Il est 1 heure, le monde dort, le vent souffle dehors, les volets claquent, une fois, deux fois, trois fois, c'est trop, il faut qu'elle se lève. Il faut, il faudrait, elle doit, elle devrait. Putain de conditionnel ! Elle ne bouge pas, se recroqueville sous la couette, ses petits bras repliés, ses jambes serrées, elle tremble, elle ne supporte plus d'entendre ces battements, son coeur, les volets, le vent ? Qu'importe, c'est insupportable. Il est 2 heures, le monde dort encore, le vent s'est calmé, son coeur non. Il est 3 heures. Rien. Le vent dort. Son coeur d'or palpite un peu. Elle ne l'écoute plus. Elle l'ignore. Elle fait comme si . Elle pense à cette chanson de Téléphone " non la nuit n'a pas de coeur ". Elle a peur. Il est 4 heures, le silence l'oppresse. Mais que fait le vent, que font les volets ? L'abandonneraient-ils eux aussi ? Pas de réponse. De toute manière, elle n'en attend plus. Il est 5 heures, Paris s'éveille, peut-être. Chez elle, c'est encore et toujours le silence, ce grand Blanc qui l'inquiète tellement. Elle repense au grand Bleu de sa Corse tant aimée. Elle sourit, mais dans le noir, seule sa bouche le sait. Elle sourit longtemps. Grimace d'une ombre perdue dans le temps présent. Pauvre clown qui s'anime dans le vide d'une nuit. Elle est seule. Son sourire est seul. Sont-ils deux ? Il va l'abandonner, elle le pressent. Il est 6 heures. Elle ne sourit plus. Elle l'avait prévu. Fatalement. Et si elle allumait ? Lentement sa main glisse vers " l'interruptheure ", va-t-il interrompre ses heures ? Elle a tenu 6 heures, peut-elle prendre le risque de tout foutre en l'air, parce qu'elle manque de lumière ? Non. Pas question. Que la nuit soit, encore. Laissons le jour décider seul de son lever. Mais que fait le coq dans sa basse-cour ? Qu'il hausse le ton, qu'elle entende son chant, qu'elle sache enfin qu'il est l'heure ! Il est 7 heures. Elle se souvient qu'ils ont tué le coq dimanche dernier. Elle pleure. Elle repense au magnifique clocher de son village, aux oeufs cachés dans les arbres, à la Pâques, au coq égorgé, à toutes ces poules faussement attristées qui ne porteront pas le deuil bien longtemps. Dès qu'un autre coq se pavanera sous leurs yeux, elles oublieront leur peine ! Son rire fend ce début de jour. Entaille violente. La nuit n'est plus mais elle reviendra, hélas. Il est 8 heures, le monde bouge. Au loin, quelques voitures, dans la rue, quelques passants, des oiseaux aussi. Adorables gazouillis. La vie. La vie après la nuit. Après la nuit, le beau temps ? Elle confond, c'est pas ça. Comme toujours, elle s'en fiche, elle ne cherche pas, elle aimerait dormir, mais il est l'heure. Elle soupire, s'étire, baille, elle est bien au chaud. Sa nuit froide n'est plus qu'un mauvais rêve. Elle a rêvé qu'elle avait envie de dormir, elle a rêvé que son coeur battait fort, elle a rêvé que le vent soufflait, que les volets claquaient, que le coq ne chantait pas, elle a rêvé tout cela. Elle a rêvé sa nuit. Elle a rêvé ses heures. Il est 9 heures, elle n'a pas quitté son lit. Elle est si fatiguée. Comment peut-on sortir d'un rêve de nuit épuisée ? Il lui vient une idée. Et si elle rêvait de jour, peut-être serait-elle plus en forme au "réveil" ? Il est 10 heures. Elle s'est levée. Miracle. Elle a ouvert les volets, ouvert la fenêtre et fermé la porte de sa nuit. Une clé invisible au creux de la main, elle plisse le front,< |