domi - 417343 Publié le 13/05/2008 à 09:38  Ha mon cousin, depuis que je ne suis venu dans notre capitale je vous devais bien des nouvelles, c’est que voyez vous, ici le temps est gris, un peu comme les murs de nos cités dont les bourgmestres s’échinent à rénover les façades à grand frais, chassant les carrosses mécanique pour l’avènement du vélocipède nostalgique des années folles, en chassent ainsi toute vie réelle, ils chassent l’activité des cités, font fermer tous les commerces qui s’enfuient au pourtour de nos cités et ce n’est plus que des mouroirs silencieux qui subsistent, témoins prestigieux mais muets de ce que fut la grande époque de la Samaritaine et de ces 4 magasins remplis de vendeuses … Pour un siècle de lumières a jamais éteint. Que voulez-vous mon cousin, depuis ce temps des calèches et des charrettes à bras, ils sont laissé construire des millions de carrosses mécaniques détonants, se sont empiffré de la taxe sur l’huile lampante sans jamais rien en faire d’autre que de la distribuer pour leurs fonctionnaires zélés en surnombre… Pas un plan d’adaptation des villes à ces carrosses, juste des ruelles élargies au fil des jours agrémentés de machines à sous destinées à voler encore plus le pauvre quidam n’ayant pour se déplacer de son logis à son travail que son carrosse métallique sans vrais chevaux. En plus de 100 années qu’ils existent, pas un architecte n’a même pensé à organiser nos villes en fonction de ce que sont devenus leurs habitants vivants avec leurs indispensables carrosses, pas un garage pas une place de parking mais des immeubles de plus en plus haut où l’on entasse tout ce qui rêve de vivre en ville afin de ne plus avoir besoin de se baisser pour ramasser le petit bois tout en vivant à l’abri des frimas de l’hiver. Place aux hangars économiques et aux petites filles sans travail scotchées à l’anpe dès leurs 19 printemps. Ils pensent les avoir embellies ces cités devenues sans vie, aseptisées et bientôt sans âme, mais moi mon cousin, je pense qu’ ils se trompent, le tourisme de masse ne remplace pas la vie... Les murs semblent propres un temps, mais jusqu’au cœur de leurs vieilles pierres ceux ci renferment la froidure d’un hiver qui s’étend, lent et implacable, rendant toute vie sans attrait ailleurs que devant un bon feu de bois devant sa cheminée. Cependant, c’est que justement mon cousin, le bois vient fort à manquer, quant à cette huile lampante si pratique à brûler, son prix a presque décuplé en pas même 8 années et c’est frigorifiés et blottis sous la couette que la populace s’apprête à terminer l’hiver qui se prolonge après nous avoir fait croire au printemps retrouvé... Le temps est comme la politique mon cousin, instable, hésitant et perdu, un peu comme ces enfants qui ne savent s’il faut rire ou pleurer, lorsque qu’enfin libres de la tutelle des parents, ils ont fait escapade à travers bois et se sont perdus après avoir couru à en perdre l’haleine et oublié le sens de l’orientation. Revenant de cette vieille ville d’Istanbul qui se refuse à redevenir Constantinople tout en s’étourdissant du voltige de ces étranges machines rugissant le temps d’une fête pour les Fakir et leurs mécaniques étranges, je me reposais un peu, en transit pour un petit quart d’heure à la buvette de la grande gare de Paris Montparnasse, je regardais ce patchwork de ce qu’est devenue la France de nos grandes villes, je les regardais trottiner, qui pour attraper leur RER, qui pour attraper le bon bus afin d’arriver à l’heure. Tous couraient sans vraiment savoir pourquoi, sinon arriver à l’heure… Je les observaient venus de tous les coins du monde chercher ici douceur de vivre, puisqu’il paraît que c’est encore ici que la vie est la plus douce... Un grand malien dominait la foule d’au moins une tête, le crâne rasé, chez eux c’est la mode. C’est plus commode évidemment, point besoin de coiffeur coûteux. Je l’observais tout de Chine habillé, ses grands pieds logés dans des baskets de cinoche en plastic, son sac de toile artificielle bardé de fermetures éclair, enfin, de zip comme on dit de nos jours, car notre fabrique de fermetures de marque Eclair a fermé dans une indifférence générale depuis bientôt 20 ans. Il regardait autour de lui, cherchant du regard celui ou celle qu’il attendait. Puis, j’ai vu un sourire éclatant éclairer son visage, un autre grand type maigre et tout dégingandé s’approcha lui aussi en rigolant, ils se frappèrent les mains dans un geste de connivence entendue, un ralliement à la tribu et ses rites, une suite de chocs et de reculs bien ordonnés, un peu comme à la parade, puis satisfaits, ils se posèrent pas loin de moi tout