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CLAIRE


CLAIRE







Août 68.

Fait chaud sur Carlow, petite ville irlandaise de douze mille habitants. Paraît que c'est exceptionnel; à 21°C, tout le monde buffe, ventile, rougeoie. Tu sais plus qui a chaud, qui est rouquin. La Burrin est exsangue et la Barrow a fermé ses écluses; pourtant, il pleut tous les soirs un petit crachin bizarre qui n'est plus de la rosée et pas encore de la pluie.
14 ans.. Une valise, un copain rencontré dans l'avion, une boule dans la gorge, et le regret de m'être laissé envoyer passer un mois chez Pat et Pauline M. et leur fils de 12 ans.

Les voilà, dans la poubelle déglinguée d'un sympatoche voisin... j'arrive pas à parler.
Pat me parle, mais ça ne connecte pas avec mon anglais scolaire: on ne m'aurait donc pas appris l'anglais? Il est bien jeune pour avoir un fils de 12 ans... Il ressemble à Kirk Douglas.
Elle est ronde et rouge, jolie, fraîche et souriante, me prend le bras et me frotte le ventre…!?
Valoche, voiture, nuit tombante et piailleries qui me soûlent dans cette guimbarde. De temps en temps, ils se taisent et me sourient. J'ai bien envie de pleurer...

Août 68 (2)

Arrivée à « Hickory Hill », demi-maison de gauche d’une des cinquante maisons doubles qui forment le quartier de « Monnacurragh » ; mignon tout plein et fonctionnel ; jour en bas, nuit à l’étage avec une chouette piaule pour moi.
Mais pourquoi chuchotent-t-ils ?
Snack à la cuisine : salade avec de drôles de petits oignons nouveaux et chief sauce…
Avec mon dico, j’arrive à composer et articuler ma première phrase :
« My parents send to you their regards. »
Qu’est-ce qu’ils ont à rigoler ? Bon, ils s’en foutent … J’essaye autre chose :
« What is the name of your son ? »
« Klodek ». Quoi, “Klodek”?
Mais qu’est-ce qu’ils ont à glousser comme ça ? Je les trouve bien gentils, avec de bonnes bouilles et je souris : je dois avoir l’air un peu benêt…
Pauline sursaute, part en courant à l’étage, (bruits étouffés par la moquette) et revient avec un bébé.
Ah bon, je comprends… il n’a pas douze ans mais cinq mois et demi ; je me disais bien qu’ils avaient l’air trop jeunes… Pendant que ça biberonne dur, on s’explique : ils ont 25 et 24 ans, sont mariés depuis deux ans et « Klodek » est leur premier enfant.
Puis faut bien le changer, le chérubin. Tiens donc : c’est une chérubine… On finit par s’expliquer, avec papier, gestes, et toute la bonne volonté du monde : c’est Claudette.
Mais c’est français ça, non ? Après tout, la maman s’appelle bien Pauline…

Pat fume au salon, et lit le journal avec un petit échiquier posé à ses côtés. Juste un coup d’oeil au canard et à la position et je lui joue la solution. Pas besoin de parler pour ça…
Par signes, je fais comprendre que j’ai envie de faire un petit tour… tu parles, j’ai surtout envie de me fumer une Carrolls Number 1, moi aussi, mais j’ai trop honte…
Tout est étrange dehors ; les bruits, les odeurs, le ciel, les vibrations et mes pensées. Comme dit Pagnol : « … je sentis naître un amour qui allait durer toute ma vie ».

