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Enfin un avis sensé sur Céline

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Paganel, aristautarcique - 980920lui écrire blog Publié le 15/12/2010 à 02:44 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
Citation:
Monsieur Céline nous dégoûte, nous fatigue, sans nous étonner. Un sous-Zola sans essor. Un pauvre imbécile maniaque de la vulgarité gratuite... une grossièreté plate et funèbre. M. Céline est un plagiaire des graffiti d'édicules; rien n'est plus artificiel, plus vain que sa perpétuelle recherche de l'ignoble. Même un fou s'en serait lassé. M. Céline n'est même pas fou. Cet hystérique est un malin. Il spécule sur toute la niaiserie, la jobardise des esthètes. Factice, tordu au possible son style est un écoeurement, une perversion, une outrance affligeante et morne. Aucune lueur dans cet égout, pas la moindre accalmie, la moindre fleurette poétique. Il faut être un snob tout en bronze pour résister à deux pages de cette lecture forcenée. Il faut plaindre de tout cœur les malheureux courriéristes obligés (le devoir professionnel !) de parcourir, avec quelle peine, de telles étendues d'ordures ! Lecteurs ! Lecteurs !... Gardez-vous bien d'acheter un seul livre de ce cochon ! Vous êtes prévenus, vous auriez tout à regretter : votre argent, votre temps... et puis un extraordinaire dégoût, définitif peut-être pour toute la littérature !

Acheter un livre de M. Céline au moment où tant de nos auteurs, de grands, nerveux et loyaux talents, honneur de notre langue (la plus belle de toutes) pleinement en possession de leur plus belle maîtrise, surabondamment doués, se morfondent, souffrent de la cruelle mévente ! (...), ce serait commettre une bien vilaine action, encourager le plus terne, le plus dégradant des snobismes, la célinomanie, le culte des ordures plates... Ce serait poignarder dans un moment si grave pour tous nos Arts, nos Belles-Lettres Françaises ! (les plus belles de toutes !)
Je ne m'attendais pas à une telle lucidité. Surtout de ce critique-là. Mais peut-être l'avez-vous reconnu ?
770362 Publié le 14/05/2012 à 17:46 supprimer cette contribution


Reconnaissable entre mille...


Tiens...je viens de (re)lire ça.C'est d'Actualité, non?

Citation:
"LE MOU-SALAUD.


Le mou-salaud est mou et il est salaud. Il est d'autant plus salaud qu'il se croit seulement mou. Il ne peut pas imaginer qu'il n'y a rien de plus salaud aujourd'hui que d'être mou.

Le mou-salaud n'a pas d'idéal, il n'a que des idées. Le mou-salaud dit toujours que ce n'est pas lui qui a changé, mais le monde. Le mou-salaud a fait de la politique dans sa jeunesse, aujourd'hui il fait de la morale : il sait bien, au fond salaud de son moi mou, que cela revient au même. Il est militant de l'idéologie dominante comme il l'était de la révolution, car le militantisme est sa seule nature. Il estime qu'avouer s'être trompé (et souvent) suffit à effacer ses fautes. Ça lui permet non seulement de recommencer les mêmes erreurs, mais de désigner celui qui est cohérent comme un ringard, un réac, un fasciste, un nazi selon les cas.

Le mou-salaud croit en l'homme, en l'homme mou-salaud. Lui seul est reconnaissant à la post-modernité d'avoir réussi à écraser tous les totalitarismes. Le mou-salaud n'a aucune raison d'être malheureux. Il n'est pas catastrophiste, sauf en matière d'écologie. Il est profondément humaniste, ce qui veut dire superficiellement humain.

Le mou-salaud ne plaisante pas avec ce qu'il ne trouve pas moral. Il n'y a que l'humour qui fasse rire le mou-salaud. L'humour grossier s'il cache une grande tendresse, mais pas l'humour vulgaire, même s'il exprime de grandes colères. Il apprécie beaucoup l'insolence et la dérision qui sont une façon moderne de faire passer aux mous des messages authentiquement salauds. Le mou-salaud ne prend au sérieux que l'argent et rigole volontiers de tout le reste sauf de l'holocauste et du sida. Le mou-salaud trouve que les médias n'en font pas assez. Il aimerait que les préservatifs soient obligatoires. La campagne de lutte contre le sida ne le concerne pas seulement en tant que père de famille ou ami d'homosexuels, mais parce qu'il y voit un renforcement inespéré de sa propre morale fondée, en toutes choses, sur la prévention et la préservation. Il est depuis toujours un adepte de la retenue et de la méfiance : son rêve serait que plus personne ne fasse l'amour, car, il faut bien le dire, le mou-salaud n'aime pas jouir, et surtout, il n'aime pas que les autres jouissent.

