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Contes de Noël (cuvée 2009)

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Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:58 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
Ho-ho-ho



comme en 2004, en 2005, en 2006, en 2007, et comme l'an passé je suis ici pour vous raconter les Contes de Noël reçus ces dernières semaines
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:58 supprimer cette contribution
vous mettrez vos commentaires, ici, sur ce fil, à la suite des contes, et le conte que les forumeux auront préféré sera désigné par "acclamations virtuelles". Alors ? ça vous dit ? en tout cas, d'ores et déjà, je voulais remercier tout ceux qui ont bien voulu jouer le jeu, à savoir :

^-^zaz - 227027 (auteure du conte n° 4)
Alex ou l'imparfait du subjectif - 2422872 (auteur du conte n° 5)
Aspic - 2477693 (auteur du conte n° 1)
Dimi - 2609707 (auteur du conte n° 3)
Fanfan - 1806855 (auteur du conte n° 9)
florent33 - 2614917 (auteur du conte n° 7)
FRANK - 770362 (auteur du conte n° 8)
Mladen - triple step - 595300 (auteur du conte n° 11)
Sail'hel5X5Adam-Cheli - 835521 (auteure du conte n° 6)
Sôfie◄ - 2424038 (auteure du conte n° 12)
Trazi - 826035 (auteur du conte n° 2)
xiane - 381776 (auteure du conte n° 10)

et aussi leur dire que tous les contes sont superbes et que, comme les années passées, ça m'a fait très plaisir de les recevoir et de vous les proposer, de leur part
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:58 supprimer cette contribution
cette année, vous aurez 12 contes à découvrir et à savourer
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:58 supprimer cette contribution
l'année 2009



se termine
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:59 supprimer cette contribution
alors, avec le père fouettard qui se joindra peut être encore à moi cette année, nous vous souhaitons de bonnes fêtes de fin d'année à toutes et tous, ainsi que tout plein de bonnes choses pour l'année 2010 à vous, à votre famille, à tous vos proches, en bref, à tous ceux que vous aimez...

Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:59 supprimer cette contribution
Une spéciale dédicace à ceux que nous aimons, même s’ils ne sont plus parmi nous : nyotta, al1n, my lady, LILI, jean-marc la grenouille, notamment… vous nous manquez !
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:59 supprimer cette contribution
maintenant place aux contes de noël

le père noël
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:59 supprimer cette contribution
conte n° 1

Les apprentis rois mages où le Soleil électrique

Alors qu'il est plongé dans le traité de cristallothérapie de Hildegarde von Bingen, le professeur Cyprès regarde jouer ses enfants autour du sapin. La cime du conifère, nue, semble le narguer : il y voit une corne diabolique lui faisant la nique.

Non décidément, quelque chose le tracasse au sujet de ce sapin. Un manque, un vide à combler. Il se rappelle soudain cette évidence : la cime du sapin est toujours coiffée d'une étoile. Un eurêka lumineux comme un phare de voiture dans l'oeil d'un lapin sur le point de se faire écraser se fait jour en lui : il pense à cette phrase de Léonard de Vinci nous disant que « qui est guidé par une étoile ne regarde jamais en arrière ». Il lui faut agir sans tarder.

« Rachel », lance le professeur, « où as-tu mis les décorations surnuméraires, tu sais , le carton avec les guirlandes dorées et les étoiles ? »

Depuis la cuisine, la voix moqueuse et un peu lasse de Rachel parvient jusqu'à son époux : « l'année dernière, tu as décrété que l'étoile était un panache superflu, et les enfants se sont jetés sur le sapin pour le déplumer. Alors j'ai tout jeté ».

Choqué, le professeur Cyprès vacille et connaît un moment de profond désarroi. Quelle mouche avait bien pu le piquer, l'année dernière ? Non ce n'est pas possible : la bête calvitie de ce sapin en cheveux le nargue. Il lui faut répondre à l'adversité et à ce dénuement abiétoïde. C'est dit : en avant, en route pour le centre commercial ! « Vous venez les enfants, lance notre héros à la cantonade, on va acheter une étoile pour le sapin ! ». Une bordée de cris lui répondent : Victor et Sélène se jettent sur lui, enthousiastes. « C'est un petit pas pour moi, mais un grand pas pour l'esprit de Noël », marmonne dans sa barbe notre conquérant stellaire. Alors qu'il se rend compte que, depuis la cuisine, sa femme le toise d'un air mi-goguenard mi-agacé. « Tu es impossible ! Bon, moi j'ai un gâteau à faire, alors tu y vas tout seul au magasin.

-Ma chérie, c'est là une affaire sérieuse : je m'en vais affronter le monde extérieur et ses vicissitudes. Je te laisse la garde du foyer !

-Ouais, ben n'accroche pas la boîte aux lettres avec le rétro en revenant, comme tu as fait avant-hier parce que tu montrais la lune aux enfants ».

Rougissant de confusion et ne pipant pas mot face à cette réplique qu'il sait fondée, le professeur Cyprès se racle la gorge et, après une rapide bise à sa femme, se dirige vers le garage, sa progéniture sur les talons. Victime de l'esprit d'escalier, il fait demi-tour, toque à fenêtre de la cuisine, lançant à Rachel qui ouvre la fenêtre : « n'empêche, c'était la plus belle pleine lune de l'année » . Après quoi il tourne casaque, harcelés par les « papa ,on y va ? » strident des enfants.

Installé au volant de sa voiture, le professeur Cyprès questionne ses descendants : « Bon, les enfants, vous la voulez comment l'étoile, dorée ou argentée ?

-Doré, s'écrie Victor
-Argentée, hurle Sélène à l'unisson.»

Sur ce, les cris redoublent et les deux enfants entament un combat fratricide.

« Les enfants, ça suffit : Noël c'est l'esprit de partage, alors si vous continuez, gare à la fessée »

Le professeur n'a pas le temps de terminer son admonestation parentale qu'il est contraint de freiner brutalement. Quelque chose en lui se fait jour : c'est l'illumination, l'épiphanie, se dit le professeur, tout en ne réalisant pas le décalage de son léger anachronisme anticipatoire. Un détail a accroché son regard : la vieille épave stationnant depuis des années, abandonnée, sur le terrain vague près de chez lui. Ôtant sa ceinture de sécurité, le professeur exulte: « au travail ! ». Une fois libérées, les deux miniatures braillardes, comme téléguidées, se jettent sur la palissade entourant le terrain vague : ils savent où trouver la faille pour se faufiler car c'est un de leurs terrains de jeux favoris. La vieille Dugatti décatie : voilà l'objectif !

Le trésor est à portée de mains ! En symbiose avec ses enfants, le professeur Cypèrs songe à la plus belle étoile qui puise orner son sapin, le phare d'Alexandrie des landes, le soleil des terrains vagues, la Sirius des décharges : un phare de la Bugatti. L'émotion l'étreint quand, solennel, il s'adresse à Sélène et Victor : « les enfants, le moment est venu de chercher le trésor ». A ce signal, tous trois commencent à creuser la terre humide à une allure folle à l'aide de leurs mains. « Les enfants, deux chocolats en plus à celui qui trouve le trésor en premier, mais vous savez que c'est papa le plus fort. Allez : on creuse, on creuse » vocifère, hors d'haleine, notre professeur devenu cochon truffier. « Ca va les stimuler », se dit-il. «Une des bases de la pédagogie, la stimulation, toujours donner envie... »

La descendance du sieur Cyprès a sursauté au mot de trésor, car elle sait ce que leur illustre père évoque : LE trésor : le phare de la Bugatti enterré là il y a trente ans jour pour jour par le professeur lui-même, le fameux trésor dont il leur parle si souvent, celui qu'un jour il doit déterrer lors d'une grande occasion. Ce moment est venu. Souvent, en passant à proximité du cimetière automobile, les enfants demandaient régulièrement : « c'est quand, papa, c'est aujourd'hui qu'on cherche le trésor ?». Oui, c'était bel et bien le moment.

Un épisode marquant de la vie de Cyprès, ce phare de Bugatti, qu'il avait diposé sous terre avec un ami aujourd'hui disparu. Ce Saint-Graal ne devait refaire surface que lors d'une grande occasion. Or c'est le Noël de la petite dernière, Sélène, qui approche. Voilà l'éclair qui a aveuglé tantôt le professeur, là était la révélation, c'était éclatant, lumineux : le soleil a rendez-vous avec la lune, tout tenait dans cette formule d'une haute teneur ésotérique. Et sa petite fille se nomme Sélène, ergo le lien est évident : un feu mécanique déconnecté afin d'éclairer une fillette vivante et biologique. Creusant toujours avec une hystérie de gerbille sous cocaïne forant une emmental abandonné, le professeur remue ces pensées subtiles. Il réalise qu'il devient un bon père en même temps qu'un myste accompli. Au fond, l'ésotérisme c'est simple... « Pour que tout soit parfait, il faudrait tout de même que Sélène trouve le phare en premier » , songe notre exalté chasseur de trésor. «C'est possible car l'objet n'a pas été enterré très profondément, à l'époque, et la petite a du flair, qui plus est. Mais si... »

« 'A y est ! » proclame une voix perçante. C'est celle de Sélène, dont la main brandit la toison d'or. Instant magique pour notre père épanoui qui connaît un moment de fierté parentale mêlée d'une joie mystique inéffable. Un instant numineux où tout se fige. Une parousie natalice.

