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p_carlow - 913080 
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Petite fleur


Petite fleur.

Il est surprenant parfois de constater à quel point certaines gens ne vieillissent pas.

Le temps semble oublier de creuser dans leur visage les rides qu’il distribue si copieusement à tout un chacun d’entre nous le commun des mortels que chaque seconde blesse avant l’assassinat par la dernière qui nous montre que l’éternité c’est long surtout vers la fin et qu’il est temps que je termine ma phrase.

Ma Marguerite a quarante-trois ans, une chute de reins mortelle moulée dans un jean de djeuns. Elle est lippue, Marguerite, avec de grands yeux mauves souriants dans une rousseur flamboyante. Le tout grêlé de taches mutines.

Ce que j’aime le plus chez elle, c’est moi : elle éclate de rire dès que j’ouvre la bouche. Je pourrais lui dire la météo qu’elle en ferait un sketch.

Mais parfois son regard prend comme une sorte de gravité insondable… Sa respiration devient plus courte, ses yeux se troublent un tantinet, un fil saliveux vient au coin de sa bouche et la panique me prend les tripes : cette femme m’aime. Doucement, avec retenue. Elle me le crie en silence et ça me fout la trouille. Dire « Je t’aime » est tellement difficile !

Comment expliquer ?

Je rentre de la pêche. Bon. Je suis un peu fourbu, et j’essaye de ne pas trop sentir le sandre déjà vidé que je compte caler dans le congélateur. Bon.
Elle m’accueille en rigolant de l’odeur poissonneuse de mes mains. Se poile sous ma douche en me voyant m’embaumer. Et te me frotte la quicounette dans un éclat de rire très gênant : m’enfin, chuis propre sur moi, non ?

Elle est comme ça, ma Margot, toujours à rire de moi, ou par moi.

Comment ce peut-il faire qu’un tel bonheur puisse exister ? Comment une telle chose peut-elle m’arriver, à moi ?

Et elle continue à me considérer de son air de pas airs… je tremble, elle tremble et nous nous reniflons à lèvres que veux-tu.

Tout mon vieux corps fatigué par les excès que je lui ai imposés s’était toujours refusé à dormir en touchant quelqu’un d’autre. Marié pendant vingt-trois ans, mon lit était un cent-quatre-vingts de large, avec matelas indépendants. Toi marié avec moi mais moi pas dormir si toi me toucher sauf crac-crac.

Mais là, là, avec Marguerite, on scotche nos rêves dans la même respiration.

Au matin, mon envie bandante de pisser la fait rigoler (bien sûr). Ensuite, je reviens toujours renifler le plumard avant de partir au boulot.

Chhhcrougner un peu avec ma belle me fera la journée.

C’est pas juste, une telle amour !
……………………………

Il faut que je raconte comment je l’ai rencontrée. C’est indispensable sinon tu vas fermer le bouquin, curieux contrarié comme je te sais.

Je pêche, je l’ai déjà dit. A Garonne le sandre et dans les Pyrénées la truite à la mouche. Le sandre, c’est plutôt facile et commun.

La mouche, c’est tout un univers… qui date des Romains.

Je te comprends, profane : pêcher à la mouche, c’est leurrer un poisson avec un hameçon flottant lancé à l’aide d’un « fouet » difficile à maîtriser et enrobé de plumes d’origines diverses destinées à lui faire croire que c’est un insecte flottant sur l’eau qu’il peut gober sans crainte et ainsi se faire pécho comme un imbécile et ramener vers la berge du tueur que je suis pour le bouffer sans le moindre souci écologique et ça fait la deuxième phrase que je ne termine pas assez vite.

Ce jour-là, fin mai, j’étais au bo

vendredi 2 septembre 2005
19:28

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Paul et Gertrude


PAUL et GERTRUDE





Un, deux, trois… cinq et demi-tour, un deux, trois… et demi tour ; environ huit cents aller-retours et deux heures de marche dans cette cellule grise qui ne pense pourtant à rien.
Ironie quand tu nous tiens ; tu sauves Paul de sa folie rampante, lui le reclus, le rebus de la sôôciété, condamné à huit ans ferme.
Pas à la simple prison, non : à la réclusion criminelle, ce n’est pas du tout la même chose ; il est seul, ce qui ne le gêne pas vraiment ; la solitude n’est rien, elle lui est une compagne facile.

Les seuls contacts de Paul sont rythmés, métronomisés impitoyablement par la tarentule administrative qui en a la « charge ». Petit déj, douche, promenade (trente minutes, sauf dimanches et jours fériés), bouffe, etc…
Petit à petit, il a développé la conviction que ce sont les mêmes secondes, les mêmes minutes, les mêmes heures qui servent et resservent chaque jour, chaque journée étant elle-même remise en service tous les matins. Il se dit bien que dehors beaucoup de gens fonctionnent ainsi.