Le mou-salaud est contre l'excès en général et l'extré­misme en particulier. Il croit être charitable et pervertit toutes les valeurs chrétiennes volées à l'Église qui, au lieu de s'en trouver débarrassée pour mieux se consacrer à sa véri­table mission la transcendance, cherche à se fondre dans la mollesse et la rie générales. Le mou-salaud est athée, bien sûr, mais il croit en une force qui le dépasse : il souhaite que toutes les religions n'en forment qu'une seule à base de tolérance, de solidarité et de respect des différences. Il pense - Le mou-salaud pense beaucoup – que les actions humanitaires et la politique sociale participent dans une certaine mesure à la création d'une telle religion. En toute circons­tance, le mou-salaud pratique la bonne franquette qui est le snobisme de la nouvelle bourgeoisie populiste. La familiarité est une des politiques du mou-salaud : elle lui permet, avant tout, de maîtriser toutes les formes de rébellion et d'inférioriser les esprits supérieurs.

Dépourvu de toute intuition, le mou salaud a l'idée du Beau que la société du Bien lui a imposée. Il n'a de goûts qu'en fonction de l'idéologie qu'ils définissent. Ainsi, le mou-salaud donne l'illusion de l'éclectisme. En fait, il n'aime rien.

Le mou-salaud est bête, mais pas inculte : tout ce qu'il sait, il le doit aux médias dont il se croit affranchi de l'influence. Il a un rapport aux arts nostalgiques (la musique), ou politique (la littérature). Son goût est nfaillible pour tout ce qui est faux. Avec une précision que l'on qualifierait volontier de « diabolique » s'il le faisait exprès, le mou-salaud place systématiquement son intérêt juste à côté de ce qui est intéressant.

Le mou-salaud est un homme du vide. Le plein le dégoûte. Il cherche à crever tous ceux qui sont pleins et à les vider comme des cochons. Du reste, le véritable artiste est un cochon pour le mou-salaud et son but est de l'égorger parce que, mort, l'artiste est alors consommable (saucisson, jambon, rillettes, boudin) ; pas avant. La maladresse et la fragilité l'enchantent, mais il déteste la malédiction, sauf si elle sait l'émouvoir, car pour le mou-salaud l'émotion est un critère, d'autant qu'il n'en ressent jamais aucune.

Le mou-salaud est un faux modeste : il a une haute idée de sa bassesse. Un homme de bon sens comme lui sait que seul le doute peut vaincre le fanatisme. Pour le mou-salaud, la modération est la vertu cardinale de la démocratie.

Le mou-salaud confond la démocratie et la démocratisation, comme il confond la littérature et la lecture, les journalistes et les écrivains et quelquefois les hommes et les fem­mes. Le mou-salaud est confondant. Ça ne l'empêche pas de dénoncer les amalgames quand ils bouleversent son idée du monde.

Certains aspects de notre époque déplaisent au mou-salaud (surtout la montée de la spectacularisation), mais dans l'ensemble il la trouve « formidable ». Le mou-salaud est un homme de son temps. Il sait regarder la télévision. L'actualité est sa nourriture et l'éternité lui donne envie de vomir. Il lit deux quotidiens par jour et trois hebdomadaires par semaine. Il trouve que la France, décidément, est la reine du pluralisme. Pour le mou-salaud, c'est le pays le plus libéral qui soit. Il en a assez des défaitistes, des aigris, des rabat-joie. Il trouve trop facile d'attaquer le président de la République et en veut aux mauvais esprits d'avoir terni l'image des hommes politiques.

La philosophie du mou-salaud est le juste milieu. Dès qu'il croit sortir du juste milieu, il y retombe. Il ne peut pas s'en dégager. Le mou-salaud est un prisonnier du juste milieu. S'il dénonce un lieu commun, ce sera par un autre lieu commun. C'est de la façon la plus conformiste possible qu'il s'essaiera à l'anticonformisme. Le mou-salaud pense toujours bien. Quand il pense penser mal, il pense encore bien. Le mou-salaud est tragiquement antitragique. Voilà pourquoi le mou-salaud est l'Ennemi. Voilà pourquoi le mou-salaud doit mourir."


Marc-Edouard Nabe, l'Autre Journal n° 1, janvier 1993.


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