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21 décembre 1983, il neigeait sur New York, je me présente, je suis le détective du Département de la Police Gerald Franck Shapiro, je vais raconter des faits d’une histoire banale si ce n’est qu’elle se déroulait la veille de la fête de noël, bref une histoire sans importance. Dans la nuit du 20 au 21 janvier 1983, l’immeuble sis au 236, 12e Rue Est brûla. Sept minutes après l’appel au 911, ambulances et pompiers étaient sur les lieux et comme d’habitude, une enquête de police fut ouverte afin de déterminer les causes de l’incendie. Il apparut assez rapidement qu’un chauffage électrique d’appoint était responsable du sinistre, mais la procédure ne fut pas close. Nous cherchions un deuxième cadavre, celui d’une jeune femme. Le chef de batterie des pompiers Doughney affirma que c’était inutile, que seul un handicapé physique avait péri carbonisé, et personne d’autre. Pourtant, deux jours plus tard nous cherchions toujours. Ou était donc passée cette jeune femme, si elle n’était pas sous les décombres ? Avait-elle profité de l’occasion pour fuir quelque chose ou quelqu’un ? D’après les déclarations de son demi frère, Ted Lowy (policier au 77 e commissariat), c’était impossible. Grâce à lui nous pûmes rencontrer certains des proches de la disparue, et dresser une biographie sommaire. Nom : Sarah Artfield (Née Lowy) Date de Naissance : 5 juillet 1948 à Staten Island (Comté de Richmond) N.Y. Résidence : 236, 12e rue Est- N.Y.C. 1949 : Décès de Judith Lowy (la mère) dans un accident de la circulation. 1950 : Remariage de Samuel B. Lowy (le père) avec Rose Ponoroy. La famille s’installe à Manahatan. Naissance de Theodore J. Lowy. Nota : Rien de particulier à signaler dans l’enfance et l’adolescence de la disparue. Etudes primaires et secondaires, puis supérieures à Colombia University. 1967 : Fonde, avec Sylvia Renselaer et Robert H. Weinrock, un groupuscule étudiant à tendance marxiste. Participe à toutes les manifestations de l’époque. 1970 : Obtient deux licences : Psychologie et littérature américaine. 1973 : Epouse Robert H. Weinrock. Deviennent journalistes indépendants. Elle fait du reportage photographique. 1974 : Subit un avortement. 1977 : Quitte son mari, arrête le métier de reporter et devient serveuse au Benny’s Diner, sur la 11e Avenue. Divorce. Nota : Il a été impossible de retrouver Benny Woyjak, qui a quitté l’Etat de New York depuis deux ans. 1978 : Première cure de désintoxication. 1979 : Décès de Rose Lowy, atteinte d’un cancer. Nouvelle cure de désintoxication. 1982 : Epouse Michael D. Artfield, et redevient photographe. 1983 : 18 décembre : S’en va à Cape Cod (Massachusetts) pour une semaine. 20 décembre : Retour imprévu à New Yorck City , dépose une partie de ses bagages chez elle, puis disparaît. Quelques photos de la disparue accompagnent le dossier : , Sarah à dix ans en compagnie de son petit frère et de sa belle mère Rose, Sarah à onze ans avec Santa Klaus, Sarah attablé au Benny’s Diner, Sarah manifestante en 1968… Il était temps de mener mon enquête sur le terrain, à commencer par le commissariat ou Théodore J. Lowy frère de la disparue travaillait, il me dit : - elle a toujours été un peu névrosée, comme on dit. Faut reconnaître aussi qu’elle boit pas mal, mais vraiment je ne comprends pas. Je le laissais signer sa déposition et me rendis dans le quartier de la disparue, parler à Elisabeth Jones, voisine du couple Artfield : - Quand elle est revenue, M’sieur Mike était chez moi. Paraît qu’elle a posé sa valise et est repartie tout de suite avec ses appareils de photo. Ça c’était le samedi après midi. Le dimanche matin il m’a dit qu’il l’avait attendue toute la nuit, et le soir même, cette fichue baraque flambait, avec lui dedans. - Quand est-ce que le la ville va me reloger ? Je la quittais avec ses interrogations qui ne me concernait pas et poursuivais en me rendant chez Robert h. Weinrock, l’ancien mari de la disparue : - Sarah ? Je ne l’ai plus vue depuis plus de deux ans … Dites … vous n’auriez pas une cigarette par hasard ? Encore un témoignage qui ne donnait pas grand-chose, j’entrepris d’aller rendre visite à son amie Sylvia Renselaer, ex étudiante gauchiste, elle tenait son dernier dans les bras : - Sarah qui ? Ah oui, je me rappelle ! mais c’est loin tout ça. Au moins quinze ans, non ? - Elle était complètement dingue, cette fille !! Et communiste, en plus ! une vraie petite peste. Il vaut mieux s’adresser au bon dieu qu’à ses saints donc j’allais rendre visite à Samuel S. Lowy, père de la disparue : - Ma fille ? Quoi, ma fille ? Veux pas le savoir ! J’connais personne de ce nom ! - Et foutez-moi le camp, ou j’appelle la police ! …. Les témoignages qui n’apportent rien d’essentiel, ou si peu, elle a disparu, et personne ne peut dire pourquoi, ni comment. Peut-être est-elle mollement allongée dans un transat de Miami Beach, à siroter un martini avec des olives ; ou bien à Venice, vendant des hot-dogs et du coca dans un Ford aménagé qui pue l’huile de friture. A moins qu’elle ne serve de nourriture aux poissons-chats de la Bronx River, qui sait ? Et surtout, qui ça intéresse ? Sarah Lowy, Weinrock ou Artfield, qu’est-ce que ça change ? Etudiante contestataire, photographe de presse ou serveuse, qu’elle différence ? La vie banale d’une bonne femme anodine, pas belle, même pas jolie. Un nom sur des formulaires dactylographiés en quatre exemplaires, une photo d’identité agrafée au coin supérieur droit d’une fiche de carton vert… J’étais à l’angle de la 49 ème et 50 ème rue dans le Bronx un musicien de rue jouait du saxo je lui dis : - Eh mec, joue donc un blues pour Sarah. Ma femme s’appelle comme ça, elle aussi. …A ranger dans un classeur métallique en compagnie d’autres fiches, toutes identiques, qui moisissent lentement. Affaire en suspens attendant un complément d’information qui ne viendra jamais, histoire sans importance. Aller, circulez ! Circulez ! Y’a rien à voir … FIN.
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| Impression : Extraordinaire
Je viens de le relire....et j'ai trouvé ton texte génial .. encore une fois !! |
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Un jeune couple venait de s’installer dans un nouveau quartier. Le lendemain matin, au moment où le couple prenait le petit déjeuner, la femme aperçut leur voisine qui étendait du linge sur un séchoir. « Quel linge sale ! s’exclama-t-elle. Elle ne sait pas laver. Peut-être a-t-elle besoin d’un nouveau savon pour mieux faire sa lessive ! » Son mari regarda la scène mais garda le silence. C’était le même commentaire chaque fois que la voisine séchait son linge. Après un mois, la femme fut surprise de voir que le linge de sa voisine était bien propre, et elle dit à son mari : « Regarde ! Maintenant, elle a appris à laver son linge ! Qui le lui a enseigné ? » Le mari répondit : « Non ! Je me suis levé tôt ce matin et j’ai lavé les vitres de notre fenêtre ! » Moralité : Ainsi va la vie : Tout dépend de la propreté de la fenêtre à travers laquelle nous observons les faits. Avant de critiquer, il faudrait peut-être vérifier d’abord la qualité de notre regard. Alors, pourrions-nous voir avec clarté la limpidité du cœur des autres ! |
| Impression : Extraordinaire
Excellent...! |
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Chapitre 19 : Vulnerant Omnes, Ultima Necat. Morales avait eu ce qu’elle voulait. Si par hasard ce mec n’était pas clair, il était désormais déstabilisé. Un chef sait dès sa naissance qu’à partir du moment où un suspect quel qu’il soit s’imagine être surveillé, c’est à ce moment là qu’il commence à multiplier les erreurs. Et pour le cas où Morales n’aurait rien à se reprocher, ses yeux bouffis et ses ongles noirs rejoindraient tranquillement le placard doré des précipices. Après presque une semaine à camper au même endroit sur la rive de la Seyne, je fus dérangé lors de la préparation de mon repas par un bruit de moteur. Une vedette qui avait du servir pour le tourisme se dirigeait à grande vitesse vers la berge. J’attendis