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alizarine - 1374418  Publié le 20/05/2006 à 11:56  Je propose à tous ceux et celles, amoureux comme moi des mots et des textes qu'ils nous donnent, d'écrire au gré de votre plaisir, avec une limite de 15 à 20 lignes MAXI, extraits de livres, de textes, citations, belles phrases qui vous ont marqués etc... à seule condition d'y mettre à la fin le nom de son auteur ...Tout ceci, je le demande, par respect à ces grands hommes de la littérature, sans aucun commentaires, ni discution, ni remarques, un simple échange sobre et culturel, merci de respecter cela.... Intéressant ,non ? Alors, je prends le plaisir de commencer, à vous de suivre ... " L'étreinte est le plus haut langage du corps et de l'âme.La relation la plus intense pour un être humain est l'étreinte. Celle ci ouvre sur l'absolu. L'étreinte, c'est l'infini resserré..." Jacques de Bourbon Busset
| Féline - 1301487 Publié le 22/03/2008 à 23:47  Premier sourire de printemps Mars qui rit malgré les averses de Théophile Gautier Tandis qu'à leurs œuvres perverses Les hommes courent haletants, Mars qui rit, malgré les averses, Prépare en secret le printemps. Pour les petites pâquerettes, Sournoisement lorsque tout dort, II repasse des collerettes Et cisèle des boutons-d'or. Dans le verger et dans la vigne, II s'en va, furtif perruquier, Avec une houppe de cygne, Poudrer à frimas l'amandier. La nature au lit se repose ; Lui, descend au jardin désert Et lace les boutons de rose Dans leur corset de velours vert. Tout en composant des solfèges Qu'aux merles il siffle à mi-voix, II sème aux prés les perce-neige Et les violettes au bois. Sur le cresson de la fontaine Où le cerf boit, l'oreille au guet, De sa main cachée il égrène Les grelots d'argent du muguet. Sous l'herbe, pour que tu la cueilles, II met la fraise au teint vermeil, Et te tresse un chapeau de feuilles Pour te garantir du soleil. Puis, lorsque sa besogne est faite, Et que son règne va finir, Au seuil d'avril tournant la tête, II dit : « Printemps, tu peux venir ! » | 2264721 Publié le 23/03/2008 à 21:53  LES YEUX “Ces yeux, où la prunelle monte la garde pour protéger le visage contre l’indiscrétion malveillante et la curiosité qui s’agriffe… Ces flots mouvants qui ondulent entre le bord des paupières et l’extrémité des cils, comme ceux des étangs qui s’expriment par le murmure des vagues et des peupliers alentour. Les yeux… Ne sont-ils pas pour toi un objet de stupéfaction ? Les yeux couleur de cendre, avec leurs rêves, les yeux couleur de ciel, avec leur illuminations, les yeux couleur de miel, avec leurs friandises, les yeux couleur du café, avec leur force attirante, les yeux qui recueillent avec soin la force et la douceur contenues dans tout ce qui les entoure. Tous les yeux, ceux qui te rappellent la limpidité du ciel, et ceux où fait halte et se repose la profondeur des mers, ceux qui te montrent en eux les déserts et leurs mirages, ceux qui te transportent en rêve dans un royaume éthéré fait tout entier de beauté, ceux dans lesquels passent des nuages zébrés d’éclairs, chargés de pluie, ceux dont ton regard ne peut se détacher sans chercher aussitôt où se trouve le grain de beauté sur la joue, les yeux étroits, arrondis, les yeux en forme d’amande allongée, ceux qui s’enfoncent dans leur orbite à force d’approfondir les mots et de réfléchir leur sens, ceux dont la vision est vaste et le mouvement retenu, ceux dont les paupières couvent la flamme d’un mouvement calme, comme déploient leurs ailes les oiseaux blancs des lacs du Nord, ceux dont les langues de feu vertes tournoient comme autant de vrilles prêtes à s’enfoncer dans les coeurs fascinés, et d’autres, d’autres, d’autres encore. Les yeux qui s’émeuvent, les yeux qui méditent, les yeux qui savourent, les yeux qui cèdent à la pitié, et ceux où établissent leur camp de guerre haines secrètes et colères, et ceux dont les eaux troublent multiplient les secrets… Lève-toi, va vers ton miroir, penche-toi sur ces deux lacs pleins de sortilèges. Les avais-tu seulement étudiés avant ce jour ?… Si tu veux me connaître, moi, l’inconnue, observe donc mieux tes prunelles. Ton regard me retrouvera, malgré toi, dans ton regard.” Mayy Ziyada in La poésie arabe, anthologie traduite et présentée par René R. Khawam, éd. Phébus, pages 374-376 | douniamour - 2223199  Publié le 26/03/2008 à 18:06  Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux." (Jules Renard)
| - 2293348 Publié le 26/03/2008 à 18:10  Quand je pense à tous les livres que je n’ai jamais lu, j'ai la certitude d'être encore heureux." (Jim Le corbeau)
