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POETE ET POESIE DU MONDE !!!!

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Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 13/02/2008 à 20:51 Demander à la modératrice de supprimer ce forum






On peut être poète dans tous les domaines : il suffit que l'on soit aventureux et que l'on aille à la découverte.
[Guillaume Apollinaire]
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 22/05/2008 à 13:23 supprimer cette contribution







Adieu
Hélas ! je n'étais pas fait pour cette haine
Et pour ce mépris plus forts que moi que j'ai.
Mais pourquoi m'avoir fait cet agneau sans laine
Et pourquoi m'avoir fait ce coeur outragé ?

J'étais né pour plaire à toute âme un peu fière,
Sorte d'homme en rêve et capable du mieux,
Parfois tout sourire et parfois tout prière,
Et toujours des cieux attendris dans les yeux ;

Toujours la bonté des caresses sincères,
En dépit de tout et quoi qu'il y parût,
Toujours la pudeur des hontes nécessaires
Dans l'argent brutal et les stupeurs du rut ;

Toujours le pardon, toujours le sacrifice !
J'eus plus d'un des torts, mais j'avais tous les soins.
Votre mère était tendrement ma complice,
Qui voyait mes torts et mes soins, elle, au moins.

Elle n'aimait pas que par vous je souffrisse.
Elle est morte et j'ai prié sur son tombeau ;
Mais je doute fort qu'elle approuve et bénisse
La chose actuelle et trouve cela beau.

Et j'ai peur aussi, nous en terre, de croire
Que le pauvre enfant, votre fils et le mien,
Ne vénérera pas trop votre mémoire,
Ô vous sans égard pour le mien et le tien.

Je n'étais pas fait pour dire de ces choses,
Moi dont la parole exhalait autrefois
Un épithalame en des apothéoses,
Ce chant du matin où mentait votre voix.

J'étais, je suis né pour plaire aux nobles âmes,
Pour les consoler un peu d'un monde impur,
Cimier d'or chanteur et tunique de flammes,
Moi le Chevalier qui saigne sur azur,

Moi qui dois mourir d'une mort douce et chaste
Dont le cygne et l'aigle encor seront jaloux,
Dans l'honneur vainqueur malgré ce vous néfaste,
Dans la gloire aussi des Illustres Époux !

M.B
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 22/05/2008 à 13:24 supprimer cette contribution
A Charles Baudelaire
Je ne t'ai pas connu, je ne t'ai pas aimé,
Je ne te connais point et je t'aime encor moins :
Je me chargerais mal de ton nom diffamé,
Et si j'ai quelque droit d'être entre tes témoins,

C'est que, d'abord, et c'est qu'ailleurs, vers les Pieds joints
D'abord par les clous froids, puis par l'élan pâmé
Des femmes de péché - desquelles ô tant oints,
Tant baisés, chrême fol et baiser affamé ! -

Tu tombas, tu prias, comme moi, comme toutes
Les âmes que la faim et la soif sur les routes
Poussaient belles d'espoir au Calvaire touché !

- Calvaire juste et vrai, Calvaire où, donc, ces doutes,
Ci, çà, grimaces, art, pleurent de leurs déroutes.
Hein ? mourir simplement, nous, hommes de péché.
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 22/05/2008 à 13:26 supprimer cette contribution
J'ai presque peur,
en vérité
J'ai presque peur, en vérité,
Tant je sens ma vie enlacée
A la radieuse pensée
Qui m'a pris l'âme l'autre été,

Tant votre image, à jamais chère,
Habite en ce coeur tout à vous,
Mon coeur uniquement jaloux
De vous aimer et de vous plaire ;

Et je tremble, pardonnez-moi
D'aussi franchement vous le dire,
A penser qu'un mot, un sourire
De vous est désormais ma loi,

Et qu'il vous suffirait d'un geste.
D'une parole ou d'un clin d'oeil,
Pour mettre tout mon être en deuil
De son illusion céleste.

Charles B

Mais plutôt je ne veux vous voir,
L'avenir dût-il m'être sombre
Et fécond en peines sans nombre,
Qu'à travers un immense espoir,
Plongé dans ce bonheur suprême
De me dire encore et toujours,
En dépit des mornes retours,
Que je vous aime, que je t'aime !
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 22/05/2008 à 13:27 supprimer cette contribution
Il ne me faut plus qu'un air de flûte
à Francis Poictevin.

Il ne me faut plus qu'un air de flûte,
Très lointain en des couchants éteints.
Je suis si fatigué de la lutte
Qu'il ne me faut plus qu'un air de flûte
Très éteint en des couchants lointains.

Ah, plus le clairon fou de l'aurore !
Le courage est las d'aller plus loin.
Il veut et ne peut marcher encore
Au son du clairon fou de l'aurore :
C'est d'un chant berceur qu'il a besoin.

La rouge action de la journée
N'est plus qu'un rêve courbaturé
Pour sa tête encor que couronnée,
Et la victoire de la journée
Flotte en son demi-sommeil lauré.

Femme, sois à ce héros, qui bute
D'avoir marché sans cesse en avant,
L'huile sur son corps après la lutte :
- Plus du clairon fou : la molle flûte !
La paix dans son coeur dorénavant.
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 22/05/2008 à 13:28 supprimer cette contribution
Hier, on parlait de choses et d'autres
Hier, on parlait de choses et d'autres,
Et mes yeux allaient recherchant les vôtres ;

Et votre regard recherchait le mien
Tandis que courait toujours l'entretien.