Août 68 (3)

Le programme sera simple et délicieux.
Tous les 2 jours, regroupement des frenchies pour des cours d’anglais où mon accent toulousaing fait un putaing de tabac jusqu’à ce que la prof explique à ces nordistes gutturaux que l’aspect chantant est beaucoup plus adapté… non mais !
Les autres passaient la plus grande partie de leurs journées ensemble, à droguer et draguer dans les rues…
Pour ma part, je préférais essayer d’apprendre le français aux truites de la Burrin, à 100 m de la maison, mais elles ne comprenaient pas grand chose.
Ou je passais mes journées avec Pauline : quelle énergie ! Et zou : poussette, cabas et trois bornes pour aller en ville par tous les temps, en disant bonjour à tout le monde. J’y découvrirai ce clignement d’œil, accompagné d’un hochement de tête très particulier, qui est une manière exclusivement irlandaise et masculine de se saluer.
Odeurs de bière rance, d’ humidité, de crasse et de morve.
Des pantalons ras du cul, des casquettes incroyables, des vestes informes (ou des sacs plastique en guise de)…
Des portes de toutes les couleurs , des églises et des pubs, des chevaux, des chiens et des gosses, des gosses et encore des gosses.
Et des sourires ! Quand Pauline va chez le boucher envahi de sciure et de mouches acheter une viande blanche que je n’identifie pas, personne n’envisage de torcher les trois chiares entassés dans une poussette et qui se font dégouliner dessus la même glace vert émeraude.
On cause et on rigole… Je perçois parfois quelques bribes, mais le plus souvent je bade, émerveillé.
Comme je fonds quand j’aide Pauline à essuyer la vaisselle, et qu’elle me chante, d’une voix que je croyais unique, Simon et Garfunkel (« God bless you please, Mrs Robinson …»)
Depuis, U2, les Corrs, Sinaide O’Connor ou autres Cranberries, et le monde entier a compris ce qu’ « Irish Tune » signifie…
Le soir, échecs et tabac avec Pat, l’enjeu de chaque partie étant une clope, ou parfois un shilling.
Mes co-touristes trouvaient le pays et les gens arriérés… Moi pas du tout…

Août 68 (4)

Puis il y a Milford, Craiguecullen, le pitch and put du St Bridget’s hospital… et le shop du père de Maureen où on peut acheter des clopes, du jambon, de la tourbe, le journal et les « safety matches ».
La famille de Pauline habite Pollerton rd, une petite maison basse et grise, avec une porte jaune pétard et, comme de juste, un back garden planté de patates et de choux. Le père, Mr H., est une figure de la libération : homme respecté, qui adore que je lui rapporte des perches de la Barrow, dont il m’apprend à lever les filets.
Neuf enfants : l’aîné et le plus jeune entourent les sept filles :Vincent, Mary, Patricia, Philomene, Veronica, Pauline, Dolores, Claire (tiens, la voilà…) et Mickael.
Pat est de Cork et, coïncidence, d’une famille de neuf enfants de composition exactement symétrique : l’aînée et la cadette entourent sept garçons…
Claire, douze ans, vient souvent pouponner sa petite nièce Claudette. Je ne comprends jamais rien à ce qu’elle me raconte…
Et puis, pour un vieux de 14 ans comme moi, c’est une enfant !!

Août 68 (5 et fin)

Mais Maureen, elle, a 17 ans et me tourne autour comme une fario autour d’un sedge à la ponte.
Etant donné que son shop est à 200 m d’Hickory Hill, on se raccompagne, aller, retour, dix à vingt fois dans la soirée ; mais c’est une « grande », et j’en ai un peu la trouille. Le manège a duré une semaine, main dans la main mais pas plus : je devais pour le coup avoir l’air drôlement ahuri !

Un jour, en rentrant de cours, je m ‘arrête comme d’habitude au magasin pour acheter un chouine (ben tiens !). Bizarrement, elle ne veut pas me raccompagner… En arrivant à Hickory, je trouve Pat devant la porte, qui tient par le coltard un rouquin fulminant et crachant tout un « troupeau » de fucks. Le comique, c’est que sa casquette est dans l’herbe, et que le gars essaye de la ramasser, mais mon Pat le tient fermement de sa dextre, tout en le reconduisant calmement.
Cette saleté de Maureen se servait en fait de moi pour rendre jaloux son fiancé, afin de le décider à la demander à son père ; le promis en question voulait donc me faire la peau, ce que Pat lui avait vertement déconseillé…
Des années plus tard, chaque fois que je la rencontrerai au coin d’une rue, un marmot dans les bras, deux dans la poussette et la quatrième en remorque, nous évoquerons en se bidonnant nos amours contrariées…




