c’était l’église. Ils s’en vont de là-haut. Ils se font avaler par la grosse machine et elle roule et elle s’en va. Derrière il y a la maman petite. Elle est bien plus petite que moi. Moi je suis très grand. C’est un secret j’ai fait partir la chaîne du mur. Je peux voir quand je veux dans la petite fenêtre.

Aujourd’hui quand là-haut n’a plus été jaune j’ai mangé mon plat et j’ai aussi mangé des cafards. J’ai entendu des rires dans là-haut. J’aime savoir pourquoi il y a des rires. J’ai enlevé la chaîne du mur et je l’ai tournée autour de moi. J’ai marché sans faire de bruit jusqu'à l’escalier qui va là-haut. Il crie quand je vais dessus. Je monte en faisant glisser mes jambes parce que sur l’escalier je ne peux par marcher. Mes pieds s’accrochent au bois.

Après l’escalier j’ai ouvert une porte. C’est un endroit blanc comme le blanc qui tombe de là-haut quelquefois. Je suis entré et je suis resté sans faire de bruit. J’entendais les rires plus fort. J’ai marché vers les rires et j’ai ouvert un peu une porte et puis j’ai regardé. Il y avait les gens. Je ne vois jamais les gens c’est défendu de les voir. Je voulais être avec eux pour rire aussi.

Et puis maman est venue et elle a poussé la porte sur moi. La porte m’a tapé et j’ai eu mal. Je suis tombé et la chaîne a fait du bruit. J’ai crié. Maman a fait un sifflement en dedans d’elle et elle a mis sa main sur sa bouche. Ses yeux sont devenus grands.

Et puis j’ai entendu papa appeler. Qu’est-ce qui est tombé il a dit. Elle a dit : rien un plateau. Viens m’aider à le ramasser elle a dit. Il est venu et il a dit c’est donc si lourd que tu as besoin. Et puis il m’a vu et il est devenu laid. Il y a eu la colère dans ses yeux. Il m’a battu. Mon liquide a coulé d’un bras. Il a fait tout vert par terre. C’était sale.
Papa a dit : retourne à la cave. Je voulais y retourner. Mes yeux avaient mal de la lumière. Dans la cave, ils n’ont pas mal.
Papa m’a attaché sur mon lit. Dans là-haut, il y a eu des rires encore longtemps. Je ne faisais pas de bruit et je regardais une araignée toute noire marcher sur moi. Je pensais à ce que papa a dit. Ohmondieu il a dit. Et il n’a que huit ans.

XXX - Aujourd’hui papa a remis la chaîne dans le mur. Il faudra que j’essaie de la refaire partir. Il a dit que j’avais été très méchant de me sauver. Ne recommence jamais il a dit ou je te battrai jusqu’au sang. Après ça j’ai très mal.
J’ai dormi toute la journée et puis j’ai posé ma tête sur le mur qui fait froid partir. J’ai pensé à l'endroit blanc de là-haut. J’ai mal.

XXXX - J’ai refait partir la chaîne du mur. Maman était dans là-haut. J’ai entendu des petits rires très forts. J’ai regardé dans la fenêtre. J’ai vu beaucoup de gens tout petits comme la maman petite avec aussi des papas petits.
Ils faisaient de bons bruits et ils couraient partout sur la terre. Leurs jambes allaient très vite. Ils sont pareils que papa et maman. Maman dit que tous les gens normaux sont comme ça.
Et puis un des papas petits m’a vu. Il a montré la petite fenêtre. Je suis parti et j’ai glissé le long du mur jusqu’en bas. Je me suis mis en rond dans le noir pour qu’ils ne me voient pas. Je les ai entendus parler à côté de la petite fenêtre et j’ai entendu les pieds qui couraient. Dans là-haut il y a eu une porte qui a tapé. J’ai entendu la maman petite qui appelait dans là-haut. Et puis j’ai entendu des gros pas et j’ai été vite sur mon lit. J’ai remis la chaîne dans le mur et je me suis couché par-devant.
J’ai entendu maman venir. Elle a dit tu as été à la fenêtre. J’ai entendu la colère. C’est défendu d’aller à la fenêtre, elle a dit. Tu as encore fait partir ta chaîne.
Elle a pris la canne et elle m’a battu. Je n’ai pas pleuré. Je ne sais pas le faire. Mais mon liquide a coulé sur tout le lit. Elle l’a vu et elle a fait un bruit avec sa bouche et elle est allée loin. Elle a dit ohmondieu mondieu pourquoi m’avez-vous fait ça ? J’ai entendu la canne tomber par terre. Maman a couru et elle est partie là-haut. J’ai dormi la journée.

