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Il était une fois un coin de terre. Un coin de garrigue. Il y avait bien le soleil qui parfois tapait fort, il y a avait bien le vent souvent violent, la pluie, la grêle, et même la neige… Malgré ces inconvénients, cette terre se portait bien. Mais un jour, au cours d’un été plus chaud que les autres, à cause d’un éclat de verre, ou d’une cigarette mal éteinte, le feu est arrivé. D’un seul coup la garrigue s’embrase, la chaleur est insoutenable. Tout brûle. Ou presque. Seuls trois jeunes chênes et quelques buissons un peu à l’écart, sont épargnés. Tout à une fin, même les incendies les plus terribles finissent par s’apaiser. Le soir tombe sur les braises brûlantes. Elles le resteront longtemps. Les jours passent, passe le vent sur les cendres refroidies, un vent très doux et tranquille. Il met la terre à nu. C’est presque gênant de la voir ainsi, sans sa protection de verdure. Mais elle nous laisse ainsi voir son entière vérité. Les trois jeunes chênes sont toujours là, un peu grillés, mais bien vivants. Les buissons aussi, que le vide laissé par le feu rend plus visibles. Plus présents. L’été se termine et arrive la pluie, fine, douce, persistante, déterminée. Elle lave les dernières traces noires, pénètre profondément la terre qui l’attendait sans le savoir. Alors la vie, qui n’a jamais abandonné, par cette eau fait gonfler les graines. C’est le printemps en automne, une saison que l’on n’attendait pas. Bien sûr, le paysage ne sera pas le même qu’avant, mais les chênes pousseront, en paix dans l’espace dégagé, et les buissons, qui sait, deviendront des arbres. Peut-être qu’un poussera plus haut que les autres et par sa tranquille assurance, fera oublier les douleurs passées.
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| Impression : Extraordinaire
Rien n'est jamais perdu |
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Tu t’appelais Emmanuel. Mais pour les copains tu étais Manu. Manu, le doux, le sensible. Manu, le différent. Toute ton enfance tu avais entendu ton père employer les pires mots pour désigner ceux qui osaient aimer hors de la norme, les homos. Alors, quand tu t’es rendu compte que seuls les garçons faisaient battre ton cœur, tu as essayé d’aimer les filles… Pour entrer dans le moule, pour être comme tout le monde. Mais peine perdue… Et puis tu étais amoureux de ton meilleur ami. Mais c’était le secret que tu gardais tout au fond de toi. Vous faisiez des bringues terribles avec les copains, à rentrer complètement saouls ! Vous aviez tous vingt ans, l’âge de l’insouciance et des bonheurs faciles… Il vous arrivait même de vous effondrer dans le même lit, ton ami et toi…. Tu avais alors le bonheur indicible de passer une nuit près de lui. A le regarder dormir. Ton grand amour. Et puis des messieurs t’ont fait d’honnêtes propositions… Que tu n’as pas refusées. L’argent était facile à gagner… Et tu en faisais profiter les copains… Mais ton regard disait ta honte. La profondeur de ton mal être… Tu as fait une première tentative de suicide. « On » t’a bourré de médicaments, tu as eu droit à une psychothérapie. Tout cela ne donnait rien, ne t’aidait pas, ne te soulageait pas. Je me souviens t’avoir croisé un jour dans un supermarché, avec ta maman… Elle faisait ce qu’elle pouvait pour t’aider, mais en vain… Tu avais l’air d’un zombi… Très pâle, complètement shooté, tu tenais à peine debout. Et puis tu as fait appel à tout ton courage…. Pour avouer tes sentiments à ton grand amour… Il en a été surpris et même très gêné… Il ne se doutait de rien. Il t’a répondu gentiment qu’il t’acceptait tel que tu étais, il le savait depuis longtemps, même si vous n’en aviez jamais parlé… Mais voilà, lui, il t’aimait bien… Et il aimait les filles. Tu étais soulagé d’avoir parlé, de voir que pour certaines personnes tu n’étais pas un monstre… Tu as repris le fil de ta vie. Apparemment tu allais mieux…. Mais la blessure était trop profonde. Tu n’as pas eu le courage d’affronter le regard et le jugement de ton père. Alors, avec soin et détermination, tu as préparé ton suicide. Et celui-là, pas question de le rater. Tu es parti en voiture, loin de tout et de tous, en pleine nature… Et tu as avalé tous les médicaments en ta possession. Emmanuel, tu vois, je ne t’ai pas oublié… Et chaque fois que j’entends des commentaires malveillants sur les homos, je frémis en pensant à toi… Certains, incapables de mesurer leurs paroles, incapables d’accepter la différence, ne savent pas qu’ils te tuent encore une fois.