Juillet 69

Une année, quelques lettres et des kilos d’hormones plus tard…

Pauline est enceinte jusqu’aux dents, Claudette marche déjà et Pat a acheté la télé ; il a aussi planté ses choux et ses patates persos.
Claire montre de plus en plus sa frimousse. Elle fait des efforts d’articulation et je la comprends d’autant mieux que sa silhouette s’est sacrément féminisée. C’est fou, les hormones… ça ne facilite pas la réflexion, mais ça peut étrangement améliorer l’écoute.

Un samedi soir, prise de bec entre Pat et Pauline. Je suis en dehors du coup, occupé à bêtifier des « goodi-goodies » pour Claudette. Je capte juste, en gros, que madame refuse une sortie à monsieur. Mais pour sceller l’inévitable réconciliation, celui-ci part vers dix heures lui acheter un chicken and chips.
Des petits graviers dans mes carreaux me réveillent aux aurores : le Pat me supplie de lui ouvrir, agrippé à son sac de poulet-frites, la mer semblant bien mauvaise… Pauline miaule dans la chambre voisine et m’interdit de descendre, ce que je ferai quand même, merde, il est six heures du mat et j’ai sommeil !
Ya eu raffut dans la cambuse, mais on s’est bien marrés, surtout quand le Pat, entre deux bordées, a proposé ses frites froides (et mouillées) à sa chérie, comme si de rien n’était. Par bonheur, je tenais bon la barre, et mon matelot a fini son dimanche dans son pot au noir, sous une écume de Guinness (extra cold… is good for you).



Juillet 69 (2)

Tous ceux qui l’ont vécue se rappellent de la nuit du 20 au 21. Vers cinq heures du matin, quand Armstrong a commencé à descendre sa petite échelle Pat et moi étions scotchés devant la R T E , les yeux aussi fatigués par la fumée de nos clopes que par la mauvaise qualité de l’image. Pauline venait juste de monter, étouffée de chaleur, avec son fardeau utérin à se coltiner…
Fou d’excitation au moment crucial, j’ai sauté à l’étage pour la prévenir, déboulant dans sa chambre sans frapper : elle était à poil, vautrée et assoupie, mais sa pudeur réveillée inopinément lui fit pousser un cri qu’ Armstrong a surement entendu…

Je ne sais si ce hurlement a intrigué le bébé, toujours est-il que Natalie pointa ses oreilles dans ce monde de fous le surlendemain. Encore une rouquine flamboyante, dont il se trouve que j’avais suggéré le prénom ( ils en cherchaient un de consonance française). Et je suis désigné comme parrain, fier et ému aux larmes par cette marque d’amitié sincère : n’oublions pas que nous sommes en Irlande il y a presque un demi siècle…

Principes éducatifs de Pat ? Tout d’abord, baptiser la baby d’une cuillère à café de Cognac sec : j’ai cru qu’il allait la tuer… Puis, lors des tétées, tirer en arrière sur le sein afin que Nat, telle un petit chat affamé, se batte toutes griffes dehors pour reconquérir sa mamelle : pour le « fighting spirit » ; faut pas qu’elle croit que c’est gagné d’avance !
D’ailleurs, elle est bac plus douze, chercheur en pharmacologie et m’a envoyé une thèse dédicacée absolument hermétique. Comme quoi…

Et qui est la « godmother » ? Claire, la roucoulante et soupirante tante, qui prendra son rôle de compagne du parrain très à cœur…












Juillet 71

Et elle aura poireauté, la marraine, pendant deux ans de correspondance platonique qui me vaudront d’excellentes moyennes en anglais, curieusement la seule matière dans laquelle je réussissais à peu près, on comprend pourquoi… Le reste m’intéressait si peu que je n’avais pas eu la permission en 70.
Enfin, pendant qu’Eddy Mercks pédalait son troisième tour, je m’envolais à nouveau vers mes côtes chéries, cent fois rêvées et scénarisées de mille manières (cent mille possibilités, donc).
Mais aucun de mes films les plus optimistes n’avait pu évoquer l’extase insouciante vécue durant ce séjour : il n’a pas fait beau, ce dont je me bassinais d’autant plus que Claire et moi étions très souvent affectés à la surveillance de notre « godchild » et de sa sœur. Un peu rock’n roll parfois, le baby sitting : à quatre et deux ans, les chipies nous en ont fait voir !