XXXXX - Aujourd’hui il y a eu l’eau une autre fois. Maman était là-haut et j’ai entendu la maman petite descendre l’escalier tout doucement. Je me suis caché dans le bac à charbon parce que maman aurait eu la colère si la maman petite m’avait vu.
Elle avait une petite bête vivante avec elle. Elle avait des oreilles pointues. La maman petite lui disait des choses.
Et puis il y a eu que la bête vivante m’a senti. Elle a couru dans le charbon et elle m’a regardé. Elle a levé ses poils. Elle a fait un bruit en colère avec ses dents. J’ai sifflé pour la faire partir mais elle a sauté sur moi.
Je ne voulais pas lui faire de mal. J’ai eu peur parce qu’elle m’a mordu encore plus fort que les rats. Je l’ai attrapé et la maman petite a crié. J’ai serré la bête vivante très fort. Elle a fait des bruits que je n’avais jamais entendus. Et puis je l’ai lâchée. Elle était toute écrasée et toute rouge sur le charbon.
Je suis resté caché quand maman est venue et m’a appelé. J’avais peur de la canne. Et puis elle est partie. Je suis sorti et j’ai emporté la bête. Je l’ai cachée dans mon lit et je me suis couché dessus. J’ai remis la chaîne dans le mur.

X - Aujourd’hui est un autre jour. Papa a mis la chaîne très courte et je ne peux pas m’en aller du mur. J’ai mal parce qu’il m’a battu. Cette fois j’ai fait sauter la canne de ses mains et puis j’ai fait mon bruit. Il s’est sauvé loin et sa figure est devenue toute blanche. Il est parti en courant de l’endroit où je dors et il a fermé la porte à clef.
Je n’aime pas. Toute la journée il y a les murs qui font froid. La chaîne met longtemps à partir. Et j’ai une très mauvaise colère pour papa et maman. Je vais leur faire voir. Je vais faire la même chose que l’autre fois.
D’abord je ferai mon cri et je ferai des rires. Je courrai après les murs. Après je m’accrocherai la tête en bas par toutes mes jambes et je rirai et je coulerai vert de partout et ils seront très malheureux d’avoir été méchants avec moi.
Et puis s’ils essaient de me battre encore, je leur ferai du mal comme j’ai fait à la bête vivante. Je leur ferai très mal.

Richard Matheson

samedi 27 septembre 2008
09:03

Auteur : Richard Matheson

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nouvelle de Richard Matheson
(traduit par René Lathière)

Le paquet était déposé sur le seuil : un cartonnage cubique clos par une simple bande gommée, portant leur adresse en capitales écrites à la main : Mr. et Mrs. Arthur Lewis, 217E 37ème Rue, New York. Norma le ramassa, tourna la clé dans la serrure et entra. La nuit tombait.
Quand elle eut mis les côtelettes d'agneau à rôtir, elle se confectionna un martini-vodka et s'assit pour défaire le paquet.
Elle y trouva une commande à bouton fixée sur une petite boîte en contre-plaqué. Un dôme de verre protégeait le bouton. Norma essaya de l'ôter, mais il était solidement assujetti. Elle renversa la boîte et vit une feuille de papier pliée, collée avec du scotch sur le fond de la caissette. Elle lut ceci : Mr. Stewart se présentera chez vous ce soir à vingt heures.
Norma plaça la boîte à côté d'elle sur le sofa. Elle savoura son martini et relut en souriant la phrase dactylographiée.
Peu après, elle regagna la cuisine pour éplucher la salade.

