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Cinq cavales


Cinq chevaux couraient dans la nuit,
échevelant leur crinière au noir vent sifflant le gel sur leur pelage
les yeux grand ouverts sur l’obscurité et qui ne voyaient rien
l’écume à leur bouche tordue,
à grands jets de salive souillant leur robe
l’un courait avide de lumière et de beauté
l’autre de chants et de douces paroles
le troisième de parfums, d’épices et de pain
le quatrième de la chaleur, de la tendresse d’une terre hospitalière
le cinquième de sel, de miel, de festin
aveuglés par la nuit, les oreilles glacées par leur course folle
le museau meurtri par le gel
les flancs giflés par le vent
la gueule encombrée de leur salive devenant des glaçons
ils couraient sur la simple étincelle reliant le passé à l’avenir
ils couraient dans le néant de leur nuit sans étoile

Tu es apparue, te dressant à l’horizon de leur monde en riant
par la chaleur et l’éclair de tes yeux, les pétales de tes joues et les fleurs de ton parfum
leur course fut arrêtée net et dès lors que l’obscurité fut dissipé par ta présence rayonnante
tu leur montras le pays où le froid n’y mord, où ni la soif, ni la faim ne commandent
leur faim rassasiée par ta lumière,
sur le rayon de tes yeux
les sabots suspendus des terribles cavales qui couraient sur le néant
s’abattirent vers les plis de ta robe qui les recueillit,
en autant de roses oranges jaunes et rouges

lundi 30 juin 2008
00:14

Auteur : alizel et ses grands chevaux

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Des voyageurs sont passés


Un escargot qui avance à l’envers

Un mouton debout pattes tendues sur un petit nuage

Une hermine teignant l’extrémité de sa queue en blanc

Un visage renfrogné disparaît et à l’autre extrémité un visage jeune et tourné vers la source de lumière

Une grande dame blanche aux longs bras éployés le long de son corps comme des ailes

Un buffle bondissant, avec d’extraordinaires épaules et une toute petite tête coiffée de petites cornes droites et pointues

Un camelhippopotame, ou est-ce un chameau à large gueule puissant comme un hippopotame, ou bien un hippopotame à bosse avec de longues pattes fines

Ils ne se sont pas arrêtés, ils portent plus loin leurs mystérieuses missives





dimanche 29 juin 2008
21:42

Auteur : al'zel

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étrange chose qu'une rose


Etrange chose qu’une rose


Peut-être plusieurs connaissent ici l’histoire du miracle de la rose ; pourtant je ne peux résister à l’envie de la raconter pour ceux qui ne la connaissent pas encore et ceux également qui auraient plaisir à l’entendre à nouveau.

A l’entrée du souterrain poussait à côté du muret de pierres un massif de roses très rouges, d’une pourpre presque grave ; et quand le soleil donnait sur elles, rien n’aurait pu égaler leur parfum en suavité, en générosité, en douceur et en humilité, si me comprenez quand je vous dis qu’un parfum peut être à la fois humble et généreux.

Le jeune Mauvis n’aimait guère les fleurs, il s’intéressait davantage aux joues des filles, et particulièrement à celles d’une Galinaon dont il était tombé fou amoureux. Hélas, celle-ci ne partageait pas sa passion, et le lui fit bien voir par son mépris et son silence quand vainement il essayait d’attirer son attention. Pauvre clerc sans fortune et sans situation, comment pouvait-il espérer de la dame ?

Cependant celle-ci ne trouvait pas trop mauvais de subir les soupirs et l’affection du jeune homme qu’elle tenait à distance ; quand elle se maria, elle l’oublia quelque peu mais une fois la nouveauté du lit éprouvée, le mari fut plus tiède et Galinaon se prit à regretter les pieux hommages du clerc : ils lui permettraient de supporter cette vie de facilité qu’elle menait avec l’ennuyeux mari qui commençait à la négliger, car les charmes déjà usés par le bonhomme et trop connus de celui-ci n’opéraient plus guère la magie qui conduisit l’époux à l’autel.

