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DISPOSITONS POÉTIQUES Les étoiles n’avaient qu’un rôle : M’apprendre à lire J’ai une langue dans le ciel Et sur terre, j’ai une langue Qui suis-je ? Qui suis-je ? Je ne veux pas répondre ici Une étoile pourrait tomber sur son image La forêt des châtaigniers, me porter de nuit Vers la voie lactée, et dire Tu vas demeurer là Le poème est en haut, et il peut M’enseigner ce qu’il désire Ouvrir la fenêtre par exemple Gérer ma maison entre les légendes Et il peut m’épouser. Un temps Et mon père est en bas Il porte un olivier vieux de mille ans Qui n’est ni d’Orient, ni d’Occident Il se reposer peut-être des conquérants Se penche légèrement sur moi Et me cueille des iris Le poème s’éloigne Il pénètre un port de marins qui aiment le vin Ils ne reviennent jamais à une femme Et ne gardent regrets, ni nostalgie Pour quoi que ce soit Je ne suis pas encore mort d’amour Mais une mère qui voit le regard de son fils Dans les œillets, craint qu’ils ne blessent le vase Puis elle pleure pour conjurer l’accident Et me soustraire aux périls Que je vive, ici là Le poème est dans l’entre-deux Et il peut, des seins d’une jeune fille, éclairer les nuits D’une pomme, éclairer deux corps Et par le cri d’un gardénia Restituer une patrie Le poème est entre mes mains, et il peut Gérer les légendes par le travail manuel Mais j’ai égaré mon âme Lorsque j’ai trouvé le poème Et je lui ai demandé Qui suis-je ? Qui suis-je ? Par le défunt Mahmoud Darwich, Décédé le Samedi 09 Août 2008, 22h43 Traduction de l’arabe par Elias Sanbar
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Dans vos yeux J'ai lu l'aveu de votre âme En caractères de flamme Et je m'en suis allé joyeux Bornant alors mon espace Au coin d'horizon qui passe Dans vos yeux. Dans vos yeux J'ai vu s'amasser l'ivresse Et d'une longue caresse J'ai clos vos grands cils soyeux. Mais cette ivresse fut brève Et s'envola comme un rêve De vos yeux. Dans vos yeux Profonds comme des abîmes J'ai souvent cherché des rimes Aux lacs bleus et spacieux Et comme en leurs eaux sereines J'ai souvent noyé mes peines Dans vos yeux. Dans vos yeux J'ai vu rouler bien des larmes Qui m'ont mis dans les alarmes Et m'ont rendu malheureux. J'ai vu la trace des songes Et tous vos petits mensonges Dans vos yeux. Dans vos yeux Je ne vois rien à cette heure Hors que l'Amour est un leurre Et qu'il n'est plus sous les cieux D'amante qui soit fidèle A sa promesse… éternelle Dans vos yeux. Gaston COUTÉ (1880-1911) |
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J'ai presque peur, en vérité, Tant je sens ma vie enlacée À la radieuse pensée Qui m'a pris l'âme l'autre été, Tant votre image, à jamais chère, Habite en ce cœur tout à vous, Mon cœur uniquement jaloux De vous aimer et de vous plaire ; Et je tremble, pardonnez-moi D'aussi franchement vous le dire, À penser qu'un mot, un sourire De vous est désormais ma loi, Et qu'il vous suffirait d'un geste. D'une parole ou d'un clin d'œil, Pour mettre tout mon être en deuil De son illusion céleste. Mais plutôt je ne veux vous voir, L'avenir dût-il m'être sombre Et fécond en peines sans nombre, Qu'à travers un immense espoir, Plongé dans ce bonheur suprême De me dire encore et toujours, En dépit des mornes retours, Que je vous aime, que je t'aime !