Et moi, gandin imbécile, je me la suis pétée, comme de juste, façon mâle mûr, énigmatique… Elle était si belle que j’en tremblais !

De fièvre aussi, j’ai tremblé, ayant chopé une mauvaise toux pendant mes parties de truites. Poitrinaire de naissance, j’avais avec moi des suppositoires à l’eucalyptus qui me valurent un chambrage infernal quand j’ai dû en expliquer le mode d’administration… Ils connaissaient pas ! Jusqu’à ce que la frangine infirmière, Veronica, explique à ces bouseux incultes que ce type de remèdes était assez courant…

Donc, Claire s’impatientait en me soignant… et comme j’étais incapable de faire le premier pas, elle a poussé un bon coup : juste après m’avoir shampouiné au lavabo et sous prétexte de m’aider à nouer la serviette, elle me fourra jusqu’aux amygdales une langue si fraîche que j’en salive encore ! C’est la première fois qu’une fille m’embrassait : je n’avais jusque là connu que des passives du patin ; Claire s’était documentée sur le « french kiss » et m’imposait sa méthode. Je me ré-ga-lais…

Pendant la dernière semaine de mon séjour, les truites ont été plutôt tranquilles, dans l’eau limpide de la Burrin : nous les regardions béatement, entre deux palots, sur la route de Graigue Hill ou de Tullow…








Août-septembre 73

Abonné au années impaires ? Faut croire ; il a bien fallu passer le bac, le permis, et trouver une fac pour coincer une bonne bulle (ben oui : en 73, 68 c’était hier…). Et puis Claire étant loin, et moi si beau, n’est ce pas… ?

De fait, le calendrier universitaire laissant des congés confortables, boulot comme un mort de faim en juillet-août, à décharger des camions de fruits douze à quatorze heures par jour : la paye, c’est argent de poche, entièrement dédié au projet Carlow / sac à dos/ tente… Un Woodstock perso, en fait. Me manquaient que les fleurs sur la tête.

Chargé de mon barda et de mes espoirs, débarquement à Rosslare pour six semaines de liberté… mais…mais… j’avais bien sûr prévenu du jour de mon arrivée pour ne surprendre personne, et ne voilà t’il pas que, m’installant dans le train à la descente du ferry, je m’entends appeler, de loin. Par la vitre, j’aperçois sur le parking Pat, Pauline, les pisseuses et ma Claire. J’essaye de sortir ; hélas, une dame orange, verte, grise, tremblante et chargée comme un âne remplit le couloir ! Phoque !!
Je fais signe que je descends à la prochaine gare… La petite gare de Drinagh est charmante, il fait beau, un employé essaie de me rencarder, mais dans un accent que je ne capte pas. Dodo au soleil une petite heure (le ferry, ça fatigue, surtout le bar) et la troupe déboule en ford taunus bleue. Ils avaient fait le tour jusqu’à Wexford.
Retrouvailles, bizbizbiz, embrouille Pauline/Pat parce qu’il avait prétendu m’écrire pour me prévenir de leur accueil (quel branleur !), et…

« La tente, c’est pourquoi faire ? »
« Pour camper… »
« Ca va pas, non ? tu viens à la maison. »
« Mais je reste six semaines… »
« Et alors, tu fais partie de la famille, non ? »
« Mais je voulais aller à Dublin, pis aussi vers Oughterard … »
« Dublin, c’est pas loin, t’iras en train et Oughterard, tu connais déjà ; en route ! »
Je connaissais déjà assez ma petite mère Pauline pour ne pas tenter la moindre contradiction…

Ma tente a passé son temps dans le jardin, château pour les petites princesses qui invitaient toutes leurs copines à des dînettes infernales.