en parlant leur javanais tropical. Ca et là passaient quelques gauloises indigènes, ils les regardaient avec convoitise et amusement, surtout celles en pantalon jean’s moulant, l’un baragouina je ne sais quoi au passage de l’une d’elles et l’autre parti d’un rire franc qui le secoua de bas en haut. Puis ils partirent en cavalant comme des perdus pour prendre la rame qui s’ébranlait au loin. Juste en face de moi, des jaunes baragouinaient eux aussi leur dialecte, riant et s’échangeant des regards étranges où rien ou presque ne pouvait se deviner. Juste un fin regard mystérieux. Cependant, au vu de ces bouches qui bougeaient sans arrêt, l’échange semblait captivant. Je les regardaient avec attention, l’un était habillé très chic, les deux autres c’était du made in China avec sweet ample, pull mal coupé et joggings informes tout juste fonctionnels. Ils portaient eux aussi des baskets en plastic, sauf le chic, lui, portait de vraies chaussures, rutilantes d’ailleurs. Ca et là passaient des indigènes, un petit au teint rose et courbé avançait comme un métronome, un sac de plastic à la main, une autre, bcbg se tenait bien droite afin de ne pas perdre un centimètre dans son ensemble à la couleur indéfinissable comme aiment s’affubler celles qui se veulent transparentes... Seul son sac à main, pressé contre elle, permettait de savoir que sous son aspect austère, une vie existait dans cette ensemble terne, elle l’avait choisi plutôt classe et il surprenait presque à son bras. Un gros bonhomme, enceinte de 6 bons mois, passa juste devant moi, il soufflait comme un bœuf, de la sueur perlait à son front et semblait en retard, il se pressait lui aussi, les narines pincées, le regard farfouilleur, il recherchait sans doute son train, vraisemblablement pas un habitué. Son téléphone sonna, enfin, émit une musique de sauvage sur un air de disco bien saccadé, il l’extirpa de la poche interne de sa veste et éructa dans un souffle un "allo" empâté et sans personnalité… Il disait: "j’entends pas, répète", puis il raccrocha dans un haussement d’épaule dépité. C’est alors que je vis passer deux nana noires, l’I-pod branché à tue tête dans les oreilles, je percevais à mes oreilles un crissement métallique significatif de ces machines coûteuses à abrutir la populace, elles marchaient presque au rythme de cette musique trash qui devait les abasourdir tant le son semblait puissant. Elles ne parlaient pas, ne regardaient pas grand chose, toutes absorbées par l’écoute du furieux qui semblait hurler des onomatopées guerrières qui semblaient leur plaire. Je vidais d’un trait ma tasse de café, puis je quittais la place pour monter dans le train qui devait me ramener à la civilisation, enfin, à celle plus raisonnable et posée que je puisse déjà tout juste supporter. J’ouvris mon journal mon cousin , un descendant de hongrois devenu Empereur des français nous promettait la Lune… En attendant il levait la taxe partout et de diverses manières. En arrivant à Bordeaux, je la payais pour 24 heures de carrosse confié, je regardais la note et tout en tapant le code de ma carte bancaire, je me disais que décidément, cette époque est bien folle et pluvieuse... Rien de nouveau sous le soleil mon cousin, vraiment rien de nouveau. Si, Les Policiers et les Gendarmes sont partout, on ne peut faire deux kilomètres sans en rencontrer, postés ou cachés ici ou là, surgissant et réclamant de voir des papiers, forcément, dans une telle pétaudière... Il serait temps! A bientôt mon cousin, J’espère juste que les refuznik des réformes des écoles ne vous causeront point trop de désagréments dans la capitale. Ceux-là se goinfrent de nos taxes ils se servent de la sottise de la jeunesse comme des lâches pour tenter de conserver ce qu’ils appellent des avantages acquits. J’espère ce cet Empereur demi-hongrois va te les dresser bien serrés, car autant d’échec dans leur tâche ne mérite que mépris et correction! Mais vous savez comme ils sont mon cousin, correction est un mot banni de leur vocabulaire, ils refusent même de noter leurs élèves! Inventent des A, des B et des C afin de ne point avoir à se justifier devant les parents menaçants, refusant d’avoir une progéniture incapable de s’insérer par la volonté et le travail et exigeant pour eux le droit de vivre sans même devoir travailler ! Ainsi la vie passe plus facile, il suffit de tendre la main! Je crois que ces temps sont révolus mon cousin, les caisses de l’Empereur son désespérément vides, il ne survit que ne la taxe journalière et ne se laissera pas plumer ce qu’il n’a déjà plus sur le dos! Votre cousin Horace
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