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alizel - 1112925 Publié le 30/06/2008 à 12:55  Lorsqu’un pilote kamikaze qui avait écrasé son avion défaillant sur une île est revenu à sa base demander un autre avion, son supérieur gradé se fâcha : « Comment, tu as osé revenir, tu as sauvé ta vie ? » Le jeune pilote serra les poings de rage ; il comprenait tout à coup qu’eux, qu’on avait appelés « les dieux de la guerre », eux les kamikazes, n’étaient en fait considérés que comme une partie de l’avion. Dans de telles conditions, le jeune homme décida de ne pas sacrifier à nouveau sa vie. (cette histoire, et d'autres destins, seront évoqués mercredi soir sur la chaîne publique de télévision Arte, vers vingt et une heure. Profitons-en, le service public est menacé de disparition)
| Professeur Paganel - merci, Lenovo ! - 980920  Publié le 30/06/2008 à 13:05 
Citation: un pilote kamikaze qui avait écrasé son avion défaillant sur une île est revenu à sa base
Je croyais qu'on leur coupait les jambes avant, afin qu'il puissent emporter un peu plus de charge en carburant ou en explosifs. J'avais en tout cas vu jadis un documentaire là-dessus (on y interrogeait des pilotes qui étaient "en chantier", et encore sur leur lit de convalescence quand le Japon a capitulé. Tu parles d'un mauvais gag ! On a en principe besoin de jambes pour piloter un avion, mais pas forcément pour une bombe volante : celle-ci était lancée par une catapulte et n'avait pas non plus à se préoccuper d'un atterrissage en douceur  Citation: le service public est menacé de disparition
Uniquement en tant que public, pas en tant que service On connaissait le potager du Roi et les gardes prétoriennes : voilà que la panoplie du parfait petit absolutiste se complète. Il se murmure que l'Elysée pourrait exiger la demande de son imprimatur et son nihil obstat avant la publication de tout bulletin météo. | alizel - 1112925 Publié le 01/07/2008 à 02:20  C'est la première fois que je lis une mention d'une telle préparation des kamikazes... j'ignorais que les autorités militaires japonaises étaient allés aussi loin dans le fait de se servir de l'enthousiasme et de l'abnégation de ces très jeunes gens... certains kamikazes ont survécu, et ont laissé leur témoignage... enfin leur état d'esprit était peut-être meilleur que celui de soldats français qu'on envoyait par vagues successives à l'assaut de mitrailleuses allemandes abattant dix hommes à la seconde... Votre contribution, professeur, me fait penser à une nouvelle de Jean-pierre Andrevon (quant au titre de la nouvelle, ça sonne comme "Chépukoi...") : il raconte comment, dans une société où le rapport homme/profit est appliqué à une situation de guerre, un vétéran est réemployé systématiquement sur les champs de bataille, en dépit de mutilations subies ; jamais il ne doute de la victoire, même réduit à l'état homme-tronc conduisant une sorte de petite mine-taupe individuelle; on se demande si on ne trouverait pas, si jamais seule sa tête est sauvée de l'explosion ( la chirurgie militaire a fait des progrès considérables, avec ces blessés, ces infirmes, ces mutilés par dizaines de milliers), le moyen de lancer sa tête enthousiaste et résolue sur les rangs ennemis afin qu'elle en morde les soldats... Dulce et decorum est pro patria mori (c'est Robert Escarpit, sauf erreur, qui s'est fait bien engue.ler pour avoir, avec ce vers d' Horace motivé des résistants qui au premier engagement aux premiers blessés et aux premiers morts, se sont aperçus que ce n'était pas du tout, mais alors là pas du tout aussi decorum qu'il le disait... ...) | alizel - 1112925 Publié le 02/07/2008 à 20:56  Le premier prisonnier japonais de la guerre du Pacifique fait par les américains demandait constamment à ses geôliers l’autorisation de se suicider. Invariablement, on lui répondait : « non. »