Cependant le cœur du clerc était ailleurs. Voyant que ses exploits et ses souffrances ne menaient qu’à exciter davantage le mépris de la belle, Mauvis s’était vengé sur une de ces roses à l’époque riante où leur parfum est le plus suave : ayant cru sa mort préférable à ses maux sans fin, il la cueillit le jour où Galinaon passait nue dans les bras du marchand, l’arrosant de ses pleurs il lui dédia son amour et il fut sauvé. Il ne se passa pas de jour depuis qu’il ne pleurât sur la rose ; et le parfum, mouillé des larmes recueillies sur le velours pourpre des pétales rappelait à Mauvis le visage et l’odeur des cheveux de son amour perdu, et il en éprouvait soulagement. Cependant il arriva ceci que la rose loin de friper ses pétales et de perdre un à un ceux-là qui entourent son cœur, ne fana pas et resta toujours aussi fraîche, diffusant toujours son parfum avec même discrétion et générosité. Petit à petit, tous les jours Mauvis se réjouit de voir la rose si belle et à son odeur pleine de chaleur et de tendresse il conçut de la reconnaissance, puis de l’inquiétude pour la fragilité de la fleur, puis de l’admiration pour sa beauté généreuse et désintéressée. Et un jour il fut clair que la rose était devenu amour de Mauvis.
Il arriva alors que Galinaon délaissée par son mari et ayant atteint sa trente cinquième année ne put espérer inspirer autre amour profond comme le fut celui de Mauvis mais plaisirs tristes sales et passagers, et vint à Mauvis qui fut le seul amoureux véritable de toute sa vie ; elle tenta les larmes pour assouplir ce que le cœur du clerc aurait pu avoir de dureté par conséquence à la grande tristesse où il fut de son amour méprisé, cependant celui-ci lui accorda juste un regard de grande pitié et paroles mais d’amour, non: il était trop tard, la rose s’était montrée fidèle, reconnaissant, elle, et recueillant l’amour du clerc elle y avait trouvé force de ne pas mourir, et le clerc en retour reconnaissant l’amour fragile de la rose embaumant modestement sa vie et l’éclairant de son humble beauté lui avait donné compassion pour sa fragilité éphémère, attention, admiration et affection ; autant dire qu’il l’aimait de cet amour sincère dont dame n’avait voulu; et cet amour partagé fut tellement saint et heureux que Mauvis en garda l’ardeur rayonnante de la jeunesse alors que Galinaon, qui n’avait su ni reconnaître ni aimer le vrai amour, mais comme Judas l’avait trahi pour faux-semblants, passée la trentaine déjà était femme vieillie.
Mauvis fut heureux toute sa vie, travailla avec courage et fut un réconfort pour ses proches et ses amis ainsi que pour ceux qui avaient touché son cœur ; il fut lui-même entouré et plus d’une jeune femme aimable et jolie regretta qu’il ne s’intéressât guère à son sexe mais lui parlât comme à sœur. Tous les matins il déposait un court et affectueux baiser sur la corolle de celle qui l’accompagnait, et toujours il garda le secret de son cœur.

Le jour où en paix il mourut la rose embauma comme jamais ; cependant la nuit qui suivit l’enlèvement de la dépouille du clerc elle fana et le lendemain on retrouva éparpillée toute sa corolle à son pied, son cœur nu penché vers le sol.

jeudi 19 juin 2008
23:56

Auteur : Alizel le goliard

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petites nouvelles du bord des fleuves


Le caractère paisible que revêt la vie près des grands cours d’eau ne doit pas tromper ; alors qu’on ne s’y attend guère, au-dessus du lit paresseux, les naseaux affleurant à la surface boueuse, apparaît parfois une masse de graisse, de chair et de désirs contrariés manifestant vite son exigence sur le sol ferme ; si vous êtes aux environs n’attendez pas de terminer votre conversation, ni de poser le verre que vous buvez avec votre ami, ni même de finir un sourire à l’aimable visage qui vous rend votre attention par les yeux :

les gens sensés habitant près des fleuves le savent bien : quand l’hippopotame est en rut il vaut mieux ne pas s’attarder dans le coin.

Car dès lors qu’il a extirpé ses lourdes pattes de la boue, dès lors qu’il s’est ébranlé vers le sol qui retentit sourdement des énormes chocs patauds de ses pas, tout y passe, rien ne saurait lui résister : arbres, fourrés, haies, maisons, barrières, jardins, statues, il écrase tout ou le bouscule, rien ne résiste à son humeur massacreuse du moment : vous comprenez, Monsieur l’hippopotame a envie de faire l’amour, c’est un besoin si pressant chez lui qu’il dévaste tout ce qu’il rencontre et c’est un désastre.

Les gens raisonnables vivant près des fleuves le savent, en effet: personne ne serait assez fou pour venir s’opposer à l’hippopotame en rut afin de défendre qui un bout de jardin, qui une haie, qui une statue ; ce serait encore décupler les fureurs de l’animal qui a la vue si basse qu’au-delà de son nez il ne distingue rien que ce qu’il annihile dans l’écrasement de sa masse énorme ; son rut le rend juste suffisamment stupide pour qu’il soit possible de le détourner en proposant une autre cible à sa fureur ; mais comme il multiplie aussi ses forces et cette sorte de courage des taureaux qu’on a énervés qui foncent sur tout ce qui bouge sans aucune espèce d’intention préalable que la satisfaction du besoin qui les mène, les gens doués de raison cherchent seulement à éviter l’énorme masse de chair graisseuse animée par le désir; la mise à distance est un procédé approprié à cette fin, d’autant plus que l’énorme lourdeur de l’hippopotame ne lui permet pas de grandes marches ; de plus il est trop attaché à la boue pour s’en éloigner de beaucoup, le rut seul ayant été assez fort pour ébranler sa masse et le pousser à s’en arracher même momentanément.