A huit heures précises, le timbre de la porte retentit. "J'y vais", déclara Norma. Arthur était installé avec un livre dans la salle de séjour.
Un homme de petite taille se tenait sur le seuil. Il ôta son chapeau. "Mrs. Lewis ?" s'enquit-il poliment.
"C'est moi."
"Je suis Mr. Steward."
"Ah ! bien." Norma réprima un sourire. Le classique représentant, elle en était maintenant certaine.
"Puis-je entrer ?"
"J'ai pas mal à faire", s'excusa Norma. "Mais je vais vous rendre votre joujou." Elle amorça une volte-face.
"Ne voulez-vous pas savoir de quoi il s'agit ?"
Norma s'arrêta. Le ton de Mr. Steward avait été plutôt sec.
"Je ne pense pas que ça nous intéresse", dit-elle.
"Je pourrais cependant vous prouver sa valeur."
"En bons dollars ?" riposta Norma.
Mr. Steward hocha la tête. "En bons dollars, certes."
Norma fronça les sourcils. L'attitude du visiteur ne lui plaisait guère. "Qu'essayez-vous de vendre ?" demanda-t-elle.
"Absolument rien, madame."
Arthur sortit de la salle de séjour. "Une difficulté ?"
Mr. Steward se présenta.
"Ah ! oui, le ..." Arthur eut un geste en direction du living. Il souriait. "Enfin, de quel genre de truc s'agit-il ?"
"Ce ne sera pas long à expliquer", dit Mr. Steward. "Puis-je entrer ?"
"Si c'est pour vendre quelque chose ..."
Mr. Steward fit non de la tête. "Je ne vends rien."
Arthur regarda sa femme. "A toi de décider", dit-elle.
Il hésita puis : "Après tout, pourquoi pas ?"
Ils entrèrent dans la salle de séjour et Mr. Steward prit place sur la chaise de Norma. Il fouilla dans une de ses poches et présenta une enveloppe cachetée. "Il y a là une clé permettant d'ouvrir le dôme qui protège le bouton", expliqua-t-il. Il posa l'enveloppe à côté de la chaise. "Ce bouton est relié à notre bureau."
"Dans quel but ?" demanda Arthur.
"Si vous pressez le bouton, quelque part dans le monde, en Amérique ou ailleurs, un être humain que vous ne connaissez pas mourra. Moyennant quoi vous recevrez cinquante mille dollars."
Norma regarda le petit homme avec des yeux écarquillés. Il souriait toujours.
"Où voulez-vous en venir ?" exhala Arthur.
Mr. Steward parut stupéfait. "Mais je viens de vous le dire", susurra-t-il.
"Si c'est une blague, elle n'est pas de très bon goût !"
"Absolument pas. Notre offre est on ne peut plus sérieuse."
"Mais ça n'a pas de sens !" insista Arthur. "Vous voudriez nous faire croire ..."
"Et d'abord, quelle maison représentez-vous ?" intervint Norma.
Mr. Steward montra quelque embarras. "C'est ce que je regrette de ne pouvoir vous dire", s'excusa-t-il. "Néanmoins, je vous garantis que notre organisation est d'importance mondiale."
"Je pense que vous feriez mieux de vider les lieux", signifia Arthur en se levant.
Mr. Steward l'imita. "Comme il vous plaira."
"Et de reprendre votre truc à bouton."
"Etes-vous certain de ne pas préférer y réfléchir un jour ou deux ?"
Arthur pris la boîte et l'enveloppe et les fourra de force entre les mains du visiteur. Puis il traversa le couloir et ouvrit la porte.
"Je vous laisse ma carte", déclara Mr. Steward. Il déposa le bristol sur le guéridon à côté de la porte.
Quand il fut sorti, Arthur déchira la carte en deux et jeta les morceaux sur le petit meuble. "Bon Dieu !" proféra-t-il.
Norma était restée assise dans le living. "De quel genre de truc s'agissait-il en réalité, à ton avis ?"
"C'est bien le cade de mes soucis !" grommela-t-il.
Elle essaya de sourire, mais sans succès. "Ca ne t'inspire aucune curiosité ?"
Il secoua la tête. "Aucune."
Une fois qu'Arthur eut repris son livre, Norma alla finir la vaisselle.

"Pourquoi ne veux-tu plus en parler ?" demanda Norma.
Arthur, qui se brossait les dents, leva les yeux et regarda l'image de sa femme reflétée par le miroir de la salle de bains.
"Ca ne t'intrigue donc pas ?" insista-t-elle.
"Dis plutôt que ça ne me plaît pas du tout."
"Oui, je sais, mais..." Norma plaça un nouveau rouleau dans ses cheveux. "Ca ne t'intrigue pas quand même ? Tu penses qu'il s'agit d'une plaisanterie ?" poursuivit-elle au moment où ils gagnaient leur chambre.
"Si c'en est une, elle est plutôt sinistre."
Norma s'assit sur son lit et retira ses mules. "C'est peut-être une nouvelle sorte de sondage d'opinion."
Arthur haussa les épaules. "Peut-être."
"Une idée de millionnaire un peu toqué, pourquoi pas ?"
"Ca se peut."
"Tu n'aimerais pas savoir ?"
Arthur secoua la tête.
"Mais pourquoi ?"
"Parce que c'est immoral", scanda-t-il.
Norma se glissa entre les draps. "Eh bien, moi je trouve qu'il y a de quoi être intrigué."
Arthur éteignit, puis se pencha vers sa femme pour l'embrasser. "Bonne nuit, chérie".
"Bonne nuit." Elle lui tapota le dos.
Norma ferma les yeux. Cinquante mille dollars, songeait-elle.

Le lendemain, en quittant l'appartement, elle vit la carte déchirée sur le guéridon. D'un geste irraisonné, elle fourra les morceaux dans son sac. Puis elle ferma la porte à clé et rejoignit Arthur dans l'ascenseur.
Plus tard, profitant de la pause-café, elle sorti les deux moitiés de bristol et les assembla. Il y avait simplement le nom de Mr. Steward et son numéro de téléphone.
Après le déjeuner, elle prit encore une fois la carte déchirée et la reconstitua avec du scotch. Pourquoi est-ce que je fais ça ? se demanda-t-elle.
Peu avant cinq heures, elle composait le numéro.
"Bonjour", modula la voix de Mr. Steward.
Norma fut sur le point de raccrocher, mais passa outre. Elle s'éclaircit la voix. "Je suis Mrs. Lewis", dit-elle.
"Mrs. Lewis, parfaitement." Mr. Steward semblait fort bien disposé.
"Je me sens curieuse."
"C'est tout naturel", convint Mr. Steward.
"Notez que je ne crois pas un mot de ce que vous nous avez raconté."
"C'est pourtant rigoureusement exact", articula Mr. Steward.
"Enfin, bref..." Norma déglutit. "Quand vous disiez que quelqu'un sur Terre mourrait, qu'entendiez-vous par là ?"
"Pas autre chose, Mrs. Lewis. Un être humain, n'importe lequel. Et nous vous garantissons même que vous ne le connaissez pas. Et aussi, bien entendu, que vous n'assisteriez même pas à sa mort."
"En échange de cinquante mille dollars", insista Norma.
"C'est bien cela."
Elle eut un petit rire moqueur. "C'est insensé."
"Ce n'en est pas moins la proposition que nous faisons. Souhaitez-vous que je vous réexpédie la petite boîte ?"
Norma se cabra. "Jamais de la vie !" Elle raccrocha d'un geste rageur.