La solitude, ça va : Paul peut peupler. Ce qui est dur, c’est l’isolement…Qui devient horrible quand Photo est de service.
La majorité des gardiens est plutôt sympathique, bonhomme et apathique…
Mais Photo, lui ! dans le genre comique à deux balles, grasseyant et fier de lui :
« J’me présente : Minolta, mais tu peux m’appeler Photo ; Minolta, photo, parce que j’suis maton… photo maton, quoi !! ». N’est pas véritablement méchant, mais lourd, lourd…

Déjà trois ans que Paul se farcit ce débile, qui constamment lui sert la même soupe, assaisonnée de la même vanne.

Pourtant aujourd’hui Paul est heureux ; il y a des cui cui dans les oreilles, du vent dans les poumons et des fourmis dans les jambes. Il y a grève du personnel ce qui bouleverse un tantinet le ronron quotidien : pas de cantine, donc sandwiches, pas de promenade et pas de Minolta.




Fameux, le sandwich : bœuf froid, moutarde, salade ; depuis bientôt trois ans qu’il pourrit ici, c’est la première fois que Paul peut savourer, assis sur son lit, les yeux à demi clos, sans ce parfum métallique qui enveloppe tout ce que la cantine sert.

Bercé par ses souvenirs de promenade dans les prés, avec Virginie, à qui il avait dû expliquer que la différence entre une vache et un taureau ne tenait pas strictement à la taille des cornes.

« Ecoute bien, Virginie : la vache a deux sous-produits : le lait et la bouse. Le lait, on en fait du beurre et du fromage, ça ne nous intéresse pas. Reste la bouse ; de deux choses l’une : soit elle tombe sur le pré, soit elle tombe sur le chemin. Sur le pré, elle se décompose, ça ne nous intéresse pas. Si elle tombe sur le chemin, de deux choses l’une : soit on marche dedans, soit on ne marche pas dedans. Si on ne marche pas dedans, on passe son chemin, ça ne nous intéresse pas. Si on marche dedans, de deux choses l’une : soit on s’en aperçoit, soit on ne s’en aperçoit pas.
Et si on s’en aperçoit, alors là, Virginie, on se dit : « la vache a deux sous-produits, le lait, la bouse… »



Paul sort de ses rêves absurdes, attiré par un petit mouvement, à l’angle du mur .
Il y a une miette de son sandwich qui bouge, par terre. Il s’approche doucement et dans la pénombre distingue une fourmi qui remorque le débris.
Une fourmi… Paul est troublé ; au cœur de la mécanique confortable dans laquelle il s’était résigné à n’êt

vendredi 2 septembre 2005
19:27

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Quinze mille planches











QUINZE MILLE PLANCHES


















C’ est un jour méchant, un jour sale, de ces journées qui semblent effrayer le soleil et devoir rester nocturnes...
Dans ce coin du cimetière, une maigre assistance se tasse au mieux: quelques vieilles, noires et courbes, cinq ou six marins, casquette de rigueur, mains dans les poches et col remonté. Le vent du nord de novembre, en Méditerranée, ça te glace son bonhomme aussi sûrement qu'un blizzard polaire. Tout ce petit monde a plus la goutte au nez qu’aux yeux.
Devant, tête de proue de ce triste navire, Raoul contemple le cercueil de sa Louise et rumine l'amertume de ce jour macabre. C'est un homme âgé, grand, sec, encore vigoureux, avec un beau visage latin éclairé d'un regard bleu transparent, et qui a reçu de la vie sa ration de rides embrouillées.
Monsieur le Curé procède, toujours digne, mais plutôt pressé car parfois à la limite de l'envol, les voiles de sa chasuble gonflées par les rafales.
Quand tout est dit, chanté et pleuré comme il se doit, après quelques murmures gercés et des poignées de mains glacées, Raoul reste un moment à examiner le port, au bas de la colline. Les jetées sont allongées, et la mer repoussée vers le large par le vent.
Les bruits de truelle du Père Féraud, cantonnier, garde, et fossoyeur municipal, le sortent brusquement de sa rêverie; il lui grommelle ses dernières instructions, qu'il confirme d'un gros billet.