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| Impression : Extraordinaire
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C'était le soir, le foehn soufflait encore dans ma vallée - vous savez : ce vent chaud qui exacerbe les passions, qui énerve les sensibilités, ce vent qui souffle sur les frontières suisse et italienne Le ciel était bien couvert, la pluie allait tomber, il faisait déjà un peu sombre. Quand le foehn souffle, dans ma vallée, l'air est pur, les couleurs sont éclatantes, les montagnes découpées au cutter sur le ciel : c'est magique... Il m'a dit : on va se promener au Glandon ? Nous y sommes arrivés, vers 18h30, il pleuvait, les nuages étaient accrochés aux montagnes et la nuit tombait. Nous sommes partis à pied, sur la route, emmitoufflés dans nos anoraks, main dans la main. La nuit tombait doucement et nous marchions, sur la route, au col du Glandon ! Promenade incongrue à cette heure, dans ce lieu, par ce temps !!! Nous étions seuls, bien évidemment - si ce n'est l'amour revenu qui nous enveloppait de nouveau, après les grands tourments. Promenade incongrue, moments étranges... On voudrait arrêter le temps, oublier les tourments, garder le bonheur - Nous sommes rentrés à la nuit noire, mouillés mais heureux. Moments étranges, amour tempête Ce soir je ne garderai que la tendresse....
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| Impression : Extraordinaire
belle promenade |
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Fumet de saumon - Encore une tranche ? - Volontiers. - Pour moi ça ira. Elle dévorait, gloutonne de l’intérieur, sans lever les yeux, mâchait sans bruit, imperturbable. Lui, en face, la regardait, sans comprendre vraiment son avidité mi-cachée, mi-dévoilée. - Tu en reprends ? - Oh oui ! Deux, s’il te plaît. Il regrettait de s’être laissé entraîner dans ce coin du XVe à Paris, un lieu sordide le long de la voie du chemin de fer, des grossistes qui vendent aux particuliers, arrivages directs, le seul endroit selon elle où l’on peut trouver du saumon de bonne qualité à des prix abordables. Elle en avait pris trois kilos, deux cent cinquante francs, c’est vrai, fallait pas se priver. Sur la table, un plat à dimension de la bête tranchée, rempli de ce rose pâle. Elle n’avait d’yeux que pour lui, son regard naviguait de son assiette au plat. - Tu as fini toi ? - Oui. - Je me sers alors. Tu es sûr ? Pas une petite ? Il fit signe de la tête. Il pleuvait, il avait froid dans ce marché qui n’en n’était pas vraiment un, endroit glauque, pendant qu’elle discutait avec les hommes-poissons. Bottes jusqu’aux genoux, la figure violacée, les gants roses comme le saumon, la glace sur les étals, et cette odeur qui traversait le froid. Elle, insensible à la pluie, à la nuit, regardait, comparait, fouinait avec ardeur, cherchait la bonne couleur, soupesait, demandait les prix, effervescente, jamais il ne l’avait vue sous cet angle. Au début, quand ils s’étaient mis ensemble, il lui arrivait de rentrer le soir avec un petit sachet pour elle, quelques tranches pour lui faire plaisir. Elle lui sautait au cou, jamais elle n’avait été si amoureuse, elle continuait ses démonstrations toute la nuit. Il trouvait ça amusant, cette transformation due au saumon. Plus tard, c’était elle qui rentrait avec son poisson, deux ou trois fois par semaine. - Encore du saumon ? - Il y a longtemps que je n’en ai pas mangé. - Seulement avant-hier. - Ah bon ? Je ne m’en souviens pas. - C’est donc le seul poisson sans phosphore. - Pourquoi dis-tu ça ? - Pour rien. Mange, tu peux tout prendre, je n’en veux pas. - Vrai ? Il la regardait, silencieuse, absorbée dans sa dégustation. Pendant plusieurs mois c’était cette routine un jour sur deux . Les nuits d’amour après-saumon, une sur deux, au même rythme. Elle se lovait tout contre lui, frétillait sous les draps, se glissait sur lui, trempés de leurs ébats, il y avait ce bruit de l’eau entre leurs deux corps, sa bouche salée, sa peau qui restait douce encore. - Où tu vas ? - Bouquiner. - Tu ne manges rien d’autre ? - Non. Plus faim. Elle contempla le plat encore à moitié plein, reprit trois tranches à la fois. Lui, dans le fauteuil, l’observait, mi-blasé, mi-écœuré. Cette nuit, après, l’odeur fumée dans sa bouche, sa peau mouillée, leur sueur mêlée, ce mélange de senteurspoisson-peau-saumonnée, il en avait déjà un haut le cœur. Elle, impassible, toujours devant son assiette qu’elle n’arrêtait pas de remplir et de vider. Quand il l’avait connue, elle mangeait peu, de tout, pas difficile, se nourrissait par nécessité. Depuis l’entrée du saumon dans leur vie, elle avait changé, il avait du mal à la retrouver. Un soir elle était rentrée tard, trempée, gelée, épanouie. Elle avait des paquets plein les bras. Il l’avait regard&ea |
