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Sergent Legourdin (le retour) - 2331325 Publié le 31/08/2008 à 03:10  Vendredi dernier, j'arrivai sur Sabrosa, une petite localité située à une quinzaine de bornes de Vila Real. Je retrouvai mon vieux pote Ribeiro. Il n'avait pas changé, un solide type, trapu, un éternel sourire figé sur un visage buriné... Je l'avais connu au nord de Kaboul. Nous faisions des vols au ras du sol, en hélicoptère, un antique Mi2 Hoplite, piqué aux Russes. Plus tard nous passions sur autre chose de plus velu, histoire de localiser les bases arrières "soviétiques". Nous avions un Kamov Ka-27, le bruit des turboshafts Isotov me résonnent encore dans la tête, un bruit sourd, tenace et régulier. Ribeiro et Moktar étaient aux commandes, moi, j'avais la sulfateuse en main, porte latérale grande ouverte, les cailloux ocres défilaient et les terres sèches lèchaient presque le fuselage. Putain que c'était jouissif, nous marchions à l'adrénaline, j'avais 19 ans, la poussière et les impactes de balles sur la machine, nous faisaient ressentir toute l'intensité de la vie. -" Boa tarde my friend!" Dis-je -" Salut enfoiré!" Dit-il rigolard Nous papotames deux ou trois heures et plus particulièrement de la dernière version du Ka-50 Hokum, le modèle V-80 modifié. Une merveille d'hélicoptère de support. Nous n'avions pas parlé du passé, seulement les passages où nous allions nous détendre dans des bars clandestins tenus par les Tchétchènes. Des endroits plutôt étranges, comme suspendus dans les brumes de l'amnésie, flanqués dans les quartiers ouest de Kaboul. Il y avait toujours deux salles. Une pour les Afghans et autres nationalités, et la deuxième pour les russes. La guerre était interdite en ces lieux, un espace de paix et de liberté pour tous, où tout ce qui pouvait se vendre, ou être acheté, s'y trouvait. La monnaie était strictement le dollard. Nous laissions aux vestiaires nos peurs, nos certitudes, nos croyances... Nous savions que tous ces jeunes Russes pouvaient mourir demain, et ces gars là savaient la même chose de nous... Nous étions donc à égalité, et c'est sans haine que nous buvions de la Vodka supérieure, ou des cocktails Gatling-Gun. Boisson inventée par Harry F. Aaron, agent pas très actif de la CIA qui avait en charge l'Ouest de cette charmante ville. Tout le monde l'appelait "Gatling-drunk", il passait son temps à se perdre dans l'alcool, mais il avait l'art de mettre tout ce bon petit peuple, d'accord. Ce mélange était invariablement le même, deux mesures de Vodka, une mesure de Scotch, une bière, puis une lichette de sirop de menthe, remuer tout doucement la mixture, boire, et c'était excellent, le genre de boisson à défriser un yak. (A suivre...) | Sergent Legourdin (le retour) - 2331325 Publié le 02/09/2008 à 00:55  Plus je sollicite mes souvenirs, plus ma mémoire diffuse des images d'une grande précision, comme une lumìere crue, faisant apparaître le moindre détail.. Je quittais souvent mes potes, je revêtais un uniforme de l'armée Russe couleur sable et marchais à deux patés de maison du bar, pour aller voir ma petite copine. Trouver une fille à cette époque trouble tenait de l'exploit. Il y avait peu de femmes pour beaucoup d'hommes. Je pouvais me contenter d'une pute, mais payer pour se détendre me parait invraisemblable. Pourtant, au-dessus des pubs, dans de grandes pièces aux rideaux rouge-vermillon, il y avait du choix, de la moldave, de la russe orientale, de la gabonnaise, et quelques autres dont la nationalité n'était pas très bien définie. -" Coucou! C'est moi ma petite perle..." Disais-je à chaque fois. Elle ne comprenait rien mais je représentais pour elle, "Le français", donc la représentation vivante de la culture, du bon goût, du savoir vivre. de la finesse, du romantisme, bref, la classe! Elle était d'origine népalaise, le teint sombre, des yeux si bridés que j'avais du mal à capter son regard. Je l'aimais bien, nous ne parlions pas ensemble, quelques gestes, quelques regards suffisaient à nous comprendre, et puis pour baiser il n'est pas nécessaire de pondre un discours fleuve, la dissertation pré-baisouille n'est pas mon fort; il paraît que la femme bande avec l'oreille, et bien j'en parlerai au prochain clitoris que je croise... Elle était potelée, surtout des fesses, avec de tout petits seins. Sa peau était douce, fine, presque