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Professeur Paganel, rhapsode - 980920  Publié le 15/11/2007 à 17:22  J'avais gardé un dossier de coupures de presses de l'époque, mais puisque tout est sur le Net, c'est encore plus simple : http://www.pierre-vidal-naquet.net/spip.php?article49 | Professeur Paganel, rhapsode - 980920  Publié le 20/11/2007 à 10:12  Tiens ? Je croyais en avoir donné un extrait. Bon, alors un petit au cas où il y en aurait de trop flemmards pour cliquer :Citation: * Monsieur Bernard-Henri Lévy place au « 7e jour » (p. 238) de la création le péché originel. Il faut croire qu’Adam et Ève ont profité du repos du Seigneur ; mais cette précision surprendra les lecteurs de la Genèse ; * prenant le Pirée pour un homme, il fait (p. 79) d’Halicarnasse un auteur grec ; * de l’Antigone de Sophocle, tragédie représentée à Athènes en 442 av. J.-C. et dont l’action se passe dans la Thèbes du second millénaire, il fait une pièce qui nous informe sur Thèbes à la fin du Ve siècle (p. 87) ; c’est comme si la Phèdre de Racine était utilisée comme document sur la Crète au temps de Louis XIV ; * il fait (p. 79) de textes qui s’échelonnent entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle ap. J.-C. des témoignages datant du temps de la « romanité expirante » ; c’est simplement se tromper de trois ou quatre siècles ; * Robespierre, qui organisa le culte de l’Être Suprême, est accusé de « mise à mort du Dieu Un et Souverain » (p. 106) ; * un texte de Benjamin Constant (1818) et un autre de Fustel de Coulanges (1864) sont déclarés (p. 42) « à peu près contemporains » et c’est même le premier qui fait « spectaculairement écho » au second. À ce compte, on pourrait déclarer « à peu près contemporains » le J’accuse de Zola (1898) et l’Appel du 18 juin du général de Gaulle ; * de Staline, il est dit que, « au milieu de l’année 1928, […] il lance les masses sur la Place Rouge, à l’assaut d’un parti qui l’a mis en minorité et retarde pour l’heure la procession du socialisme » (p. 23). Et cette mise en minorité et cette manifestation sont une pure invention ;
Et bien entendu la meilleure pour la fin :Citation: * Bernard-Henri Lévy cite (p. 278, note 49) la « déposition d’Himmler » au procès de Nuremberg. Ce dut être une déposition fantomatique, car Himmler s’est suicidé après son arrestation, par les troupes anglaises, le 23 mai 1945 ;
| Diane - Final Fantasy - 2025831  Publié le 20/11/2007 à 10:16  Mais comment se fait-il qu'il se trompe à ce point | Professeur Paganel, rhapsode - 980920  Publié le 20/11/2007 à 10:26  C'est le problème de ceux qui désirent produire à la hâte plutôt que de prendre leur temps pour faire un bon travail. En ce sens, BHL était un précurseur, car cette attitude était encore rare en 1979. Il a aussi ouvert par ce bouquin une brèche par laquelle se sont ensuite engouffrés un tas de fumistes; à tel point qu'on se demande où sont les autres, au cas où il en resterait ! Lis d'ailleurs sur le même lien la réponse ahurissante de BHL et sa re-claque par Vidal-Naquet, le tout conclu par une synthèse hélas fort exacte de Castoriadis  Citation: Mais des individus richement pourvus de ces absences de qualités ont existé de tout temps. Généralement, ils faisaient fortune dans d’autres trafics, non dans celui des « idées ». Une autre évolution a été nécessaire, celle précisément qui a fait des « idées » un objet de trafic, des marchandises consommables une saison et que l’on jette (oublie) avec le prochain changement de mode. Cela n’a rien à voir avec une « démocratisation de la culture » pas plus que l’expansion de la télévision ne signifie « démocratisation de l’information », mais très précisément, une désinformation uniformément orientée et administrée. Que l’industrie des médias fasse son profit comme elle peut, c’est, dans le système institué, logique : son affaire, c’est les affaires. Qu’elle trouve des scribes sans scrupule pour jouer ce jeu n’est pas étonnant non plus. Mais tout cela a encore une autre condition de possibilité : l’attitude du public. Les « auteurs » et leurs