Le professeur se jette sur sa fille, les larmes aux yeux, et la fait tourbillonner comme une toupie.

« Et maintenant, proclame ce père comblé, à la maison les enfants ! ».

Le trio regagne la voiture familiale et s'en revient vers la chaleur du foyer.

Encore ému, le professeur sonne à la porte. Sa femme, Rachel, vient lui ouvrir. Son sourire fait place à une expression de stupeur scandalisée. « Tu es fou, qu'est-ce que vous avez fait », s'écrie-t-elle en voyant les apprentis roi-mages crottés.

Après quelques explications houleuses et un passage à la salle de bain, toute la famille se retrouve devant le feu de cheminée, face au sapin enfin coiffé de son étoile artificielle. Rachel a trouvé moyen de brancher le phare a un fil.

« Tiens, au fait, chéri », dit Rachel, « j'ai téléphoné à la tante Sarah. Tu te rappelles, quand elle a dit qu'elle tirait les cartes, tu lui as dit qu'elle n'avait qu'à tirer le Pendu et que ça te ferait des vacances ? Tu m'as dit après coup que par curiosité tu voudrais quand même savoir ce qu'elle aurait tiré...

-Mrf, grommelle, ensommeillé, son époux.
-Elle a tiré le Soleil, la Lune et l'Etoile. »
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:59 supprimer cette contribution
conte n° 2

Le premier noël du fils du renard


Tout essoufflé de sa fuite, il s’appuya sur la vieille porte du débarras, qui restait tenue par une chaine trop lâche, mais en forçant beaucoup le bois vermoulu s’écarta et en s’égratignant il se faufila pour dégringoler dans le vieil escalier jusqu’à la terre battue.
Il retint longtemps sa respiration, des rayons de lumière passaient dans le couloir, mais finirent par s’éloigner.

A la lueur d’un soupirail, il explora la pièce, des reliquats de meubles, de chasubles, de prie-Dieu cassés, dans une malle, un crucifix et des soutanes moisies. Il faisait si froid, qu’il s’en recouvrit. Mais la rage était toujours là, sa colère reprit vie en même temps qu’il reprenait son souffle. Prenant le crucifix comme une épée, il défia les ombres, et griffa la terre autour de lui. C’est quand il crut voir dans ses gribouillis la lourde silhouette du père la-mante qu’il retrouva toute sa hargne et poignarda le dessin de celui qui toujours les bras en prière et le regard en coin lui avait valu le surnom de la-mante aussi religieuse que l’insecte.
Calmé il prit la boite d’allumette volée cause de sa fuite et dans un recoin de la cave alluma un vieux reste de cierge. Renversée dans un nuage de poussière, la malle servit de refuge. Sa maison.
Il voulait dormir, mais choc de frayeur, deux yeux le regardait, était-ce le grand diable qui venait le chercher, dont maintes fois on l’avait menacé ? Il balbutia les prières mal apprises en tremblant de terreur. Il se cacha plus profondément dans les frusques. Mais le diable ne bougeait pas.

Peu à peu il finit par comprendre que le diable n’était que Lucifer, le chat, un gros matou sauvage tout juste toléré pour sa haine des rats, il avait dû une fois encore se faire jeter des cuisines lui aussi.
Le chat méfiant ne s’approcha pas et resta dans l’ombre, deux yeux reflétant la bougie qui vacillait sous des courants d’air glacé venus on ne sait d’où. Epuisé d’émotions l’enfant somnolait peu à peu.
La bougie se consuma jusqu’à la racine et finit pas enflammer les vieilles hardes, mais l’enfant ne se réveilla pas tout de suite, c’est le miaulement de panique de Lucifer qui l’alerta. Dans les flammes, il suivit d’instinct la course de Lucifer qui connaissait par cœur des chemins secrets connus que de lui et de ses rats, sans savoir comment il se retrouva dehors surpris, giflé par le vent.

C’était la lande jusqu’à l’horizon, couverte de neige, derrière lui la muraille de la grande maison noire qu’il avait fui. Il courut longtemps jusqu’à ne plus jamais la voir. Heureusement que dans sa hâte il n’avait pas lâché la vieille soutane dont il se protégea, mais où aller…

-=o=-

L’homme voulait chasser le renard, il laissa son chien trop bruyant à la maison et partit à grands pas sur la lande. Ses grosses chaussures faisaient crisser une neige froide dure comme le métal. Elle ne glissait même pas. Il chercha des traces depuis longtemps, mais ? Cette tâche noire sur la lande n’était pas un renard, une bête tuée ? Peut-être même sa poule noire disparue…

Non juste un vieux chiffon emporté par le vent, d’ailleurs voilà que le vent le soulève encore, le chiffon se met à bouger. Non pas un chiffon ! Un enfant paniqué qui se sauve en courant sur la lande en le voyant s’approcher.

Surpris, il se mit à suivre les traces, « dire que je pensais chasser le renard » Songeait-il.

« Et non je ne me suis pas tout à fait trompé » car les traces avaient passé la crête et trouvé sous la dalle le grand trou où devait probablement venir nicher le goupil. Mais il s’agissait quand même d’un petit fauve, car il eut beau l’appeler le gosse restait terré dans sa cachette.

Malgré le froid, l’homme balaya une grosse pierre de sa neige et s’assit, tournant le dos au terrier en prenant soin de se mettre dans le vent du terrier. De sa besace il extrait son saucisson et commença à manger. Il laissa rouler une grosse tranche dans la neige derrière lui. Au bout d’un moment il vit que la tranche avait disparu. Il répéta le manège plusieurs fois sans jamais se retourner.

Le temps passait, «il est temps de rentrer :» bougonnât-il au vent qui passe, et il se mit en route. Un léger crissement signalait qu’une présence le suivait à distance.

- Alors ce renard dit la femme ?
- Il est derrière la porte
- Mort ?
- Non affamé et gelé mais très sauvage
- Qu’est ce que tu me racontes là
- Va voir
La femme ouvrit la porte et voit dans la cour une silhouette d’enfant noir dans la neige.
- Les renards font des gosses maintenant ?
- Et toi ! En bien entre ou tu vas être pris par le gel.
L’enfant ne bougeait pas.
La femme rentra alors en laissant grand ouvert la porte à tous les vents,
Elle sorti des bols et servis la soupe.
Par le grand trou noir de la porte ne passaient que des tourbillons de neige…

Mais il est des faims si tenaces que même le plus sauvage des renards se risque à affronter le molosse pour tenter de chiper une poule.

L’enfant était à la porte maintenant.
Couché le chien ! Ce n’est que le fils du renard.

Que d’odeurs merveilleuses, le chêne qui brulait, les jambons au plafond, les parfums de soupe chaude, celle du chien qui le surveillait du coin de l’œil docile à l’autorité de son maitre. L’odeur des bonnes herbes, celle du cuir bien graissé, celle de la lampe à pétrole.
Qu’elle était différente de cette odeur froide des vieux bois moisis, des enfants mal lavés, surchargés de parfums doucereux du mauvais encens répandu lors des messes quotidiennes.

L’enfant était entré maintenant et la femme alla calmement repousser la porte en se gardant bien de mettre le loquet. Elle prit un bol de soupe et alla le poser par terre à distance devant l’enfant qui ne bougea pas.

Elle s’assit à table:
- Dieu sait ce qui s’est passé pour qu’il soit ainsi.
Elle échangea un regard avec l’homme,
- As-tu vu qu’il y a eu un incendie à l’orphelinat ?
- Oui j’ai vu les lueurs.
- Tu crois que c’est lui ?
- Non ce ne sera jamais lui !

Silence.

Grattement à la porte
- Attends-tu de la visite ?
L’enfant gémit, va-t-on venir le chercher ?
- Non
La porte mal fermée s’ouvrit et laissa passer le chat Lucifer, lui aussi avait suivi les parfums.
Le chien grogna un coup bref, vite réprimandé.
- Poli avec nos invités !
La femme referma la porte avec le loquet cette fois, le froid définitivement relégué dehors.

Rassuré par cette présence connue, l’enfant se leva et sans rien dire s’approcha de la table.
L’homme écarta une chaise, lui faisant signe de s’asseoir à coté de lui.

Enfin l’enfant commença à manger, un peu, puis plus, puis il goutait à tout, le plus beau repas de sa vie, frénétique jusqu’à renverser son verre, mais pas de reproche, pas de prière, pas de paroles, juste la chaleur de la présence, être accueilli, ne plus être le sale gosse coupable de tous les péchés du monde.

Très tard malgré la bise, on entendit les échos d’une messe de minuit. Mais ce soir de Noël, la plus belle crèche était cet enfant endormi au coin d’un feu entre un brave homme qui fumait sa pipe et sa bonne femme qui chantonnait une berceuse, un chat sur les genoux et le chien rêvant au coin du feu.

Le fils du renard savait enfin que le père Noël existait.
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:59 supprimer cette contribution
conte n° 3

De la Ville à la Playa

Il était une fois sur la Terre, une contrée appelée la Ville deux petites filles y étaient heureuses.
Heureuses de vivre près d’un précipice avec leur maman.

Un jour, leur papa vînt les y rechercher pour les sauver d’un monstre.

Le matin de son arrivée, elles n’eurent que peu de temps en quittant la demeure de leur enfance, dire au revoir à leurs amis, emporter leurs souvenirs, leur lapin et leur cochon d’Inde.