| Nosy - 2286960  Publié le 02/07/2008 à 20:57  Banzaï !!! | alizel - 1112925 Publié le 04/07/2008 à 17:24  Désigner par un même terme les auteurs d’actions à seule fin terroriste est une injustice qui flatte l’action des uns et amoindrit la portée du sacrifice des autres : en effet il est inexact de confondre sous une même dénomination des jeunes gens disant sans joie adieu à la vie avant d’avoir bien commencé à la connaître, pour détruire une flotte ennemie par amour de leur pays menacé directement d’invasion et de leur famille, avec d’autres de nos jours, fanatisés par une religion et l’espoir d’une récompense dans l’au-delà, qui se soutiennent par la haine en allant tuer ou mutiler des enfants et des femmes d’une autre religion ; l’objectif de ces derniers est nettement terroriste. Par contre, si effectivement les autorités japonaises pouvaient compter sur l’effet de ces vagues suicides par milliers pour dissuader les armées américaines de se résoudre à débarquer sur le sol nippon (où elles auraient pu s’attendre en effet à affronter une population prête à des actions désespérées plutôt que de se rendre -des toutes jeune filles, apprit-on avaient été formées au maniement en lances en roseau, des roseaux contre des chars, des mitrailleuses ! Je ne me souviens plus du nom de ce film japonais – on voudra bien croire à défaut de plus ample information que le réalisateur en était sans doute Chépuki- où l’on voit, longtemps après la guerre, un homme guetter les véhicules à moteur et se jeter sous celui-ci en roulant sur le sol, un fardeau contre lui, en criant banzaï ! –il avait été ainsi formé enfant pendant la guerre à se jeter sous les chars ou les camions américains ). Dans le cadre de la guerre endommager un porte-avions gardé par des centaines d’avions et davantage encore de canons était une nécessité militaire immédiate, détruire un car scolaire avec ses passagers étant d’un intérêt militaire moins que médiocre.
| alizel - 1112925 Publié le 04/07/2008 à 17:26  On entraînait intensément des centaines de jeunes gens, certains à peine sortis de l’enfance, à se préparer à des actions kamikazes pour sauver le Japon, comme l’avait fait le « vent divin » anéantissant la flotte mongole, sept siècles auparavant. Les actions kamikazes avaient des résultats spectaculaires. Lors du premier raid ainsi réalisé, un seul avion ayant percuté le pont d’un porte-avion la monstrueuse bombe dont il était chargé déchira les ponts successifs jusqu’à éclater sous la coque. Les dégâts furent considérables : la déchirure ainsi causée dans le navire était plus large qu’un semi-remorque, selon un témoin, on compta neuf morts plusieurs dizaines de blessés, et le navire gravement endommagé fut dirigé vers sa base de départ et immobilisé pendant plusieurs mois pour effectuer les réparations nécessaires. Le premier raid kamikaze était un parfait succès.
| alizel - 1112925 Publié le 04/07/2008 à 17:31  Les officiers qui formaient les jeunes à voler vers l’ennemi sans espoir de retour leur disaient qu’eux-mêmes devaient les former, mais « allez de l’avant, nous vous rejoindrons après votre disparition. » En fait, peu, très peu d’officiers qui les instruisaient ont suivi les kamikazes, la plupart ont sauvé leur vie . Certains verront là une attitude peu reluisante ; mais toute proportion gardée souvenons-nous de celle d’officiers supérieurs et d’état-major qui en 1940 pour fuir plus vite devant les armées allemandes laissèrent des dizaines de milliers de soldats français sans commandement, sans ordre, sans liaisons, organiser comme ils le pouvaient la résistance contre l’ennemi, sans qu’aucun officier n’ait eu l’idée de signer un ordre de repli tout en se mettant lui-même à l’abri ; ces badernes distinguées se rallièrent aisément , comme on peut le supposer, à la théorie de la défaite selon le Maréchal Philippe Pétain exposant que l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice, mais non pas pour accuser les graves manquements de la hiérarchie militaire, honorée, décorée, pardonnée, mais pour fustiger le Front populaire qui limita la durée hebdomadaire de travail à quarante heures (un peu comme de nos jours on a accusé comme un leitmotiv de propagande la limitation du travail hebdomadaire à trente cinq heures, de la responsabilité des difficultés économiques de la France pendant que des dizaines de goldenparachutés fuyaient en toute tranquillité vers la Suisse) et créa les congés payés, au grand scandale des classes ayant le monopole historique de l’oisiveté. Comme l’héroïsme de beaucoup d’officiers français (qu’on se rappelle au moins par exemple de la résistance des cadets de Saumur tenant un pont sur la Loire) firent oublier les graves manquements des autres, il y eut tout de même bien sûr de la part d’officiers japonais commandant des kamikazes des attitudes héroïques qu’on a peut-être encore plus de mal à comprendre dans leur abnégation désintéressée que l’insouciance stupide de vieilles badernes préférant livrer la France à Hitler plutôt que de risquer d’y voir l’influence de Staline s’y aggraver !