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Il était là, devant mes yeux bien en chair, Le regardant comme si c’était la première fois; Inerte en face de lui dans un voyage imaginaire, Qui faisait tourner le monde autour de moi. S’approchant de moi avec le même regard, Armé de ce sourire dévoilant ses dents blanches, Je demeurais à le regarder avec des yeux hagards Car son retour fut telle une subite avalanche Je me taisais devant cette rencontre magique Qui me transporta quelques instants dans un rêve Puis un baiser se déposa sur mes lèvres flegmatiques Pour me réanimer et me dire que ce n’est pas un rêve Voulant parler, dire un mot pour tuer le silence Seules les larmes coulèrent chaudement sur mes joues Les larmes pour ce mal de sa longue absence Et puis nos lèvres se sont unies dans un baiser fou Par Samia Nasr
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Tu me parles du fond d'un rêve Comme une âme parle aux vivants. Comme l'écume de la grève, Ta robe flotte dans les vents. Je suis l'algue des flots sans nombre, Le captif du destin vainqueur ; Je suis celui que toute l'ombre Couvre sans éteindre son cœur. Mon esprit ressemble à cette île, Et mon sort à cet océan ; Et je suis l'habitant tranquille De la foudre et de l'ouragan. Je suis le proscrit qui se voile, Qui songe, et chante, loin du bruit, Avec la chouette et l'étoile, La sombre chanson de la nuit. Toi, n'es-tu pas, comme moi-même, Flambeau dans ce monde âpre et vil, Ame, c'est-à-dire problème, Et femme, c'est-à-dire exil ? Sors du nuage, ombre charmante. O fantôme, laisse-toi voir ! Sois un phare dans ma tourmente, Sois un regard dans mon ciel noir ! Cherche-moi parmi les mouettes ! Dresse un rayon sur mon récif, Et, dans mes profondeurs muettes, La blancheur de l'ange pensif ! Sois l'aile qui passe et se mêle Aux grandes vagues en courroux. Oh, viens ! Tu dois être bien belle, Car ton chant lointain est bien doux ; Car la nuit engendre l'aurore ; C'est peut-être une loi des cieux Que mon noir destin fasse éclore Ton sourire mystérieux ! Dans ce ténébreux monde où j'erre, Nous devons nous apercevoir, Toi, toute faite de lumière, Moi, tout composé de devoir ! Tu me dis de loin que tu m'aimes, Et que, la nuit, à l'horizon, Tu viens voir sur les grèves blêmes Le spectre blanc de ma maison. Là, méditant sous le grand dôme, Près du flot sans trêve agité, Surprise de trouver l'atome Ressemblant à l'immensité, Tu compares, sans me connaître, L'onde à l'homme, l'ombre au banni, Ma lampe étoilant ma fenêtre A l'astre étoilant l'infini ! Parfois, comme au fond d'une tombe, Je te sens sur mon front fatal, Bouche de l'Inconnu d'où tombe Le pur baiser de l'Idéal. A ton souffle, vers Dieu poussées, Je sens en moi, douce frayeur, Frissonner toutes mes pensées, Feuilles de l'arbre intérieur. Mais tu ne veux pas qu'on te voie ; Tu viens et tu fuis tour à tour ; Tu ne veux pas te nommer joie, Ayant dit : Je m'appelle amour. Oh ! Fais un pas de plus ! Viens, entre, Si nul devoir ne le défend ; Viens voir mon âme dans son antre, L'esprit lion, le cœur enfant ; Viens voir le désert où j'habite Seul sous mon plafond effrayant ; Sois l'ange chez le cénobite, Sois la clarté chez le voyant. Change en perles dans mes décombres Toutes mes gouttes de sueur ! Viens poser sur mes œuvres sombres Ton doigt d'où sort une lueur ! Du bord des sinistres ravines Du rêve et de la vision, J'entrevois les choses divines… - Complète l'apparition ! Viens voir le songeur qui s'enflamme A mesure qu'il se détruit, Et, de jour en jour, dans son âme A plus de mort et moins de nuit ! Viens ! Viens dans ma brume hagarde, Où naît la foi, d'où l'esprit sort, Où confusément je regarde Les formes obscures du sort. Tout s'éclaire aux lueurs funèbres ; Dieu, pour le penseur attristé, Ouvre toujours dans les ténèbres De brusques gouffres de clarté. Avant d'être sur cette terre, Je sens que jadis j'ai plané ; J'étais l'archange solitaire, Et mon malheur, c'est d'être né. Sur mon âme, qui fut colombe, Viens, toi qui des cieux as le sceau. Quelquefois une plume tombe Sur le cadavre d'un oiseau. Oui, mon malheur irréparable, C'est de pendre aux deux éléments, C'est d'avoir en moi, misérable, De la fange et des firmaments ! Hélas ! Hélas ! C’est d'être un homme ; C'est de songer que j'étais beau, D'ignorer comment je me nomme, D'être un ciel et d'être un tombeau ! C'est d'être un forçat qui promène Son vil labeur sous le ciel bleu ; C'est de porter la hotte humaine Où j'avais vos ailes, mon Dieu ! C'est de traîner de la matière ; C'est d'être plein, moi, fils du jour, De la terre du cimetière,
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Blog mis à jour le 08/09/2008 à 13:21:15
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