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Faire et défaire, c'est toujours travailler

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Paganel, antisémantique - 980920lui écrire blog Publié le 29/12/2018 à 13:39 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
« Une autre preuve de cette vérité, ce sont les anciens édifices que des souverains ont vainement essayé de détruire, et cependant dé­truire est bien plus facile qu’édifier : détruire, c’est ramener les choses à leur état primitif, qui est le néant, tandis qu’édifier, c’est agir directement contre ce principe. Donc, si les forces de l’homme sont insuffisantes pour renverser certains édifices, bien que détruire ne soit pas une chose difficile, nous devons en conclure que les forces employées pour les fonder étaient énormes et que, par conséquent, ces monuments ne sont pas l’ouvrage d’un seul prince.

C’est ce qui est arrivé aux Arabes, relativement à l’Eïouan Kisra. Haroun er‑Rechîd, ayant formé le projet de le détruire, envoya con­sulter à ce sujet Yahya Ibn Khaled (le Barmekide), qu’il retenait alors en prison. « Prince des croyants, lui fit dire Yahya, gardez‑vous d’une pareille entreprise ; laissez subsister ce monument ; il sera un témoi­gnage de la puissance de vos aïeux, qui ont enlevé l’empire à une dy­nastie capable de construire un pareil édifice ! » Er‑Rechîd soupçonna que Yahya ne lui donnait pas cet avis sincèrement : « Il est jaloux de ménager la gloire des Perses, s’écria‑t‑il ; par Allah ! je renverserai ce monument ». Ayant donc rassemblé un grand nombre d’ouvriers, il commença l’ouvrage de destruction : on l’attaqua à coups de pioche, on y appliqua le feu et l’on versa dessus du vinaigre. Voyant que tous ces moyens ne produisaient aucun résultat, et craignant la honte que cette tentative malheureuse pourrait lui attirer, il envoya de nouveau consulter Yahya et lui demander s’il fallait abandonner l’entreprise. « Ne vous en avisez pas, répondit Yahya, autrement on dira que le prince des croyants et le souverain des Arabes n’a pas pu renverser un édifice construit par les Perses ». Er‑Rechîd reconnut sa méprise et renonça à détruire ce monument.

La même chose arriva à el-Mamoun, lorsqu’il entreprit de démo­lir les pyramides d’Égypte et qu’il rassembla des ouvriers pour cet objet : il ne put y réussir. On commença par faire une ouverture dans une des pyramides et l’on parvint jusqu’à un espace vide entre le mur extérieur et d’autres murs intérieurs. Voilà à quoi se borna la démolition. Le passage qu’on y pratiqua s’y voit encore, à ce qu’on dit. Quelques personnes prétendent qu’El‑Mamoun trouva un trésor entre ces murs. Dieu seul sait ce qui en est.

Une chose de même genre se voit aussi relativement aux voûtes de la Malga, à Carthage. Lorsque les habitants de Tunis ont besoin de bonnes pierres pour leurs constructions, les ouvriers, trouvant celles dont ces voûtes sont formées préférables à toutes autres, emploient beaucoup de jours à démolir une partie de ce monument ; mais à peine, après avoir sué sang et eau, en font‑ils tomber un petit fragment ; et cependant on rassemble beaucoup de monde pour ce travail, comme je l’ai vu plus d’une fois dans ma jeunesse. A Dieu appartient la toute ­puissance. »

-- Ibn Khaldoun, Prolégomènes
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