Tous ces souvenirs et animaux ne pouvaient être le bagage de ce rapide départ.

Le danger qui précipita ce départ était invisible. Pourtant leur père décida de le faire disparaître ainsi que les journées près de la falaise.

Il en avait peur. Peur qu’elles ne tombent et se fassent mal. Le monstre lui vivait au bord de ce gouffre.

Il leur apparaissait tel un beau prince riche, offrant de somptueux cadeaux.

Noël toute l’année c’était leur vie, leur enfance. Il faisait tomber la neige en été. Il coloriait le ciel de chamallow aux mousses de nuages roses. Il aidait aussi leur maman à faire des jours de l’année un vrai conte de fée sans faim.

Ce monde féerique inquiétait le papa, il n’avait pas ce don. Les enfants ne voulurent pas suivre ce père loin de la Ville. Il venait d’un seul coup et sans baguette magique effacer de leur quotidien l’univers doux et rassurant de leur tendre enfance. Malgré les refus de la mère, il les emportât sur l’île de la Playa.

Le monstre lui avait disparu. Il avait volé les vies innocentes et menti.

Lors du départ, le père sauveur se retrouva d’un coup et sans baguette magique devenir un monstre pour ses enfants. Petit à petit une terrible détresse s’empara de ses enfants et s’installa dans leur nouvelle demeure. La mer en pleurait d’écumes, sur les rivages de la Playa, une tempête de tristesse s’abattit sur cette fratrie réunie le soir de Noël.

Les filles demandèrent à leur père, ce soir réveillon de les laisser repartir vers leur Ville magique, leur ciel bonbon, vers leur falaise, leur mère.

La tristesse de ses filles décida le père à parler lors de la veillée de ce prince riche et magicien.
Il écouta ses filles, elles lui demandaient pourquoi il ne savait pas faire de tour de magie colorier leur nouveau ciel. Elles souhaitaient faire apparaître une falaise sur l’île, elles voulurent que l’écume des vagues se transforme en bulle d’arc en ciel.

« Le monstre ce n’est pas moi ! » dit le père :

- C’est la réalité le monstre, c’est le rêve dans le quel vous avez vécu, rêve de carton aux nuages de coton qui a été entretenu par ce magicien, mes enfants.

- C’est la falaise sans surveillance le monstre…

« Et maman, nous on l’aime ! » dirent les filles :

- Tu sais papa, le prince est tombé dans le gouffre, le ciel et redevenu gris, la neige arrivera cet hiver, nous voulons faire des boules de neige avec maman et manger des chocolats toute la soirée.

- Bien, c’est bien les filles j’accepte, mais à deux conditions, que la neige soient tombée et que la falaise soit surveillée par votre maman.

- Les gens de votre Ville sont encore surpris par la disparition du Prince. Vos amis seraient ravis de vous y revoir cependant pour le moment c’est à votre faim qu’il me faut veiller et pour m’y aider, votre maman peut peut-être trouver un travail. Depuis que le monstre ne l’aide plus, c’est dur pour elle. Elle a tout perdu, son prince et ses enfants.

Depuis que la réalité vous apparaît, il me semble que bien d’autres encore sont à venir. Comme celle de découvrir votre papa. Il vous dit qu’il vous aime mais ne sait le montrer, alors à partir de ce soir de Noël, tous les jours je vous embrasserai. Chaque matin lorsque je croiserai vos petites frimousses aux lèvres chocolats, chaque soir avant de vous border pour le couché.

- Je ne fais pas de magie, mon cœur lui par contre est le plus grand des magiciens, il lui suffit de battre à la bonne mesure du bonheur de vous avoir pour qu’il fasse de vos rêves, vos envies votre réalité. La distance qui vous sépare de la Playa à la Ville vous apporte le plus beau des cadeaux, il n’est pas emballé, il est invisible. Il se ressent simplement avec le cœur, comme les tendres bisous sur vos joues au duvet de pêches, il est gratuit, cet amour.

Ho ho ho !!! Les enfants, j’entends les carillons, les clochettes des rennes, le rire du Père qui fait résonner Noël sur la Terre.

- Les filles pour ce soir, allons nous promener au bord de la mer, faire des vœux en regardant les étoiles filantes, deviner ce que pourrait bien être votre surprise, votre vie, votre père.

Joyeux Noël.
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:59 supprimer cette contribution
conte n° 4

La petit dame et le courrier de Noël

Tous les matins elle se rendait à la poste, demandait si du courrier était arrivé.

Chaque jour, les guichetiers, une fois regardée la grande horloge, échangeaient un regard complice, et rieur, en constatant que la petite dame, comme ils se plaisaient à la nommer, apparaissait ponctuelle.

Cette régularité piquait leur curiosité, tout comme le fait que cette cliente, de prime abord d'une évidente banalité, choisisse de se déplacer, plutôt que d'attendre tranquillement chez elle que le facteur fasse sa tournée.

Le courrier remis, elle faisait son tri.

Si par bonheur, au courrier, il y avait une lettre manuscrite, elle la posait sur le guichet, le temps d'enfouir au fond de son grand sac le restant de sa correspondance jugée sans intérêt, pour le moment. Puis, elle quittait l'endroit d'un pas pressé, et allait s'asseoir, en toute saison, à quelques mètres de là, sur un banc.

De ces lettres manuscrites, elle regardait d'abord le timbre, en détaillant avec curiosité les traits, le cachet.

Traquant le moindre changement dans son rituel, les guichetiers se relayaient, pour suivre, cachés derrière une fenêtre, l'opération d'ouverture du courrier.
A coup sûr, ces curieux la voyant agir de la sorte, la pensaient sans doute philatéliste, observant la mesure des perforations, la taille du timbre, sa couleur, son papier, sa fluorescence, voire la présence de marques spéciales comme des filigrames.

En fait, elle ne faisait que repousser le moment d'en découvrir le contenu, préférant en deviner l'auteur des lignes tracées sur l'enveloppe.

Mais, il était rare qu'elle vienne s'asseoir sur le banc.

Cet hiver-là, le temps était doux, d'ailleurs de mémoire d'anciens cela faisait des années que la neige avait déserté l'endroit. Le vent n'avait de cesse de souffler de longues bourrasques, chassant les dernières feuilles sur son passage. Mais la petite dame, n'en changeait pas pour autant ses habitudes, et se rendait chaque jour à la poste.

Aussi, le 24 décembre, les guichetiers ne furent pas étonnés de la voir pousser la lourde porte du bureau. Elle réclama son courrier, se mit à en faire le tri, et plaça de côté une belle enveloppe d'un rouge carmin. Puis, elle alla s'asseoir sur son banc, sans crainte de maculer de blanc son manteau élimé.

Elle s'appliqua à étudier l'enveloppe sélectionnée. Sa flamme postale l'intrigua. D'ordinaire monochrome, elle était ce jour là vivement colorée, illustrée d'une guirlande de gui et de houx, agrémentée de boules de Noël.

Elle ôtât ses gants et, les doigts meurtris par le frimas, décacheta délicatement le pli. Elle en sortit une feuille qu'elle déplia et se mit à lire, à voix basse, les mots tracés d'une écriture autoritaire.

"Bonjour Appoline,
Je suis fâché.
Cela fait trop longtemps que tu ne m'écris plus.
J'aimais la gentillesse de tes mots, la générosité de tes propos.
Les autres m'écrivent encore, tu sais.
Alors n'hésites pas, je te lirais toujours avec plaisir
"

De légers flocons vinrent saupoudrer ses cheveux, et virevoltèrent joyeusement devant ses yeux, avant de se poser sur ses longs doigts ridés.

Alors, elle repris la lettre, qu'elle avait un instant posée sur ses genoux et protégée de ses mains, et en lu à nouveau le post-scriptum.

"Excuses moi pour tous tes Noëls gâchés.
Mais vois tu, pour la paix dans le monde, la fin de la misère, je ne peux rien.
Pour me faire pardonner acceptes cette année... un Noël blanc.
»
Signé Père Noël.

Malgré ses yeux embués, elle vit la rue s'animer.

Des rires, des cris d'adultes et d'enfants, vinrent troubler le silence de son recueillement.

Dorénavant, elle se rend au bureau poste pour relever son courrier, mais aussi pour en envoyer.
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:59
conte n° 5

solitude de noel

« Je n’aime pas les fêtes de fin d’année.
Depuis que nous vivons dans une société d’abondance matérielle, un surcroît de consommation effrénée dans ces périodes ne se justifie pas.
L’esprit de noël est intimement lié à une réalité du solstice d’hiver. Les populations du passé avaient « un hiver à passer » et ce avec des ressources limitées, le renouveau solaire du 25 décembre était un message d’espoir qui se manifestait par un sens du partage avec les autres et un petit cadeau pour les plus pauvres et une attente du renouveau de la nature espoir d’une nourriture plus abondante. »

Ainsi pensait Antoine en ce jour de décembre alors qu’il poussait son caddy dans un hypermarché rempli de lumières et d’effets sonores agressifs déversés sur une populace enfiévrée, qui se précipitait anxieuse, sur des empilements gigantesques d’emballages rutilants qui contenaient une production industrielle douteuse et formatée.
Arrivé a l’entrée du temple, il aperçut une grande estrade ou siégeait sur un trône en simili plastique un énorme bonhomme de noël rougeaud et mal fagoté.
Une foule de mères en cheveux et poussettes trépignaient d’impatience en approchant du cénacle en tentant d’apprivoiser d’horribles chiards qui hurlaient leur impatience imbécile, et qu’elles tentaient d’amadouer en les gavant de friandises à l’huile de palme.