Sous le banal des phrases pesées
Mon amour errait après vos pensées ;

Et quand vous parliez, à dessein distrait,
Je prêtait l'oreille à votre secret :

Car la voix, ainsi que les yeux de Celle
Qui vous fait joyeux et triste, décèle,

Malgré tout effort morose ou rieur,
Et met au plein jour l'être intérieur.

Or, hier je suis parti plein d'ivresse :
Est-ce un espoir vain que mon coeur caresse,

Un vain espoir, faux et doux compagnon ?
Oh ! non ! n'est-ce pas ? n'est-ce pas que non ?
Charles B.
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 22/05/2008 à 13:29 supprimer cette contribution
Impression de printemps
Il est des jours - avez-vous remarqué ? -
Où l'on se sent plus léger qu'un oiseau,
Plus jeune qu'un enfant, et, vrai ! plus gai
Que la même gaieté d'un damoiseau.

L'on se souvient sans bien se rappeler...
Évidemment l'on rêve, et non, pourtant.
L'on semble nager et l'on croirait voler.
L'on aime ardemment sans amour cependant

Tant est léger le coeur sous le ciel clair
Et tant l'on va, sûr de soi, plein de foi
Dans les autres, que l'on trompe avec l'air
D'être plutôt trompé gentiment, soi.

La vie est bonne et l'on voudrait mourir,
Bien que n'ayant pas peur du lendemain,
Un désir indécis s'en vient fleurir,
Dirait-on, au coeur plus et moins qu'humain.

Hélas ! faut-il que meure ce bonheur ?
Meurent plutôt la vie et son tourment !
Ô dieux cléments, gardez-moi du malheur
D'à jamais perdre un moment si charmant.
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 22/05/2008 à 21:02 supprimer cette contribution
Amoureuse du diable

À Stéphane Mallarmé

Il parle italien avec un accent russe.
Il dit : " Chère, il serait précieux que je fusse
" Riche, et seul, tout demain et tout après-demain.
" Mais riche à paver d'or monnayé le chemin
" De l'Enfer, et si seul qu'il vous va falloir prendre
" Sur vous de m'oublier jusqu'à ne plus entendre
" Parler de moi sans vous dire de bonne foi :
" Qu'est-ce que ce monsieur Félice ? Il vend de quoi ? "
Cela s'adresse à la plus blanche des comtesses.

Hélas ! toute grandeur, toutes délicatesses,
Coeur d'or, comme l'on dit, âme de diamant,
Riche, belle, un mari magnifique et charmant
Qui lui réalisait toute chose rêvée,
Adorée, adorable, une Heureuse, la Fée,
La Reine, aussi la Sainte, elle était tout cela,
Elle avait tout cela.
Cet homme vint, vola
Son coeur, son âme, en fit sa maîtresse et sa chose
Et ce que la voilà dans ce doux peignoir rose
Avec ses cheveux d'or épars comme du feu,
Assise, et ses grands yeux d'azur tristes un peu.
Ce fut une banale et terrible aventure
Elle quitta de nuit l'hôtel. Une voiture
Attendait. Lui dedans. Ils restèrent six mois
Sans que personne sût où ni comment. Parfois
On les disait partis à toujours. Le scandale
Fut affreux. Cette allure était par trop brutale
Aussi pour que le monde ainsi mis au défi
N'eût pas frémi d'une ire énorme et poursuivi
De ses langues les plus agiles l'insensée.
Elle, que lui faisait ? Toute à cette pensée,
Lui, rien que lui, longtemps avant qu'elle s'enfuît,
Ayant réalisé son avoir (sept ou huit
Millions en billets de mille qu'on liasse
Ne pèsent pas beaucoup et tiennent peu de place.)
Elle avait tassé tout dans un coffret mignon
Et le jour du départ, lorsque son compagnon
Dont du rhum bu de trop rendait la voix plus tendre
L'interrogea sur ce colis qu'il voyait pendre
À son bras qui se lasse, elle répondit : " Ça
C'est notre bourse. "
Ô tout ce qui se dépensa !
Il n'avait rien que sa beauté problématique
(D'autant pire) et que cet esprit dont il se pique
Et dont nous parlerons, comme de sa beauté.
Quand il faudra... Mais quel bourreau d'argent ! Prêté,
Gagné, volé ! Car il volait à sa manière,
Excessive, partant respectable en dernière
Analyse, et d'ailleurs respectée, et c'était
Prodigieux la vie énorme qu'il menait
Quand au bout de six mois ils revinrent.