patiemment, les bras croisés, afin qu’aucune méprise ne soit faite quant à mes intentions. Au dernier moment, le bateau vira et ralentit ; un homme à l’intérieur me héla, tandis que deux autres me tenaient en joue : « Hé, mon gars, je suis sûr que tu vas sacrifier un peu de ta personne pour aider le Gouverneur ! – les deux autres ricanèrent. - Parfaitement. Je vous attendais d’ailleurs. Depuis une semaine. Vous êtes pas très efficaces les mecs. Alors grouillez vous de me m’amener chez le Gouverneur, et me faites pas chi.er parce que je serai bientôt votre nouveau chef ! » Pour le coup, les trois guignols ne rigolèrent plus du tout. Le pilote de la vedette leur fit signe et ils descendirent pour me cueillir. Le larbin non armé m’attrapa rudement le poignet en m’injectant de me tenir tranquille. En réponse, ma main emprisonnée lui attrapa l’avant bras et je lui fis une clef ; un genou à terre, il n’eut pas le temps de protester : je lui assénais deux violents coups de genou dans les côtes et le laissai s’affaler au sol. Les deux autres relevèrent alors leurs fusils en ma direction, manifestement paniqués et ne sachant que faire, jetant frénétiquement des regards affolés entre leur chef et son bourreau. Sans même y prêter attention, je me dirigeais vers l’embarcation en lançant un « Bon, assez perdu de temps ; et au cas où vous l’auriez pas compris : » Allez vous faire voir ! ». Le pilote, qui n’était pas descendu, ne semblait pas craintif, tout juste étonné. Il attendit que les deux porte-flingue soient montés pour repartir, abandonnant sur le rivage la loque aux gros muscles, se relevant à peine. La vedette accosta peu de temps après sur un ponton l’île du Gouverneur autrefois Ile St Maurice, le QG de Charles. Le conducteur se retourna vers moi. Il portait à la ceinture un gros revolver, et je compris rapidement que c’était lui qui commandait, et pas la grande gueule. « Ton petit jeu c’était marrant, maintenant tu pose tes flingues, tu sors et tu joues pas au c.on. Tu me suis, et si tu dévies d’un demi mètre, tu serviras à nourrir les pommiers du gouverneur ! » J’emboîtais donc son pas, et, après trois postes de garde bien contenus, j’arrivais devant le palais du gouverneur, bien entouré d’une triple rangée de barbelés. Mon guide me mena rapidement à la salle principale, où une cour des miracles se pressait autour du trône sur lequel siégeait Charles, entouré de ses lieutenants les plus directs. Versailles. Le roi soleil en question avait l’air de s’ennuyer mortellement , quel adjectif approprié , devant un pauvre erre en train de mendier une grâce quelconque. Sans même le regarder, le pilote de la vedette le dépassa et alla murmurer quelque chose à l’oreille de Charles. Ses yeux s’éveillèrent et me détaillèrent. Il fit signe au serf de se taire et me dit d’approcher. « Alors, il parait que tu veux me servir… C’est courageux. Mais on me dit également que tu as des tripes. Très bien. Montre le : bute le ! » Les yeux du paysan brillèrent de peur, alors qu’un garde me faisait passer un Luger. Le test vieux comme le monde. Le flingue n’était pas chargé, et si je cherchais à tuer Charles, je me ferais transpercer de toutes part. Sans hésiter, je visais le mendiant en pleurs et pressais la détente. Son crâne explosa, soulevant le dégoût de la foule proche et largement arrosée. Merdre ! Le flingue ETAIT chargé ! Ce c.on aussi avait lu Hombre ! Charles rit des protestations de la foule et me félicita : au vu de mon hésitation, j’étais la personne avec le moins d’état d’âme qu’il lui avait été donné de voir ! Je n’eus pas le temps de me mortifier pour ce meurtre perpétré de sang froid, car Charles m’annonçait que la véritable épreuve commençait, en même temps qu’on me reprenait le flingue. J’allais devoir battre Mitron en combat singulier. Ce nom évoquait en moi une image de boutonneux à lunettes, mais la masse de deux mètres qui écarta la foule, au contraire, avait du abuser du Jet, un anabolisant que beaucoup utilisaient pour se droguer, pour arriver à une telle