Antoine était assez pressé d’en finir et allongeait le pas quand des hurlements firent monter d’un cran la tension.

Sur l’estrade il aperçut le gros bonhomme aux prises avec deux harpies qui tentaient de lui poser deux bambins hurlants sur les genoux. L’autre hurlait que c’était 2 euros par gosse pour la photo, même si il n’avait qu’une photo.
Une bousculade indescriptible fut provoquée par la montée en masse de harpies à l’assaut de l’estrade, une gifle fut distribuée, puis le lynchage du gros bonhomme commença. L’arrivée providentielle de grands noirs habillés en vigiles permit au rougeaud de se dégager et dans le même temps trois jeunes brisaient la vitrine d’un marchand de jeu vidéo.
L’arrivée de 200 policiers habillés de noir et armés jusqu’aux dents, déclencha un mouvement de panique dans le hall.. une annonce demandait aux gens de garder leur calme..

Antoine avisa une sortie de secours latérale, l’ouvrit et se glissa dans la nuit.
Il était triste car son chat n’aurait pas de pâtée agréable le soir de noël.
En slalomant entre les cartons abritant des pauvres sur le parking, il rejoignit sa Ferrari F 450 que sa compagne lui avait offert pour son anniversaire.
En caressant le cuir de sa voiture, il se dit que non définitivement la noël avait perdu son sens.
Il passa commande de zakouskis chez Petrossian par mail sur son i-phone, puis commanda quelques babioles chez Hediard pour être livré dans la soirée.
Il appela Barbara dans les embouteillages pour l’inviter au brunch du 25 au Ritz, et rentra seul chez lui.

Non noël avait perdu tout son sens, quelle tristesse pensa t il, quand le portail automatique s‘ouvrit devant l‘allée de graviers roses qui conduisait à sa demeure du Vesinet sans personnel car il avait donné congé a ses gens.

La noël avait perdu tout son sens.

Chienne de vie
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:59 supprimer cette contribution
conte n° 6

Le Noël de Sarah

Sarah a tout juste six ans. Elle pourrait être une petite fille parmi tant d’autres, mais Sarah est une enfant de la guerre.

Née au milieu des champs de mines, bercée par le bruit des bombes et des canons, elle n’a plus de larme pour soulager sa douleur. Elle a presqu’oublié la chaleur que lui procuraient les câlins de sa maman.

Sarah est déjà un petit bout de femme. Elle avait l’habitude d’aider sa mère quand elle versait la pâte à base de semoule dans le grand poêlon. Elle adorait tremper ses petits biscuits dans le miel au goût de fleur d’oranger qu’elle dégustait à Noël.

La petite fille se sentait bien seule. Anna, sa mère, avait été retrouvée sans vie sur le pas de la porte. Son voile blanc tacheté de sang encore posé sur sa chevelure couleur ébène.

Les défenseurs de la liberté avaient bombardé sa maison par erreur. Les femmes du village chantaient, pleuraient et imploraient dieu… Ce dieu aveugle à leur souffrance.

La petite orpheline n’avait plus personne pour lui apprendre la vie. Son père, lui aussi, n'était plus de ce monde depuis bien longtemps. Comme tant d’autres enfants, elle devait apprendre à survivre.

Nous étions début décembre, Noël approchait dans ses rêves. Que pouvait-elle souhaiter recevoir de cet homme à la longue barbe blanche ?

Des rêves, elle en avait plein la tête, sans doute irréalisables pour cette petite fille du Liban. Elle aimait jouer avec des pierres et des petits morceaux de bois avec lesquels elle se fabriquait des jouets.

De temps en temps le patriarche du village lui apportait des feuilles et des crayons de toutes les couleurs pour dessiner ses rêves.

Elle devait chaque jour traverser le village pour aller chercher de quoi se nourrir. Une association distribuait de la soupe, du pain et quelques morceaux de chocolat accompagnés d'un verre de lait.

Ce vendredi là, la petite fille sortait de ce qui restait de sa maison quand soudain elle entendit des détonations toutes proches.

Ses petites mains étaient glaciales et son cœur battait très fort. Elle fit demi tour pour se mettre à l’abri. Une fois dans la pièce principale, elle dessina un Père Noël et inscrivit : «PLUS DE GUERRE PETIT PAPA NOEL PLUS DE GUERRE PETIT PAPA NOEL»

Elle ramassa un morceau de bois et y accrocha la feuille de papier. Ses mots criaient dans ses écrits. Elle planta le tout dans un pot de fleurs et déposa son petit arbre sur le toit de la maison.

Quand elle voulut remonter, les tirs reprirent de plus belle. Elle ne pouvait plus faire marche arrière et s’agenouilla la tête entre les mains. De loin, les soldats ne voyaient qu’une ombre et tiraient avec acharnement pour être certain de ne pas louper leur cible.

Zak, un soldat volontaire, venu là pour défendre ses convictions, se déplaçait tel un robot. Tandis que ses camarades tiraient, il leur demanda de tout stopper en se dirigeant vers cette ombre devenue immobile. Il vit ce petit corps qui tressaillait de sanglots contenus.

Sarah n’osait pas relever la tête alors que les tirs avaient cessé d’un seul coup et laissaient place au calme.

Ce grand gaillard se mit à chanter un chant de Noël tout en prenant la petite fille dans ses bras. Le cœur de Sarah tremblait et elle lui murmura à l’oreille :

«Tu es le père Noël ?»

Il retint ses larmes en pensant à sa fille. Il continua à chanter et remonta sur le toit de la maison qui n’en était plus vraiment un. Il regarda cet arbre de Noël et fît la promesse à Sarah de lui présenter un jour le père Noël.

Zak ramena sa petite protégée au campement sous l’œil attendri de ses camarades soldats.
Ce camp avait l’odeur de l’Amérique et de ceux qui avaient tué sa famille. La petite n’avait plus de force et elle se laissa guider par son sauveur.

Sous la tente étaient installés des bancs et des tables. Sur l’une d’entre elles, des tas de choses si bonnes que Sarah croyait encore rêver.

Le soldat fit signe à la petite fille de manger doucement et qu’elle n’avait plus rien à craindre.
D’un geste gauche il sortit de sa poche la photo de sa fille et la montra à Sarah pour lui faire comprendre que lui aussi avait une petite fille.

Le camp devait déménager et Sarah fût confiée aux infirmières d’une O.N.G. Il prit la petite fille sur ses genoux et lui murmura : «Je reviendrai très vite te rendre visite.»

Son imagination le conduit en plein centre de New York, c'était une grande et belle avenue, c’était déjà Noël, la ville baignait dans un halo de toutes les couleurs et la bonne odeur des pommes d'amour mélangée à celle de la barbe à papa flottait à chaque coin de rue.

Les magasins étaient bondés, les gosses faisaient la queue pour poser en compagnie du Père Noël. Zak avait des souvenirs plein la tête et le visage de Sarah le hantait.

C'était une évidence ! Le réveillon de cette année se ferait avec Sarah. Le lendemain, il en parlera à son supérieur. Même si son idée était irréaliste il espérait son accord.

Alors qu'il rentrait, une lumière lui apparut. Une petite voix murmura : «Je suis un elfe.»

Zak crut rêver. Il continua son chemin quand la petite lumière réapparut. Il s'assura que personne ne pouvait l’entendre et répondit à cet elfe imaginaire : «Si tu es un elfe, prouve le moi !»

L’elfe lui répondit :

«Je crois savoir que tu souhaiterais partager Noël avec Sarah. Ton vœux sera exaucé, mais avant tout, tu dois récupérer dans la maison de Sarah la photo de ses parents et le mot qui est posé sur le petit mur.»

Quelques jours passèrent et lorsqu'il annonçait aux siens sa venue pour fêter Noël, il lâcha dans le fil de la conversation : «Ma douce, que dirais-tu si pour Noël, nous invitions une petite fille pour tenir compagnie à Bettyna ?»

Son épouse, folle de joie à l'idée de le revoir et surprise par cette question lui répondit :
«Mon chéri, si c’est ton rêve, fais le nous partager.»

Il embrassa sa petite famille et raccrocha la larme à l’œil.

De retour de mission, il s'empressa de rendre visite à Sarah. Comme il l’espérait, Sarah n’avait pas quitté l’O.N.G, même s'il lui souhaitait de trouver une famille adoptive.

Sarah reconnut le soldat, ses yeux s'illuminèrent, tels des petites pépites d’or sur son visage.

Sarah lui tendit les bras et sa petite joue toute chaude. Ils échangèrent quelques gestes pour mieux s’apprivoiser. Zak connaissait quelques mots d’arabe qui, affublés d'un fort accent texan, provoquaient chez Sarah quelques rires malicieux.

Ses poches étaient remplies de friandises qu'il offrit à Sarah en lui demandant d’attendre bien sagement son retour.

Il retourna dans la maison de Sarah. Il ne retrouvait, ni la photo, ni le morceau de bois, ni le papier porteur de son S.O.S. au Père Noël.