Le coffre
Aux millions (dont plus que quatre) est là qui s offre
À sa main. Et pourtant cette fois - une fois
N'est pas coutume - Il a gargarisé sa voix
Et remplacé son geste ordinaire de prendre
Sans demander, par ce que nous venons d'entendre.
Elle s'étonne avec douceur et dit : " Prends tout
" Si tu veux. "
Il prend tout et sort.
Un mauvais goût
Qui n'avait de pareil que sa désinvolture
Semblait pétrir le fond même de sa nature,
Et dans ses moindres mots, dans ses moindres clins d'yeux,
Faisait luire et vibrer comme un charme odieux.
Ses cheveux noirs étaient trop bouclés pour un homme,
Ses yeux très grands, tout verts, luisaient comme à Sodome.
Dans sa voix claire et lente, un serpent s'avançait,
Et sa tenue était de celles que l'on sait :
Du vernis, du velours, trop de linge, et des bagues.
D'antécédents, il en avait de vraiment vagues
Ou pour mieux dire, pas. Il parut un beau soir,
L'autre hiver, à Paris, sans qu'aucun pût savoir
D'où venait ce petit monsieur, fort bien du reste
Dans son genre et dans son outrecuidance leste.
Il fit rage, eut des duels célèbres et causa
Des morts de femmes par amour dont on causa.
Comment il vint à bout de la chère comtesse,
Par quel philtre ce gnome insuffisant qui laisse
Une odeur de cheval et de femme après lui
A-t-il fait d'elle cette fille d'aujourd'hui ?
Ah, ça, c'est le secret perpétuel que berce
Le sang des dames dans son plus joli commerce,
À moins que ce ne soit celui du DIABLE aussi.
Toujours est-il que quand le tour eut réussi
Ce fut du propre !
Absent souvent trois jours sur quatre,
Il rentrait ivre, assez lâche et vil pour la battre,
Et quand il voulait bien rester près d'elle un peu,
Il la martyrisait, en manière de jeu,
Par l'étalage de doctrines impossibles.

" Mia, je ne suis pas d'entre les irascibles,
" Je suis le doux par excellence, mais tenez,
" (Ça m'exaspère, et je le dis à votre nez,
" Quand je vous vois œil blanc et la lèvre pincée,
" Avec je ne sais quoi d'étroit dans la pensée
" Parce que je reviens un peu soûl quelquefois.
" Vraiment, en seriez-vous à croire que je bois
" Pour boire, pour licher, comme vous autres chattes,
" Avec vos vins sucrés dans vos verres à pattes
" Et que l'Ivrogne est une forme du Gourmand ?
" Alors l'instinct qui vous dit ça ment plaisamment
" Et d'y prêter l'oreille un instant, quel dommage !
" Dites, dans un bon Dieu de bois est-ce l'image
" Que vous voyez et vers qui vos voeux vont monter ?
" L'Eucharistie est-elle un pain à cacheter
" Pur et simple, et l'amant d'une femme, si j'ose
" Parler ainsi consiste-t-il en cette chose
" Unique d'un monsieur qui n'est pas son mari
" Et se voit de ce chef tout spécial chéri ?
" Ah, si je bois c'est pour me soûler, non pour boire.
" Être soûl vous ne savez pas quelle victoire
" C'est qu'on remporte sur la vie, et quel don c est !
" On oublie, on revoit, on ignore et l'on sait ;
" C'est des mystères pleins d'aperçus, c'est du rêve
" Qui n'a jamais eu de naissance et ne s'achève
" Pas, et ne se meut pas dans l'essence d'ici ;
" C'est une espèce d'autre vie en raccourci,
" Un espoir actuel, un regret qui " rapplique " ,
" Que sais-je encore ? Et quant à la rumeur publique,
" Au préjugé qui hue un homme dans ce cas,
" C'est hideux, parce que bête, et je ne plains pas
" Ceux ou celles qu'il bat à travers son extase,
" Ô que nenni !

" Voyons, l'amour, c'est une phrase
" Sous un mot, - avouez, un écoute-s'il-pleut,
" Un calembour dont un chacun prend ce qu'il veut,
" Un peu de plaisir fin, beaucoup de grosse joie
" Selon le plus ou moins de moyens qu'il emploie,
" Ou pour mieux dire, au gré de son tempérament,
" Mais, entre nous, le temps qu'on y perd ! Et comment !
" Vrai, c'est honteux que des personnes sérieuses
" Comme nous deux, avec ces vertus précieuses
" Que nous avons, du coeur, de l'esprit, - de l'argent,
" Dans un siècle que l'on peut dire intelligent
" Aillent !... "

Ainsi de suite, et sa fade ironie
N'épargnait rien de rien dans sa blague infinie.
Elle écoutait le tout avec les yeux baissés
Des cœurs aimants à qui tous torts sont effacés,
Hélas !
L'après-demain et le demain se passent.
Il rentre et dit : " Altro ! Que voulez-vous que fassent
" Quatre pauvres petits millions contre un sort ?
" Ruinés, ruinés, je vous dis ! C'est la mort
" Dans l'âme que je vous le dis. "
Elle frissonne
Un peu, mais sait que c'est arrivé.
- " Ça, personne,
" Même vous, diletta, ne me croit assez sot
a Pour demeurer ici dedans le temps d'un saut
" De puce. "
Elle pâlit très fort et frémit presque,
Et dit : " Va, je sais tout. " - " Alors c'est trop grotesque
Et vous jouez là sans atouts avec le feu.
Qui dit non ? " - Mais JE SUIS SPÉCIAL à ce jeu. "
- " Mais si je veux, exclame-t-elle, être damnée ? "
- " C'est différent, arrange ainsi ta destinée,
Moi, je sors. " - " Avec moi ! " - " Je ne puis aujourd'hui. "
Il a disparu sans autre trace de lui
Qu'une odeur de soufre et qu'un aigre éclat de rire.
Elle tire un petit couteau.
Le temps de luire
Et la lame est entrée à deux lignes du coeur.
Le temps de dire, en renfonçant l'acier vainqueur :
" À toi, je t'aime ! " et la JUSTICE la recense.

