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Professeur Paganel - qui a la pêche ! - 980920  Publié le 20/10/2005 à 04:36 
Citation: Pour ravoir sa femme Eurydice Orphée aux enfers s'en alla Est-il si bizarre caprice Dont on s'étonne après cela ? Dans un accès de ce délire Où sa raison se perdit Pouvait-il rien chercher de pire Ni dans un endroit plus maudit ? Il chanta des airs pitoyables Dont le tendre accompagnement Suspendit la fureur des diables Et des coupables le tourment Sa voix ne touchait point leur âme Mais la seule admiration Qu'un sot, pour recouvrer sa femme Témoignât tant de passion Alors Pluton, hochant la tête Dit au chanteur alangouri : "Ô maître fou comme poète Et beaucoup plus comme mari! "Proserpine est bone diablesse Mais je te jure, sur ma foi, Que les six mois qu'elle me laisse Ne sont pas les moins gais pour moi. "Fût-elle aux cieux cent ans encore Pour la soustraire à mon pouvoir Je n'irai point sur la mandore Braire en bémol pour la ravoir. "Quand tu conçus quelque espérance De nous fléchir par tes accords Ignorais-tu que le silence Est le charme unique des morts ? "Puisqu'une impertinente flamme Pour le troubler t'a fait venir Parques, qu'on lui rende sa femme : On ne saurait mieux le punir "En vertu de mon indulgence Bientôt, puisqu'il le veut ainsi Il sera damné par avance Et peut-être un peu plus qu'ici "Mais pour payer de sa musique Le plaisir aux Enfers si neuf Ajoutons-y quelque rubrique Qui puisse encore le faire veuf "A ce soin l'équité m'invite Qui souffre qu'en un même sujet On récompense le mérite Quand on a puni le forfait. "Rendez-lui donc sa demoiselle Qui le suivra sans dire mot; Mais s'il tourne les yeux sur elle, Qu'on me la refourre au cachot. "Peu de coeurs, de chaîne aussi forte, Avec leurs moitiés sont unis : Que j'en sais qui de cette sorte Seraient ravis d'être punis ! "Ah, si des femmes incommodes Des tours de tête délivraient Que de maris comme pagodes Incessamment la tourneraient!" Ainsi sur son trône de braise Parla le monarque enroué Son sage arrêt dans la fournaise Par tout son peuple fut loué. L'ordre est suivi. Mais cette fête Se termine en pieux regrets : Orphée, ayant tourné la tête, Redevint veuf sur nouveaux frais. Dans son impatience extrême Que sa raison ne peut calmer Le malheureux perd ce qu'il aime A force de le trop aimer. Vaine et légère comme un songe Qu'un dormeur prend pour vérité L'ombre gémit et se replonge Dans l'éternelle obscurité. Sans murmurer de son supplice La pauvre âme renonce au jour Pouvait-elle, en bonne justice Se plaindre d'un excès d'amour ? Sa double mort le désespère Qui vient rompre un noeud si parfait Mais quoi ! la cause en est si chère Qu'il faut pardonner à l'effet. L'époux qui la voit disparaître Se livre à son mortel ennui Incapable de reconnaître Le bien qu'on lui fait malgré lui. L'enfer a ses plaintes touchantes Cessant de se laisser charmer Dans la Thrace, par les Bacchantes Il s'en va se faire assommer. Du beau sexe double victime Chantre affligé, console-toi; Force gens d'un rang plus sublime Ont bien subi la même loi. C'est vainement qu'on s'évertue Contre un vainqueur si redouté : Et qu'importe au fond qui nous tue, Ses faveurs ou sa cruauté ? Femmes, si cette historiette Irrite vos coeurs inhumains, C'est un Espagnol qui l'a faite; Pour moi, je m'en lave les mains. Ovide à cette même fable Direz-vous, donne un tour galant : Le Romain était raisonnable, L'Espagnol n'est qu'un insolent. Et vive Hymen ! Sous son empire On boit, on mange, on fait dodo; Puis... D'accord; - mais le mot pour rire est cependant pour Quévédo
(Paraphrase d'un poème espagnol de Francisco de Quévédo traduit par Antoine Bauderon (1643-1677) plus connu sous le nom de Sénécé) |
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