Le paquet était là, posé près du seuil. Norma le vit en sortant de l'ascenseur. Quel toupet ! songea-t-elle. Elle lorgna le cartonnage sans aménité et ouvrit la porte. Non, se dit-elle, je ne le prendrai pas. Elle entra et prépara le repas du soir.
Plus tard, elle alla avec son verre de martini-vodka jusqu'à l'antichambre. Entrebâillant la porte, elle ramassa le paquet et revint dans la cuisine, où elle le posa sur la table.
Elle s'assit dans le living, buvant son cocktail à petites gorgées, tout en regardant par la fenêtre. Au bout d'un moment, elle regagna la cuisine pour s'occuper des côtelettes. Elle cacha le paquet au fond d'un des placards. Elle se promit de s'en débarrasser dès le lendemain matin.

"C'est peut-être un millionnaire qui cherche à s'amuser aux dépens des gens", dit-elle.
Arthur leva les yeux de son assiette. "Je ne te comprends vraiment pas."
"Enfin, qu'est-ce que ça peut bien signifier ?"
"Laisse tomber", conseilla-t-il.
Norma mangea en silence puis, tout à coup, lâcha sa fourchette. "Et si c'était une offre sérieuse ?"
Arthur la dévisagea d'un oeil effaré.
"Oui. Si c'était une offre sérieuse ?"
"Admettons. Et alors ?" Il ne semblait pas se résoudre à conclure. "Que ferais-tu ? Tu reprendrais cette boîte, tu presserais le bouton ? Tu accepterais d'assassiner quelqu'un ?"
Norma eut une moue méprisante "Oh ! Assassiner ..."
"Et comment donc appellerais-tu ça, toi ?"
"Puisqu'on ne connaîtrait même pas la personne ?" insista Norma.
Arthur montra un visage abasourdi. "Serais-tu en train d'insinuer ce que je crois deviner ?"
"S'il s'agit d'un vieux paysan chinois à quinze mille kilomètres de nous ? Ou d'un nègre famélique du Congo ?"
"Et pourquoi pas plutôt un bébé de Pennsylvanie ?" rétorqua Arthur. "Ou une petite fille de l'immeuble voisin ?"
"Ah ! voilà que tu pousses les choses au noir."
"Où je veux en venir, Norma, c'est que peu importe qui serait tué. Un meurtre reste un meurtre."
"Et où je veux en venir, moi, c'est que s'il s'agit d'un être que tu n'as jamais vu et que tu ne verras jamais, d'un être dont tu n'aurais même pas à savoir comment il est mort, tu refuserais malgré tout d'appuyer sur le bouton ?"
Arthur regarda sa femme d'un air horrifié. "Tu veux dire que tu accepterais, toi ?"
"Cinquante mille dollars, Arthur."
"Qu'est-ce que ça vient ..."
"Cinquante mille dollars, Arthur", répéta Norma. "La chance pour nous de faire ce voyage en Europe dont nous avons toujours parlé."
"Norma."
"La chance pour nous d'avoir notre pavillon en banlieue."
"Non, Norma." Athur pâlissait. "Pour l'amour de Dieu, non !"
Elle haussa les épaules. "Allons, calme-toi. Pourquoi t'énerver ? Je ne faisais que supposer."
Après le dîner, Arthur gagna le living. Au moment de quitter la table, il dit : "Je préférerais ne plus en discuter, si tu n'y vois pas d'inconvénient."
Norma fit un geste insouciant. "Entièrement d'accord."