Elle ne savait pas que l'Enfer c'est l'absence.
Paul Verlaine

Poèmes de Verlaine
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 22/05/2008 à 21:06 supprimer cette contribution
Et j'ai revu l'enfant unique : il m'a semblé
Que s'ouvrait dans mon coeur la dernière blessure,
Celle dont la douleur plus exquise m'assure
D'une mort désirable en un jour consolé.

La bonne flèche aiguë et sa fraîcheur qui dure !
En ces instants choisis elles ont éveillé
Les rêves un peu lourds du scrupule ennuyé.
Et tout mon sang chrétien chanta la Chanson pure.

J'entends encor, je vois encor ! Loi du devoir
Si douce ! Enfin, je sais ce qu'est entendre et voir,
J'entends, je vois toujours ! Voix des bonnes pensées,

Innocence, avenir ! Sage et silencieux,
Que je vais vous aimer, vous un instant pressées,
Belles petites mains qui fermerez nos yeux !
Paul Verlaine
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 22/05/2008 à 21:08 supprimer cette contribution
La bonne chanson - XVII

N'est-ce pas ? en dépit des sots et des méchants
Qui ne manqueront pas d'envier notre joie,
Nous serons fiers parfois et toujours indulgents.

N'est-ce pas ? nous irons, gais et lents, dans la voie
Modeste que nous montre en souriant l'Espoir,
Peu soucieux qu'on nous ignore ou qu'on nous voie.

Isolés dans l'amour ainsi qu'en un bois noir,
Nos deux cœurs, exhalant leur tendresse paisible,
Seront deux rossignols qui chantent dans le soir.

Quant au Monde, qu'il soit envers nous irascible
Ou doux, que nous feront ses gestes ? Il peut bien,
S'il veut, nous caresser ou nous prendre pour cible.

Unis par le plus fort et le plus cher lien,
Et d'ailleurs, possédant l'armure adamantine,
Nous sourirons à tous et n'aurons peur de rien.

Sans nous préoccuper de ce que nous destine
Le Sort, nous marcherons pourtant du même pas,
Et la main dans la main, avec l'âme enfantine

De ceux qui s'aiment sans mélange, n'est-ce pas ?
Paul Verlaine
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 23/05/2008 à 20:29 supprimer cette contribution

A des âmes envolées
Ces âmes que tu rappelles,
Mon coeur, ne reviennent pas.
Pourquoi donc s'obstinent-elles,
Hélas ! à rester là-bas ?

Dans les sphères éclatantes,
Dans l'azur et les rayons,
Sont-elles donc plus contentes
Qu'avec nous qui les aimions ?
VICTOR HUGO



Nous avions sous les tonnelles
Une maison près Saint-Leu.
Comme les fleurs étaient belles !
Comme le ciel était bleu !

Parmi les feuilles tombées,
Nous courions au bois vermeil ;
Nous cherchions des scarabées
Sur les vieux murs au soleil ;

On riait de ce bon rire
Qu'Éden jadis entendit,
Ayant toujours à se dire
Ce qu'on s'était déjà dit ;

Je contais la Mère l'Oie ;
On était heureux, Dieu sait !
On poussait des cris de joie
Pour un oiseau qui passait.
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 23/05/2008 à 20:30 supprimer cette contribution
A dona Rosita Rosa
I

Ce petit bonhomme bleu
Qu'un souffle apporte et remporte,
Qui, dès que tu dors un peu,
Gratte de l'ongle à ta porte,

C'est mon rêve. Plein d'effroi,
Jusqu'à ton seuil il se glisse.
Il voudrait entrer chez toi
En qualité de caprice.

Si tu désires avoir
Un caprice aimable, leste,
Et prenant un air céleste
Sous les étoiles du soir,

Mon rêve, ô belle des belles,
Te convient ; arrangeons-nous.
Il a ton nom sur ses ailes
Et mon nom sur ses genoux.

Il est doux, gai, point morose,
Tendre, frais, d'azur baigné.
Quant à son ongle, il est rose,
Et j'en suis égratigné.

II

Prends-le donc à ton service.
C'est un pauvre rêve fou ;
Mais pauvreté n'est pas vice.
Nul coeur ne ferme au verrou ;

Ton coeur, pas plus que mon âme,
N'est clos et barricadé.
Ouvre donc, ouvrez, madame,
A mon doux songe évadé.

Les heures pour moi sont lentes,
Car je souffre éperdument ;
Il vient sur ton front charmant
Poser ses ailes tremblantes.

T'obéir sera son voeu ;
Il dorlotera ton âme ;
Il fera chez toi du feu,
Et, s'il le peut, de la flamme.