| alizel - 1112925 Publié le 04/07/2008 à 17:32  Ainsi l’enseigne de vaisseau Fuji (si je me souviens bien de son nom), qui enseignait sur un porte-avion les techniques kamikazes regardait s’envoler tous les jours sans retour les jeunes gens qu’il avait formés ; il s’ouvrit à sa femme (le documentaire que vous n’avez bien sûr pas manqué montre la photographie d’une ravissante jeune femme avec de grands yeux noirs et les traits doux , tenant un bébé par la main, l’autre dans ses bras) de la tristesse qu’il avait ainsi à voir accomplir sans faiblir ce que dictait leur devoir de soldats d’aussi jeunes gens qu’il avait instruits, alors que lui n’était même pas avec eux pour les accompagner et leur montrer l’exemple. Il finit par s’envoler aussi dans un avion pour une mission-suicide, alors que la poste nippone était en train de convoyer une lettre qu’un autre que lui ouvrira, où il aurait pu lire ces mots de sa femme où exposant qu’elle ne voulait pas être pour lui et ses enfants un fardeau le retenant de faire son devoir comme l’honneur semblait le lui dicter, elle préférait mettre fin à ses jours. Et de fait, elle s’était jetée dans un fleuve ses enfants dans les bras.
| alizel - 1112925 Publié le 04/07/2008 à 17:35  Peut-être verrons-nous quelque chose d’inhumain dans cette attitude, terrible ; mais s’il y avait une gradation possible dans l’horreur cette attitude paraitrait peut-être moins horrible, si possible, que la détermination du mari à Okinawa qui retenant ses larmes battit à mort sa femme et ses enfants avant de se tuer plutôt que de risquer de les voir au pouvoir d’ennemis que la propagande disait insensibles et cruels (qui a vu Level Five de Chris Marker se souvient également de l’expression de cette femme qui regarde l’objectif de la caméra américaine qui la fixe avant de se jeter du haut d’une falaise). | alizel - 1112925 Publié le 04/07/2008 à 17:41  Cependant il faut se souvenir que le Japon avait la mystique des peuples jusque là invaincus et pour qui la défaite est impensable. Après l’anéantissement de Tokyo par l’incendie, il restait aux Japonais à subir l’horreur des destructions d’Hiroshima et de Nagasaki pour accepter la reddition inéluctable. La mystique du guerrier ne pouvant être vaincu a privé le Japon de milliers de ses jeunes les plus courageux qui n’auraient pas été de trop pour relever un pays dévasté par les bombardements et abattu moralement par la défaite, et n’a pas eu le résultat escompté par ceux qui s’en servaient : une nation résolue à tout pouvait-elle être vaincue ? L'histoire avait pourtant déjà donné l'exemple de peuples remarquables ayant dû subir le joug des défaites. Cette mystique guerrière a été aussi la cause du profond abattement de jeunes qu’on avait élevés et préparés au sacrifice de leur vie à un pays au rayonnement solaire et conquérant, et pas à la paix ni à affronter le souci quotidien de reconstruire un pays dévasté et vaincu. Par plus d’un aspect certains films de Kurosawa, par exemple, qui a vécu la dictature militaire sous la mystique du Bushidô et la transformation du Japon en puissance économique pacifique devant lutter contre l’uniformisation occidentale, témoignent de cette crise morale ; le chef d’œuvre qu’est « Chien enragé », un des plus grands films du maître japonais, outre une histoire policière magnifiquement interprétée par Toshiro Mifune qui trouve là l’un de ses premiers –et meilleurs –rôles, est un témoignage particulièrement prenant sur le Japon de la reconstruction et sur la démoralisation des soldats démobilisés d’une armée vaincue.