| alizarine - 1374418  Publié le 26/03/2008 à 18:55  Au dessus de ma couche, entre la poutre et la saillie du mur, une araignée a fait sa toile. Une toile qui se balance mollement aux courants d'air comme le lâcher d'une voiture. Sa texture irrégulière, brouillée, ne requiert qu'un minimum de matière : une pruine sur l'absence d'un fruit. Il m'est arrivé de la contempler si longuement que les yeux me brûlaient. Une phalène qui s'y est prise l'autre soir a déchiré de ses battements d'ailes un pan du drapé. Elle oscille maintenant en douceur, lourde, morte. L'araignée n'est pas revenue. Plus je regarde et plus mon regard se perd dans un infini de la matière. Une fois ce regard activé, peu importe la chose regardée; la réalité se déplace alors vers une strate où elle est au plus dense, dans une zone flottée et compacte à la fois où chaque pensée coagule et prends corps. De cette perspective, les objets n'apparaissent que croûtes, laves vite durcies que crache le volcan de l'énergie créatrice et divine. A regarder ainsi une parcelle de la création, ma toile d'araignée, s'active cette émotion profonde : la réalité libère son potentiel d'irréalité, révèle son halo, la frange de lumière diffuse entre le tangible et le possible. La focalisation totale de l'attention qui m'a coûté tant d'efforts dans la vie monastique m'est plus familière aujourd'hui grâce à la longue pratique de ces contemplations. Le cerveau se vide de son grouillement de pensées larvaires. La source lumineuse derrière la matière se manifeste. Un immense amour relie alors en moi le créé à l'incréé. Cette expérience mystique, je l'ai connue déjà dans les bras d'Abélard. Présence aux choses et à l'instant, pas un cheveu ne dépasse, pas un fil, la coïncidence est si parfaite que même un nom crié se perd sans écho. Etat d'alerte après le couvre-feu. Je guette tes pas. L'attente est longue. Immobile, respirant à peine, je suis tendue tout entière vers les signaux annonciateurs de ta venue. Nombreux sont les bruits qui brouillent les pistes et m'éxaspèrent. Un aboiement de chien sur le pont, le grognement d'un porc fouillant devant la porte les immondices, un cri d'oiseau nocturne... De nuit, la nature reprend ses droits sur la ville. Au dessus de ma tête, se font entendre les allées et venues de mon oncle Fulbert. Après le geignement lourd du prie-Dieu, ses pas s'éloignent vers l'alcôve. Quelque ordre tardif à son valet ou le grincement d'un seau sur le plancher me parviennent encore. Certains soirs, des rumeurs inhabituelles me mettent sur le gril. Quelque zèle inexplicable entraine une fille de cuisine à la cave ou à l'office. Ou est-ce Louisette qui oeuvre encore à la buanderie? Le vent me nique et fait frémir un battement de porte, ululer une serrure. Parfois un craquement de bois me révèle que quelqu'un approche doucement, que trois pas l'ont mené devant ma porte, j'en mets ma main au feu!, et que, ah mais rien, rien, rien encore... Je brûle et je gèle. L'effroi d'être oubliée ce soir et le ravissement de l'approche se mêlent. Irréalité de cette réalité que nous reflètent nos sens! A l'instant même où je cesse d'espérer, ah! une coulée glaciale et ardente, ton entrée dans mon lit...Mon cri muet. Le suave resserrement de tout mon être autour de ta pénétration, les flots de bleu indigo noient mes yeux. Suffocation, Mort, Nuit. Puis, ma resurgie tout entière, lierre grimpant enroulé à tes jambes, à tes reins, à ton torse, vrillée à toi par une reconnaissance éperdue. Présence. Présence. Délivrés de toute identité. Rivés à nos corps d'homme et de femme. Une fois ta faim de loup apaisée, tu deviens même doux, tu t'abandonnes. Mes doigts émerveillés t'explorent, remontant en tâtonnant là où la peau est la plus douce, là où elle est tournée vers ton propre corps, la face interne des bras jusqu'au creux de la saignée et jusqu'au creux de l'aisselle, la soie brûlante à l'intérieur des jambes. Je suis vide, vide de toute pensée, vide et présente. Pieds nus sur la lame affûtée de l'instant . Extrait de "Une passion" entre ciel et chair - de Christiane SINGER
| douniamour - 2223199  Publié le 28/03/2008 à 12:13 
Légende: Selon une légende, il est un oiseau qui ne chante qu'une seule fois de toute sa vie, plus suavement que n'importe quelle créature qui soit sur terre. Dès l'instant où il quitte le nid, il part à la recherche d' un arbre aux rameaux épineux et ne connait aucun repos avant de l'avoir trouvé. Puis, tout en chantant à travers les branches sauvages , il s'empale sur l'épine la plus longue, la plus acérée. Et en mourant, il s'élève au-dessus de son agonie dans un chant qui surpasse celui de l'alouette et du rossignol. Un chant sûprême dont la vie est le prix. Le monde entier se fige pour l'entendre, et Dieu dans son ciel sourit. Car le meilleur n'est atteint qu'aux dépens d'une grande douleur...ou c'est du moins ce que dit la légende. Colleen Mc Cullaugh, les oiseux se cachent pour mourir .