Il fera ce qui te plaît ;
Prompt à voir tes désirs naître ;
Belle, il sera ton valet,
Jusqu'à ce qu'il soit ton maître.
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 23/05/2008 à 20:31 supprimer cette contribution








A André Chénier
Oui, mon vers croit pouvoir, sans se mésallier,
Prendre à la prose un peu de son air familier.
André, c'est vrai, je ris quelquefois sur la lyre.
Voici pourquoi. Tout jeune encor, tâchant de lire
Dans le livre effrayant des forêts et des eaux,
J'habitais un parc sombre où jasaient des oiseaux,
Où des pleurs souriaient dans l'oeil bleu des pervenches ;
Un jour que je songeais seul au milieu des branches,
Un bouvreuil qui faisait le feuilleton du bois
M'a dit: -Il faut marcher à terre quelquefois.
-La nature est un peu moqueuse autour des hommes ;
-O poète, tes chants, ou ce qu'ainsi tu nommes,
-Lui ressembleraient mieux si tu les dégonflais.
-Les bois ont des soupirs, mais ils ont des sifflets.
-L'azur luit, quand parfois la gaîté le déchire ;
L'Olympe reste grand en éclatant de rire ;
-Ne crois pas que l'esprit du poëte descend
-Lorsque entre deux grands vers un mot passe en dansant.
-Ce n'est pas un pleureur que le vent en démence ;
-Le flot profond n'est pas un chanteur de romance ;
-Et la nature, au fond des siècles et des nuits,
-Accouplant Rabelais à Dante plein d'ennuis,
-Et l'Ugolin sinistre au Grandgousier difforme,
-Près de l'immense deuil montre le rire énorme.-
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 23/05/2008 à 20:34 supprimer cette contribution
A qui donc sommes-nous ?
A qui donc sommes-nous ? Qui nous a ? qui nous mène ?
Vautour fatalité, tiens-tu la race humaine ?
Oh ! parlez, cieux vermeils,
L'âme sans fond tient-elle aux étoiles sans nombre ?
Chaque rayon d'en haut est-il un fil de l'ombre
Liant l'homme aux soleils ?

Est-ce qu'en nos esprits, que l'ombre a pour repaires,
Nous allons voir rentrer les songes de nos pères ?
Destin, lugubre assaut !
O vivants, serions-nous l'objet d'une dispute ?
L'un veut-il notre gloire, et l'autre notre chute ?
Combien sont-ils là-haut ?

Jadis, au fond du ciel, aux yeux du mage sombre,
Deux joueurs effrayants apparaissaient dans l'ombre.
Qui craindre? qui prier ?
Les Manès frissonnants, les pâles Zoroastres
Voyaient deux grandes mains qui déplaçaient les astres
Sur le noir échiquier.

Songe horrible! le bien, le mal, de cette voûte
Pendent-ils sur nos fronts ? Dieu, tire-moi du doute!
O sphinx, dis-moi le mot !
Cet affreux rêve pèse à nos yeux qui sommeillent,
Noirs vivants! heureux ceux qui tout à coup s'éveillent
Et meurent en sursaut !




Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 23/05/2008 à 20:42 supprimer cette contribution
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 23/05/2008 à 22:55 supprimer cette contribution
Le Poète
A libéré de sa Mémoire
Toute une Pléiade de Mots cachés.
Tout au fond de son Regard
Dansaient des Vagues d'Humilité.

Solitaire, là, dans son Territoire
Il vivait de ses longs Silences.
Par les Murmures de l'Autre en Miroir
Il goûtait ses Trésors en Abondance.

Sa Vie, dans ses Jours de Soleil
L'auréolait d'un Bonheur sans Nuages,
Dès lors que sa Main prenait l'Eveil
Grandissaient en Lui, Force et Courage.

Dans ses Yeux mouillés d'Amertume
Les Plaintes de son Ame jouaient le Langage
D'une Nostalgie dévorante, et sous sa Plume
Il déversait l'Encre de toute sa Rage !

Au Final de mille Feuilles noircies
Il sortait de son fol Isolement.
Mêlé à la Foule, se grisait de Voix, de Bruits
"Volait" pour Lui, Mots et Histoires dans ce Fourmillement.

Gorgé dans l'Ame de toute cette Richesse
Il rentrait vers sa Tour, seul et sauvage.
Il savait que sa Plume vibrerait d'Hardiesse
Et se déshabillerait à nouveau sur les Pages.
laurence





Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 24/05/2008 à 00:33 supprimer cette contribution
Chanson sans mémoire
Amour imité
Comme un vin sans boire
Comme un coeur jeté
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 24/05/2008 à 00:37 supprimer cette contribution
Divine illusion

Tu es sujette de ce roi homme sage élégant
En la terre sainte au deçà du détroit
Un rêve si beau en ce pays rayonnant
Que je ne puis souffrir à m'éloigner de toi

Sarah, j'ai la solitude du chevalier
A toujours combattre le songe familier
Qui m'enflamme à l'extase de par la naissance
D'une apsara de beauté en erre de sa danse.

Le minon de fourrure tout blanc par sa grâce
Ronronnant sur ton cœur ayant veillé la place
Du chaperon d'images au joyau envoûtant
Inféodé à ce pur mirage énergisant.

Excitante amazone chevauchant les brumes
Bien amusés tous deux contemplant la monture
Enrênée de satin blanc à l'union des plumes
En nos âmes rayonnantes de toutes césures.

Sur ton épaule le voile jaune des vierges
Tu l'auras déposé en hommage à ton prince
Et sur la plus voluptueuse de ces berges
Tu as dansé pour lui et toute la province.

C'est alors au petit matin j'ouvrais les yeux
Mais que restait-il de ce rêve délicieux
Son image qu'elle avait refermée la veille
Au Royaume du Maroc en biais du soleil.