Et ma Claire ? Dix-sept ans, de longs cheveux très hippies, elle ressemblait aux jeunes filles des posters de David Hamilton… Tâches de rousseur, petit nez mutin et un bleu singulier dans les yeux : rare et profond, tirant sur l’obsidienne ; volcanique, quoi !

Le premier jour, nous nous sommes un peu chambrés sur nos amours séparées, nationalistes, en quelque sorte…mais c’était juste pour faire durer le plaisir de l’attente.

Quel pied ! Six semaines inoubliables : elle travaillait au collège pour devenir infirmière, mais nous passions toutes nos soirées ligotés l’un à l’autre : pubs, cinéma, parties et…

Sur l’emplacement de l’actuel Woolworth (centre commercial) de Carlow, se dressaient alors les ruines de je ne sais quelle usine désaffectée ; je connaissais bien l’endroit parce que c’est là, dans l’humus accumulé sous les briques effondrées, que je ramassais de très beaux vers pour ma pêche.
Ces ruines ont enseveli bien des secrets…C’est impensable ce qu’une jeune irlandaise catho jusqu’au slip est capable d’inventer comme jeux sexuels tant qu’ils ne mettent pas en cause sa virginité biologique et dogmatique ! In English : deep petting.

Quand j’entends Shane MacGowan, des Pogues, cracher entre ses chicots de sa voix éraillée :
« I met my love by the gasworks wall
Dreamed a dream by the old canal
I kissed my girl by the factory wall
Dirty old town, dirty old town”……………moi, ça ne me fait pas penser à Dublin…

« Springs a girl from the streets at night »… Souvenir aussi d’un fou rire commun inextinguible quand je lui ai demandé, un soir, en rentrant sous les étoiles:
« Et avec les oreilles, qu’est ce que tu sais faire ? »

Enfin, cerise sur le gâteau, la séparation en fin de séjour n’en sera pas une : sa venue chez moi pour les fêtes de fin d’année est arrangée…











Fêtes de fin d’année 73…

Deux heures du mat, gare de M…
Avec Bichette, un pote à moi, nous trépignons dans le froid et l’attente du train de Paris… Il lui tarde de la voir, cette merveille dont je lui garnis nos conversations depuis l’été.
Le dur pénètre, s’arrête, livre deux trois zombis engourdis, mais pas ma Claire…
Mutain de perdre ! pédêchons-nous : vite ! bureau du chef de gare, qui veut bien me laisser le micro et une minute pour annonce en anglais. Toujours rien et l’express décarre.

Elle était juste descendue du mauvais côté : petite silhouette furibarde d’avoir été ainsi apostrophée et prise pour une courge incapable de repérer la bonne gare.

Les copains, ils ont d’abord été scotchés : « wouaou ! » était le commentaire le plus détaillé.
Les copines aussi, d’ailleurs.

MAIS…

S’il n’y avait aucun problème de langue entre ma chérie et moi , ça n’allait pas tout seul avec le reste de la bande, et j’étais parfois épuisé par le tourbillon des « keskelladi ? », obligé à fournir des « diz’y que… ».

Le soir du réveillon, ma Claire s’est assoupie devant la cheminée où fondaient lentement les cailles farcies au foie truffé, malgré le ding régulier du tournebroche à ressort… Elle était soûle d’apéros et de paroles inconnues.

Maïté, elle, ne dormait pas…


Conclusion provisoire…

Dur, la différence de culture : pour Claire et moi, l’évidence est venue, doucement : je n’émigrerais pas en Irlande, elle ne viendrait pas en France… Chacun a été happé par sa vie.

L’été suivant à Carlow sera pénible : Pauline est exsangue, détruite par l’accouchement abominablement douloureux d’un petit gars mort-né ; Pat m’assure que ma visite lui fait du bien.

Pas vu Claire.

Puis elle s’est mariée… moi aussi… pas ensemble.

