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CLAIRE Août 68. Fait chaud sur Carlow, petite ville irlandaise de douze mille habitants. Paraît que c'est exceptionnel; à 21°C, tout le monde buffe, ventile, rougeoie. Tu sais plus qui a chaud, qui est rouquin. La Burrin est exsangue et la Barrow a fermé ses écluses; pourtant, il pleut tous les soirs un petit crachin bizarre qui n'est plus de la rosée et pas encore de la pluie. 14 ans.. Une valise, un copain rencontré dans l'avion, une boule dans la gorge, et le regret de m'être laissé envoyer passer un mois chez Pat et Pauline M. et leur fils de 12 ans. Les voilà, dans la poubelle déglinguée d'un sympatoche voisin... j'arrive pas à parler. Pat me parle, mais ça ne connecte pas avec mon anglais scolaire: on ne m'aurait donc pas appris l'anglais? Il est bien jeune pour avoir un fils de 12 ans... Il ressemble à Kirk Douglas. Elle est ronde et rouge, jolie, fraîche et souriante, me prend le bras et me frotte le ventre…!? Valoche, voiture, nuit tombante et piailleries qui me soûlent dans cette guimbarde. De temps en temps, ils se taisent et me sourient. J'ai bien envie de pleurer... Août 68 (2) Arrivée à « Hickory Hill », demi-maison de gauche d’une des cinquante maisons doubles qui forment le quartier de « Monnacurragh » ; mignon tout plein et fonctionnel ; jour en bas, nuit à l’étage avec une chouette piaule pour moi. Mais pourquoi chuchotent-t-ils ? Snack à la cuisine : salade avec de drôles de petits oignons nouveaux et chief sauce… Avec mon dico, j’arrive à composer et articuler ma première phrase : « My parents send to you their regards. » Qu’est-ce qu’ils ont à rigoler ? Bon, ils s’en foutent … J’essaye autre chose : « What is the name of your son ? » « Klodek ». Quoi, “Klodek”? Mais qu’est-ce qu’ils ont à glousser comme ça ? Je les trouve bien gentils, avec de bonnes bouilles et je souris : je dois avoir l’air un peu benêt… Pauline sursaute, part en courant à l’étage, (bruits étouffés par la moquette) et revient avec un bébé. Ah bon, je comprends… il n’a pas douze ans mais cinq mois et demi ; je me disais bien qu’ils avaient l’air trop jeunes… Pendant que ça biberonne dur, on s’explique : ils ont 25 et 24 ans, sont mariés depuis deux ans et « Klodek » est leur premier enfant. Puis faut bien le changer, le chérubin. Tiens donc : c’est une chérubine… On finit par s’expliquer, avec papier, gestes, et toute la bonne volonté du monde : c’est Claudette. Mais c’est français ça, non ? Après tout, la maman s’appelle bien Pauline… Pat fume au salon, et lit le journal avec un petit échiquier posé à ses côtés. Juste un coup d’oeil au canard et à la position et je lui joue la solution. Pas besoin de parler pour ça… Par signes, je fais comprendre que j’ai envie de faire un petit tour… tu parles, j’ai surtout envie de me fumer une Carrolls Number 1, moi aussi, mais j’ai trop honte… Tout est étrange dehors ; les bruits, les odeurs, le ciel, les vibrations et mes pensées. Comme dit Pagnol : « … je sentis naître un amour qui allait durer toute ma vie ». Août 68 (3) Le programme sera simple et délicieux. Tous les 2 jours, regroupement des frenchies pour des cours d’anglais où mon accent toulousaing fait un putaing de tabac jusqu’à ce que la prof explique à ces nordistes gutturaux que l’aspect chantant est beaucoup plus adapté… non mais ! Les autres passaient la plus grande partie de leurs journées ensemble, à droguer et draguer dans les rues… Pour ma part, je préférais essa |
| Impression : Extraordinaire
...!
[rien d'autre, parce que pas de mots] |
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« Elle est là, assise, dans ce train de banlieue,comme tous les matins à la même heure, la tête penchée, de côté, sur son livre. Ces yeux parcourent les lignes faisant légèrement vibrer ses paupières diaphanes par en dessous. Je compte tout bas le battement irrégulier de ces longs cils cherchant vainement à découvrir un rythme comme on cherche parfois à deviner l’instant de l’éclair entre deux coups de tonnerre. Je la regarde ainsi tous les matins. Parfois, quand elle plisse le front, j’ai peur qu’elle sente insidieusement le poids de mon regard , alors je vais me perdre, à quelques centimètres, dans la vitre de côté où le reflet ténu de son visage m’invite à d’autres découvertes… ». La jeune femme, sentant le train ralentir, ferme son livre, le range dans le sac posé sur ces genoux et se lève. Son strapontin se relève d’un coup sec en coinçant légèrement un des pans de son imper gris perle. Elle passe la bride de son sac autour de son épaule, tire sur son vêtement coincé et ramène vers l’arrière de sa nuque une longue mèche de ces cheveux blonds cendrés . D’une rotation, sans lâcher la barre métallique qui courre au-dessus de la place qu’elle occupait, elle se positionne face à la porte alors que le train s’arrête dans un souffle mécanique : station Auber. « Je bois mon café sans la quitter des yeux, je suis à deux tables d’elle, légèrement en retrait. Je regarde son profil : son nez droit, un peu long, sa joue ronde, se pommette gauche rosit par le soleil froid de Novembre, son oreille assez petite dont le lobe est légèrement distendu vers le bas par une boucle ovale sertie d’une aigue-marine à sa base. Sous son imper, un renflement me laisse deviner qu’elle