La maison ne ressemblait plus à rien, Zak fouillait les décombres à mains nues sous l'œil curieux des vieux restés là. Il fut interrompu par la petite voix : «Zak, gentil Zak, tu dois réaliser trois rêves pour Sarah et je vais te donner deux indices ; fais cinq pas en arrière et trois vers la droite, il y’a une grosse pierre.»

En dessous de cette pierre, il retrouvait le cadre. Le verre était brisé mais la photo était intacte.

Le deuxième indice le mena au petit arbre de Noël. Il mit le tout précieusement dans un sac et retourna au camp où Sarah l’attendait s'accommodant tant bien que mal de la solitude.

Noël approchait. Le Vingt trois décembre, son unité rentra en Amérique comme prévu. Le cœur serré, Zak pensait à Sarah qu'il abandonnait sur cette terre dévastée. Le petit elfe le rassura. Il lui dit que tout se passerait bien pour Sarah.

La maison était toute décorée et la famille de Zak l’attendait avec impatience. Les retrouvailles suivirent les embrassades. Le repas se passa à merveille, même si Zak avait ce pincement au cœur qui ne l'avait pas quitté depuis son retour. En bon papa, il borda Bettyna. Il la regarda s'endormir au milieu de son histoire préférée. Elle se réveillera le lendemain après le passage du Père Noël.

Au petit matin, Zak trouva au pied du sapin, le plus beau cadeau qui soit. Sarah était là, un large sourire sur les lèvres. Sa femme n'en croyait pas ses yeux et succomba elle aussi à l'émotion. Sarah se précipita dans les bras de Zak. Ils se mirent à pleurer sans même comprendre ce qui se passait.

Le Père Noël venait de réaliser les trois rêves de Sarah:

- Plus de guerre pendant quarante huit heures
- Un cadre neuf avec la photo de ses parents
- Son petit arbre avec le symbole de la paix

L’elfe qui n’était pas très loin de Zak lui confia :

«Je suis le papa de Sarah. Je sais que je peux partir en paix car, à présent, ma fille sera heureuse dans sa nouvelle famille.»
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 05:59 supprimer cette contribution
conte n° 7

L’odeur du sapin

Beaucoup connaissent l’histoire de ce malheureux sapin qui passa sa jeunesse à pester de n’être point plus âgé. Méprisant les plaisirs simples qui s’offraient à lui, il nourrissait l’impérieux désir d’être plus haut, de voir plus loin, d’aller ailleurs. Il avait mis beaucoup d’espoir en l’homme : Une cigogne lui avait raconté que d’autres arbres, convertis en bateaux, volaient à présent au dessus des mers. On prenait même quelques uns de ses congénères pour égayer de mystérieuses fêtes. Que l’homme change son destin, tel était le souhait du jeune sapin et il fut exaucé juste avant Noël : Il fut enfin choisi. On le para de cent bougies pour l’occasion, on accrocha pléthore de décorations à ses branches. Tout à la fête, il assista au bonheur des enfants, se délecta de la beauté des lieux et fut bercé par un conte charmant. La suite fut moins glorieuse : Dès le lendemain, on le relégua dans un grenier et on l’oublia. Il eut, un temps, des souris pour lui tenir compagnie. Elles écoutèrent son histoire, trouvèrent qu’il avait vécu des moments magnifiques, puis finirent par se lasser. Le sapin vieillissait prématurément et se rendait compte qu’à espérer sans cesse, il avait laissé tant de trésors appréciables en chemin. Il se promit, à l’avenir, de goûter ces instants en gourmet. Mais d’avenir, il n’en eut point et aux beaux jours, les hommes le débitèrent pour en faire un feu. « Ce soir était fini, l'arbre était fini, et l'histoire, aussi, finie, finie comme toutes les histoires. »

Les conteurs aiment tirer des leçons de leurs histoires mais peut-être s’y emploient-ils un peu tôt parfois. L’aube est arrivée et du sapin ne restait plus que quelques cendres tièdes. Les hommes s’en étaient allés, insouciants du drame qui s’était joué devant eux.

Il est un compagnon qui, toujours nous accompagne. Ce compagnon avait vu naître notre sapin, avait joué dans ses branches, avait tenté de le distraire dès son plus jeune âge et, bien que refoulé par ce dernier, il ne désespérait pas de lui faire, un jour, entendre raison. Dès les premières flammes il sut que ce jour arrivait. Débarrassé de ses atours, après avoir pleuré sève et regrets, le sapin s’allégea puis monta en une fumée âcre, au dessus du foyer. Il fut saisi de panique, tenta de redescendre. En vain. L’appel céleste était plus fort et le happait. Il reconnut alors la douce présence du vent qui le tassa bientôt en un petit nuage.

- Ne t’avais-je point prévenu de jouir de ta jeunesse, de profiter du soleil, de la rosée et de la neige ? Les lapins que tu trouvais agaçants n’évoquent-ils pas à présent de charmants souvenirs. Te voilà moins disert à présent. Aurais-tu compris la leçon ?

- Que va-t-il advenir de moi ? Vais-je disparaître ainsi dans le ciel, en fines gouttelettes ?

- Il t’est donc impossible de vivre au présent ! Le bonheur est là, à chaque instant. Ne crois pas en l’avenir aveuglant, il t’a conduit ici en bien piteux état. Tu voulais parcourir le monde, embrasser d’autres horizons, je te propose de m’accompagner. Tu as si peu profité de tes belles années que je veux bien faire cela pour toi.

Le nuage à la senteur de sapin, empli d’allégresse, se laissa porter sans mot dire. Il vit les océans, constata que la cigogne avait été approximative : les bateaux ne volaient pas au dessus de l’eau. Ils la frottaient doucement.
Ils se frayèrent un chemin dans les champs de blé, couchant ça et là, les brins dans leur sillage, affolant volatiles et sauterelles ; ils gravirent puis dévalèrent les montagnes à la manière des chamois graciles, ils sifflèrent dans les vallées, soulevèrent des feuilles, improvisèrent des ballets roux et bruns au pied des arbres dénudés. Et lorsqu’à bout de souffle, ils se reposaient au hasard du chemin, le nuage, tout à sa joie, s’enivrait des images et des instants du jour.

D’un bout à l’autre du monde, ils vagabondèrent, faisant tourner un moulin par ici, soulevant du sable par là, amassant la neige ailleurs encore. Rien ni personne n’était à l’abri de leurs facéties. Quel destin merveilleux que le mien songeait le nuage à la senteur de sapin. Comme il est bon de jouir au gré du vent d’une si grande liberté. Le vent se trompait. Il était bon d’espérer de grandes choses puisqu’elles finissaient par arriver. Le chemin avait été tortueux, douloureux, mais au final, quel arbre pouvait s’enorgueillir d’avoir à ce point embrassé le monde ? Le nuage décida de garder une place pour l’avenir sans en faire part au vent. Il y aurait un après, sans doute meilleur encore que cette enivrante liberté.

Mais les années passant, son enthousiasme déclina. Il prenait moins de plaisir à parcourir la terre. Il avait le sentiment d’en avoir fait le tour, d’en connaître chaque parcelle. Repartir invariablement avec le même entrain devenait un fardeau, chaque jour, plus pesant. Jamais l’ennui n’était venu à bout du vent. Lorsqu’il le voyait poindre, il le repoussait d’un souffle, d’un sifflement, d’une bourrasque rageuse parfois. Il en était tout autrement pour le nuage dont l’altitude baissait à mesure que la lassitude s’ancrait en lui. Il avait été arbre planté dans le sol et le souvenir des racines profondément enfouies sous terre le rendait nostalgique. Les voyages, il s’en rendait compte, n’étaient pas faits pour lui. Il n’avait plus l’âme d’un vagabond. A trop survoler, on n’appartient à rien ni à personne et que vaut le bonheur s’il ne peut être partagé avec des proches. En parcourant cette forêt de sapin qu’il connaissait bien, il demanda au vent de continuer son chemin, de revenir plus tard. Il avait à faire ici.

Il secoua quelques branches, fit tomber la neige d’un ancien voisin devenu grand, tenta de communiquer avec lui mais les sapins n’entendent rien au langage des nuages. Il se posa au faîte du plus vieil arbre et soupira de n’être plus ancré dans la terre. Il entendit les hommes arriver avec leur hache. Ils s’arrêtèrent devant un jeune sapin qui lui rappela ce qu’il avait été. Comme lui, il déployait ses branches et crevait de désir d’être ailleurs, comme lui il espérait des hommes un avenir meilleur. Il voulut l’avertir mais ne réussit qu’à attirer plus encore l’attention sur le petit conifère. Les haches fendirent le tronc et l’arbre chuta doucement dans la neige.

Le nuage à l’odeur de sapin le suivit jusqu’à la demeure des hommes. Tout lui revenait à présent : les coups de hache, les brûlures des bougies, l’humiliation de l’oubli, le débitage en morceaux et le brasier. L’homme était l’enfant qui avait dansé autour de ses propres cendres. La rage monta et le nuage fut soudainement envahi par le désir de vengeance. Comme il l’avait pressenti, le jeune sapin connut un sort identique au sien. Il vieillissait au grenier, les branches sèches et dépourvues d’aiguilles. Les beaux jours arriveraient bientôt et, avec eux, le feu des hommes. Tout ce temps, il resta à proximité de la cour, s’entraînant au mouvement dans l’air sans l’aide du vent. Il parvenait maintenant à contrôler chaque flottement. L’ennui avait fait place au but et à la détermination.