Il faudra dix ans pour qu’elle accepte de me revoir, au cours d’un de mes séjours chez Pauline, qui a désormais un petit Mickaël qu’elle baigne amoureusement dans l’évier.

P&P vivent maintenant à Sligo, bien plus touristique, et je suis devenu pêcheur de saumons ; mais je n’y vais jamais sans faire halte quelques jours à B…. Park, où il y a toujours un lit pour moi. Les deux garçons de Claire sont des irish mâles formatés, champions de gaëlic football et de hurling.
B…, son très cool mari, est chairman d’un club de …., guitariste très bonnasse (soyons pas trop précis, ces gens existent, même si j’ai changé les prénoms).

De mon côté, j’élève mes deux poulets de grain et les relations franco-irlandaises sont régulières, chaleureuses et carrément familiales.

Et puis, en 90, vingt ans après, au hasard de vacances communes quelque part dans le Jura…

Comment expliquer des choses aussi banales ? Mon anglais, entre autres, a mûri, puisque ce soir là, en France donc, avec tous les frères de Pat réunis et trois sœurs de Pauline (plus conjoints et marmaille, évidemment), nous sommes une trentaine à fêter les 21 ans de ma Natalie. Pour eux le 21 anniversary, c’est important, comme un passage vers la vie adulte. Ils se foutent bien, comme nous, de la majorité légale à 18 ans…
Bref, parrain et marraine sont là… qui finissent par passer la soirée à refaire la tendre guerre 68-73.
Ben oui on a remis le couvert… et alors ? bien sagement en plus, juste du bisouillage attendri. Aucun de nous n’a envie de se détruire, mais chacun aime ce goût de revenez-y, ce parfum mélancolique.

Et, depuis, nous recommençons chaque fois que nous nous voyons. Et tout le monde est au courant. (B… a juste demandé une fois qu’on arrête de s’écrire en cachette…)
Claire a du mal, parfois ; elle croyait sincèrement que sa venue chez moi valait accord tacite de mariage… j’avais pas compris.
Il a fallu plusieurs fois que je la freine ; elle aurait fait des bêtises, elle prétend s’emm…der avec son homme, surtout depuis que je suis redevenu célibataire.
Nous sommes des « soulmates », ce que nous avons en fait toujours été.
Rien de malsain, seulement du bonheur : savoir chacun qu’un morceau de cœur appartient définitivement à l’autre, pouvoir en profiter sans faire de mal à quiconque, cela paraît suspect, je sais, mais C’EST !


Au fond, les souvenirs, c’est un peu comme de la ratatouille, non ? c’est bien meilleur froid, avec un filet d’huile de nostalgie… et quelques herbes de romance.

L’été prochain, ça fera 41 ans.

Le mois prochain,
J’y repasse 10 jours, étant un infect fonctionnaire, de la pire des espèces : l’éducation soi disant nationale.
(J’aime bien me chanter cette chanson dont je connais si bien l’air et les paroles…)





In the valley of the back pig
The dew drops slowly
And dreams gather…

W. B. Yeats (Dreams awakened eyes).

Pierre Carlow


PS

23 octobre- 3 novembre 2004, c’est calé, réservé.

Pour voir ma Nat, avec laquelle je corresponds de plus en plus « by msn », of course, elle se débat tellement dans sa sclérose en plaques que je rage de ne pouvoir que lui apporter mon amour et mes souvenirs, dont elle se délecte : « Pierre, tell me again about you and mam for moonwalk ».

PPS : voir album photo « Irish Trip », sur aff. Photos prises au cours de ma dernière visite.
PPPS : Once again : c’est calé et réservé du 23-10 au 02-11-05…

and so one ....

PPPPS : Puis 06, 07 (et là j'ai dit stop à ma Claire : peut-être le fait d'être grand père ?)