Artal (dec.06)
Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 25/05/2008 à 21:50 supprimer cette contribution
LILAS




O mois des floraisons mois des métamorphoses
Mai qui fut sans nuage et Juin poignardé
Je n'oublierai jamais les lilas ni les roses
Ni ceux que le printemps dans les plis a gardés

Je n'oublierai jamais l'illusion tragique
Le cortège les cris la foule et le soleil
Les chars chargés d'amour les dons de la Belgique
L'air qui tremble et la route à ce bourdon d'abeilles
Le triomphe imprudent qui prime la querelle
Le sang que préfigure en carmin le baiser
Et ceux qui vont mourir debout dans les tourelles
Entourés de lilas par un peuple grisé

Je n'oublierai jamais les jardins de la France
Semblables aux missels des siècles disparus
Ni le trouble des soirs l'énigme du silence
Les roses tout le long du chemin parcouru
Le démenti des fleurs au vent de la panique
Aux soldats qui passaient sur l'aile de la peur
Aux vélos délirants aux canons ironiques
Au pitoyable accoutrement des faux campeurs

Mais je ne sais pourquoi ce tourbillon d'images
Me ramène toujours au même point d'arrêt
A Sainte-Marthe Un général De noirs ramages
Une villa normande au bord de la forêt
Tout se tait L'ennemi dans l'ombre se repose
On nous a dit ce soir que Paris s'est rendu
Je n'oublierai jamais les lilas ni les roses
Et ni les deux amours que nous avons perdus

Bouquets du premier jour lilas lilas des Flandres
Douceur de l'ombre dont la mort farde les joues
Et vous bouquets de la retraite roses tendres
Couleur de l'incendie au loin roses d'Anjou

(Le Crève-coeur, 1941)

LOUIS ARAGON






Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 25/05/2008 à 21:55 supprimer cette contribution
LES YEUX D'ELSA



Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire
À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés
Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur T
es yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure
Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé
Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche
Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux
L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages
Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août
J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes
Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa

LOUIS ARAGON





Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 25/05/2008 à 21:58 supprimer cette contribution
ELSA AU MIROIR

C'était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d'or Je croyais voir
Ses patientes mains calmer un incendie
C'était au beau milieu de notre tragédie

Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit
C'était au beau milieu de notre tragédie
Qu'elle jouait un air de harpe sans y croire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir

Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit
Qu'elle martyrisait à plaisir sa mémoire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
À ranimer les fleurs sans fin de l'incendie
Sans dire ce qu'une autre à sa place aurait dit

Elle martyrisait à plaisir sa mémoire
C'était au beau milieu de notre tragédie
Le monde ressemblait à ce miroir maudit
Le peigne partageait les feux de cette moire
Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire

C'était un beau milieu de notre tragédie
Comme dans la semaine est assis le jeudi

Et pendant un long jour assise à sa mémoire
Elle voyait au loin mourir dans son miroir

Un à un les acteurs de notre tragédie
Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit

Et vous savez leurs noms sans que je les aie dits
Et ce que signifient les flammes des longs soirs

Et ses cheveux dorés quand elle vient s'asseoir
Et peigner sans rien dire un reflet d'incendie

(La Diane française, 1945 )

LOUIS ARAGON



Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 25/05/2008 à 22:03 supprimer cette contribution
ELSA



Tandis que je parlais le langage des vers
Elle s'est doucement tendrement endormie
Comme une maison d'ombre au creux de notre vie
Une lampe baissée au coeur des myrrhes verts
Sa joue a retrouvé le printemps du repos
Ô corps sans poids posé dans un songe de toile
Ciel formé de ses yeux à l'heure des étoiles
Un jeune sang l'habite au couvert de sa peau
La voila qui reprend le versant de ses fables
Dieu sait obéissant à quels lointains signaux
Et c'est toujours le bal la neige les traîneaux
Elle a rejoint la nuit dans ses bras adorables
Je vois sa main bouger Sa bouche Et je me dis
Qu'elle reste pareille aux marches du silence
Qui m'échappe pourtant de toute son enfance
Dans ce pays secret à mes pas interdit
Je te supplie amour au nom de nous ensemble
De ma suppliciante et folle jalousie
Ne t'en va pas trop loin sur la pente choisie
Je suis auprès de toi comme un saule qui tremble
J'ai peur éperdument du sommeil de tes yeux
Je me ronge le coeur de ce coeur que j'écoute
Amour arrête-toi dans ton rêve et ta route
Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux

LOUIS ARAGON
















Meriem B





L’apparition d’une voix!



…Et il y eut cette voix
Qui étendit ses voiles,
Comme cette lumière qui respire
Avant le lever du soleil.
Comme une cloche qui anime le silence.
Comme la chaleur paternelle.
Et comme l’apparition
De la douceur d’une toile !







Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 28/05/2008 à 00:03 supprimer cette contribution
Meriem B.





Une chasse au livre de la mort !