carrure. J’eus un moment de panique, et je reculais un peu. Mon adversaire arriva au niveau du cadavre, et lui marcha dessus. Son pied entra dans la cage thoracique du mort comme dans du beurre. Sans être particulièrement chétif, j’allais me faire rétamer ! Il me fallait une idée. Je fis le tour de la pièce du regard sans trouver d’objet à miracle. Puis je me résignais, je n’avais pas le choix. Alors que la brute se rapprochait, je me mis à courir dans sa direction, en hurlant, pour me donner du courage. En fait, pas tout à fait dans sa direction, je passais à un mètre à côté de lui, me dirigeant vers l’estrade d’où Charles présidait. A pleine vitesse, je chargeais un lieutenant et l’emportais vers le mur derrière lui. Au dernier moment, je me décalais un peu sur la gauche tout en lui tenant le bras. Emporté par la vitesse, il heurta violement le mur, tandis que je passais l’embrasure d’une porte à côté. Son membre résista à peine à l’énergie cinétique en jeu, et, dans un craquement sinistre suivi d’un hurlement glauque, me resta dans les mains. Je revins immédiatement dans la salle, puis, d’un coup de coude sur la nuque du bougre plié par la douleur, suivi de deux coups de pieds dans la face, j’achevais le malheureux. Je me penchais et ramassais le flingue à sa ceinture, objet de ma convoitise, et braquais le géant qui, éberlué, m’avait regardé l’éviter sans comprendre. « Ok, ok, c’est bon, t’as gagné tire pas » bégaya-t-il, comprenant que c’était son dernier combat. Malheureusement, furieux d’avoir descendu un ‘’innocent’’, un seul des hommes du Gouverneur ne me suffisait pas pour apaiser mon âme. Cette petite mise au point lui mit du plomb dans la cervelle. Enfin, nonchalant, me sachant braqué par quatre gardes, je me dirigeais vers le maître des lieux, libérant le chargeur, actionnant deux fois de suite la glissière pour vider le canon, et tendant finalement le flingue à Charles. « Tu diras à la femme de ménage que je suis désolé ; si tu savais pas quoi faire de moi, je peux remplacer le manchot. Son mal de crâne lui a été fatal. » Charles attendit une seconde et éclata de rire. « On ne m’avait pas menti : tu es aussi gonflé en actes qu’en paroles. Bienvenue parmi nous, et repose toi, ce soir tu auras deux veuves à consoler ! » La société idéale que Charles essayait de construire était très simple. La hiérarchie se composait du monde extérieur, des paysans enfermés dans le sud du confluent, des soldats, des chefs de vedettes, de ses principaux lieutenants, et enfin de lui, tout en haut de la chaine alimentaire. Le quartier était divisée en deux : au nord l’Ile avec des soldats et supérieurs, au sud,sur la rice gauche de la Marne là où originellement s’étendaient de vastes jardins, une soixantaine de paysans cultivaient diverses denrées en échange de leur vie sauve, le tout relier par un pont en bois Et tout autour, des gardes patrouillaient sur les quais et empêchaient tous ceux qui n’avaient rien à y faire de s’approcher des vedettes. Quant à la propriété, il suffisait de tuer quelqu'un pour s’approprier ses possessions, dont les femmes, sauf si l’on était condamné à mort suite à l’affrontement. Par extension, tout appartenait au Gouverneur. Les rares femmes à être libres avaient tué plus d’hommes que moi dans toute ma vie et n’engageaient pas à la conversation. La situation n’était pas aussi simple que prévue. Même si j’étais un conseiller direct de Charles, position renforcée par quelques joyeux massacres perpétrés sur la côte, je n’avais pas accès aux vedettes sans raison. Et s’il l’on me mandatait pour quelque mission, j’avais toujours pour escorte trois ou quatre larbins crétins mais fidèles au pouvoir et à leurs avantages acquis. Sans compter que seuls les pilotes avaient le droit de toucher aux bateaux. Il était sans doute possible d’acheter tout ce monde, mais je n’étais dans la place que depuis trop peu de temps, et les différentes castes ne se fréquentaient que rarement en dehors du travail. Bref, il allait falloir bien jouer. Fin chapitre 19.