* * *

Devant chez lui, Raoul est attendu par Jean Buynes qui tire sur sa pipe en battant de la semelle.
— 'soir, bredouille celui-ci avec un pauvre sourire; tu sais, je suis désolé, je rentre juste de la sardine et l'ai pas su, enfin... j'ai pas pu... qué misère!
— Je t'en prie, monsieur le maire, entre un moment, propose Raoul sans répondre aux condoléances maladroites que l'autre continue d'emmêler dans sa barbe. Il ne l'aime pas vraiment, le trouvant trop rond, trop gras, suffisant, loup de mer de carte postale et trop maire de "notre bonne ville de S...".
Sans un mot les deux hommes s'attablent dans la cuisine silencieuse, pleine d'absence. Un premier pastis est englouti presque à sec, pour réchauffer la tripe; le suivant décide Jean à rompre le silence.
— Qué misère, répète-t' il. Tu l'as soignée deux ans comme un saint! Mais aujourd'hui, vaï, elle est plus heureuse que nous tous! Allez Raoul, faut te reprendre, c'est jamais bon de tournailler tout seul dans son malheur. Maintenant que ta Louise est... enfin... tu vas être plus libre et tu vas pas rester sans rien faire de ta peau, allons! Peut-être, tu pourrais...
— Pas question! l'interrompt Raoul. Je n'ai pas travaillé depuis qu'elle était couchée et tu sais bien que ça fait trop longtemps que je n'ai pas roulé une bille. Et puis, pourquoi faire? Le métier est perdu, il n'y a plus personne sur la place.
— Mais justement, mon vieux, justement: tu es le dernier; pas un des derniers mais le dernier et tu le sais parfaitement. Allez, zou! fais un effort, notre bonne ville a besoin de toi. Réfléchis: ça te fera du bien et ça fera plaisir à tout le monde; pense à nos deux dernières fêtes.
— Il y avait moins de touristes?
Buynes préfère plonger le nez dans son verre et sirote. Le silence s'alourdit, les regards se fuient, les verres se vident à petites lampées songeuses...
Soudain clairvoyant, Raoul r&eacu

vendredi 2 septembre 2005
19:26

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Les cygnes de Noël


Les cygnes de Noël

Le Leitrim est un comté d’Irlande du Sud allongé sous ses frères prisonniers du Nord . Sa géographie est bizarre, ses montagnes Cuilcagh sauvages gardent au sein de leurs courbes placides les mille sources de la Shannon River, ce fleuve velléitaire qui réussit à parcourir presque trois cents kilomètres au ventre de l’île.
Près de Fenagh, comme abrité au Sud de ces collines pelées, un chapelet de lacs contribue à nourrir la rivière. Il y a le Drumlaheen (célèbre pour ses brochets), le Finagh, le Rowan et le minuscule Drumcollon.
Le paysage est sauvage, fait de vallons surprenants au creux desquels se lovent des nids de bruyères, dans de petits lacs de terre gagnés à force de bras patients : construire des murets de pierres semble avoir été la première occupation celtique.

Depuis l’été dernier , tout le monde remarque les jumelles Mc Farlane, leur beauté et leurs différences. Des parents Dublinois ont retapé une bicoque, stressés comme le sont maintenant tous les irlandais.
Orna est brune, raide, avec des yeux d’un bleu bizarre, car ils sont cerclés d’un adorable anneau noir. Elle fait croire qu’elle est une petite peste, en fait hyperémotive avec des larmes perlant toujours au creux des yeux lorsqu’elle parle. Orna te dit toujours ce qu’elle pense, mais va ensuite pleurer dans son coin.
Philomène est blonde éblouissante, sa tignasse ondoie jusque très bas dans son dos. Un regard doux, diminué et attendri par de petites lunettes rouges, débordant d’une douce tranquillité.
Mais elles se contentent d’être sœurs, jumelles, chacune troublante de sa particulière grâce, et de rigoler devant l’air incrédule des gens qui les croisent : des jumelles ?

Cet été, elles ont cavalé autour du Drumcollon Lake, Orna pataugeant et lançant des galets ricochant, Phil préférant compter les cygnes. Et chanter : le répertoire de Sineàd O’Connor.
Un soir tranquille du mois d’août, ses chants ne suffirent pas à retenir le troupeau des volatiles, qui s’en furent à tire de palmes vers un autre coin du lac, où un vieillard leur sifflait un drôle d’appel. Elle s’approcha doucement pour voir le bonhomme donner du pain aux cygnes.
Ce qui surprit Phil, c’est que notre homme ne lançait pas son pain : il le donnait délicatement, et le mâle, d’habitude si agressif, picorait dans sa main comme un vulgaire poulet. Ces dames ramassaient les miettes, comme il se doit.

Les salutations furent brèves, mais chaleureuses. Rory étant boiteux et débonnaire, sous sa casquette informe.