| Babass34 - 2269162  Publié le 02/04/2008 à 13:00  Toujours elle parut quand la porte fut noire lançant cette clarté soudaine du sourire qu'elle offre s'avançant comme marchant vers l'embellir dans cette grâce à traverser chaque présent dans ses miroirs sa flamme claire de velours noir dans une salle de l'exil un soir de mer je l'ai connue par un printemps d'or et de vent et dans l'instant j'ai su qu'il me fallait aller vers cette forme qui brûlait et ce mystère le défaire depuis elle est légère et très hautaine comme en tremblant de ce soir je tremble aussi chaque fois à l'approcher et j'ai connu le long de la chute des ans l'inutile du croire de sa vie s'écarter. Jean PEROL - Ruines-mères
| Professeur Paganel - qui a la pêche ! - 980920  Publié le 02/04/2008 à 20:51  « Trente-cinq ans. L'âge des ogresses qui rôdent, claquant des mâchoires. L'âge des mantes religieuses. Les redoutables divorcées de trente-cinq ans. Petit homme triste qui rêves d'un gros doux cul pour y poser ta tête, petit homme triste, si tu en vois une à l'horizon, fuis à toutes jambes, fuis ! Sur leurs hauts talons pointus, belles mille fois plus qu'à dix-huit ans, et tendres, et juteuses, et malheureuses, et tellement, tellement, tellement compréhensives, elles t'auront jusqu'au trognon, petit homme triste, jusqu'au trognon. Les refaiseuses de vie, les redémarreuses à zéro-mais-cette-fois-c'est -la-bonne...Elles sont sans pitié, petit homme, car il y va de leur peau. Fuis. Ou sois sans pitié toi-même. Si tu le peux. Mais tu ne le peux pas, petit homme triste, tu ne le peux pas. lors, fuis, cours, vite et loin, sans te retourner ». -- François Cavanna, Les yeux plus gros que le ventre | Féline - 1301487 Publié le 05/04/2008 à 18:22  Et voici que je me souviens, dans la dernière page de ce livre, de ces bureaucrates vieillis qui nous servirent de cortège, à l'aube du premier courrier, quand nous nous préparions à muer en hommes, ayant eu la chance d'être désignés. Ils étaient pourtant semblables à nous, mais ne connaissaient point qu'ils avaient faim. Il en est trop qu'on laisse dormir. Il y a quelques années, au cours d'un long voyage en chemin de fer, j'ai voulu visiter la patrie en marche où je m'enfermais pour trois jours, prisonnier pour trois jours de ce bruit de galets roulés par la mer, et je me suis levé. J'ai traversé vers une heure du matin le train dans toute sa longueur. Les sleepings étaient vides. Les voitures de premières étaient vides. Mais les voitures de troisième abritaient des centaines d'ouvriers polonais congédiés de France et qui regagnaient leur Pologne. Et je remontais les couloirs en enjambant des corps. Je m'arrêtai pour regarder. Debout sous les veilleuses, j'apercevais dans ce wagon sans divisions et qui ressemblait à une chambrée, qui sentait la caserne ou le commissariat, toute une population confuse et barattée par les mouvements du rapide. Tout un peuple enfoncé dans les mauvais songes et qui regagnait sa misère. De grosses têtes rasées roulaient sur le bois des banquettes. Hommes, femmes, enfants, tous se retournaient de droite à gauche, comme attaqués par tous ces bruits, toutes ces secousses qui les menaçaient dans leur oubli. Ils n'avaient point trouvé l'hospitalité d'un bon sommeil. Et voici qu'ils me semblaient avoir à demi perdu qualité humaine, ballotté d'un bout de l'Europe à l'autre par les courants économiques, arrachés à la petite maison du Nord, au minuscule jardin, aux trois pots de géranium que j'avais remarqués autrefois à la fenêtre des mineurs polonais. Ils n'avaient rassemblé que les ustensiles de cuisine, les couvertures et les rideaux, dans des paquets mal ficelés et crevés de hernies. Mais tout ce qu'ils avaient caressé ou charmé, tout ce qu'ils avaient réussi à apprivoiser en quatre ou cinq années de séjour en France, le chat, le chien et le géranium, ils avaient dû le sacrifier et ils n'emportaient avec eux que ces batteries de cuisine. Un enfant tétait une mère si lasse qu'elle paraissait endormie. La vie se transmettait dans l'absurde et le désordre de ce voyage. Je regardai le père. Un crâne pesant et nu comme une pierre. Le corps plié dans l'inconfortable sommeil, emprisonné dans les vêtements de travail, fait de bosses et de creux. L'homme était pareil à un tas de glaise. Ainsi, la nuit, des épaves qui n'ont plus de forme, pèsent sur les bancs des halles. Et je pensai: le problème ne réside point dans cette misère, dans cette saleté, ni dans cette laideur. Mais ce même homme et cette même femme se sont connus un jour et l'homme a souri