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| Impression : Extraordinaire
Enfin.....!!!! Merci ! |
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L'histoire que je vais vous raconter, je n'ai rien à en dire... Je suppose qu'elle a trait à d'autres histoires sur lesquelles il y aurait des choses à dire; mais sur cette histoire, je reste sans mot... Sans mot devant ce phénomène qu'on appelle l'anecdote... Elle me dépasse, elle est différente de moi et n'a surtout aucun besoin de mes services... C'est une de ces histoire comme il en existe plein, ici et ailleurs... Que faire ? Il y a des gens capables de sauter d'une hauteur de huit mètres dans une piscine, il y en a d'autres capables d'entrer tout de suite dans l'eau, il y a moi qui mouille toujours ma nuque et mon bas-ventre... Ils vous diront qu'ils aiment les changements brusques, quand ils plongent dans l'eau la tête la première... Il y en a d'autres, quand on leurs offre une histoire, ils en tirent vite une leçon, habiles à généraliser, sans distinguer le chemin ni lui accorder la moindre importance. Ils disent: "ah, c'est une histoire sur les riches"; "ah, c'est une histoire sociale". "Ah, ça veut dire que l'argent ne fait pas le bonheur"... Bien sûr, il m'arrive de tomber sur des gens comme cela, tant mieux pour eux, mais qu'ai-je donc à voir avec eux ? Qu'ai-je donc à voir avec cette histoire... Un homme marchait dans la rue et il pleuvait.. Il pleuvait beaucoup, ses souliers étaient trempés, le bas de son pantalon était mouillé par les flaques qu'il traversait. Il avait un pantalon large et noir qui s'envolait comme une cape et qui, à cause de sa grande surface, absorbait les gouttes d'eau bien plus qu'un pantalon normal et ajusté... Ses genoux étaient froids et au dessus, tous les poils de son corps se dressaient de froid. Quand j'arriverai à ses oreilles, si j'y arrive, je vous raconterai qu'elles étaient glacées et qu'il se disait qu'il avait besoin d'un chapeau, qu'avec un chapeau ce serait mieux. Oui, un grand chapeau noir avec de larges bords! Comme en porte ce cuisinier savoyard qui aime à cuisiner des plantes... Mais je suis encore à la partie inférieure, dans la région du sexe, pour le moment en stationnement; et plus haut, la bedaine qui pointe par un jour d'été à travers la chemisette mais qui est maintenant bien cachée par un imperméable gris et tâché, mais pas de sang... Pourquoi toujours chercher des drames ? Ainsi donc, pas de sang. De simples tâches de l'hiver dernier, de quelques choses qu'il a mangé, des tâches qui se sont fondues à l'imperméable et qui ont oublié leurs origines, des tâches que seul un œil aiguisé peut distinguer... Nous arrivons à la région de la poitrine. C'est plutôt large et si on regarde plus à l'intérieur, même jusqu'à l'intérieur des os, le cœur bat bien vite, à un rythme qui ne satisferait aucun cardiologue... Les gens pensent que si le cœur de quelqu'un bat trop vite, c'est possible mais pas probable. Comment les choses arrivent-elles donc dans cette vie, alors ? Plus haut encore, un cou large et un visage long avec un grand nez et des yeux... Des yeux qui implorent... Mais qui donc implorent-ils? Quelqu'un qui ne les voient pas, bien sûr, et qui, s'il les voyait, ne se détournerait pas de leur appel... C'étaient des yeux affamés, si vous saviez Ô combien affamés... Ils reflétaient l'état déplorable de cet homme, d'un point de vue alimentaire... Il était affamé et cela se voyait dans ses yeux. Il avait faim, vous comprenez ça ? La pluie continuait de tomber, en trombes, elle tombait sans compter, sur les riches et les pauvres, les affamés, les assoiffés; il y avait de l'eau à satiété. Une vraie manne... Il vit une porte banale, un café-restaurant improbable... Il avait un gros creux. Il est bedonnant ? Et alors? C'est la couche adipeuse de l'an dernier. Maintenant, c'est une nouvelle année... Cela ne compte plus... Il entre comme s'il en avait un peu, un tout petit peu envie... Il s'assoit sur une chaise, personne ne vient vers lui. C'est un de ces endroits où on peut crever sur leurs tables, ils ne bougent pas, ils ne se manifestent que lorsque la puanteur commence à se répandre. Un de ces endroits que personne ne nettoie, on se demande même s'il y a quelqu'un pour l'entretenir... Il