« Dis, monsieur, comment tu fais ? »

« Les cygnes, petite banshee, sont les rois des oiseaux ; il faut simplement savoir les respecter. Vois-tu le grand mâle, là ? C’est le roi du lac. Je ne suis que son bouffon. Quand mon père est mort il y a vingt ans, le lac était gelé. Et bien, pour lui qui avait nourri les cygnes toute sa vie, le lac était couvert d’oiseaux trompetant en chœur. Et quand la glace a fondu, des milliers de plumets duveteux flottaient encore. »

Et le bon Rory était remonté, avec sa patte folle et son plaisir d’en avoir raconté une bonne !
« Pourquoi tu m’appelles ta banshee ? » insiste Phil.

« Parce que tu en es une. La banshee, c’est une fée, et il y a deux versions : l’une est une méchante sorcière, qui vient ramasser violemment les âmes pour les torturer.
Mais toi, tu serais plutôt la deuxième version : celle que j’ai entendue auprès de ma grand-mè

vendredi 2 septembre 2005
19:25

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La légende de l'homme au coeur de pierre








La légende de l’homme au cœur de pierre .







Dans les années cinquante, au sein d’un Toulouse accablé, essoufflé par la guerre terminée et juste libéré des tickets de la famine, Garonne coulait, impassible, de tout son sable. De nombreuses barges draguaient, jusqu’au cœur de la ville, le gravillon et le sable nécessaires à la reconstruction. Ses habitants exaltés bordaient le fleuve , heureux et surpris de survivre, lourds d'ardeurs génitrices.

Ainsi naquit Lythos, deuxième produit d’un couple enthousiaste, un peu inconscient mais si naturellement frétillant. D’abord confinés entre les murs noirs d’une turne médiévale, les espoirs lumineux d’une barre HLM avaient rassuré ses parents aux hormones agitées …
Vint donc l’appartement avec vue sur Garonne, ses souplesses liquides, ses vannes compliquées et ses pêcheurs assidus.

Lythos fut bien né, bien constitué et brailla ce qu’il se doit… Ejecté sans problème par une mère pondeuse, il arriva, pressé, dans ce monde qu’il téta goulûment : il avait un père, une mère, un frère aîné, et un cœur énorme, bien irrigué, pour les aimer.
Mais sa mère avait des tiques accrochées sous les élastiques de ses chaussettes : elle en souffrait horriblement, en silence, sans avoir le temps de s’en occuper. Un jour, excédée, elle secoua le bébé qui était au sein abandonné, tranquillou profitant de son tétage.
Les répugnes éconduites ne purent jamais lui expliquer : une première calcification du cœur, juste un petit coin, lui vint empêcher de ressentir… Simplement une apostrophe, cette calcification, un coin infime de son cœur, mais graine pétrifiée à jamais plantée.

Le cœur de Lythos bat toujours, bébé adorable, qui verra des boutons marins scarifier sa mémoire, et donc enlever encore un peu de cœur…
Le manteau de mon frère ?? Mais pourquoi ? Pourquoi la mante fraternelle doit-elle obligatoirement me recouvrir ?
Lythos, ainsi, se débat parmi une fratrie devenue nombreuse, pour lui innombrable, de quatre membres, dont une fille, dernière de la portée.
Quand celle-ci naquit, son père, si joyeux ébahi d’avoir enfin une fille quatrième, entra ce matin là dans la chambre garçonne :
- Vous avez « enfin » une petite sœur…
Lythos sentit son cœur libéré du coin de pierre qui l’étouffait un peu quand même jusque là.
Une soeurette à aimer et cajoler, à la place de ses frères à bagarrer. Un bonheur rare, réparateur…
****

Et Lythos grandit, au milieu de la vie des bambins de son âge.
Il s’épanche dans son école maternelle, se veut sculpteur, et pétrit à cinq ans un « homme à cheval » que sa maîtresse ne veut pas lâcher à sa mère.
Derrière les murs de la barre HLM, du talent à perdre ! Des odeurs de bêtise poussent sur les lichens des murs modernes .

Lythos perd encore un éclat de cœur, ça fait deux.
Mais aucune ankylose ne vient le prévenir.
Sa légende ne se sait pas encore.

****

Grandis, grandissant Lythos : un cœur imbattable, imbattu aux osselets de marbre, invaincu sur les routes fugueuses sur lesquelles il tentera de refaire la vie, à neuf ans !
Troisième éclat de pierre planté dans son âme.
La légende de l’homme au cœur de pierre prit forme ce jour-là ; qu

vendredi 2 septembre 2005
19:23

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Blog mis à jour le 13/10/2008 à 20:53:24



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