sans doute à la femme: il lui a, sans doute, après le travail, apporté des fleurs. Timide et gauche, il tremblait peut-être de se voir dédaigné. Mais la femme, par coquetterie naturelle, la femme sûre de sa grâce, se plaisait peut-être à l'inquiéter. Et l'autre, qui n'est plus aujourd'hui qu'une machine à piocher ou à cogner, éprouvait ainsi dans son coeur l'angoisse délicieuse. Le mystère, c'est qu'ils soient devenus ces paquets de glaise. Dans quel moule terrible ont-ils passé, marqués par lui comme par une machine à emboutir? Un animal vieilli conserve sa grâce. Pourquoi cette belle argile humaine est-elle abîmée? Et je poursuivis mon voyage parmi ce peuple dont le sommeil était trouble comme un mauvais lieu. Il flottait un bruit vague fait de ronflements rauques, de plaintes obscures, du raclement des godillots de ceux qui, brisés d'un côté, essayaient l'autre. Et toujours en sourdine cet intarissable accompagnement de galets retournés par la mer. Je m'assis en face d'un couple. Entre l'homme et la femme, l'enfant, tant bien que mal, avait fait son creux, et il dormait. Mais il se retourna dans le sommeil, et son visage m'apparut sous la veilleuse. Ah! quel adorable visage! Il était né de ce couple-là une sorte de fruit doré. Il était né de ces lourdes hardes cette réussite de charme et de grâce. Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres, et je me dis: voici un visage de musicien, voici Mozart enfant, voici une belle promesse de vie. Les petits princes des légendes n'étaient point différents de lui: protégé, entouré, cultivé, que ne saurait-il devenir! Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s'émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise. Mais il n'est point de jardinier pour les hommes. Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir. Mozart fera ses plus hautes joies de musique pourrie, dans la puanteur des cafés-concerts. Mozart est condamné. Et je regagnai mon wagon. Je me disais: ces gens ne souffrent guère de leur sort. Et ce n'est point la charité ici qui me tourmente. Il ne s'agit point de s'attendrir sur une plaie éternellement rouverte. Ceux qui la portent ne la sentent pas. C'est quelque chose comme l'espèce humaine et non l'individu qui est blessé ici, qui est lésé. Je ne crois guère à la pitié. Ce qui me tourmente, c'est le point de vue du jardinier. Ce qui me tourmente, ce n'est point cette misère, dans laquelle, après tout, on s'installe aussi bien que dans la paresse. Des générations d'Orientaux vivent dans la crasse et s'y plaisent. Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C'est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné. Seul l'Esprit, s'il souffle sur la glaise, peut créer l'Homme. Saint Exupéry Terre des Hommes | Artus de Oguz - 1510753  Publié le 06/04/2008 à 09:07  Un extrait d'un des nombreux poèmes de Gérard Titus Carmel , peintre, dessinateur, graveur et écrivain dont j'étais presque voisin, puisque j'habitais le même village. Comme une fine coulée de lave durcie au col du pichet le gobelet d’argent et le poêlon déjà empénombrés les bouteilles aussi le pot de grès pâle et toute image évanouie de soi plus d’obstacle à la surface du miroir c’est autrement nommer l’effacement et bientôt l’oubli qui lancinent le cœur d’un taraudant sentiment d’impermanenc telle blettissure sournoise sur la peau des pêches qui pourtant fraîchit les temps éphémère fraîcheur avant le doute la perfidie Gérard Titus-Carmel, Épars, Le Temps qu’il fait, 2003
| Artus de Oguz - 1510753  Publié le 16/04/2008 à 09:45  Ode pour une femme aimée poème de Sappho , voici une des traductions de ce texte partiellement retrouvé celle de Jim Powell : À mes yeux, il est l'égal des dieux, cet homme qui Assis là en face de vous - n'importe quel homme - Écoutant de très près la douceur de votre Voix quand vous parlez, La douceur de votre rire: oui, qui - je vous le jure - Fait vibrer mon coeur dans ma poitrine, depuis Le bref instant où je vous ai vu, Je ne peux plus prononcer un seul mot. Ma langue tombe en panne, et tout à coup Un feu subtil court dans ma peau, Mes yeux ne voient plus rien, et un bourdonnement Siffle dans mes oreilles, Une sueur froide me couvre et un frisson m'envahit De partout: je suis plus vert que l'herbe Et on dirait que je me rapproche Un peu plus près de la mort. Mais, tout ça s'endure, puisque même un indigent... | alizarine - 1374418  Publié le 17/04/2008 à 13:16  Le Baiser I N'êtes-vous pas toute petite Dans votre vaste appartement, Où comme un oiseau qui palpite Voltige votre pied