Elle se leva plus tôt que de coutume pour faire des crêpes et des oeufs au bacon à l'intention d'Arthur.
"En quel honneur ?" demanda-t-il gaiement.
"En l'honneur de rien." Norma semblait piquée. "J'ai voulu en faire, rien de plus."
"Bravo", apprécia-t-il. "Je suis ravi."
Elle lui remplit de nouveau sa tasse. "Je tenais à te prouver que je ne suis pas ..." Elle s'interrompit avec un geste désabusé.
"Pas quoi ?"
"Egoïste."
"Ai-je jamais prétendu ça ?"
"Ma foi ... hier soir ..."
Arthur resta muet.
"Toute cette discussion à propos du bouton", repris Norma. "Je crois que ... bref, que tu ne m'as pas comprise .."
"Comment cela ?" Il y avait de la méfiance dans la question d'Arthur.
"Je crois que tu t'es imaginé ..." (nouveau geste vague) "que je ne pensais qu'à moi seule."
"Oh !"
"Et c'est faux."
"Norma, je ..."
"C'est faux, je le répète. Quand j'ai parlé du voyage en Europe, du pavillon ..."
"Norma ! Pourquoi attacher tant d'importance à cette histoire ?"
"Je n'y attache pas d'importance." Elle s'interrompit, comme si elle avait du mal à trouver son souffle, puis : "j'essaie simplement de te faire comprendre que ..."
"Que quoi ?"
"Que si je pense à ce voyage, c'est pour nous deux. Que si je pense à un pavillon, c'est pour nous deux. Que si je pense à un appartement plus confortable, à des meubles plus beaux, à des vêtements de meilleure qualité, c'est pour nous deux. Et que si je pense à un bébé, puisqu'il faut tout dire, c'est pour nous deux toujours !"
"Mais tout cela, Norma, nous l'aurons."
"Quand ?"
Il la regarda avec désarroi. "Mais tu ..."
"Quand ?"
"Alors, tu ..." Arthur semblait céder du terrain. "Alors, tu penses vraiment ..."
"Moi ? Je pense que si des gens proposent ça, c'est dans un simple but d'enquête ! Ils veulent établir le pourcentage de ceux qui accepteraient ! Ils prétendent que quelqu'un mourra, mais uniquement pour noter les réactions ... culpabilité, inquiétude, que sais-je ! Tu ne crois tout de même pas qu'ils iraient vraiment tuer un être humain, voyons ?"
Arthur resta muet. Elle vit ses mains trembler. Il y eut un instant de silence, puis il se leva et sortit de la cuisine.
Quand il fut parti à son travail, Norma était toujours assise, les yeux fixés sur sa tasse vide. Je vais être en retard songea-t-elle. Elle haussa les épaules. Quelle importance, après tout ? La place d'une femme est au foyer, et non dans un bureau.
Alors qu'elle rangeait la vaisselle, elle abandonna brusquement l'évier, s'essuya les mains et sortit le paquet du placard. L'ayant défait, elle posa la petite boîte sur la table. Elle resta longtemps à la regarder avant d'ouvrir l'enveloppe contenant la clé. Elle ôta le dôme de verre. Le bouton, véritablement, la fascinait. Comme on peut être bête ! songea-t-elle. Tant d'histoire pour un truc qui ne rime à rien.
Elle avança la main, posa le bout du doigt ... et appuya. Pour nous deux, se répéta-t-elle rageusement.
Elle ne put quand même s'empêcher de frémir. Est-ce que, malgré tout ? ... Un frisson glacé la parcourut.
Un moment plus tard, c'était fini. Elle eut un petit rire ironique. Comme on peut être bête ! Se monter la tête pour des billevesées !
Elle jeta la boîte à la poubelle et courut s'habiller pour partir à son travail.

Elle venait de mettre la viande du soir à griller et de se préparer son habituel martini-vodka quand le téléphone sonna. Elle décrocha.
"Allô ?"
"Mrs. Lewis ?"
"C'est elle-même."
"Ici l'hôpital de Lenox Hill."
Elle crut vivre un cauchemar à mesure que la voix l'informait de l'accident survenu dans le métro : la cohue sur le quai, son mari bousculé, déséquilibré, précipité sur la voie à l'instant même où une rame arrivait. Elle avait conscience de hocher la tête, mécaniquement, sans pouvoir s'arrêter.
Elle raccrocha. Alors seulement elle se rappela l'assurance-vie souscrite par Arthur : une prime de 25 000 dollars, avec une clause de double indemnité en cas de ...
"Non !" Elle eut l'impression que le souffle allait lui manquer. Elle se leva en chancelant, regagna la cuisine. Une couronne de glace lui serrait le crâne quand elle rechercha la petite boîte dans la poubelle. On ne voyait ni clous ni vis. Impossible de comprendre comment les faces étaient assemblées.
Alors elle fracassa la boîte contre le bord de l'évier. Elle frappa à coups redoublés, de plus en plus fort, jusqu'à ce que le bois eut éclaté. Elle arracha les débris, insensible aux coupures qu'elle se faisait. La caissette ne contenait rien. Aucun transistor, pas de moindre fil. Elle était vide.

Quand le téléphone sonna, Norma suffoqua comme une personne qui ne noie. Elle vacilla jusqu'au living-room, saisit le récepteur.
"Mrs. Lewis ?" articula doucement Mr. Steward.
Etait-ce bien sa voix à elle qui hurlait ainsi ? Non, impossible !
"Vous m'aviez dit que je ne connaîtrais pas la personne qui devait mourir !"
"Mais, chère madame", objecta Mr. Steward, "croyez-vous vraiment que vous connaissiez votre mari ?".

Richard Matheson

samedi 27 septembre 2008
08:53

Auteur : Richard Matheson

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la femme, le mari, le chien, et l’amant ou le scénario quadrangulaire


Remerciements à J-Jacques, pour l’idée ...