promoteurs fabriquent et vendent de la camelote. Mais le public l’achète – et n’y voit que de la camelote, des fast-foods. Loin de fournir un motif de consolation, cela traduit une dégradation catastrophique, et qui risque de devenir irréversible, de la relation du public à 1’écrit. Plus les gens lisent, moins ils lisent. Ils lisent les livres qu’on leur présente comme « philosophiques » comme ils lisent les romans policiers. En un sens, certes, ils n’ont pas tort. Mais, en un autre sens, ils désapprennent à lire, à réfléchir, à critiquer. Ils se mettent simplement au courant, comme l’écrivait L’Obs il y a quelques semaines, du « débat le plus chic de la saison ». Derrière cela, des facteurs historiquement lourds. Corruption des mécanismes mentaux par cinquante ans de mystification totalitaire : des gens qui ont si longtemps accepté l’idée que la terreur stalinienne représentait la forme la plus avancée de la démocratie n’ont pas besoin de grandes contorsions intellectuelles pour avaler l’affirmation que la démocratie athénienne (ou l’autogestion) équivaut au totalitarisme. Mais aussi la crise de l’époque, l’esprit du temps. Minable époque, qui, dans son impuissance à créer ou à reconnaître le nouveau, en est déduite à toujours resucer, remastiquer, recracher, revomir une tradition qu’elle n’est même pas capable de vraiment connaître et de vraiment faire vivre. Il faut enfin aussi – à la fois condition et résultat de cette évolution – l’altération et la dégradation essentielle de la fonction traditionnelle de la critique. Il faut que la critique cesse d’être critique et devienne, plus ou moins, partie de l’industrie promotionnelle et publicitaire. Il ne s’agit pas ici de la critique de l’art, qui pose d’autres questions ; ni de la critique dans les domaines des sciences exactes, ou des disciplines spécialisées, où jusqu’ici la communauté des chercheurs a su imposer 1’ethos scientifique. Dans ces domaines, du reste, les mystifications sont rares aussi pour une bonne raison : trafiquer les coutumes des Bamilékés ou les décimales de la constante de Planck ne rapporte rien. Mais trafiquer les idées générales – à l’intersection des « sciences humaines », de la philosophie et de la pensée politique – commence à rapporter beaucoup, notamment en France. Et c’est ici que la fonction de la critique pouvait et devait être importante, non pas parce qu’elle est facile, mais précisément parce qu’elle est difficile. Devant un au-teur qui prétend parler de la totalité de l’histoire humaine et des questions qu’elle soulève, qui et comment peut distinguer s’il s’agit d’un nouveau Platon, Aristote, Montesquieu, Rousseau, Hegel, Marx, Tocqueville – ou d’un faux-monnayeur ? Que l’on ne vienne pas me dire que c’est aux lecteurs de juger : c’est évident, et futile. Ni que j’invite la critique à fonctionner comme censure, à faire écran entre les auteurs et le public. Ce serait d’une insigne hypocrisie. Car la critique contemporaine accomplit massivement déjà cette fonction de censure : elle enterre sous le silence tout ce qui n’est pas à la mode et tout ce qui est difficile. Parmi ses plus beaux fleurons de honte, par exemple : elle ne mentionne, fugitivement, Lévinas que depuis que celui-ci, pillé-haché menu, a été utilisé dans la macédoine-Lévy. Et elle impose, pour autant que cela dépend d’elle, les « produits ». À croire les critiques français, on n’a produit dans ce pays depuis trente ans que des chefs-d’oeuvre ; et rien qui soit mauvais ou critiquable. Il y a belle lurette que je n’ai vu un critique critiquer vraiment un auteur. (Je ne parle pas des cas où la critique est obligée de se faire 1’écho de polémiques entre auteurs ; ni des critiques « politiquement » orientées.) Tout ce qui est publié – tout ce dont on parle – est merveilleux. Le résultat serait-il différent s’il y avait une censure préalable et si les critiques écrivaient sur ordre ? L’asservissement commercial-publicitaire ne diffère pas tellement, de ce point de vue, de l’asservissement totalitaire. Il y a des standards formels de rigueur, de métier, dont la