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feuilleafeuille - 1706528

Fiction





Fiction.


Nous nous sommes enfuis en courant dans tous les sens. La panique était totale. Tout le village s’est éparpillé en quelques minutes dans les champs de maïs environnants.
Et nous avons attendu que ça s’arrête. Lorsque nous avons été certains que plus rien n’était à craindre dans l’immédiat, nous sommes sortis de nos caches et nous sommes retournés vers le village, ou plutôt vers les ruines de notre village. De ma vie, je n’oublierais jamais ce spectacle. Les corps gisaient carbonisés, avec une odeur de cochon grillé. C’était insupportable. J’ai reconnu des voisins. Aucun de mes amis n’était mort. Mon fils était prêt de moi, mais je n’avais aucune nouvelle de ma femme et de ma fille. Au bout de quelques heures, j’ai appris qu’elles avaient été recueillies dans l’hôpital le plus proche. Je n’avais pas pu avoir plus de précision. L’angoisse était forte, évidemment, mais il y avait Philippe, mon fils et les autres commençaient à s’organiser. La nourriture, le logement, la vie, tout reprenait doucement son cours. L’avenir commençait, lentement, à se dessiner.
Il me semblait, comment dire, vivre une autre époque. Je n’aurais jamais cru que les avions américains bombarderaient, un jour, la France.

vendredi 3 mars 2006
16:22

Oeuvre originale
Auteur : feuilleafeuille

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feuilleafeuille - 1706528

exode


Exode.



Les véhicules s’étalent là bas, bien au delà des brumes.
La colonne apparaît sans fin. Un peu comme un horizon inaccessible.
Je suis là, parqué comme les autres, à avancer au pas cadencé par celui qui me précède.
Nous devenons tous fatalistes, ici. De toutes façons, maintenant, rien ne peut plus être maîtrisé.
Nous progressons, très lentement, tous de la même façon. Cette route nous emmène tous au même endroit. Tous, ne pouvons rien faire d’autre qu’espérer voir s’ébrouer ceux qui sont devant. Nous sommes tous pareils. Cette longue file uniforme nie nos identités. Peut-être même, avons nous des pensées semblables.

Des images apparaissent, tournées vers l’essentiel.
Ma maison, mes amis, mon amour.
Devant moi, derrière moi, il y a tous ces hommes, toutes ces femmes chargés d’enfants. J’aimerais leur parler, entrer en contact, échanger avec ces compagnons d’infortune.
Mais la fatigue se lit, déjà, sur certains visages. Chacun se replie, pour mieux se protéger. Tout le monde le sait, il fera chaud dans cette journée qui se lève vers l’attente interminable.

Chaque année c’est pareil. Tout le monde dit qu’il serait possible d’éviter tout ça. Mais à chaque fois, on s’entasse sur l’autoroute pour partir en vacances.
Et rien ne change, rien ne change, comme si nous n’étions pas concernés.
Je ne sais pourquoi cette étrange impression d’inutile m’envahit.
J’arrive à la hauteur d’un camion rouge. Il y a marqué « Belgrade » sur le flanc.
La plaque d’immatriculation confirme qu’il est Serbe.
Je me dis qu’il n’est pas encore arrivé et qu’il faudra boire pour éviter les malaises.



dimanche 26 février 2006
19:01

Oeuvre originale
Auteur : feuilleafeuille

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Tori - 1596629

Ce en quoi il a peur d'avoir foi


Il agit pour que je soies toujours en dehors de sa vie.
Pas très loin. Comme dans un univers parrallèle, mais en dehors.

Il agit parfois comme si je n'existais pas, que je n'étais pas là, qu'il n'avait pas besoin de moi. De moi ni de personne d'ailleurs. Il se voile pudiquement la face, panse ses plaies en prétendant qu'elles n'ont jamais existé. C'est un blessé qui s'amuse à voir son sang couler. Et il n'a besoin de personne.

Il renonce à tout, à son monde d'avant. Celui d'avant la trahison. Le monde de quand il était jeune et romantique, quand il croyait que l'Amour durait toujours et que rien n'était plus grand que l'Amour. Il pense que tout cela ce sont des bêtises.