Le soleil déclina. Il avait rendu la soirée tiède et lourde. Les hommes avaient néanmoins choisi ce jour pour brûler le sapin. Les restes étaient amassés en un tas conique, rappelant vaguement la forme qu’il avait eue antan. Le feu s’empara du sapin et le nuage entendit une plainte déchirante s’élever au dessus du brasier. Les hommes buvaient du vin et riaient fort, les enfants couraient autour du feu et jetaient des brindilles glanées ça et là. Au plus fort des flammes, le nuage à l’odeur de sapin ramassa ses forces, traversa les flammes et embrasa l’enfant imprudent qui jouait au bord. Aveuglé, le malheureux périt sans avoir pu être secouru par ses proches. On éteignit le feu puis on pleura.

Le lendemain, les hommes creusèrent un trou au milieu de la cour. Le désir de vengeance passé, le nuage se sentit vide et las. Il suivit l’enterrement, guetta le visage de l’enfant au plus près, peut-être, comme lui aurait-il une autre chance. Mais rien ne se produisit. Il n’entendit pas la cloison se refermer sur lui. Ce sont les clous qui l’alarmèrent puis le bruit de la terre jeté brutalement sur le cercueil. Il entendit le souffle des hommes, les pleurs des femmes, puis plus rien. On trouva alentour que ça sentait le sapin et on associa cela à l’odeur de la mort.

Le nuage obtenait finalement ce qu’il avait souhaité. Il avait à nouveau un lieu stable et était enfoui sous terre, comme ses racines naguère. L’histoire ne dit pas si, pour autant, il fut satisfait du tour que prirent les évènements.
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 06:00 supprimer cette contribution
conte n° 8

L’ours bleu

-C’est quoi cette connerie ? J’ai pas de famille !

C’est tout ce qu’il avait pu dire quand le Directeur lui avait tendu son bon de sortie.

-J’en sais rien Meyrand, mais tout est en règle. Vous avez une permission pour fêter Noël avec la famille Capestan. Je peux juste vous dire qu’ils ont remué ciel et terre pour vous faire sortir 48 heures, vue votre « pédigrée », ce n’était pas gagné.

Bah, il était chargé mais plutôt limpide son « pédigrée » :

Gaspard Meyrand, enfant de l’assistance publique, 73 ans dont 40 derrière les barreaux.10 ans de QHS.
12 braquages, 5 tentatives d’évasion, 2 réussies, 3 ans et demie de cavale.

S’il n’avait pas écrasé ce flic en 74 lors du casse de la BNP de Nevers il serait peut être dehors depuis belle lurette. Pour faire quoi ? Il se posait souvent la question. Non, il était chez lui, en tôle. Les autres, même les matons, c’était sa vraie famille. Tous l’avaient couvert quand il avait battu à mort ce putain de pointeur, le jour où il se tripotait sous la douche en racontant comment il avait baisé la petite…

Allongé sur sa couchette, il regardait son bon de sortie. Ça devait être une famille de bourges en mal de sensations fortes ou qui voulait se donner bonne conscience. Bah, un bon repas de Noël, peut être un peu de pognon et deux jours de vacances, ça ne se refusait pas.
Et puis, aussi loin qu’il s’en souvenait, il n’avait jamais eu de vrai Noël.

A l’assistance, pour Noël, beaucoup de mômes partaient dans des familles et pour ceux, comme lui, qui restaient à l’orphelinat, un type, déguisé en Père Noël, venait de 15 à 17H et on faisait semblant d’être heureux quand il vous refilait un jouet improbable où était inscrit : « don des paroissiens de Saint-Gilles »…une petite voiture pour les garçons, une poupée pour les filles.

Lors du Noël 1969, pourtant, Il s’était passé un truc. Chaque fois, souvent ces derniers temps, quand il y repensait, ça le faisait sourire et en même temps, il avait un pincement au cœur…et là, ce soir, il en chialerait presque :

Il avait 33 ans et il avait déjà fait quelques séjours en tôle pour des vols et des bagarres. Ça faisait 6 mois qu’il se tenait peinard et il avait décroché un boulot de gardien de nuit à l’hypermarché Bagg de Meudon. 6 mois de rondes de nuit, 6 mois à préparer un coup qui devait lui rapporter gros. Il avait accès aux réserves et même au bureau, où se trouvait le coffre. C’était pas que Monsieur Vauban, le directeur, avait confiance mais comme il était enfermé- décidément, ce serait une habitude- tous les soirs dans le magasin et qu’il n’avait ni la clé du rideau de fer, ni celle de la porte arrière sécurisée, ce qu’il pouvait faire la nuit dans les rayons importait peu.
Seulement, lui, depuis quelques semaines, la nuit, il ne tournait pas dans les rayons…il faisait dans la maçonnerie!
Il y’avait, dans les vestiaires, une cloison sur un côté qui cachait un vieux mur de brique rouge. Ce mur séparait le magasin de l’entrepôt d’une coopérative. Pendant près d’un mois, presque toutes les nuits, après avoir déposé la cloison de bois qu’il remettait en place à l’aube, il avait fait un large trou dans le mur en décelant une bonne trentaine de briques.
Et, aujourd’hui, 24 Décembre 1969, tout était prêt. Il avait même accepté – Vauban lui avait dit merci en lui glissant 10 sacs dans la main –de faire le Père Noël pour l’animation du magasin. Il avait pris tout l’après-midi, des gosses sur ces genoux, la plupart chialait d’ailleurs, pour que les parents fassent des photos. Lui recueillait, d’une oreille distraite la liste des cadeaux espérés par les mômes en pensant à son cadeau de Noël, celui qu’il allait se faire cette nuit : la recette du jour ! Et elle serait belle la recette ! Il les voyait passer les caddies que poussaient des ménagères pressées, des couples hilares ou des familles nerveuses. Ça débordait, ça se pressait aux caisses et ça payait en liquide : des jouets, de la bouffe, du vin, du champagne ! Il en avait la nausée, encore plus quand les marmots lui énuméraient tout ce qu’ils avaient commandé sous le regard énamouré de leurs parents.
Il repensait à ses cadeaux de l’assistance, un cadeau unique chaque Noël avec l’inévitable inscription : « Don des paroissiens de Saint-Gilles » …une petite voiture pour les garçons, une poupée pour les filles…

Tout se passa de façon parfaite. Vauban ferma le rideau de fer à 21 heures :

-A demain Gaspard. J’essaierai de venir tôt. Vous restez habillé comme ça ?
-J’ai mes affaires dans le vestiaire, je me changerai plus tard.
-Ah, très bien. Merci encore, vous étiez très bien en Père Noël, les clients étaient contents.

Le directeur lui donna un autre billet et grommela comme à contre cœur « Joyeux Noël » en se hâtant vers sa voiture.

Gaspard ne se changea pas, pensant que ça faisait plus farce de rester habillé en Papa Noël pour craquer le coffre.

Moins de deux heures plus tard, il l’avait vidé. A vue de nez, pas loin de 30 briques, autant que celles enlevées du mur sourit-il.
Calmement, il avait décloué la cloison du vestiaire pour la dernière fois, s’était glissé dans le trou et avait débouché dans une espèce de débarras où s’entassaient de la ferraille et des cartons pourris qu’il éclaira de sa torche, « empruntée » au rayon bazar avant de partir. D’un coup d’épaule il fit sauter la porte du débarras et se retrouva dans l’entrepôt de la coopérative. Il y avait là des palettes de denrées diverses, des tonneaux poussiéreux, des gros cylindres en fer blanc sous une bâche crasseuse. Ça sentait le lait caillé, la terre mouillée et la sciure de bois.
Comme Il se dirigeait vers une camionnette tôlée flanquée d’un : « Coopérative agricole de Meudon La Forêt » aux lettres peintes d’un vert bouteille déjà écaillé, un bruit de voix le stoppa net :

-T’as vu, c’est le Père Noël !
-Ta gueule, François !

Il se retourna et braqua sa torche vers le fond du local.
Ils étaient là, dissimulés derrière une caisse éventrée, le plus grand tentant maladroitement de faire taire le plus petit qui gigotait, lui collant une main pas très nette sur la bouche.

-Qu’est ce que vous foutez là !

-Vous êtes le Père Noël, le vrai ? répondit en se levant le plus jeune qui avait enfin réussi à se défaire de l’emprise tremblante de son aîné.

Il devait avoir 5 ou 6 ans, l’autre, qui restait assis, 8 ans tout au plus.

-Qu’est que vous foutez là ? répéta Gaspard en haussant la voix.

-On s’est enfui, pardon Monsieur, dit le plus grand en se levant enfin. Il fit quelques pas pour s’approcher de François et l’entourer d’un bras protecteur.

-Enfui d’où ? demanda Gaspard en éclairant tour à tour le visage des deux enfants. Il est près de minuit, vous devriez être chez vous, avec vos parents. C’est quoi vos noms, vous habitez où ?

-Je m’appelle Julien et lui c’est François. On n’a pas de famille, on s’est enfui de l’orphelinat de la route de Sèvres .Nous faites pas de mal, Monsieur, s’il vous plaît.

- Il nous fera pas de mal, c’est le Père Noël ! Hein, M’sieur, c’est vrai que vous êtes le Père…
-Ta gueule, François ! dit Julien en lui collant de nouveau sa main devant la bouche.
-Taisez-vous !!! Tous les deux !