normand? N'est-elle pas toute mignonne, Blanche dans l'ombre où tu souris, Votre taille qui s'abandonne, Parisienne de Paris? N'est-il pas à vous, pleine d'âme, Franc comme on doit l'être à l'excès, Votre coeur d'adorable femme, Nu, comme votre corps français? Ne sont-ils pas à vous si fière, Les neiges sous la nuit qui dort Dans leur silence et leur lumière, Vos magnifiques seins du nord? N'est-il pas doux, à vous sans haine, Frémissante aux bruits de l'airain, Votre ventre d'Européenne, Oui, votre ventre Européen; N'est-elle pas semblable au Monde, Pareille au globe entouré d'air, Ta croupe terrestre aussi ronde Que la montagne et que la mer? N'est-il pas infini le râle De bonheur pur comme le sel, Dans ta matrice interastrale Sous ton baiser universel. Et par la foi qui me fait vivre Dans ton parfum et dans ton jour, N'entre-t-elle pas mon âme ivre En plein, au plein de ton amour? Germain NOUVEAU (1852-1920) Le Baiser II Comme une ville qui s'allume Et que le vent vient d'embraser, Tout mon corps brûle et se consume, J'ai soif,oh! j'ai soif d'un baiser. Baiser de la bouche et des lèvres Où notre amour vient se poser, Plein de délices et de fièvres, Ah! j'ai soif, j'ai soif d'un baiser! Baiser multiplié que l'homme Ne pourra jamais épuiser, Ô toi, que tout mon être nomme, J'ai soif, oui, j'ai soif d'un baiser. Fruit doux où la lèvre s'amuse, Beau fruit qui rit de s'écraser, Qu'il se donne ou qu'il se refuse, Je veux vivre pour ce baiser. Baiser d'amour qui règne et sonne Au coeur battant à se briser, Qu'il se refuse ou qu'il se donne, Je veux mourir de ce baiser. Germain NOUVEAU (1852-1920)
| Babass34 - 2269162  Publié le 17/04/2008 à 14:34  Claude-Joseph DORAT (1734-1780) Le désir Ode anacréontique Souffle divin, puissant moteur, Dont les impressions soudaines Font couler le feu dans nos veines, Et le plaisir dans notre coeur : Désir, j'adore ton ivresse, Tes traits rapides et brûlants, Et tes impétueux élans, Et ta langueur enchanteresse... Vents, taisez-vous, faunes ardents Cessez votre lutte amoureuse : Du sein de la dryade heureuse Prêtez l'oreille à ses accents. Il naît, il vole, et de ses ailes Parcourt des espaces nouveaux ; Dans les abîmes du chaos Il fait jaillir ses étincelles. Par lui, les êtres sont amants, Et le monde est une féerie ; Il tient le flambeau de la vie Et fait mouvoir les éléments. Sous les cintres de la verdure Il offre un dais à la beauté : Il s'empare de la nature En promettant la volupté. Ô toi, que l'univers encense, Toi, premier bienfait du destin, Tant que tu dors dans notre sein Quel froid sommeil que l'existence ! L'heure se traîne lentement, La nature est triste et glacée, Rien ne sourit à la pensée, Rien n'éveille le sentiment. Tu parais, tout brille et t'exprime ; L'air est plus doux, le jour plus beau ; Le coeur bat, le regard s'anime, Et l'univers sort du tombeau. On tremble, on brûle de connaître ; Sans objet on devient rêveur ; Ces prés, ces bois, l'ombre d'un hêtre Ont un langage pour le coeur. Ta flamme roule avec les ondes : Tu hâtes le vol des zéphyrs. Dans les solitudes profondes Écho répète tes soupirs. L'amant, qui te redoute encore, Est averti par la douleur Que tes délices vont éclore Et qu'il est né pour le bonheur. Désir, tu créas les déesses, Et l'Olympe te doit ses dieux ; Que seraient-elles sans tes feux ? Que seraient-ils sans leurs faiblesses ? Toi seul précipites les bonds De la ménade échevelée, Qui, dans ses transports vagabonds, S'élance au creux de la vallée. C'est toi seul qui fais palpiter Le coeur de la nymphe innocente, Et qui sais si bien l'agiter Par un plaisir qui la tourmente. C'est alors qu'au fond des forêts Elle s'étonne de ses charmes, Et cache ses brûlantes larmes, Doux indices de tes progrès. Haletante, faible, oppressée, Elle va tomber sur des fleurs, Conservant malgré ses frayeurs, Les traits d'Iphis dans sa pensée. Iphis paraît, il est charmant : Tous deux s'embrassent en silence. Tous deux, grâce à leur ignorance, Sauront profiter du moment. Déjà mille frissons rapides, Avant-coureurs voluptueux, Se glissant à travers tes feux, Parcourent leurs lèvres humides. L'aimable et naïve pudeur Ajoute encore à ta puissance... Rien de plus vif que ton ardeur, Rien d'égal à ton éloquence. L'amour prépare ta moisson. Du jeune objet qu'Iphis adore Le sein s'émeut, et se colore... La rose échappe à son bouton. Désir, ton triomphe commence, Et tu mêles de la douceur Même à l'effroi de l'innocence, Entre les bras de son vainqueur. L'étincelle Donne-moi, ma belle maîtresse, Donne-moi, disais-je, un