Il a oublié que le Temps atténue la douleur, que la Vie reconstruit. Qu'on oublie le bonheur tout comme on oublie la peine

jeudi 23 février 2006
11:29

Oeuvre originale
Auteur : Tori

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feuilleafeuille - 1706528

Dona Tayeb de Vukovar


Dona TAYEB de VUKOVAR



Au début c’était un doigt, un seul qui descendait lentement, tranquillement les contours de son visage.
Déjà conquise, elle fermait les yeux et son désir précédait tous les chemins qui s’annonçaient.
Avec le temps, elle avait pris plaisir à deviner l’instant du changement, celui où le désir de séduction de son amant cédait à la volonté encore plus grande de découvrir son corps.
Un doigt supplémentaire arrivait alors à la rescousse. Il signifiait :

- Je me maîtrise toujours. J’essaie de ne pas montrer mon trouble et de séduire encore .

Index et Majeur, ils étaient deux acrobates qui la parcouraient. Elle les imaginait qui effleuraient son sol. Elle les sentait accélérer de temps en temps. Quelquefois, ils se retournaient, pour mieux s’imprégner de son odeur, en descendant du haut de ses épaules au creux de ses genoux.

Quand elle acceptait cette main posée à plat sur sa poitrine, elle donnait le signe de son abandon. Elle se dévoilait à son amour. A ce moment, elle se sentait nue. Elle espérait, toujours un peu inquiète, que le partage serait total, qu’il n’y aurait pas de fausse note, qu’à chaque plaisir les sons seraient au diapason de leur espoir.
A chaque fois, il l’avait rassurée. Il se sentait responsable de sa fragilité. Il la protégeait. Son amour se dressait tendrement, avec respect, vers la peau de sa partenaire.

Pourquoi aimait-elle ses deux mains sur son ventre ? Elle n’en savait rien.
Si ! cela la rassurait. Cela la rassurait de le savoir, là, à deux doigts de cette tempête de plaisir qui l’inondait et de ne pas en profiter immédiatement. Il lui prouvait dans ces moments qu’ils avaient raison de croire en leur avenir.

Tout s’accélérait ensuite, bien sûr. Mais même dans ces vagues incessantes, même dans ces flots qui lui semblaient continus, elle pouvait ralentir, protéger, graver ces images dans leur éternité. Le temps s’arrêtait.

Le temps s’arrêtait. Voilà à quoi elle pense aujourd’hui. A rien d’autre. Elle ne veut plus. Elle ne peut plus. Elle ne lutte plus. Plus rien n’existera jamais.

Ce sexe qui l’éventre devant les rires et les injures d’autres sexes la tue plus sûrement que n’importe quel couteau. Ils croient voir un corps à prendre mais elle ne sent même pas les salissures qui se déversent dans son ventre. Tout au plus accepte-t-elle de caresser, une dernière fois, le visage de celui qu’ils viennent de tuer à côté d’elle.
Elle n’est plus là. Elle est partie vers les rives du Danube si belles les jours d’été à Vukovar.

Elle s’appelait Dona, Dona Tayeb.


jeudi 23 février 2006
09:58

Oeuvre originale
Auteur : feuilleafeuille

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Tori - 1596629

Ce à quoi moi je crois


Qu'on ne s'y trompe pas: il abeaucoup souffert à cause du sourire d'un bébé inespéré. Soufefrt doublement dans sa chair malgré les apparences. Pendant des mois il s'ets cogné partoyt. Plus il avait mal, plus il se cognait.

Oh ça a été un homme admirablement délabré: il a parfaitement donné le change. Trvaillant jusqu'à l'abrutissement, se nourrisant sans faire d'histoires, mais son coeur était déglingué Se méfiant, ne croyant plus aux femmes.

Et moi je suis là. Une autre femme.. Une femme différente- amoureuse de lui- qui porte un autre prénom et bien décidée à faire de lui un homme entier. Sans même lui demander son avis. Envers et contre lui.

Lui n'ose y croire. Il faut dire qu'il a si peur. Il n'y croit plus et plus d'une fois il m'a blessée, usée. Mais je suis là. Je reste. Parce que je sais que sa vie de fantôme ne va pas durer. En dépit ds flèches empoisonnées décochées par l'autre, sa vie de fantôme ne fera pas long feu.

A cause de ses joies, à cause de mon rire, à cause de ma peau, à cause de cet amour élémentaire et désintéressé que j'ai à lui donner. Je sais que j'ai raison et que nous allons y arriver. Sa vie de fantôme lâchera du lest et elle le laissera vivre heureux.

mercredi 22 février 2006
18:05

Oeuvre originale
Auteur : Tori

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Blog mis à jour le 08/01/2009 à 23:36:38



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