Gaspard réfléchissait à toute vitesse. C’était pas prévu ça, mer.de ! Il devait partir, piquer la camionnette maintenant pour passer la frontière Belge au plus tôt. S’il les laissait là, ces deux petits cons risquaient de donner l’alerte. Fallait faire quelque chose. Les attacher et les bâillonner ici, les prendre avec lui et les laisser sur la route ?

-Hé, Père Noël, t’as eu ma lettre, t’as mon ours bleu ?

François s’était approché et tirait le bas de sa veste rouge tandis que Julien, resté en arrière, l’exhortait par de grands gestes à revenir auprès de lui.

Gaspard regarda les deux enfants. Il se voyait à leur âge respectif. Naïf et courageux comme François, déjà méfiant et responsable comme Julien. Alors, il arrêta de réfléchir et leur lança soudain :

-Venez les gosses ! On va se le fêter ce putain de réveillon de Noël !

Il leur prit les mains et les entraina vers le magasin.

Ce fut une nuit merveilleuse. Un enchantement pour les gosses qui passaient dans les rayons et prenaient au gré de leur exploration qui un paquet de gâteau, qui un sac de bonbons ou une tablette de chocolat. Gaspard lui s’était ouvert une bouteille de Château Margaux et se servait de grands verres dans lesquels il trempait des boudoirs roses. Ils chantèrent des chants de Noël et rirent comme trois garnements.
Les enfants se poursuivaient dans les allées avec des patinettes qu’ils avaient sorties de leurs emballages. Julien –Gaspard lui avait dit de prendre ce qu’il voulait- avait déjà fourré dans un grand sac de sport une paire de patins à roulettes, des dizaines de voitures, des bande-dessinées d’Astérix, Tintin et Spirou, une Barbie pour Elodie, sa petite copine de l’orphelinat (c’est François qui avait vendu la mèche à Gaspard malgré les cris de protestation et les démentis véhéments de Julien), plein de paquets de biscuits, de bonbons, de chewing-gums et un transistor qui pour le moment diffusait les programmes radio de la nuit.

Pendant que Julien « faisait ses courses », François s’était assis à côté de Gaspard. Il avait trouvé un ours bleu qu’il serrait de toutes ses forces.

-Tu peux prendre d’autres jouets, tu sais, lui dit Gaspard en souriant. Regarde, ton copain, il ne se prive pas.

-C’est parce que lui, il est trop grand, dit François, l’air sérieux. Ils le disent à l’orphelinat que quand on est trop grand, plus personne veut de nous. Moi, ça va, je vais sûrement me faire adopter, alors j’aurai une maman et un papa qui me feront plein de cadeaux. J’ai mon ours bleu en attendant, ça me suffit.

Une infinie tristesse envahit Gaspard. Lui aussi avait failli être choisi, mais il était trop turbulent, la famille lui en avait préféré un autre, plus calme et, surtout, plus obéissant.

François s’était endormi, la tête posée sur sa cuisse. Il le regarda, il n’osait bouger de peur de le réveiller. Ils restèrent comme ça jusqu’à près de 5 heures du matin ; Julien aussi dormait, au milieu de sachets de bonbons déchirés.

Il porta les deux enfants jusqu’à la camionnette, les déposa endormis devant l’orphelinat, sonna et quand il vit le hall s’éclairer et une ombre sortir sur le perron, il prit la route.
Les gendarmes l’arrêtèrent 3 heures plus tard vers Cambrai. Il prit 5 ans cette fois-ci.

Trois coups frappés sur la porte de sa cellule le réveillèrent. Il s’était assoupi une bonne heure sur sa couchette.

-Meyrand ! Dépêche toi, y’a un taxi qui attend ! Prends tes affaires et n’oublie pas ton bon de sortie.

Gaspard suivit le gardien jusqu’au sas avant la porte de sortie.

-Tiens, au fait, on a reçu ça pour toi, une lettre de ta famille d’un soir, rigola le gardien, et un paquet.

Dans l’enveloppe il y avait la photo d’un couple : Lui, la quarantaine et un sourire avenant. Elle, était belle, plus jeune et avait une petite fille qui riait, sur les genoux. Au dos de la photo, quelques mots :

« J’ai mis du temps à vous retrouver Père Noël. Dépêchez-vous ! On vous attend .On va se le fêter ce putain de réveillon de Noël ! ».

Gaspard, les larmes aux yeux, défit le paquet. Il était là : usé, pelé, décousu par endroit : l’ours bleu.
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 06:00 supprimer cette contribution
conte n° 9

L'esprit de Noël

"- Démoniaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
- Oui Patron ? ça va pas ? vous êtes fou de hurler comme cela, tout le monde va vous reconnaître !
- Je m’en tape le Dard contre la gaine de Golda Meir ! Appelle mon Frangin : Réunion au sommet dans mon burlingue à 22h00 … et s’il te plait, pour ce coup-ci, ne sois pas dessous !
- Ok, ok, le motif ?
- Le Père Noël !
- Ben qu’est ce qu’il a ?
- Ben figure toi que Satanichon l’a vu !!!
- Ah ouais ….. quand même ….
- Alors magne toi de me Le coincer à 22h00. Dis Lui qu’il y a des cotes de bœuf. Je ne sais pas pourquoi, il a toujours aimer les cotes ….
- Bien Patron, j’y cours !"

Toc Toc

"- Entrez !
- Paix sur Toi mon Frère
- A tes souhaits Frérot. Prends une chaise et pose ton derche, faut qu’on discute.
- Nonobstant ton franc parler qui me fait regretter mon Verbe, je suppose que tu as une raison bien particulière pour mander une audience.
- Hein ? Oh, regarde autour de toi .. t’es dans mon bureau, il fait 28° et la lumière rougeoyante n’est pas un coucher de soleil mais la lave qui alimente tes radiateurs en eau chaude ! Je mande rien du tout. J’ai un gros souci avec une de tes créations.
- Vraiment ?
- Ben figure toi que Satanichon a pris l’Angélus Express et s’est retrouvé à crapahuter dans tes nuages pas plus tard qu’hier.
- Diantre …. Mon Moi, qu’a-t-il donc fait ?
- Ben rien .. je te rappelle que tes anges n’ont pas de sexe !
- Alors ou donc se situe le dysfonctionnement mis à part la présence de ton fils chez Moi ?
- Euh … ben … Au hasard de ses pérénigri, périnéegra, prérina, mince j’arriverai pas à causer comme toi. Bref, au hasard de son déambulateur, il est tombé nez à nez avec le gros rougeaud à la barbiche, l’autre là, Santa Machin, le toys aux russes monté sur rennes ..
- Répète après moi : Père No-êl.
- Ah non je ne peux pas … un mec qui est là pour me rappeler la Nativité de mon neveu, décemment, j’peux pas le blazer.
- Ah Pardon, il s’agit quand même de Mon Fils.
- Et alors ? Il y a 15 jours je l’ai croisé dans sa bure toute jaune pétante et il ma juste regardé en me disant « ça farte ? ». J’ai cru que j’allais lui aligner 5 saucisses en travers de sa barbe de 3 jours !
- C’est vrai qu’il ne fait pas ses 2000 ans.
- Mais il a un pet au casque, oui ! Et cette manie de foutre 5000 watts derrière son auréole ! Tu peux même plus le regarder sans chausser des lunettes de soleil de vénusien ! Bref, en attendant, mon Satanichon a fait une commande à ton barbu … je te raconte pas. Ça va me couter un sabot ! Moi qui lui avait trouvé une petite démone au poil, une croupe à damner Gabriel, des seins à faire rougir Michel, une chute de rein que même toi tu n’as pas pu la dessiner, deux ravissantes petites cornes qui lui vont à ravir, une bouche gourmande et des cuisses faites au moule. J’ai passé 3 semaines sans relâche à lui apprendre les 1001 turpitudes disponibles dans le kama-sutra non expurgé que même Lilith commençait à être jalouse. Ben figure toi que le môme il veut la dernière poupée gonflable gronx’fienne ! Tu sais celles qui ont 9 tentacules et 3 sexes !!!! Et ne me dis pas que tu as fait les originaux à ton image ! Un saladier. En plus, ce sac en plastique vaut une fortune ! Et j’en fais quoi de ma démone, hein ? Une gisquette que j’ai faite de mes mimines à moi et dans laquelle j’ai mis tout mon amour.
- Je n’en doute pas
- Ah rengaine ton humour je ne suis pas d’humeur! Sais tu que je viens de faire un tour sur la 3ème boule bleue, celle dans la voie lactée, la, ton labo oublié ? tu vois laquelle c’est ? Ben ces c.ons en ont fait un business ! T’as la moitié de la population qui crève de faim et l’autre qui croule sous les cadeaux !!