baiser, Doux, amoureux, plein de tendresse... Tu n'osas me le refuser : Mais que mon bonheur fut rapide ! Ta bouche à peine, souviens-t-en, Eut effleuré ma bouche avide, Elle s'en détache à l'instant. Ainsi s'exhale une étincelle. Oui, plus que Tantale agité, Je vois, comme une onde infidèle, Fuir le bien qui m'est présenté. Ton baiser m'échappe, cruelle ! Le désir seul m'en est resté. Le baiser du matin Les étoiles brillaient encore : A peine un jour faible et douteux Ouvre la paupière de Flore, Qui, dans ses bras voluptueux, Retient l'inconstant qu'elle adore. Le souffle humide d'un vent frais Effleure les airs qu'il épure, Soupire à travers ces bosquets, Et vient hâter par son murmure Le chant des hôtes des forêts Et le réveil de la nature. Tu goûtais un profond repos, Après une nuit fortunée, Que nous avions abandonnée Au dieu des amoureux travaux : Moi, je veillais ; dans mon ivresse, Je recueillais tes doux soupirs, Et mes yeux, brûlants de tendresse, Se reposaient sur la déesse A qui je dois tous mes plaisirs. Les anneaux de ta chevelure Flottent au hasard répandus, Et voilent seuls tes charmes nus, Dont le désordre est la parure : Ton front peint la sérénité Et du bonheur et de la joie, Sur ton sein ému se déploie L'incarnat de la volupté ; Tels quelquefois, après l'orage, On voit, en monceaux parfumés, La rose et le lis parsemés, Joncher les gazons du bocage. Ta bouche qu'amour sut armer De la grâce la plus touchante, Plus fraîche que l'aube naissante, Semble s'ouvrir pour me nommer ; Et tes bras, dont la nonchalance Se développe mollement, Quelquefois avec négligence Sont étendus vers ton amant. Mais cependant sur l'hémisphère Vénus fait luire son flambeau : Chaque degré de la lumière Me révèle un charme nouveau : Sur tous les trésors que tu laisses En proie à mon avidité, J'égare mon oeil enchanté, Et veux marquer par mes caresses Tous les progrès de la clarté : A mesure qu'elle colore L'horizon qui va s'embraser, Un feu plus ardent me dévore ; Et je crois que chaque baiser Ajoute un rayon à l'aurore. Comme je fêtai son retour ! De la nuit les astres pâlirent : Tout-à-coup tes beaux yeux s'ouvrirent ; C'est toi qui fis naître le jour. | Artus de Oguz - 1510753  Publié le 17/04/2008 à 15:17  La roue. La roue est la plus belle découverte de l'homme et la seule il y a le soleil qui tourne il y a la terre qui tourne il y a ton visage qui tourne sur l'essieu de ton cou quand tu pleures mais vous minutes n 'enroulerez-vous pas sur la bobine à vivre le sang lapé l'art de souffrir aiguisé comme des moignons d'arbre par les couteaux de l'hiver la biche saoule de ne pas boire qui me pose sur la margelle inattendue ton visage de goélette démâtée ton visage comme un village endormi au fond d'un lac et qui renaît au jour de l'herbe et de l'année germe "pitié pour nos vainqueurs..." Ecoutez le monde blanc horriblement las de son effort immense ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs ! Aimé Césaire (1913- 2008) | alizarine - 1374418  Publié le 20/04/2008 à 16:53 
Amour Tu riais, tu te renversais Dans mes bras et l'aube amoureuse Illuminait ma tête creuse Et lourde, mais je te berçais En chantant. Le jour dans la pluie Se levait et n'en pouvait plus. Contre ta hanche étroite et nue, Je tombais enfin d'insomnie. Matins amers, amour charmant... Epuisante et trouble folie... Au réveil, la mélancolie Sépara plus tard ces amants... Pourquoi? Nul ne le sut...Lui-même Pleurait en s'éloignant de toi... Et, depuis ce temps, que de fois L'aube a frippé ses roses blêmes!... Francis Carco (la Bohème et mon coeur)
| 2304121 Publié le 21/04/2008 à 18:13  Le véritable esprit de révolte consiste à exiger le bonheur ici, dans la vie Henrik Ibsen "les revenants" | alizarine - 1374418  Publié le 21/04/2008 à 18:57  Voilà donc le bonheur! il remplit la capacité d'une petite cuillère! Le bonheur avec toutes ses ivresses, toutes ses folies, tous ses enfantillages! Vous pouvez avaler sans crainte : on n'en meurt pas !!! Ch.Baudelaire (les paradis articiciels)
