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Ils arrivent. Ils vont m'avoir, je sais que le temps m'est compté. Aujourd'hui, demain, dans un mois... Je suis déjà mort, ou pire encore. Je suis le dernier. Tout finit avec moi. Au départ ils étaient une légende. Parfois dans les veillées on disait que certains vivaient près de nous, que ceux-là étaient pacifiques et ne cherchaient pas à interférer avec notre univers. On disait même qu'ils avaient des moeurs assez semblables aux nôtres. De temps à autre on faisait état de leur présence, mais personne n'y prêtait vraiment attention. Ils étaient comme des ombres qui vivaient en marge de nos terres. Et puis les ombres se sont rapprochées. Au fil des ans on a soudain entendu des histoires inquiétantes. Certains d'entre nous disparaissaient, on parlait même d'attaques et de meurtres sauvages. Nous avons commencé à avoir peur. Mais nous nous sentions à l'abri dans notre forteresse verte. Nous nous trompions. Ils ont commencé une guerre que nous avions perdu d'avance. Leur technologie, incomparablement supérieure à la nôtre, leur avait assuré la victoire dès le départ. Lentement mais inexorablement, leurs terribles machines ont envahi et détruit notre monde. Sur terre, dans les airs ou sur l'eau, ils étaient partout et leur avance progressait un peu plus chaque année. Des réfugiés ont commencé à affluer, racontant des histoires atroces. De mères massacrées sous les yeux de leurs enfants, qui étaient ensuite emmenés on ne savait où. On ne les revoyait jamais. Pourquoi faisaient-ils tout ça ? Que leur avions-nous fait, nous si paisibles qui n'aspirions qu'à une vie simple et heureuse ? Pourquoi brûlaient-ils nos terres, éradiquant ainsi toute vie et stérilisant chaque parcelle qu'ils colonisaient ? Nous n'arrivions pas à comprendre. ... Ils arrivent. Ces dernières semaines leur assaut a été dévastateur. Nous avions beau nous dissimuler, utiliser au mieux nos capacités de camouflage, ils nous trouvaient toujours. Il y a deux jours ils ont assiégé notre refuge. J'ai réussi à m'enfuir, j'entendais derrière moi le fracas des moteurs de leurs machines tandis qu'ils mettaient à bas nos tours. Et puis les cris terrorisés des membres de ma famille ont dominé le vacarme. Je me suis bouché les oreilles et j'ai couru. Mais leurs cris résonnent encore dans ma tête. Et maintenant c'est mon tour. Je me suis réfugié dans un abri en hauteur, mais ils nous connaissent trop bien. Ils ont scruté la canopée, utilisant des instruments optiques capables de repérer tout être vivant. Ils m'ont vite trouvé. Mes pensées affolées s'envolent dans tous les sens, tandis que je sens les vibrations atroces de leurs engins mordre mon refuge. Je sais que dans quelques instants je vais rejoindre les miens, qu'ils vont m'emmener dans leur enfer. A l'instant où tout s'effondre, où je vais toucher le sol, je croise le regard de l'un d'eux. Mon dieu... Ses yeux... Si cruels mais pourtant si semblables aux miens... Quelle ironie... Sommes-nous si différents après tout ? Savent-ils qu'ils exterminent leurs frères ? Mais c'est trop tard... Qui se souviendra de notre peuple quand il aura disparu... J'étais Pongo, le dernier homme de la forêt de Bornéo... ce qu'en malais on traduit par "orang-outan".
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| Impression : Extraordinaire
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Je n'ai pas connu mon père. Tout ce que je crois savoir de lui, c'est qu'il devait être grand et brun, tout comme moi, ma mère étant elle même petite et dorée comme un croissant. En tout cas il n'était sûrement pas du genre sentimental, car il abandonna ma mère sitôt après avoir goûté à ses charmes. Jamais plus elle n'entendit parler de lui. J'ai grandi à la campagne, dans une petite bourgade béarnaise. Les temps étaient durs alors, il fallait s'estimer heureux d'avoir un travail et une assiettée de soupe pour tout repas. A cette époque barbare, beaucoup abandonnaient les nouveaux-nés au fond d'un bois lointain, voire les supprimaient discrètement. Il n'était pas question de s'encombrer de bouches supplémentaires à nourrir, et qui le plus souvent ne rapportaient rien. J'eus la chance de ne pas subir ces désagréments ; sans doute parce que je fus le seul à naître dans le domaine cette année-là. Dès que je pus me passer des tétées journalières, ma mère fut remise au travail. Lorsque je la voyais partir pour les champs, j'essayais bien de la suivre en m'accrochant à sa robe mordorée ; mais elle me sermonnait et me faisait comprendre j'étais trop jeune pour travailler à ses côtés. Elle était la vachère de la ferme ; et croyez-moi, ce n'était pas de tout repos ! Il n'y avait nulle clôture pour retenir le troupeau des cinquante brouteuses indisciplinées. Dès que ces gourmandes passaient à proximité d'un champ de trèfle ou de regain, elles délaissaient les pauvres pâtures pour se jeter sur cette manne bovine. Il fallait alors de la poigne pour maîtriser ces bestioles, et ma mère ne chômait pas. Quand elle rentrait au soir, harassée et crottée de ses longues courses, elle venait tout de suite me retrouver pour m'embrasser. Elle ne le montrait pas, mais elle était toujours inquiète pour moi ; la ferme lui semblait un endroit rempli de pièges pour son pitchoune. Je ne voyais pas du tout les choses ainsi ; durant mon enfance, je connus le Paradis dans cette ferme. Nous logions dans un appentis près de la grange. La grande cour et les nombreux bâtiments du corps de ferme formaient un terrain de jeu infini pour moi. Dès que j'étais seul, je partais en exploration découvrir ce qui me semblait un monde immense. Au début, mes premières escapades se firent de façon chancelante ; je savais à peine me déplacer debout. Mais rapidement, je pris de l'assurance et c'est en courant que je traversais la cour pour aller rendre visite à la basse-cour et embêter la volaille. J'évitais cependant les oies ; d'instinct je savais que leur bec redoutable n'hésiterait pas à me pincer, tout petit que je fusse. De même, l'étable me faisait peur. Les chevaux et les boeufs me semblaient des géants redoutables et je préférais la compagnie d'animaux moindres. Les maîtres n'avaient pas d'enfants, aussi les bêtes furent-elles mes seules compagnes de jeux. Ah ! Quelle félicité que ce temps béni où je n'étais pas plus haut que deux pommes ! Toujours le ventre plein, des caresses attendries de tous les grandes personnes qui passaient près de moi, de longues siestes bercées par le chant idiot du coq... J'aurais voulu que cela ne cesse jamais... Hélas... Je grandissais comme un beau diable, et un beau matin le maître me confia au soin du garçon-vacher pour qu'il m'enseigne le métier. Catastrophe... Visiblement être un bon gardien de troupeau n'était pas inscrit dans< |
| Impression : Extraordinaire
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Blog mis à jour le 09/01/2009 à 10:06:07
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