Je trace les lignes du vide dans le noir
Et j’attends.
Je me construis une demeure là où nichent les aigles
Et j’entends.
J’écris des phrases moribondes, des mots échevelés
Qui célèbrent la folie et je pars…
Je trace le portrait d’un visage aux contours lumineux,
Le chemin des voyages sans retour,
J’essaie de prolonger le soir qui se refuse à moi,
De célébrer les anticipations qui se refusent
Au langage, la danse qui devance la musique …
Et je pars…

Et je pars traînant ma chienne de mémoire.
Des descentes souterraines aux amitiés sincères,
Je vois mon corps courir et s’arrêter brusquement
Aux alentours en donnant à l’observateur l’image
D’un corps frappé sauvagement au cœur
Par une arme invisible.
Des vieillesses précoces à la mort, je grave
Des cris de refus sur la peau et j’encadre
Une limite aux extrémités dorées.
De chemin en chemin, mes pas accompagnent le souffle
D’un poème impossible en draguant d’une âme
Un fou calme parmi les gens, à la voix transparente
, aux épaules minces, au pas droit,
À la tête haute marchant seul
Dans les sentiers obscurs.

O voix caressantes, O paroles dévorantes,
Couronnez votre faiblesse de franchise et disparaissez,
O vous qui couvrez les envers marins des murs, disparaissez.
Des yeux à l’extérieur penchés guettent l’arrivée
Des invités aux fêtes sauvages alors laissez,
Laissez voire, laissez arriver d’autres visages :
L’homme au veston de pigeon célèbre
Tous les soirs la mémoire des habitants des combles,
Prête son souffle aux femmes sages occupées
à tirer une corde en arrière et s’en va
les mains dans les poches à la rencontre d’une marche.

La même marche amène un accrocheur :
Les jambes tremblants, il habite un instant
Les aiguilles d’une montre et s’en va en courant.

…Et des yeux absorbés par une image du futur
Ne résistent plus au souvenir :
Sur un tapis rouge, emballé dans un tissu noir,
Embelli de tâches jaunes, s’étend un corps nu
Qu’une voix souffrante prie d’attendre.
Des larmes douces l’élèvent aux demeures
Des yeux étirés et larmoyants et frappé au sol,
Il est de nouveau accompagné des corps flexibles
Aux derniers départs; enviant aux morts
L’habitat du noir.
Or, un mot en fumée se frayait un chemin
Des plus étroits et d’autres yeux somnolaient,
S’en allaient, s’en allaient, mais avant de partir,
On recommanda un beau sourire.



Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 28/05/2008 à 00:06 supprimer cette contribution
Meriem B




Va percer ce voile !




O toi vapeur des eaux !
Arbre aux longues branches !
Ombre chaude !
Bruissement des flots !
O toi terre arable
Où il pleut à fléaux !
Seconde vie, présence ardente,
De lourdes pierres tombent dans le puit de l’âme !
De gros mystères se refusent et se refusent !
Et l’esclave attend toujours avant le couchant
Qu’on coupe la corde au coup du seau !
Cet épigastre refuse d’être saisi par les cordes du passé,
Marche et marche, tire et tire dans les pleurs et dans
la sueur !
Prête sa face gonflée au vent, à la tempête, à la pluie,
à la neige,
Piétine en marchant la feinte, le mensonge,
le tartre, la glace, l’ignorance, la patience, le gras !
Piétine et piétine ce corps dans la douleur !
Va, ô toi lueur infime percer ce voile par ta face et tes
pas,
Va franchir ce seuil… va
Qui parle de rester, de se vêtir ou de revenir ?
Va !



Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 28/05/2008 à 00:12 supprimer cette contribution
Meriem B





Je suis comme tu as dit un mélange!



Oui, je suis comme tu as dit un mélange.
Un mélange de silence criant qui centre le cri
Du vacarme
Et de braises rouges qui maudissent autour
D’elles le déploiement du givre.
Un feu que les noms ne peuvent contenir.
Un feu qui a peur de se perdre.

Oui, je suis comme tu as dit un mélange.
Un mélange qui vit sous le ciel du désert.
Alors, existe –il un mur fort ?
Y a t-il une couleur qui changera
La couleur du ciel ?
Existe-il une oasis entourée de palmiers ?
Une oasis qui pourra souffler violemment
sur les sables du désert ?
Y a-t-il une autre Meriem qui peut voir de près
ce voyageur, cet intrus, ce conquerrant ?

Oui, je suis comme tu as dit un mélange.
Alors as-tu autre chose à me dire ?
Et que tu peux ajouter à ma valise avant de partir ?
Car, moi je partirais, oui, je partirais
bien loin d’ici.






Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 28/05/2008 à 00:13 supprimer cette contribution
Meriem B





Allons et ne restons plus !




Allons nous sublimer de sagesse.
Allons nous enivrer de dévouement.
Lisons avec grâce les sourates du Coran.
Vivons auprès de cette présence angélique.
Assemblons les cœurs auprès de la compassion divine.
Charmons le soleil, l’aube, la poésie.
Fermons sur la solitude et les limites.
Prolongeons par l’écriture l’affranchissement.
Restituons par nos propres moyens l’insolite.
Levons notre main droite,
Allons, allons et ne restons plus !



Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 28/05/2008 à 00:14 supprimer cette contribution
Meriem B





Conversation de l'ombre et du soleil.