noire et un ventre rond où j'appréciais m'y assoupir... J'aimais m'agripper à ses hanches épaisses, en levrette, j'avais l'impression d'enfiler Boudha. Le scénario était souvent le même, elle était nue et prenait un bain dans un espèce de tonneau en bois recouvert d'un drap blanc. J'ôtais doucement mes fringues pour qu'elle puisse jouir du spectable, elle adorait que je lui fasse un strip-tease, surtout quand guignol apparaissait subitement, comme un joker de sa boite, fier et droit, l'air sympatique. Elle passait de longues minutes à jouer avec, je me tenais debout, elle, dans l'eau savonneuse, palpait, pressait, manipulait en tout sens Popol qui jubilait. De temps en temps, sa bouche venait l'engloutir, et je pouvais enfin voir la pupille de ses yeux, qui me fixait, elle trahissait sa gourmandise, riait la bouche auréolée d'écume et m'invitait alors, à quelques jeux aquatiques. Par dessus tout, j'étais dingue de son odeur corporel, je la respirais à m'enivrer. Je n'hésitais pas à la lêcher furieusement, à poser ma bouche entre ses cuisses, de profondes respirations activaient ma langue, mes lèvres, mes dents. De son sex brûlant émanaient de multiples parfums, un appareil complexe de vanille, beurre de cacahuêtes, de pain d'épices et de temps en temps, en un millième de seconde, un fumet de saint-nectaire bien fait venait corser le mélange.., que du bonheur, pas de doute, je suis un nez: Je me retirais jovial, barbouillé de crème anglaise. Je lui massais longuement le corps, de la tête aux pieds, pour finaliser notre étreinte. Je pouvais entendre de légers râles. Elle sombrait, petit à petit, le sommeil venait irrésistiblement prendre le quart et nous nous endormions ensemble, nos doigts gardaient toujours le contact, tout au long de la nuit: Nous ne voulions pas nous perdre... (A suivre... Si vous êtes sages.)
| Sergent Legourdin (le retour) - 2331325 Publié le 02/09/2008 à 18:41  Le jour pointait un filet de lumière orangé, il ne fallait pas trainer à Kaboul. Nous devions rejoindre la porte ouest, suivre le chemin qui menait au principal puit, et enfin la piste qui se dirigeait vers les hauts plateaux. Le 4X4 poussif roulait à vive allure, les postes de gardes Russes nous laissaient passer, l'heure c'est l'heure et ils n'ont jamais violé cette rêgle, à dix minutes près, nous nous faisions copieusement canarder. Assis sur un sac de blé, au fond du plateau à ridelles, ma peau sentait la vanille, j'avais du mal à prendre la route, je pensais à ma népalaise, j'avais la désagréable sensation de reprendre le boulot un lundi matin. Une fois de plus j'avais oublié de graisser mon arme, et Moktar, en professionnel, n'hésitait jamais à me le dire. J'engageais toujours une balle, et baissais la sécurité. Je me rappel de tout comme si c'était hier... J'ai même encore en mémoire les cliquetis particuliers de cette foutue sécurité de ma 12,7mm, une arme qui n'avait plus rien à voir avec le model d'origine. cadence de tir plus élevée, un nouveau chanfrein d'extraction pour une éjection rapide, refroidisseur, ergonomie retouchée. Bref, une sacrée bécane... La check-list du décollage était vite expédiée. Les gros ventilateurs du KA-27 brassaient l'air, les deux rotors de 16 mêtres de diamêtres, faisaient danser la terre et les cailloux. Le tremblement de la carlingue m'impressionnait toujours comme si elle allait se disloquer avant de quitter le sol, nous étions à bord d'une lessiveuse en mode essorage. Je ne m'y suis jamais fait, autant j'ai grimpé dans tout ce qui pouvait voler, mais là, cet hélicoptère Kamov me foutait la trouille. Et encore, ce modèle était assez fiable, mais il fallait voir son prédécesseur le KA-25 avec ses deux turbines Glushenkov, un enfer dans le ciel, j'ai toujours refusé de monter à bord. Nous faisions le plein grâce à l'oncle Sam qui nous fournissait en carburant, et on en avait besoin, ça tétine sec les turbines Russes. Avec notre nouveau réservoir supplémentaire nous pouvions espérer une autonomie de 580 kms, soit une distance opérationnelle de 260 kms environ, c'était peu, mais toujours mieux que d'y aller à pieds. Notre hantise étaient l'attérissage forcé en milieu hostile. Les Russes étaient méchants, ça oui! Mais les bandits de grands chemins l'étaient encore plus. Rêgle d'or à l'époque: Ne te laisse jamais prendre vivant par un bandit... (A suivre...)