s'assoit, regarde autour de lui, tranquille, sans que personne ne le remarque; prend un petit sachet de sucre en poudre, l'ouvre et l'avale. Encore un sachet, même chose. Ainsi des vingt sachets qui sont là; dans une soucoupe blanche, légèrement ébréchée... Pendant ce temps, il ne voit personne... Sauf à l'autre bout, tout au fond, après que le sucre eut commencé à faire de l'effet, l'image devient plus claire, le cœur s'apaise un peu; il voit un journal étalé de telle sorte que seul quelqu'un peut le déployer ainsi. C'est à dire qu'il y a quelqu'un qui tient ce journal et qui le lit. Il regarde de ce coté-là. Ça l'intéresse de savoir qui est cette personne, juste pour pouvoir passer à autre chose. Il se passe un quart d'heure, le journal ne bouge pas, il reste déployé. Sous le même angle... L'homme n'a pas la force de se lever. Il est de ceux qui, lorsqu'ils se lèvent, mettent dix heures à se rasseoir. Il a envie d'effacer cette question de son existence, de l'oublier, de passer à autre chose... Derrière le comptoir, une femme surgit et nettoie. Il vient de l'apercevoir. Elle ne lui demande même pas ce qu'il désire, comme s'il avait déjà fait tout un repas, qu'il avait déjà payé et qu'il se reposait un peu. Il se dit que de sa place, elle voit sûrement celui qui est derrière le journal et il a envie de savoir une chose, il veut le savoir mais il n'a pas la force de se lever pour voir. Il essaie de lire sur le visage de la femme qui est celui qui se trouve derrière le journal. C'est-à-dire d'après les regards qu'elle lance vers l'endroit, d'après sa manière d'être, mais il ne découvre rien sur quoi fonder sa théorie... Elle part, disparaît à l'intérieur... Dans le café désert, notre homme tente l'étape suivante: -" Je peux regarder les titres? " Pas de réponse. Il essaie en parlant plus fort. -"Pardon, les titres! Je peux ? " Rien. Bon... Il commence à se dire que c'est quelqu'un de mort. Peut-être un touriste. Peut-être... Non. Les caractères lui sont familiers. Si le quelqu'un est mort, pourquoi le journal n'est-il pas mort avec lui, se demande l'homme... Mais il ne se lève toujours pas. Il tente à nouveau: -"Ah, tout ce qui est écrit dans les journaux, c'est de la merd.e. C'est mort, nature morte, dégénérée... On en tue un, il en vient dix autres..." On laisse tout tomber... Çà marche pas non plus... Rien... Pas une réaction... Pas un mouvement... Du vide... Il prend un papier, le froisse et le jette. Mal visé. Un autre papier... Raté... Encore deux papiers, rien... Il prend la salière, la lance... La salière ne réagit même pas selon les lois de la physique, c'est à dire qu'elle touche le journal, elle rebondit et tombe par terre, se brise mais le journal ne bouge pas. Pas d'un poil... Il ne frémit même pas... Notre homme dans le café, sa confiance dans l'environnement, ses choses qu'il croyait savoir... Comme un tourbillon... Jamais l'environnement n'avait à ce point vacillé... Que sur le plan économique, il se soit effondré, ça peut arriver à tout le monde... C'est le libre marché, on est libre de s'effondrer. Quand on s'effondre, on est libre... Je m'effondre donc je suis libre... Quand je m'enrichis, je suis libre de m'enrichir ou de m'effondrer... Je suis libre... On n'a pas besoin d'avoir fait un Doctorat de physique pour savoir que lorsqu'un objet solide est projeté avec force sur un journal déployé, il est censé le faire tomber, le déchirer ou lui faire quelque chose... Pas ici... Pas dans ce café désert... Pas dans cet environnement... Des trombes... Dehors, des trombes d'eau... Les gens se dépêchent vers leur "chez-eux"... Un fois chez eux, ils organisent leurs vies, encore et encore, non, interdit de renoncer... L'instinct de curiosité lutte avec l'instinct de de la position assise, finalement la position assise dit: "restons encore un peu assis et après, soyons curieux..." Alors, l'homme prend le poivrier de verre sale et le jette, il se brise par terre à grand fracas mais le tonnerre couvre le bruit. Il ne se passe toujours rien... Finalement, il s'approche et que voit-il, Dieu, il n'y a rien derrière le journal, pas de squelette ni de cravate ni de lecteur de journal assoupi. Il touche le journal et constate qu'il est dur, dur comme la pierre et mince comme du papier... Il ne comprend pas