O ma mémoire : sursois au songe.
Accorde-moi le temps de m’adonner à un échange
Gourmand de mes blessures, violateur de mon silence
Qui, chaque nuit, me désire ardemment et me dit :
« Tu as attendu la mort, une nuit,
pourquoi pas celle-ci ? »

O ma mémoire : éloigne de ma vue l’émulation
du premier poème,
Avec elle, la mort est venue me demander
une descente dans l’arène.
Elle me dit : « tu as douté un jour
de la capacité divine ?
Mon dos au mur : « quand je t’ai attendue matin
et soir et pleuré avec Darwich
Une langue qui cherche ses siens, ses conteurs
et se jette dans les dictionnaires.
Quand j’ai vu mon âme comme un tombeau
qui ne s’ouvre que pour toi et attendu la mort
d’un conteur pour te voir dans son cadavre.
Quand j’ai suivi les pas d’un fou pour joindre
ma folie à la sienne et grimpé des montagnes
pour pleurer sur ses sommets.
Quand les objets de cet espace ont failli me crever
les yeux après avoir flurté avec un mur blanc.
Quand des poèmes silencieux allaient m’étrangler
et un sentiment m’a transformé en un rêve.
Quand des espaces m’ont habité pour bombarder
Les nids des sacres et m’exiler dans mon âme
qui essaie toujours de retrouver les yeux qui
Sont allés à la recherche d’une place
parmi « les trônes des jambes ».

Oui, le son de la pluie m’assemble
à l’enfance prolongée dans le silence.
Le son de mon poème s’élève pour étreindre
le coucher du soleil.
La roche me renferme, les vents m’ombragent.
Ma tête qui touche l’écume de la mer entourée
du givre du ciel, salue le corps allongé au sein des feuill
Ma peau tombe sur terre tel un tissu soyeux et blanc.
Mon âme se dirige vers l’horizon.
Un fût en fer me tient par les lombes, me soulève
pour me faire passer par
Où se rencontrent les montagnes.
Mais rien, rien ne m’arrache à cette veille.


Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 28/05/2008 à 00:16 supprimer cette contribution
Meriem B





Le mur.



Sur ce mur,
Que de sensualités, que d’opulences.
Que de mots rebrodés de fleurs.
Que de révoltes, que de souffrances.
Que de câlins, que de peurs.

Derrière ce mur,
Que de souffles mélangés avec les bulles du temps.
Que de personnes réduites à une simple vision.
Que de veines fourchues dans le silence.
Que d’ombres flottantes en partance.

Sur ce mur,
Que de couleurs dans le noir.
Que de rêves dans l’espoir.
Que de lointains ailleurs,
Dans la lueur de ces cœurs !






Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 28/05/2008 à 00:16 supprimer cette contribution
Meriem B





Obsession.



D’abord son amour repose sur le cœur avec aisance,
Le fermente, l’enivre et se passe de toutes les lois.
Et pour prendre la taille de toutes les défaillances,
Il s’installe confortablement sans le moindre effroi.




Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 28/05/2008 à 00:17 supprimer cette contribution
Meriem B





Où es-tu chère poésie ?



Où es-tu chère poésie ?
Où es-tu, ô toi mon vin généreux et pur de mon âme ?
Pourquoi tu m’as quittée ?
Où habites-tu et qui es-tu ?

Es-tu moi quand je deviens un enfant qui joue et s’amuse ?
Es-tu présente quand les portes se ferment et absente
quand tout s’ouvre ?
Es-tu une image, un sentiment, un sommeil
ou d’ardentes braises ?
Qui es-tu chère poésie pour que je te désire ardemment
comme si tu étais l’amour unique et le plus grand ?
Serais je ton poème, serais-tu le mien ?

Tel que je le ressens, je suis la poésie, la larme,
l’eau miroitante, l’univers.
Alors qui es-tu chère poésie ?
Es-tu un poème parmi les miens ?
Ou une solution ontologique qui part et revient ?
Es-tu pour l’âme la lune ou le tombeau ?
Es-tu l’aube pour la goutte de rosée
ou une goutte de larmes ?

Qui suis-je et qui es-tu chère poésie ?
Pour qu’un matin tu sois une goutte d’eau
Et moi la mer ?
Et pour que le soir je devienne un grain de sable
Et toi la fleur ?
Qui es-tu chère poésie
Pour que, chaque jour, j’agonise
mille fois dans ton absence
Comme un amoureux consumé par la dureté et la rupture ?
Suis-je pour la mer le flux et toi le reflux ?
Suis-je une présence et toi une absence ?
Ou, du temps de la laideur, nous sommes tous les deux :
Une beauté consumée par la défiance ?

Ne me quittes pas, ô chère poésie !
Ne sois pas infructueux, ô toi arbre de l’amour !
Redonne à mes yeux le chagrin des larmes
Et la joie de la brillance.
Viens m’assister, ô chère poésie,
Si la grossièreté s’arrête dans mon gosier.
Si les esprits n’arrivent pas à te concevoir,
Sois pour moi l’asile.
Et si la laideur cherche toujours à me nuire,
Sois pour moi l’haleine.



Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 28/05/2008 à 00:18 supprimer cette contribution
Meriem B





Pressentiment.



Dès que je les vois,
Je vois le danger, sur leurs visages,
Les accompagner comme un drôle de personnage,
Et j’ai hâte de tourner la page.
Et j’ai peur et je pleure.

Dés que je les vois,
Je les vois pauvres, seuls, minimes.
Leur langage n’est ni net, ni gai.
Menacés par une vague meurtrière
Et j’ai peur et je pleure.

Dés que je les vois,
Je les vois appartenir au passé,
Squelettiques dans un fossé,
Et je ne veux pas les laisser.
Et j’ai peur et je pleure.


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