Saturday, February 12, 2011
8:31 AM

Oeuvre originale

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lanserlia - 993217

Le Glandon



C'était le soir,
le foehn soufflait encore dans ma vallée - vous savez : ce vent chaud qui exacerbe les passions, qui énerve les sensibilités, ce vent qui souffle sur les frontières suisse et italienne
Le ciel était bien couvert, la pluie allait tomber, il faisait déjà un peu sombre.
Quand le foehn souffle, dans ma vallée, l'air est pur, les couleurs sont éclatantes, les montagnes découpées au cutter sur le ciel : c'est magique...
Il m'a dit : on va se promener au Glandon ?
Nous y sommes arrivés, vers 18h30, il pleuvait, les nuages étaient accrochés aux montagnes et la nuit tombait. Nous sommes partis à pied, sur la route, emmitoufflés dans nos anoraks, main dans la main.
La nuit tombait doucement et nous marchions, sur la route, au col du Glandon !
Promenade incongrue à cette heure, dans ce lieu, par ce temps !!!
Nous étions seuls, bien évidemment - si ce n'est l'amour revenu qui nous enveloppait de nouveau, après les grands tourments.

Promenade incongrue, moments étranges...
On voudrait arrêter le temps, oublier les tourments, garder le bonheur -
Nous sommes rentrés à la nuit noire, mouillés mais heureux.

Moments étranges, amour tempête
Ce soir je ne garderai que la tendresse....

Thursday, April 28, 2005
9:36 PM

Oeuvre originale
Auteur : Lanserlia

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belle promenade

lanserlia - 993217

Roche Jaille


Roche Jaille

Récit de D

10h : coup d'oeil sur la carte, au chaud à l'intérieur de la voiture, pour voir le cheminement de notre randonnée d'aujourd'hui : Roche Jaille.
Des militaires arrivés avant nous commencent à chausser - un randonneur solitaire revient déjà :
- "c'est comment ?"
- "Crouté !"

Ces propos ne sont pas enthousiasmants, pas du tout ! Ca inspire plutôt la galère pour la descente ! Tant pis, j'ai bon espoir de trouver encore de la poudre, vu l'orientation de la ballade et le froid qu'il fait.
Nous attaquons par un petit chemin, dans les bois, parfois un peu raide.
Vu que nous avons le rhume tous les 2, nos quintes de toux doivent réveiller les oiseaux encore endormis !
J’espère que le bon air pur de la montagne coupera court au nez qui coule et à la gorge qui racle... Ah ! Une intersection : quel est le bon chemin ? Une pancarte vieillotte en bois indique : "Chalets de la Buffaz"
- "On y passe " clame Lanserlia. J'aimerais bien ressortir la carte pour le confirmer mais mon esprit me dit de lui faire confiance. Ah, c'est dur de se séparer d'une éducation machiste ! Que voulez-vous, c'est dans les gènes... Alors, allons-y !

30 minutes plus tard, nous sortons de la forêt et, sur un plateau à découvert, nous arrivons comme prévu aux chalets. La femme a toujours raison ! Une fois de plus, dirait-elle !!
En tout cas, nous sommes sur le bon chemin, les militaires sont un peu plus haut, en train de nous faire une belle trace.
Le panorama est assez beau et, comme tout alpiniste regardant l’horizon, nous essayons de mettre un nom aux montagnes qui nous entourent.
Ce sont des sommets que l’on a fait, ou que l’on rêve de faire, que l’on fera peut-être un jour ou que l’on ne fera jamais… Certains réveillent des souvenirs. Il n’y a pas de bruit, le ciel est d’un bleu éclatant, aucun nuage à l’horizon. Là-bas, vers un col, des randonneurs montent…
Après un peu de thé chaud et quelques raisins secs, nous repartons. Nous reprenons le pas lent, régulier, répétitif, machinal, du randonneur en peaux de phoque, l’alternance des jambes et des bras. Parfois une conversion vient couper le geste, pour repartir dans l’autre sens. Plus on s’élève, plus le panorama s’agrandit.