Je suis à la recherche d’un chien, un doberman. Contrairement à la plupart de ce genre de chiens, il n’a pas les oreilles et la queue coupées, et son collier est du type qu’on appelle étrangleur, vous savez, ces colliers de métal avec des éléments qui ressortent d’un côté et que les gens mettent avec les éléments ressortant soit l’intérieur, pour maintenir plus fermement leur chien, soit vers l’extérieur, pour les protéger contre l’agression éventuelle d’autres chiens, et son collier à lui a les éléments qui ressortent vers l’intérieur.
Si vous le voyez, pourriez-vous me prévenir ?

*********************************************

C’était un couple sans histoire ; la femme, la quarantaine bien conservée, coquette et bien mise, donnait toujours l’impression de sortir de chez le coiffeur ; le mari, un peu rond, plus âgé et le paraissant, avait l’œil triste et le cheveu rare. Ils étaient mariés depuis bientôt 20 ans et la lassitude s’était installée entre eux. Ils n’avaient jamais eu d’enfant et avaient comblé ce vide par la présence d’un chien, un doberman.
Elle travaillait à mi-temps comme secrétaire médicale, tous les jours jusqu’à 13 heures dans un petit cabinet médical de leur quartier, et lui partait tous les matins à la Gare du Nord où il était chef du service de la consigne de la gare. Ils habitaient depuis leur mariage au quatrième étage d’un petit immeuble de la rue Danrémont et connaissaient tous les habitants et les commerçants du quartier ; il faut dire qu’en 20 ans les gens finissent par s’habituer à vous. C’était vraiment un couple sans histoire.
Un jour, la vieille dame du troisième fut mise en maison de retraite par ses petits-enfants et l’appartement qu’elle occupait devint libre. Cela les gêna d’abord dans leurs habitudes, car cette gentille dame s’était toujours occupée de faire relever leurs compteurs d’eau et d’électricité ainsi que d’arroser leurs plantes vertes lorsqu’ils étaient absents ; et puis, la vie poursuivant son cours, ils se firent au fait qu’elle n’était plus là.
Quelques semaines plus tard, une camionnette de déménagement s’arrêta devant leur immeuble et un grand jeune homme tout habillé de cuir vint s’installer dans l’appartement libéré par la vieille dame.
Tout d’abord, le couple sans histoire ne s’intéressa pas au nouvel occupant de l’appartement du troisième, et puis un jour, comme il offrit ses services pour aider la femme à monter ses commissions, ils commencèrent à échanger des paroles anodines sur le temps qu’il faisait, et un dimanche qu’il était venu leur emprunter un peu de sucre, ils l’avaient même invité à partager le café avec eux.
La vie continua ainsi dans leur petit immeuble. La femme travaillait le matin, s’occupait de son ménage et de ses courses l’après-midi, et l’homme partait tôt et rentrait tard, après être allé prendre un petit verre au bistrot avec ses collègues de travail, et, de temps en temps, le dimanche après le déjeuner, ils allaient prendre le café soit chez le jeune homme, soit c’était eux qui l’invitaient à venir en prendre un au quatrième.
Plusieurs mois passèrent. On apprit le décès de la charmante vieille dame et tout l’immeuble se rendit à son enterrement après s’être cotisé pour l’achat d’une couronne.
Les mois continuèrent à s’écouler paisiblement, avec échange d’invitation pour prendre le café, soit au troisième, soit au quatrième. Un jour pourtant, les invitations entre le troisième et le quatrième étage cessèrent. Dans le couple sans histoire, ni la femme ni l’homme ne souleva de questions.
Une année s’écoula.
Depuis des années, tous les dimanches après-midi, sitôt son café avalé, l’homme emmenait son chien en promenade du côté des puces de Saint-Ouen, et sa femme ne le revoyait que le soir. Il revenait souvent avec des vieilleries qui disparaissaient aussi vite qu’elles étaient apparues, car la femme les cassait malencontreusement, elle était tellement maladroite. Il finit par ne plus rien rapporter, et il ne lui faisait plus partager son enthousiasme pour des reliques pleines de poussières, mais il disparaissait toujours tout l’après-midi du dimanche. Elle en fut très contente.