| 2304121 Publié le 22/04/2008 à 16:09  RENCONTRER LES AUTRES leur sourire ... sans projeter les rencontrer ... sans réduire les désirer... sans posséder les accueillir sans retenir les apprivoiser ... sans enfermer les aimer sans... envahir les garder... sans dévorer les accompagner... sans guider et être ainsi soi-même, aussi bien eux que moi. Alors aimer sans... soumettre demander... sans obliger donner... sans se vider se libérer sans détruire être constant... sans limiter sourire ... et s'attendrir découvrir ... et s'étonner construire ... et partager s'ouvrir ... et laisser prendre S'émerveiller, s'abandonner à la fluidité de l'élan à la richesse des partages à la pluralité des échanges. comprendre enfin qu'aimer, c'est LAISSER ÊTRE L'AUTRE et ainsi, vivre : la remise en question comme un état joyeux l'abandon des rôles comme une résurrection l'inconfort du changement comme une découverte la liberté retrouvée comme aventure vers l'autre. ...... Jean Houlmann sur une idée prise à Jacques Salomé, poète catho qui fonde sur le couple l'amour idéalisé (te rencontrer
| alizarine - 1374418  Publié le 23/04/2008 à 11:55  Je crayonne ton nom sur la peau d'un tambour Au corps de garde. Où est le jour? où est le jour Où tu tendis tes mains vers mes lèvres? La pluie Battait les vitres. Dans ma mémoire éblouie Tu refleuris, bouquet de roses qui trempais Dans l'ombre et parfumais l'oubli des canapés. Sur toi mon souvenir est la caresse douce D'un clair de lune sur les collines. Soir d'où ce Bonheur m'est venu! Soir rare dont je rêve en Larmes, où j'ai compris ton visage fervent Qu'atténuait déjà le charme des automnes. J'avais un air mélancolique et des gants jaunes. Tristan Derême (1889-1941) La verdure dorée
| alizarine - 1374418  Publié le 17/05/2008 à 16:16 
La rose-thé La plus délicate des roses Est à coup sûr, la rose-thé. Son bouton aux feuilles mi-closes De carmin à peine est teinté. On dirait une rose blanche Qu'aurait fait rougir de pudeur, En la lutinant sur la branche, Un papillon trop plein d'ardeur. Son tissu rose et diaphane De la chair a le velouté; Auprès, tout incarnat se fane Ou prend de la vulgarité. Comme un teint aristocratique Noircit les fronts bruns de soleil, De ses soeurs elle rend rustique Le coloris chaud et vermeil. Mais, si votre main qui s'en joue A quelque bal, pour son parfum, La rapproche de votre joue, Son frais éclat devient commun. Il n'est pas de rose assez tendre Sur la palette du printemps, Madame, pour oser prétendre Lutter contre vos dix-sept ans. La peau vaut mieux que le pétale, Et le sang pur d'un noble coeur Qui sur la jeunesse s'étale, De tous les roses est vainqueur! Théophile GAUTIER (Emaux et Camées)
| alizarine - 1374418  Publié le 18/05/2008 à 13:10 
Ici-bas Ici-bas tous les lilas meurent, Tous les chants des oiseaux sont courts; Je rêve aux étés qui demeurent Toujours... Ici-bas les lèvres effleurent Sans rien laisser de leur velours; Je rêve aux baisers qui demeurent Toujours... Ici-bas tous les hommes pleurent Leurs amitiés ou leurs amours; Je rêve aux couples qui demeurent Toujours... Armand SULLY PRUDHOMME (1839-1907)
| Babass34 - 2269162  Publié le 21/05/2008 à 22:25  Ton Souvenir est comme un livre ... Ton Souvenir est comme un livre bien aimé, Qu'on lit sans cesse, et qui jamais n'est refermé, Un livre où l'on vit mieux sa vie, et qui vous hante D'un rêve nostalgique, où l'âme se tourmente. Je voudrais, convoitant l'impossible en mes vœux, Enfermer dans un vers l'odeur de tes cheveux ; Ciseler avec l'art patient des orfèvres Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ; Emprisonner ce trouble et ces ondes d'émoi Qu'en tombant de ton âme, un mot propage en moi ; Dire quelle mer chante en vagues d'élégie Au golfe de tes seins où je me réfugie ; Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois Comme une après-midi d'automne dans les bois ; De l'heure la plus chère enchâsser la relique, Et, sur le piano, tel soir mélancolique, Ressusciter l'écho presque religieux D'un ancien baiser attardé sur tes yeux. Albert Samain (1858-1900) | alizarine - 1374418  Publié le 04/06/2008 à 16:51 
L'extase d'un baiser Au point que j'expirais, tu m'as rendu le jour, Baiser, dont jusqu'au coeur le sentiment me touche, Enfant délicieux de la plus belle bouche Qui jamais prononça les Oracles d'Amour. Mais tout mon sang s'altère, une brûlante fièvre Me ravit la couleur et m'ôte la raion; Cieux! J'ai pris à la fois sur cette lèvre D'un céleste Nectar et d'un mortel poison. Ah! mon Ame s'envole en ce transport de joie! Ce gage de salut, dans la tombe m'envoie; C'est fait! je n'en puis plus,Elise, je me meurs. Ce baiser est un sceau par qui ma vie est close: Et comme on peut trouver un serpent sous des fleurs, J'ai rencontré ma mort sur un bouton de rose. Tristan L'HERMITE (1601-1655) Les Amours  | alizarine - 1374418  Publié le 05/06/2008 à 19:26 