Sur la droite, une énorme avalanche…

Récit de D et Lanserlia

Sa présence nous surprend. Aucun signe ne laissait présager un danger en ce lieu et nous rappelle qu’il n’y a pas de certitude en montagne. N’oublions pas de rester humbles devant la Nature…
Nous montons, nous montons, dans les pas des militaires, serpentant entre les croupes de la montagne.
Après 3 heures d’efforts, nous débouchons sur un large replat. Ici, surprise ! la neige, poudreuse jusqu’ici, devient croûtée, sculptée en vaguelettes par le vent des cimes.
La fatigue de nos rhumes respectifs nous rattrape : le sommet n’est pas encore visible, d’ici, et une belle pente se dresse devant nous… Nous n’aurons pas le courage de continuer. Nous posons les sacs et « attaquons » le saucisson au soleil, assis sur une pierre plate, face au Grand Perron des Encombres et à la Pointe de la Masse. Il est bon, le saucisson, ici !!!

Vient l’heure de la descente. Après avoir enlevé les peaux et serrer les chaussures, à nous la pof et la godille… et les cailloux qui affleurent parfois ou sont cachés sous la neige !

La consistance de la neige n’est pas uniforme.
Un des plaisirs du ski de randonnée consiste à rechercher, selon les aspects de la couche de neige, les endroits les plus agréables pour descendre. Ici, pas de dameuse pour lisser et rend

Sunday, March 13, 2005
9:58 PM

Oeuvre originale
Auteur : D et lanserlia

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lanserlia - 993217

le refuge de la Femma (4)


Soudain, derrière nous : la lune ! mon amie la lune, ronde, grosse, pleine, en cette période. L’apothéose de la journée : la pleine lune !
Elle s’est levée derrière nous, sans crier gare, pour nous faire une surprise…

Nous nous arrêtons pour la saluer. De toute façon, nous n’échapperons pas à la nuit !
Elle est ronde, la lune, toute belle et lumineuse. Nous éteignons les lampes, pour ne pas la vexer : sa clarté guide nos pas, nos ombres se détachent sur la neige, les montagnes se découpent sur le ciel, les étoiles s’allument.

Après la magie du soleil couchant, voilà la grande émotion de la pleine lune, ce mystère qui fascinait et inquiétait tant nos lointains ancêtres !

Encore une fois, comment vous décrire l’indescriptible ?
Une immensité blanche, entourée de montagnes noires, 2 ombres qui marchent dans la neige, le ciel éclairé par une grosse boule blafarde qui veille sur eux, le vent froid de cette nuit de cristal qui leur pique les joues…

La piste remonte, remonte… sans fin… la marche devient de plus en plus pénible…
Revoilà le refuge du Plan du Lac. Encore un effort et la montée s’arrêtera, là-bas, bientôt, très bientôt….
Nous voilà enfin au point haut de la route.

La voiture nous attend sur le parking : point gris tout petit, tout seul sur ce grand espace gelé.
Un dernier effort, un dernier clin d’œil à la lune et c’est le retour dans la vallée, vers la civilisation.

Tuesday, January 11, 2005
9:32 PM

Oeuvre originale
Auteur : lanserlia

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lanserlia - 993217

le refuge de la Femma (5 et dernier)


Ce jeudi, nous avons eu le soleil, le bleu des vitraux sur nos têtes, les murailles de pierre autour de nous, la féerie du soir pour nos yeux, la magie de la pleine lune pour nos âmes, le bol de thé chaud pour nos mains et notre soif.

Nous avons eu tout le bonheur du monde ce jour-là. Nous nous sommes endormis heureux : la lune et les Dieux nous avaient souri.

Epilogue :

Quelques jours plus tard, j’ai fait le compte rendu à mon docteur : 20 kms de marche dans la neige, dont « quelques uns » dans le froid de la nuit.
Pour une reprise « tranquille » de la marche, c’était raté ! mais Achille le tendon a tenu le coup…

Et qu’a dit le docteur de ces excès ?
Rien ! et il a même souri. Il avait compris : il aime la montagne, lui aussi !


Tuesday, January 11, 2005
9:32 PM

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magnifique, alors comme j'aime pas trop les histoires à épisodes j'ai lu les cinq ensembles c'est de l'excellent travail

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