Elle, par contre, passait moins de temps à faire ses courses et son ménage, mais elle disparaissait également des après-midi entiers. Elle avait minci et faisait davantage attention à ses toilettes, néanmoins son mari ne s’en aperçut pas, ou fit semblant de ne pas s’en apercevoir. Il continuait sa petite vie tranquille et ne s’occupait pas de la vie ni de l’emploi du temps de sa femme, pourvu qu’elle fit de même et qu’il eut son dîner prêt lorsqu’il rentrait le soir.
Un soir, cependant, il était déjà là lorsqu’elle rentra à la maison. Il fut furieux de devoir attendre qu’elle prépare le repas pour pouvoir passer à table et de manquer le début des informations à la télévision. Elle s’excusa : elle avait rendez-vous avec son dentiste, et il l’avait reçu en retard. Il lui demanda alors de s’arranger pour prendre ses rendez-vous suffisamment tôt dans l’après-midi pour que ce genre d’incident ne se reproduise pas. Elle lui dit qu’elle y ferait attention.
Le soir suivant ses copains n’étaient pas libres et comme il n’alla pas au bistrot, il rentra plus tôt que d’habitude. En montant chez lui, il entendit la porte du troisième claquer, et des pas précipités grimper les escaliers. Il ressentit une impression bizarre. Mais arrivé chez lui, sa femme était là à l’attendre et le repas était prêt.
Le temps passa.
Un jour, le mari était parti comme tous les dimanches se promener avec son chien ; la femme, s’ennuyant devant la télévision, décida de sortir. Arrivée devant la porte du troisième étage, elle crut reconnaître la voix de son mari, mais quand elle lui posa la question, le soir, il lui demanda si elle n’était pas souffrante. Pourtant, il sembla troublé ; cela intrigua la femme. Elle décida alors d’en avoir le cœur net et de le suivre à sa prochaine sortie dominicale.
Elle n’eut malheureusement pas le temps de mettre son plan à exécution car le lendemain, son mari rentra beaucoup plus tôt que d’habitude. Elle n’eut pas non plus le temps de sortir de l’appartement du grand jeune homme pour aller préparer le dîner de son mari, ni de refermer la porte au nez de celui-ci alors qu’il montait les escaliers et qu’elle était en train de quitter le logement du troisième en y laissant son chien pour être plus tranquille pour faire ses courses pour le repas. Par contre, son mari eut le temps de repousser la porte, d’entrer dans l’appartement du troisième, de suivre le couloir, de gagner la chambre, de voir que le jeune homme était encore au lit, et, surtout, de voir que le doberman était avec lui.
Il aurait supporté de se rendre compte que sa femme le trompait, de toute façon, il faisait la même chose avec le jeune homme tous les dimanches après-midi, il aurait également supporté que le jeune homme le trompe, mais ce qu’il ne supporta pas c’est de savoir que son chien le trompait avec le jeune homme. Il y avait un petit poignard marocain qui traînait sur une table basse non loin du lit à côté de plusieurs lettres ouvertes ; sa main plongea pour s’en emparer et d’un mouvement instinctif il trancha la gorge du jeune homme. Il trancha également celle de sa femme qui hurlait derrière lui car elle l’ennuyait avec ses cris.
Il remit le collier et la laisse à son chien et quitta l’appartement en claquant la porte.
Depuis on ne les a plus revus.
Si vous voyez dans le quartier ou même ailleurs, un doberman aux oreilles tombantes, à la queue non coupée et avec un collier étrangleur, accompagné d’un monsieur un peu rond avec l’œil triste et le cheveu rare, ce dernier sera peut-être le mari de la maîtresse de l’amant, en cavale avec son chien, amant de son amant et de l’amant de sa femme, alors surtout, n’hésitez pas, prévenez-moi, je m’occupe de son dossier….