critique doit exiger le respect, et informer le lecteur si tel n’est pas le cas. Il y a un compte rendu du contenu des ouvrages, aussi honnête et fidèle que possible, à faire (pourquoi le Times Literary Supplement ou la New York Review of Books peuvent-ils le faire et les critiques français non ?). Et il y a un jugement sur le fond que le critique doit risquer et qu’il risque quoi qu’il fasse. Quoi qu’ils fassent, les critiques français qui ont porté aux nues toutes ces années les vedettes successives de l’idéologie française resteront à jamais devant l’histoire avec leur bonnet d’âne. Le respect des standards formels de rigueur n’est pas une question « formelle ». Le critique doit me dire si l’auteur invente des faits et des citations, soit gratuitement, ce qui crée une présomption d’ignorance et d’irresponsabilité, soit pour les besoins de sa cause, ce qui crée une présomption de malhonnêteté intellectuelle. Faire cela, ce n’est pas être un cuistre, mais faire son travail. Ne pas le faire, c’est abuser son public et voler son salaire. Le critique est chargé d’une fonction publique, sociale et démocratique, de contrôle et d’éducation. Vous êtes libre d’écrire et de publier n’importe quoi ; mais si vous plagiez Saint-John Perse, sachez que cela sera dit haut et fort. Fonction d’éducation des futurs auteurs et des lecteurs, d’autant plus vitale aujourd’hui que l’éducation scolaire et universitaire se dégrade constamment. Pour deux raisons, le respect de ces standards est important. D’abord parce qu’il montre si l’auteur est capable ou pas de se soumettre à certaines lois, de s’autodiscipliner, sans contrainte matérielle ou extérieure. Aucune nécessité logique, ici : dans l’abstrait, on peut concevoir qu’un auteur génial maltraite au possible les faits et les citations. Mais, par un de ces mystères de la vie de l’esprit – visiblement impénétrables pour les génies-Darty –, on n’en connaît guère d’exemple. Il se trouve que les grands créateurs ont toujours aussi été des artisans acharnés. Que Michel-Ange allait surveiller lui-même l’extraction de ses marbres dans les carrières. Que, lorsqu’un savant archéologue a voulu dénoncer des « inexactitudes » dans Salammbô – roman, non pas ouvrage historique –, Flaubert a pu lui démontrer qu’il connaissait l’archéologie punique et romaine mieux que lui. Mais aussi parce qu’il n’y a pas d’abîme séparant le « formel » et le « substantiel ». Si les critiques avaient tiqué sur le désormais célèbre auteur Hali-baba-carnasse, ils auraient facilement découvert, de fil en aiguille, que 1’« auteur » tire son « érudition éblouissante » du Bailly (excellent dictionnaire pour les terminales des lycées, mais pas pour une enquête sur la culture grecque) et que les âneries qu’il raconte sur l’absence de « conscience » en Grèce tombent déjà devant cette phrase de Ménandre : « Pour les mortels, la conscience est dieu. » S’ils avaient tiqué devant la « mise à mort du Dieu » par Robespierre, ils auraient peut-être plus facilement vu ce qui est gros comme une maison : que 1’« auteur » falsifie les faits pour lier athéisme et Terreur, et brouiller l’évidence historique massive montrant que les « monothéismes » ont été, infiniment plus que les autres croyances, sources de guerres saintes, d’extermination des allodoxes, complices des pouvoirs les plus oppressifs ; et qu’ils ont, dans deux cas et demi sur trois, explicitement réclamé ou essayé d’imposer la confusion du religieux et du politique. Si la critique continue à abdiquer sa fonction, les autres intellectuels et écrivains auront le devoir de la remplacer. Cette tâche devient maintenant une tâche éthique et politique. Que cette camelote doive passer de mode, c’est certain : elle est, comme tous les produits contemporains, à obsolescence incorporée. Mais le système dans et par lequel il y a ces camelotes doit être combattu dans chacune de ses manifestations. Nous avons à lutter pour la préservation d’un authentique espace public de pensée contre les pouvoirs de l’État, mais aussi contre le bluff, la démagogie et la prostitution de l’esprit.