| EVE ANNE ET SENS - 1971784  Publié le 02/09/2008 à 18:51  ah mon sergent quel talent | Sergent Legourdin (le retour) - 2331325 Publié le 03/09/2008 à 02:05  Nous ne bougions pas d'un poil. Les Sukhoi tournoyaient dans le ciel pendant que les Mig-29 pilonaient la zone en lâchant des nuées de leurres thermiques. Il était déjà trop tard, la colonne de chars Russes était partie en fumée, de gros amas de ferrailles où le rougeoiement des flammes se mêlait à des tornades de fumée noire, épaisse, impénétrable. Nous avions le vent dans le dos et le spectacle se déroulait sans bruits, un film muet dans un cadre haut en couleurs. De temps en temps, je pouvais voir des corps s'extirper du fer et du feu, des pantins presque fondus, désarticulés, puis ils tombaient à terre. Il y avait six chars, trois vehicules blindés, une escorte légère et pas un survivant. Même l'alliance, rivées sur sa position sur les crêtes rocheuses, ne manisfestait pas de joie, juste des regards vides, ils étaient déjà en train de préparer la prochaine attaque... Nous devions nous barrer très vite car les énormes Mil mi-24 allaient entrer en scène, et avec eux, ce n'était pas de la rigolade. Une puissance de feu monstrueuse pour un hélicoptère. Pour ne pas se faire coincer, il fallait que nous volions à très basse altitude, épouser la topographie dangereuse du terrain. Le sud de Kaboul était définitivement une zone où les combats furent les plus dures, les plus violents. Je n'étais pas contre d'engager l'ennemi de temps en temps, un petit accrochage ne faisait pas de mal, bien que mon job n'était pas de me frotter aux Russes; en fait, je n'avais rien contre ces gars, j'aime assez la Russie, ses paysages grandiôses, magnifiques, mais c'était trop pour moi, j'avais hâte de retourner à Kaboul, quitter quelques jours ces montagnes et vallées sans vies, aux villages de terre, revoir des lumières dans les rues, d'entendre les verres s'entrechoquer, retoucher la peau de ma népalaise. Ribeiro et Moktar, se croisaient du regard, souriaient et étaient d'accord pour une virée en ville. Rien ne vaut la paix, voire l'amour, et la bière chinoise qui coule à flot... Il faut savoir s'écouter, et quand la saturation pointe son ombre inquiétante au-dessus de nos têtes, il faut couper les ponts qui nous relient à l'enfer sans tarder... Enfin Kaboul. Les Russes basés aux quatre coins de la ville étaient légèrement refroidis. Ils n'étaient plus très chaud pour aller combattre le vilain Afghan. Seuls les chiens de guerre aimaient se vautrer dans la mouscaille. Formés d'une forte proportion de criminels de droit commun, ils s'occupaient du nettoyage des villages par le vide et entretenaient ainsi la haine. (A suivre...)
| Sergent Legourdin (le retour) - 2331325 Publié le 04/09/2008 à 13:27 
Citation: ah mon sergent quel talent
Je bénis les dieux pour cette vive intelligence qui m'habite, cette créativité qui m'inspire chaque jour. | Sergent Legourdin (le retour) - 2331325 Publié le 08/09/2008 à 03:40  C'est vers 6 heures que Kaboul s'éveillait dans de légers nuages de poussière, des odeurs de pains chauds, de friture hors d'age, flottaient sur les trottoirs. Les ordures pourrissaient au premier soleil et les rues s'animaient. Des militaires Russes, de vieux paysans, assis contre les murs, vendaient leurs maigres productions et en chemise blanche, pantalon en lin, les spécialistes du renseignement étaient reconnaissables... Tout ce petit monde s'ignorait. Nous avions atterri à une dizaine de kilomètres plus au sud, une fois le Ka-27 sécurisé et la ckeck-list faite, direction les quartiers ouest de la ville où la vie nous attendait de pied ferme. Nous avions reçu une bonne nouvelle, notre hélicoptère allait être équipé de missiles Shafrir, moins performants que nos actuels Atoll que l'on laissait volontier pourrir dans les caches de l'alliance, mais beaucoup plus fiables dans des conditions de vol dégradées, non pas que la météo était particulièrement mauvaise, mais les vibrations étaient telles dans certaine phase de vol, qu'il nous fallait du matos moins sensible. Nous passions devant la base aérienne 37 tenue d'une main de fer par Boris V. Borisov. Nous ralentissions toujours pour regarder les appareils sur le tarmac ; impressionnante toute cette débauche de puissance! Qui ne servait pas à grand chose, comme si l'armée de l'air envoyait ses avions de guerre, histoire de les essayer en vrai, faire voler leurs jouets en somme, des jouets à ne pas mettre entre toutes les mains... Cela faisait bien dix minutes que nous étions en train d'admirer cette ferraille volante, quand mon regard s'est fixé sur une chose étonnante : Six Mikoyan 25, le Foxbat en personne, trônaient en bout de piste. Mais qu'est-ce ce type d'appareil foutait en Afghanistan? Cet avion était un intercepteur à hautes performances des années 70-80, il avait aux fesses deux énormes turbojets Tumansky, de quoi lui faire toucher les étoiles. Pour donner une idée, ce monstre était capable de voler à mach 3, à haute altitude, ce qui posait un gros problème à toutes les défenses aériennes du monde. Mais pour traquer l' afghan dans les montagnes, ce n'était pas l'idéal, et si l'Afghanistan avait eu une armée de l'air si imposante pour justifier un tel engin, ça se saurait... Utiliser un matériel disproportionné relève d'une erreur de stratégie, c'est chasser le moineau avec un lance-roquettes...
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