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un plaisir de le relire |
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Ce soir, il avait hâte de rentrer chez lui. D’habitude il traînait, n’aimait pas se presser pour arriver dans son réduit. Un deux-pièces sinistre dans une cité de banlieue. Mais ce soir c’était spécial. En sortant de son travail de petit fonctionnaire couleur grisaille, il s’était arrêté chez le poissonnier pour acheter une cinquantaine de palourdes. Il se dirigeait maintenant vers son immeuble, pensant au plaisir qu’il aurait à les ouvrir, seul avec elles pour une longue soirée. Escalier E, numéro quinze, code 2795, sa boîte à lettres ne fermait plus depuis longtemps, jamais de courrier sinon des factures, il ne l’ouvrait qu’un jour sur deux. Ascenseur impair, neuvième étage. Appartement 938. Il posa sa veste dans l’entrée, accrocha son parapluie à la poignée de porte du placard coulissant. Passant dans le salon, il alluma la radio comme tous les soirs, et entra dans sa petite cuisine. Là, il se mit consciencieusement à la tâche. Une par une, il les lustrait d’abord avec un chiffon, puis les grattait minutieusement au couteau, les déposait à côté de l’évier d’habitude toujours plein d’une vaisselle de la veille. Mais aujourd’hui il s’était levé plus tôt pour faire le vide dans sa cuisine : c’était sa soirée. Se consacrer exclusivement à ses coquillages. Il ouvrait la neuvième palourde. Le téléphone sonna. C’était si rare qu’il sursautait encore à chaque fois. Sans se presser il y alla, tellement sûr que ce serait encore une erreur ou un quelconque racolage pour les cuisines Trucmuche. Au son de la voix féminine, il sut qu’il avait eu raison de ne pas courir. Non merci, il n’était pas intéressé. Il raccrocha. Il avait gardé son couteau à la main. Il retourna vers son évier et se remit au travail. D’un côté, il y avait le tas de palourdes fermées, de l’autre, dans un grand plat, il disposait les demi-coques ouvertes. Dans un sac nylon posé à ses pieds, il venait de jeter la dix-septième moitié de coque vide. En même temps il pensait : des mollusques. Comme moi. Des bivalves bombés et blanchâtres. Même teint que moi. A coquille épaisse. Ma coquille à moi, mon réduit, moi aussi j’y rentre tous les soirs. Sauf que jamais personne ne m’ouvre…….. en deux. Beaucoup de points communs, mais elles, elles vivent dans les fonds de sable, pas dans les tours. Il imagina un instant la quantité que pourrait représenter un élevage de palourdes dans une cité H.L.M… Dans chaque réduit une coquille. Cinq tours de soixante-douze appartements chacune, trois cent-soixante palourdes dans son bloc. Sachant qu’il existe dans son quartier au moins quinze blocs du même genre, cela ferait cinq mille quatre-cents palourdes. Le rêve. Il ouvrait la trente-sixième. Un jour, il avait pris le dictionnaire Au hasard, à la lettre P. Le mot palourde était enfermé entre pâlot et palper. Pâlot : « un peu pâle ». Comme lui. Palper : « examiner en touchant avec les mains, les doigts ». Ce qu’il aimait faire avec les coquilles. Il mit longtemps à ouvrir les quatorze mollusques restant. Le sac bleu à ses pieds était plein. Il le ficela et porta dans le vide-ordures sur le palier. Il nettoya son évier, huma à pleines narines cette odeur de marée qui s’écoulait par la bonde. Il contempla les cinquante moitiés de palourdes dans son joli pla |
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Blog mis à jour le 07/10/2008 à 17:41:35
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