Les blessures Je t'ai blessée, mon coeur, j'ai déchiré ton coeur. Laisse-moi t'expliquer. Tous savent qui je suis mais voilà, ce Je Suis est de surcroit un homme pour toi. En toi je vacille, je tombe et feu brûlant je me relève. Tu as sur tous les autres le droit d'être témoin de mes faiblesses. Et ta petite main de pain et de guitare doit toucher ma poitrine quand je pars au combat. Pablo NERUDA | aube - 1246157  Publié le 05/06/2008 à 19:37  j adoooorrre je venere j aiiiiimmme Pablo ce poete merci alizarine | alizarine - 1374418  Publié le 05/06/2008 à 21:18 
La nuit dans l'île Toute la nuit j'ai dormi avec toi près de la mer, dans l'île. Sauvage et douce tu étais entre le plaisir et le sommeil, entre le feu et l'eau. Très tard peut-être nos sommeils se sont unis par le sommet ou par le fond, là-haut comme des branches agitées par le même vent, en bas comme rouges racines se touchant. Peut-être ton sommeil s'est-il aussi dépris du mien et sur la mer et sur sa nuit m'a-t-il cherché comme avant toi et moi, quand tu n'existais pas encore, quand sans t'apercevoir je naviguais de ton côté et que tes yeux cherchaient ce qu'aujourd'hui pain, vin, amour, colère je t'offre à pleines mains à toi, la coupe qui attendait de recevoir les présents de ma vie. J'ai dormi avec toi toute la nuit alors que la terre en sa nuit tournait avec ses vivants et ses morts, et lorsque je me réveillais soudain, par l'ombre environné, mon bras te prenait par la taille. La nuit ni le sommeil n'ont pu nous séparer. J'ai dormi avec toi et ta bouche, au réveil, sortie de ton sommeil m'a donné la saveur de terre, d'algues, d'onde marine, qui s'abrite au fond de sa vie. Alors j'ai reçu ton baiser que l'aurore mouillait comme s'il m'arrivait de cette mer qui nous entoure. Pablo NERUDA
| alizarine - 1374418  Publié le 06/06/2008 à 12:59 
Nous habiterons un discret boudoir, Toujours saturé d'une odeur divine, Ne laissant entrer, comme on le devine, Qu'un jour doux et faible ressemblant au soir. Une blonde frêle en mignon peignoir Tirera des sons d'une mandoline, Et les blancs rideaux tout en mousseline Seront réfléchis par un grand miroir. Quand nous aurons faim, pour toute cuisine Nous grignoterons des fruits de la Chine, Et nous ne boirons que dans du vermeil; Pour nous endormir, ainsi que des chattes, Nous nous étendrons sur de fraîches nattes; Nous oublierons tout, même le soleil ! Germain NOUVEAU ( 1851-1920 )  | aube - 1246157  Publié le 08/06/2008 à 23:34  j ai retrouve Pablo neruda merci mille fois merci | alizarine - 1374418  Publié le 11/06/2008 à 12:52 
L'hiver nous irons dans un petit wagon rose Avec des coussins bleus. Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose Dans chaque coin moelleux. Tu fermeras l'oeil pour ne point voir par la glace Grimacer les ombres des soirs, Ces monstruosités hargneuses, populace De démons noirs et de loups noirs. Puis, tu te sentiras la joue égratignée. Un petit baiser, comme une folle araignée, Te courra par le cou. Et tu me diras:" Cherche! " en inclinant la tête, Et nous prendrons du temps à chercher cette bête - Qui voyage beaucoup. Arthur Rimbaud (1854-1891)
| alizarine - 1374418  Publié le 14/06/2008 à 18:28 
Pensant, prenant dans mes filets des ombres en la profonde solitude. Toi aussi tu es loin,ah plus loin que personne. Pensant, lâchant des oiseaux, dissipant des images, enterrant des lampes. Clocher de brumes, si loin, là-haut! Noyant des lamentations, moulant de sombres espoirs,meunier taciturne, la nuit vient à toi à plat ventre, loin de la ville. Ta présence est étrangère, extérieure à moi comme une chose. Je pense, parcours longuement, ma vie avant toi. Ma vie d'avant quiconque, mon âpre vie. Le cri face à la mer, parmi les pierres, courant libre, fou, dans la vapeur de la mer. La furie triste, le cri, la solitude de la mer. Emporté, violent, étiré vers le ciel. Toi, femme, qu'étais-tu là, quel pli, quelle branche de cet éventail immense? Tu étais loin comme maintenant. Incendie dans le bois! Il flambe en croix bleues. Il flambe, flambe, flamboie, étincelle en arbres de lumière. Il s'écroule, crépite. Incendie. Incendie. Et mon âme danse blessée de copeaux de feu Qui appelle? Quel silence peuplé d'échos? Heure de la nostalgie, heure de la joie, heure de la solitude, heure mienne entre toutes! Corne dans laquelle le vent passe en chantant. Tant de passion de pleurs nouée à mon corps. Secousse de toutes les racines, assaut de toutes les vagues! Roulait joyeuse, triste, interminable, mon âme. Pensant, enterrant des lampes en la profonde solitude. Qui es-tu toi? Qui es-tu? Pablo NERUDA | <<Première | <Précédente | 13 | 14 | 15 | Page 16  Accueil | Conditions générales | Publicité | FAQ | Contact
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