a croisée ses jambes, elle porte un pantalon noir large dont je vois les revers qui remontent légèrement sur des bottes brodées . Comme elle bat de sa jambe, la mesure d’une musique muette, les motifs cachemires de sa botte font danser leurs reflets colorés… ». La jeune femme souffle sur son thé fumant, elle a posé son livre ouvert, à l’envers à côté de sa tasse. Elle boit du bout des lèvres le liquide chaud, amer et citronné en regardant au dos de l’ouvrage la photo du jeune homme qui sourit : Pierre Saval, journaliste et nouvelliste né le 11 Mai 1965… «Je reprends le train de banlieue .Je suis à quelques mètres d’elle, je sens son parfum, Organza, j’en suis sûr à présent. J’ai passé une bonne heure hier à sentir des quantités de fragrances dans une grande parfumerie des Champs-Elysées. Quand j’ai enfin reconnu son parfum, je me suis senti heureux comme un môme, j’ai même embrassée la vendeuse qui semblait agacée par mes hésitations. J’ai acheté le coffret cadeau qu’elle me proposait. Je me tiens derrière elle .Elle me tourne le dos et cramponne la barre métallique verticale. Ces doigts blanchissent un peu au niveau des jointures. Elle tiens de son autre main son livre ouvert, page 37… ». La jeune femme sourit. Elle est un peu troublée : « c’est quand même dingue ! » se dit elle. Depuis qu’elle a entamée la lecture de cette nouvelle, hier matin dans le train, il lui semble que l’auteur parle d’elle. Elle tourne,soudain,la page qu'elle est en train de lire et constate que la nouvelle s’arrête en haut de la prochaine. « Elle tourne la page de son livre et retourne à sa lecture. Cela me fait un peu bizarre, c’est la première f |
| Impression : Extraordinaire
héhé !! pauvre auteur !!
;o) |
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Il m’arrive un truc bizarre, c’est la première fois que j’en parle à quelqu’un.Depuis quelques semaines déjà, de petits détails dans mon comportement m’avaient, comment dirai-je, pas vraiment inquiétés, non, plutôt alertés.J’avais mis ses petits dysfonctionnement sur le compte de la surcharge de travail due au bilan de fin d’année et j’avais chassé ces petits tracas comme on chasse une mouche d’un revers de main. Pourtant ce matin, comme j’allais acheter L’Equipe, j’ai négligemment et naturellement tendu au libraire, en plus de mon quotidien, le dernier numéro de Marie Claire et j’ai payé le tout. Ce n’est qu’une fois sur le trottoir que j’ai réalisé : »- Comment, moi, Marc Cortelli, 30 ans, directeur financier dans un grand groupe, major de ma promotion à l’Essec, célibataire et chaud lapin, comment donc- et pourquoi- j’ai pu acheter ce p.tain de magazine ???? »Et là, à cet instant, tout m’est revenu…il y a 15 jours, chez Jean Claude, à l’apéro, je lui ai demandé deux doigts de Porto (alors qu’il me préparait déjà mon Pure Malt préféré), la semaine dernière je me suis surpris à demander les horaires des cours de streching au gymnasium…Plus grave encore, il y a deux jours, ayant repéré un cheveux roux sur le pan de la veste du manager général j’ai eu une envie irrésistible de le lui oter. Ces évocations me firent froid dans le dos, j’enfournais mes journaux dans mon attaché-case, un ravissant modèle griffé Boss en agneau et buffle, je sautais sur mon scooter direction La Défense. Voilà, maintenant, je suis au bureau et depuis dix minutes j’hésite à appeler, André, un ami médecin…l’Equipe traîne par terre, encore plié, par contre je sais tout sur la chirurgie esthétique des fesses, sur les nouveaux régimes californiens, que mon ascendant me prédispose à avoir des règles abondantes et douloureuses et que d’après le grand test de la séduction : »je suis une dévoreuse d’hommes avec des tendances sado-maso et bi-sexuelles » Mais qu’est ce qui m’arrive….Bon, j’appelle André. « -Allô, André ?C’est Marc ! -Salut, comment vas tu ?tu …. -j’ai un problème, je dois te voir le plus tôt possible ! -Bon, viens à midi et on bouffera un bout ensemble… » Cela va un peu mieux. Comme je raccroche, Mireille, ma secrétaire entre dans mon bureau.Elle jette un œil sur le magazine ouvert : « -Vous lisez ça ?Vous ? -Mais, non…c’est une copine qui a du l’ oublier dans ma voiture ! » lui dis-je d’un air agacé -J’ai quoi aujourd’hui ? -Rendez-vous à 14 heures avec les gens de KPMG… -Remettez ce rendez- vous à 16 heures, s’il vous plaît.Ce sera tout, merci Mireille…très joli votre ensemble, c’est un Rodier, n’est ce pas… -Heu…oui, merci Marc, je l’ai acheté en soldes la semaine dernière.J’ai repéré une petite boutique…. » Finalement nous somme restés une bonne heure à discuter chiffon, coiffeurs, régimes…et ça m’a plu, j’étais à l’aise, malgré moi... 12H00, je sonne à la porte du cabinet d’André, il me crie d’entrer.Il discute avec une de ces patiente qu’il est en train de raccompagner : une belle brune, la quarantaine, grande, des jambes magnifiques…mais super mal maquillée…trop de fond de teint, et ce rimel bleu, quelle horreur !!!!Soudain j’ai l’impression de perdre pied.Pour la première fois de ma vie d’homme, je ne dévisage pas une femme selon mes codes de mâle : Jambes, cul, seins, mains, bo |
| Impression : Extraordinaire
génial !! |
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Blog mis à jour le 08/09/2008 à 03:55:11
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