| alizel - 1112925 Publié le 04/07/2008 à 17:46  On peut supposer quel courage il fallut pour les survivants pour reconstruire un pays pour la première fois vaincu. C’était encore une autre aventure, quotidienne et moins brillante que de faire le sacrifice de sa vie en une action unique. Mais à plus d'un point de vue, ombrée tout de mêmes par certaines réalités insupportables, c'est une brillante réussite. Les kamikazes furent les derniers guerriers samouraïs. Certains se sont reconvertis, un peu comme à l’époque des ronins et de la fin des royaumes combattants que raconte Kobayashi, le réalisateur d un film Hara-Kiri (encore un incomparable chef d’œuvre ), leur existence a dû être bien difficile, comme celle de bien des Japonais survivant à tant de deuils.
| Diane F - Dream of a Summer Night - 2025831  Publié le 04/07/2008 à 17:50  Alizel ! Tout ce que tu viens de décrire dans le détail et brillamment, ma foi, ma maman me l'a raconté tant et tant quand j'étais enfant ! Cela me fascinait et me faisait peur à la fois ! En tout cas, le Japon s'est beaucoup occidentalisé bien qu'il conserve ses traditions ancestrales ; et c'est une bonne chose  | Professeur Paganel - merci, Lenovo ! - 980920  Publié le 04/07/2008 à 17:57 
Citation: Hara-Kiri (encore un incomparable chef d’œuvre )
Il y avait dans les années 60 un mensuel du même nom qui était un chef d'oeuvre aussi. Avec rien que des génies, mais cependant pas (encore) un seul Japonais. | Diane F - Dream of a Summer Night - 2025831  Publié le 04/07/2008 à 18:01  Oui, je m'en souviens | alizel - 1112925 Publié le 04/07/2008 à 18:03 
Citation: le Japon s'est beaucoup occidentalisé et c'est une bonne chose
permets-moi de ne pas partager ton avis. le film d'Akira Kurosawa, Rhapsodie en août évoque avec une certaine mélancolie l'occidentalisation du Japon. Si tu as vu "Vivre", du même réalisateur, tu auras compris bien sûr qu'un peuple peut être rayonnant d'humanité sans nécessairement être tributaire de façons de vivre à l'occidentale. Tu sais sans doute que certains grands crus de Bordeaux ont été affadis pour correspondre au goût de critiques américains, et certains vins de Bourgogne, naturellement plus clairs, ont été artificiellement asombris pour les mêmes raisons? Ce ne sont là que des petits méfaits que produit l'occidentalisation et la nouvelle mystique du commerce. Je souhaite aux Japonais de ne pas perdre leur goût cultivé par tradition (et goût des belles choses) et transmis par générations successives, par celui du profit. | Diane F - Dream of a Summer Night - 2025831  Publié le 04/07/2008 à 18:04  Tu n'as pas mis toute ma phrase ! J'ai dit que le Japon s'était occidentalisé tout en gardant ses traditions ancestrales (et c'est cela dans mon esprit qui est une bonne chose) ! Il faut tout mettre quand on sort une phrase de son contexte Par exemple le rituel du thé ! Même dans les famille très "à l'occidentale" il y a une pièce réservée à cette tradition | alizel - 1112925 Publié le 04/07/2008 à 18:07  désolé, ta phrase était donc ambigue... | alizel - 1112925 Publié le 04/07/2008 à 18:15  a-t-on vu un pilote dans cet avion? Où est-il?
 | Diane F - Dream of a Summer Night - 2025831  Publié le 04/07/2008 à 22:32  La nouvelle musique japonaise ! Joe Hisaishi - Summer C'est excellent (ce n'est que mon avis) http://www.youtube.com/watch?v=qEb4TG10jW8
| Lena-rosa - 2290907  Publié le 04/07/2008 à 23:17  | alizel - 1112925 Publié le 05/07/2008 à 07:52  C'est bien possible, Diane, cependant si la musique peut avoir bien des effets remarquables, il n'y a pas je crois d'exemple reconnu où un chanteur a réussi à couler un navire de guerre avec tout son équipage, en faisant le sacrifice de sa vie avec son art; mais l'image est intéressante, merci! |
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