ce que c'est ... - "Mais que se passe-t-il ici ?" Il essaye de froisser cette sal.operie, "mais qu'est ce que c'est", se demande-t-il, "le libre marché ou peut-être la dictature du prolétariat"? La femme revient, la patronne; il faut qu'il y arrive, il faut qu'il comprenne, avant d'être jeté dehors, avant d'être balancé à la rue après ce semblant de repas, il faut qu'il sache... Il doit savoir... - "Dites-moi, lui dit-il, qu'est-ce... ? quoi...?" Et il montre le journal... - "Nous avions un client, lui dit-elle. Il lisait les journaux. Tous les journaux. un jour, au lieu de les lire, il a lu dans le journal..." Cet homme, ce nouveau client, regarda le journal avec un frisson, il pris peur... Il sorti de ce café miteux; venu de nul-part, en déroute, ébranlé... Il courut et courut, puis tomba sur le trottoir... Une vieille dame l'emmena chez elle, dans sa chambrette, lui servit de la soupe chaude et lui dit... "Reste"... |
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Le ciel breton était gris comme une huître. Elle crânait sur la terrasse sise face à la mer émeraude. Ce midi, elle avait déjeuné: une assiette de sardines, des pommes de terre en robe des champs et du thé. Son plat, elle l'avait mangé sans bouder parce que les petits poissons luisaient comme des glaçons. Là, face à la mer, le vent la décoiffait amoureusement et le miroitement des éclaircies lui faisait comme des clins d'œil. C'était un moment plein comme un orgasme. Tout ce qui allait suivre pourrait s'avérer inutile... Mais aujourd'hui elle pouvait frimer face à la mer, dans sa petite robe verte à bretelles. Elle pouvait se la ramener sur le fait qu'elle était juste en vie et que, ce midi, elle avait déjeuné de sardines grillée, en Bretagne. La ruelle grise qu'elle avait empruntée pour arriver dans le vent- sur cette terrasse- après la pluie; n'était qu'un trait lumineux de mémoire, et ses pas brillaient dans les flaques comme dans un manga, laissant des traînées bulleuses, des étoiles et des cœurs roses éclater tout autour d'elle. Les illuminations sont, dans la vie, ces instants où l'on tire le voile du rideau pour admirer, un bref instant, le paysage à la fenêtre. Ces derniers mois, elle avait vécu avec les volets clos, sortant la nuit comme les chats. Silencieuse, elle avait écouté les personnes cernées qui, cacahouètes au bout des doigts, l'avait remplis de dégoût . Ils critiquaient tout, se moquaient de sa naïveté et de son romantisme. Dans leurs soirées et leurs amours, ils suintaient l'angoisse. Ils cassaient les flûtes de champagne en riant du prix du cristal. Ils possédaient souvent des maisons avec jardins et quand, au moment du café, une coccinelle se posait sur leurs avant-bras, ils l'éjectaient d'un geste méprisant. Ne savent-ils pas qu'on l'appelle "bête à Bon Dieu"? Mais à présent, face à la mer, les vagues lourdes lui chantaient avec l'écume mousseuse que le temps des tragédies minuscules était terminé. Que diable, enfin, soyez humble devant la vie ! Aimez-la, aimez-la follement. Comme une femme. Le suc de la vie est frémissant comme la peau, tendre, près du cou; et la chair des femmes est beaucoup plus sentimentale qu'on ne le pense. Elles la savent périssable, alors elles y font attention. Recouvertes de crèmes, elle se tiennent vives dans les jardins en fleur comme dans leurs vies. Elles portent en couronne, au-dessus de leurs cheveux -nattés ou lâchés- une fraîcheur et une simplicité vieille comme le monde. Le cœur gonflé, plein d'espoir pour les saisons qui reviennent et qui ne mentent jamais, elles attendent. Elles attendent, toujours au bord... Aimez la vie comme vous aimez les femmes. Faîtes que le rêve jamais ne fuit. Donnez des rendez-vous: à la vie, aux femmes... Car toutes sont ivres, luisantes, moites, étourdissantes et satinées. Qu'elles soient face à la mer ou non... Cherchez les clairs instants, face à la mer, et répétez-vous sans cesse: "il n'y a qu'une vie, c'est donc qu'elle est parfaite". (*) (*)= P. Eluard
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| Impression : Extraordinaire
J'ai lu, et lu encore...c'est beau, tout simplement...Beau ! |
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Blog mis à jour le 08/01/2009 à 07:16:43
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