x.l.

samedi 27 septembre 2008
08:26

Oeuvre originale
Auteur : xiane

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Tel père, tel fils ...


Il s’appelait Gérard ; son fils, Justin.
Je fis leur connaissance pendant mes vacances d’été, une année, au Maroc.
Gérard n’était pas très grand et était plutôt rond et chauve.
Justin n’avait que six ans, mais on pouvait déjà se rendre compte que, plus tard, il ne serait pas très grand, et qu’il serait plutôt rond ; et chauve.
Gérard était toujours souriant. Justin aussi. Mais cela ne me les rendait pas plus sympathiques pour autant.
Vous souvenez-vous de certaines nouvelles, obsessionnelles, de Ray Bradbury, situées géographiquement en Amérique du Sud, et dans lesquelles la beauté du squelette et l’envie de gommer toute graisse superflue sur le squelette revenaient de façon récurrente ? Ces nouvelles m’ont marquées et à cause d’elles j’ai toujours éprouvé un certain plaisir à regarder une ossature fine et un profond dégoût à voir qui que ce soit bâfrer de façon écœurante.
Gérard mangeait beaucoup. C’était d’ailleurs son principal centre d’intérêt ; et également sa plus grande angoisse en ce qui concernait l’appétit ou l’éventuel, bien qu’improbable, manque d’appétit de son fils : « Justin, tu ne manges pas ... qu’est-ce que tu as ? mange de la viande, mange des légumes, mange des gâteaux, fini ton assiette, prends des forces ... » et comme cela tous les jours, et trois fois par jour. Lorsque Justin nous rejoignait enfin à table, alors que nous avions commencé à déjeuner depuis longtemps, ses assiettes débordaient de spaghettis, de boulettes de viande, de sauce tomate et de gruyère râpé. Il avait à peine fini son assiettée qu’il repartait chercher du fromage, de la soupe, des gâteaux ... sous l’œil inquiet de son père qui trouvait toujours que Justin ne mangeait pas suffisamment : « Justin, tu ne manges pas ... qu’est-ce que tu as ? ... » ; ce que Justin n’arrivait pas à terminer était avalé par son père qui lui-même s’était octroyé des portions gigantesques. Nous partagions la même table qu’eux et regardions, effarés, les capacités de Justin à engloutir n’importe quoi. Nous avions même un peu peur qu’il soit malade à table ...
Gérard avait une cinquantaine d’années. Il avait divorcé d’avec la mère de Justin plusieurs années auparavant et ne pouvait profiter de son fils que pendant quelques week-ends par an ainsi que pendant les vacances. Il angoissait en permanence et avait peur que son fils s’ennuie, qu’il tombe malade, et qu’il soit moins heureux avec lui qu’avec sa mère. Il interrogeait donc continuellement le gamin et on entendait régulièrement « Justin, tu es heureux avec ton père, n’est-ce pas ? n’est-ce pas Justin que tu préfères être avec ton père qu’avec ta mère ? on s’amuse mieux entre hommes, hein mon Justin ? ».
Justin se laissait aimer et souriait toujours ...
Comme il avait environ six ans, il avait commencé à perdre quelques unes de ses dents de lait et son sourire en pâtissait. Il en pâtissait d’autant plus que Justin était grimacier et qu’il passait son temps à se raconter des histoires : il aimait particulièrement celle de "la belle au bois dormant" et quand il s’en racontait des passages, on avait davantage l’impression qu’il s’agissait d’un film de guerre que d’un dessin animé de Walt Disney ... Ses grimaces et son sourire me faisaient un peu peur.
Il était petit pour son âge, joufflu, un peu rougeaud, le cheveu ras et rare, et ses mains, petites et larges, avaient des doigts larges et très courts, surtout le pouce qui ressemblait à une petite spatule. Je n’aimais pas le regarder car il me répugnait, particulièrement quand il s’empiffrait.
A notre table, il y avait également deux petites filles, à peine plus âgées que lui, qui déjeunaient raisonnablement et plutôt peu que trop. Elles étaient adorables, bien élevées, fines et menues, et habillées de façon ravissante. J’ai toujours préféré les petites filles ... de toute façon.
Les mères des deux petites filles essayaient de temps en temps de prendre Gérard en aparté et de lui faire comprendre qu’il n’était pas nécessaire d’inciter Justin à manger autant que cela, que si cela continuait, soit Justin risquait d’être malade, soit il finirait par devenir un gros petit garçon ...
Gérard avait toujours une bonne raison pour expliquer et excuser l’appétit de son fils ; d’abord, Justin tenait de lui qui avait bon appétit, ensuite, ils faisaient tous les deux énormément de sport et il fallait que son fils ait des forces pour le tennis, la natation, les promenades ... et tout ce qu’il lui imposait tout au long de la journée.
Justin pendant ce temps-là continuait à se raconter "la belle au bois dormant", toujours avec force grimaces, en continuant de vider des assiettées de frites et de spaghettis.
Lorsque le gamin était attablé devant son assiette, il était hors de question de le voir quitter la table, sauf pour aller la remplir à nouveau ; une fois, par exemple, le gamin se rendit compte qu’il avait oublié de prendre une cuillère à soupe, et plutôt que de se lever de table, il me demanda d’aller lui en chercher une ... Il aurait fallu également que je l’aide à couper sa viande, car son père était trop occupé lui-même à vider ses assiettes, et nous, bien sûr, avec le peu que l’on mangeait, on avait tout le temps de les aider à remplir leurs assiettes ou à les vider en leur apportant ce qui leur manquait.
Plus Gérard et Justin mangeaient, moins je remplissais mes plats, moins je passais de temps à me nourrir, et plus je passais de temps à les regarder s’empiffrer, tout en écoutant Gérard dire à Justin : "Justin, tu n’as pas pris de viande ! il faut que tu manges de la viande, tu en as besoin ! Justin, mange de la viande, mange des légumes, mange du fromage, mange des gâteaux ..." ; j’en attrapais des indigestions.
Vous pourriez me demander pourquoi je ne changeais pas de table, mais les deux petites filles et leurs mères étaient tellement adorables qu’à cause d’elles, je restais.
Puis les vacances se sont terminées et chacun est rentré chez soi : mes petites amies à Bruxelles et Gérard et Justin en région Parisienne. J’avais eu plaisir à laisser mes coordonnées à mes petites amies belges, mais je ne le fis pas pour Gérard et son fils. Ils ne m’avaient intéressée pendant le temps de mes vacances qu’en ce qui concerne le côté ethnologique, mais je n’avais pas envie de revoir ce gros homme laid qui aimait de plus étaler ses soi-disant énormes possibilités financières.
Pourtant, j’ai eu un fantasme à leur égard : je les ai vus tels des ogres, entourés d’énormes monceaux de nourriture, et j’ai rêvé qu’à force de se forcer à manger et de forcer son fils à manger, Gérard pourrait bien mourir un jour de suralimentation dans son petit pavillon de banlieue et qu’à ce moment là, il risquait fort d’être mangé à son tour par son charmant bambin lorsque celui-ci aurait réussi à engloutir tout le reste.

x.l.

samedi 27 septembre 2008
08:24

Oeuvre originale
Auteur : xiane

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Blog mis à jour le 07/10/2008 à 19:19:52



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