Le scandale levé par Sokal et Bricmont viendra quelques années plus tard confirmer la vision de Castoriadis. | Markooooooooo - 49914  Publié le 20/11/2007 à 10:31  Franchement quand on lit ca : Le véritable problème n’est donc pas de « critiquer » le livre de Bernard-Henri Lévy, car il est en deçà de toute critique ; il est de se demander : 1) Comment un normalien, agrégé de philosophie selon ce que nous apprend la couverture du livre, peut-il se mépriser lui-même et mépriser ses lecteurs au point de leur infliger une pareille « science » et se comporter, pour utiliser son propre vocabulaire (pp. 78-79), comme un « bateleur analphabète » ? 2) Comment il peut se faire que, sans exercer le moindre contrôle, un éditeur, des journaux, des chaînes de télévision lancent un pareil produit, comme on lance une savonnette, sans prendre les garanties de qualité que l’on exige précisément d’une savonnette ? Est-ce cela la « Barbarie à visage humain » ? Franchement ca tue ! | J - 1118305 Publié le 20/11/2007 à 21:07  Que voulez-vous on ne peut pas être à la fois un grand judoka et un petit filousophe... | Vénusia - 1933817 Publié le 21/11/2007 à 10:34  Le problème, à mon sens, est que justment, une pensée originale, et donc intéressante, et donc "de qualité", forcément n'est pas à la mode, puisqu'elle introduit une rupture. Par conséquent, elle ne peut être entendue, elle est censurée par les dictats de la pensée à la mode. Totalitarisme ? Je ne sais pas. En tout cas, il y a un conformisme général assez inquiétant. | J - 1118305 Publié le 21/11/2007 à 14:33 
Citation: une pensée originale, et donc intéressante
J'espère que tu ne parles pas de BHL pas un seul de ses livres, articles ou même films n’a formulé la moindre proposition philosophique. A son sujet je parlerai d'exception culturelle française Mais si tu aimes BHL commence au moins par lire Badiou... | Professeur Paganel, rhapsode - 980920  Publié le 21/11/2007 à 14:40 
Citation: Citation:une pensée originale, et donc intéressante J'espère que tu ne parles pas de BHL
On ne voit pas ce qui pourrait le faire penser. Elle est bizarre, ta réaction... | Professeur Paganel, rhapsode - 980920  Publié le 21/11/2007 à 14:42 
Citation: En tout cas, il y a un conformisme général assez inquiétant.
C'est assez curieux, en effet. Donc commençons par balayer devant notre porte en le mettant gentiment, mais fermement, à la porte du serveur Affection. Quelques uns s'y emploient, dit-on | J - 1118305 Publié le 21/11/2007 à 16:50 
Citation: On ne voit pas ce qui pourrait le faire penser. Elle est bizarre, ta réaction
Arf, sans doute une panne d'intelligence ou bien alors une micro sieste de mon cerveau, cela m'arrive parfois lorsque l'on parle de BHL "petitio principii" | Lake - 1522535  Publié le 21/11/2007 à 16:53 
Citation: une micro sieste de mon cerveau
| 2229081 Publié le 03/12/2007 à 10:00  Marcuse, dans "L'homme unidimensionnel " avait déjà analysé la fin de la "conscience malheureuse", qu'il considère comme pensée critique par excellence. Castoriadis, ce "titan de l'esprit", met en évidence le déclin de l' "imaginaire radical ", c'est-à-dire cette part de créativité de la pensée humaine qui permet de penser au-delà du système institué de pensée. Ces deux auteurs analysent l'enfermement de la pensée, ou le rétrécissement des possibles... Après le "Grand renfermement" foucaldien, moment de la séparation des corps des fous et des non fous, il me semble que c'est l'emprise de la conscience elle-même qui est aujourd'hui au centre du "dispositif disciplinaire" post-moderne. En ce sens, l'article concernant les liens entre la gauche et BHL paru dans le Monde diplomatique du mois de novembre 2007 est à épingler sur le bureau, car quand les décideurs politiques de la gauche s'inspirent des écrits d'un auteur de l'envergure de BHL pour guider leurs actions, le pire reste, encore, à venir... | 2052856 Publié le 03/12/2007 à 10:06  Bon BHL..c'est fait! il n'a plus qu'à faire chanter sa femme pour vivre |
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