Seuls les reptiles qui peuplent le bord des fleuves et passent leur journée à paresser la gueule ouverte sans rien faire qu’attendre qu’un passage distraie leur ennui peuvent éprouver un quelconque intérêt aux destructions imbéciles ; si leurs rangées de dents inégales acérées étaient adaptées à saisir et cisailler les pattes adipeuses de l’énorme hippopotame, nul doute qu’ils n’hésiteraient au passage à en faire usage; seulement les mâchoires les plus fortes se noient dans toute cette chair graisseuse et y glissent, les bêtes les plus rêches, les plus méchantes et les plus sournoises n’y peuvent donc trouver prise à leurs morsures et finiraient elles-mêmes écrasées.

Il n’y a donc qu’à attendre et la seule pensée qu’on peut entre-temps évoquer envers cette catastrophe de graisses amoureuses c’est qu’une dame hippopotame ne sera pas assez dégoûtée pour croiser son chemin, afin qu’on puisse regagner un peu plus tôt ses habitudes paisibles ; à condition que si la muflerie peut sembler de nature chez cet animal à large gueule qui broie tout quand le rut le prend, ses réticences de mufle tomberont devant une compagne possible presque aussi lourde que lui reconnue son égale .

Quand l’hippopotame a tout saccagé et a retrouvé le lit boueux de son fleuve, les habitants peuvent revenir remettre un peu d’ordre dans leurs alentours malmenés. Mais ils n’y mettent ni hâte ni humeur maussade ; il en faudrait plus pour changer leur humeur : eux qui ont survécu aux crues ébouantes, résisté aux fourmis rousses qui font tout disparaître dans le néant de leur passage, aux serpents-minute qui se glissent jusque dans les berceaux et à deux ou trois explorateurs bien intentionnés, que peuvent bien leur faire les dégâts d’un hippopotame rendu hors de lui par le désir de copuler ?

Car s’ils apprécient les agréments de leurs propriétés, leurs jardins, les maisons, ils ne s’y sont jamais attachés, tellement davantage ils aiment les autres, leurs égaux aussi habiles ensemble à rebâtir et planter.

lundi 2 juin 2008
15:23

Auteur : alizel africanus

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Boute-feux


Il y a un écran de fumée à l'horizon,
des brûlots sont à la voile ce soir...

Ici l'Armada des Ames,
là l'escadre de Dieu sait d'où;
des coquilles de noix au dernier des cuirassés
d'un commun concert ils envoient des feux
pendant que nous louvoyons et tournons en rond
le missile frappe le toit...
nous ne pensons jamais que nous pourrons être en flammes
nous sommes à l'épreuve du feu
nous pensons que nous sommes à l'épreuve du feu...

Garde digne ton maintien,
l'orchestre joue
à travers l'élévation du toast;
le capitaine est ferme
attentif sur le pont
ce sont les soins accordés à sa surface
qui apparaissent importer le plus.
Nous regardons les galions s'échouer
silencieux nous nous maintenons à l'écart
nous ne pensons jamais que nous pourrions brûler
nous pensons que nous sommes à l'épreuve du feu

Nous pensons que nous sommes à l'épreuve du feu
nous ne pensons jamais que nous pourrons brûler
Nous naviguons sur des brûlots,
nous ne pensons pas, c'est pourquoi nous risquons le feu

Droit vers l'oeil du cyclone,
en bas au dernier hublot
nous ne pensons jamais que nous pourrons être brûlés
nous pensons que nous sommes à l'épreuve du feu.

Voilà l'Armada de lumière
voici l'escadrille, pour l'amour du ciel...
Nous naviguons sous un pavillon de complaisance
jetant des messages en bouteille pendant nos veilles

Alors nous louvoyons et tournons en rond
le missile frappe le toit...
nous ne pensons jamais que nous pourrions être enflammés
nous pensons que nous sommes à l'épreuve du feu.

Nous ne pensons jamais que nous pourrions brûler
nous pensons que nous sommes à l'épreuve du feu.



traduit - bien imparfaitement- du texte anglais de Peter Hammill extrait de l'album "Fireships"1990-91
notes personnelles: 1- 1982 :guerre des Malouines; un navire-école d'officiers emportant avec lui des centaines de marins est coulé; les familles, elles, se souviennent.
2- Dernières nouvelles 2004 de Peter Hammill : suite à une maladie de coeur, il a cessé de fumer; au moment où j'ai écrit cette traduction, c'étaient là les dernières nouvellles
3- Je ne sais trop comment l'expression : garder sa lèvre supérieure rigide si expressive et si britannique peut être perçue par un francophone; j'ai alors opté pour une traduction un peu bateau (oui).
4- dans l'album "Fireships" on trouve aussi "Oasis" :
"Montre-moi ton visage secret
nu comme le soleil
silencieux comme les étoiles
oasis secrète dans le désert du monde."

samedi 13 octobre 2007
11:59

Auteur : Peter Hammill/alizel francophile polyglottant

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