A chaque fois que j’ai fait un présent à Satanichon, je l’ai fait parce que j’en avais envie, que cela me faisait plaisir et que je savais que cela allait lui faire plaisir. Et en fait, il se foutait du cadeau en lui-même. Ce qui l’éclatait, c’était l’instant de surprise au moment ou il déchirait le papier cadeau ! Je lui ramenais des co.nneries : un bout de lave en forme de statue, le bras d’un damné, une géode et à chaque fois, ses yeux brillaient ! Maintenant, ils passent tous commande à ton Papy avec un numéro surtaxé et ils se vautrent devant la téloche en jouant avec des consoles de baston qu’ils débrancheront dans deux mois car elles ne seront plus dans le coup ! Ils ont tellement de catalogues et de pubs à disposition qu’ils ne savent même pas par quel bout commencer ! Et pendant ce temps là, tu as l’autre moitié de ta planète qui ne sait même pas comment faire plaisir à ses proches car ils n’ont même pas de quoi garnir leur assiette …
- Oui, effectivement, présenté comme cela, il y a comme un léger souci de réglage.
- Il y a une gigantesque cou.ille dans le pâté, oui !!! En plus, cela excite la convoitise, augmente les taux de vol, attise les colères, les jalousies et il y a même des agressions et des meurtres.
- Donc cela te satisfait, non ?
- Mais c’est qu’il se paye ma tête le Frérot! Je suis en pleine surpopulation et j’ai une crise du logement comme tu n’en connaitras pas avant une ou deux eternité. Tu crois vraiment que c’est le moment pour ces bêtises ?
- Bon, soit. Ne t’énerve pas comme cela car tu deviens tout rouge et tu craches des flammes, ce qui noircit ma bure.
- Ce sont tes burnes que je vais noircir si tu ne fais pas rapidement quelque chose, Frérot …
- Peste comme tu y vas !
-Je vais faire mieux : je te laisse le champ libre pendant 15 jours. Promis, je n’interviens pas et je te laisse irradier ta Bonté, ton Amour et ton sens du Partage. Cela te va ?
- Satan promouvant l’Amour et la Bonté. Même Moi, j’en suis surpris.
- Ben ouais … c’est la magie de Noël.
- Et tu arrives même à le dire sans t’étrangler !
- Bon, ne pousse pas non plus. A propos de partage, des cotes de bœuf, ça te tente ?
- La c’est vicieux comme argument de tentation.
- Ben quoi, je reste quand même le Diable ! Démoniaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
- Oui Patron ?
- Deux couverts ! Le Frangin reste à becqueter."
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 06:00 supprimer cette contribution
conte n° 10

Dans le métro

Bernard venait de terminer sa journée. Il était tard et il était crevé. Encore heureux que le métro fonctionne toute la nuit. C’était le 24 décembre, la nuit de Noël. D’ailleurs il était bien payé pour le savoir … enfin, quand il disait "bien payé" c’était juste une expression, car vu ce qu’il gagne …

Bernard est père noël comme tous les ans pendant tout le mois de décembre. Son boulot, en plus de faire le zouave avec une clochette devant le magasin pour lequel il travaille, consiste à livrer à domicile, en costume de père noël, les cadeaux commandés par les parents.

Sa tenue de travail est soigneusement pliée dans son sac-à-dos posé sur le siège à côté de lui.

Il en a plein les bottes à force de monter et de redescendre les étages de ces vieux immeubles sans ascenseur. Il est vraiment tard et il a hâte de rentrer. Il sait que son chat l’attend. Plus qu’un changement et encore quelques stations, et il sera bien au chaud chez lui ; son dîner, des restes de la veille au soir, est déjà prêt et il n’aura plus qu’à le réchauffer sur sa veille gazinière. Il est avachi sur son siège, en train de vaguement somnoler au milieu des fêtards qui rentrent chez eux, ou qui viennent de quitter un endroit pour en rejoindre un autre et continuer la fête les bras chargés de cadeaux …

Le métro vient de stopper dans une station et quatre jeunes montent dans le wagon. Ils ont des parkas et leur capuche bordée de fourrure synthétique vaguement blanche est rabattue sur la tête ; on voit juste leurs yeux briller. Bernard ouvrit un œil, et les apercevant, esquissa un petit sourire : si les doudounes avaient été rouges, on aurait pu les prendre pour des pères noëls. Plus que deux stations et il aurait son changement. Ses yeux se refermèrent …

Trois des jeunes se placèrent devant les portes, bloquant la sortie ainsi que l’accès au signal d’alarme, et le quatrième, un couteau à longue lame à la main, se mit à gueuler : "ceci est un hold-up, soyez cools et il ne vous sera fait aucun mal ! je vais passer parmi vous et vous me donnerez bien gentiment vos portefeuilles, vos montres et vous, les bonnes-femmes, vos bijoux ". Les trois jeunes devant les portes ricanèrent "ouais ! et aussi les cadeaux que vous avez dans les bras, d’ailleurs si vous avez quelques bonnes bouteilles, on n’est pas contre !".

Bernard, tout à fait réveillé, se redressa sur son siège et plongea la main dans son sac-à-dos pour y fouiller ; il était sûr d’avoir laissé un truc tout au fond… un cadeau oublié …

Le "chef" des jeunes remontait le wagon et avait déjà récupéré pas mal d’objets de la part des usagers. Ils n’étaient pas très nombreux, et ça allait assez vite ! bientôt le "chef" arriverait au niveau de Bernard. La main de ce dernier continuait de farfouiller quand elle tomba sur l’objet qu’il cherchait.

- petit , laisse tomber ton sac, fiche nous la paix et tous les quatre, descendez du wagon au prochain arrêt, si vous le faites pas, je vous butte !

Bernard brandissait un énorme pétard en direction du jeune qui fut tellement surpris qu’il en ouvrit grand la bouche tout en laissant tomber son couteau et le grand sac qu’il était en train de remplir avec les objets collectés dans le wagon !

Les autres passagers se mirent à hurler ! Ils ne s’étaient même pas aperçus de la présence de Bernard jusqu’au moment où il s’était mis à gueuler, et ils avaient plus peur de ce grand type armé que des petits jeunes qui étaient en train de les braquer.

- arrêtez de gueuler et couchez-vous plutôt sur le sol, bande de trouillards !

Tous obéirent et arrêtèrent de crier. On pouvait juste entendre une femme ou deux pleurnicher.

Le métro s’arrêta à la station suivante et les jeunes sortirent comme des bombes du wagon et cavalèrent en direction de la sortie sans demander leur reste.

Bernard se mit alors à rigoler tout seul. Il sortit sa tenue de travail de son sac et l’enfila devant les gens ébahis !

- bande de nazes ! c’est pas un pistolet mais un jouet et comme vous pouvez le voir, je suis le père noël : vous pouvez récupérer vos affaires, les p’tits cons les ont laissées en s’enfuyant !

Les deux femmes qui jusqu’alors pleurnichaient piquèrent une crise de nerf.

Bernard, juste avant de descendre du wagon pour aller prendre son changement leur cria :

- joyeux noël quand même et surtout inutile de me remercier !

C’est à ce moment-là que les gens réalisèrent ce qui s’était passé et qu’ils se mirent à crier tous ensemble "Joyeux Noël et merci Père Noël !"

- ouais ! joyeux noël à vous aussi, bande de ploucs !

"J’ai l’air fin moi maintenant pour rentrer chez moi, déguisé en père noël", bougonna encore Bernard en se dirigeant vers sa correspondance, "pourvu que je ne croise pas les voisins"".
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 06:00 supprimer cette contribution
conte n° 11

Retour à la plaine

C’est un soir de 24 décembre à peu près comme les autres qui se prépare dans une demeure isolée entre Donji Miholjac et Osijek, deux villes du Nord de la Slavonie. La neige tombe en abondance depuis plusieurs jours, le thermomètre navigue aux alentours de -10°C. Un temps tout à fait normal en cette période. Et bien que la Drave continue à couler à une centaine de mètres de la maison, des plaques de glace se sont formées sur les rives.

Dans la maison, Jure veille sur le feu de cheminée et ne va justement pas tarder à ramener quelques bûches entassées à l’extérieur. Marija surveille la cuisson des poivrons farcis au fromage de brebis, qu’elle mêlera plus tard à de la pasticada, un plat typique de Noël.

Dans sa chambre, Gordan a fini de préparer son costume pour le festival Sveti Stjepan (Saint Etienne) d’Osijek, qui se déroulera dimanche avec le groupe de musiciens de Narodna, cette musique typique du pays. Il s’apprête à rencontrer le célèbre Miroslav Skoro, légende de la chanson Narodne et digne représentant de la région.

Il accorde minutieusement sa tamburica, un instrument proche d’une mandoline qui produit le son typique de sa contrée. Tout doit être parfait. Il en a passé, des heures et des heures à répéter pour ce concert qui doit accueillir une foule de 4000 personnes. Et se présenter pour la première fois sur scène à 16 ans lui donne la chair de poule, mais l’excite en même temps.

Les fêtes de Noël vont se passer de manière tranquille pour les trois membres de la famille Martic. Réveillon en comité restreint avant la messe de minuit, et Noël avec une famille plus élargie, chez la mère de Marija à Dakovo, à 30 kilomètres d’ici. Jure est revenu de l’extérieur avec quelques bûches et en a remis deux dans la cheminée. Le sapin scintille dans un coin du salon, quelques cadeaux et des chaussures sont posés au pied de l’arbre. Le dîner va être servi et comme tous les 24 décembre, Marija prépare la table pour quatre personnes.

Les mets posés sur la table, ils s’asseyent autour, et se recueillent.

Le reste du dîner se passe calmement. Le café à la turque après le dessert, avant de s’apprêter à se rendre à pied à l’église Sveti Nikole de Petnjevci, le plus proche village, pour la messe de minuit. Quand on sonne à la porte.

Gordan ouvre.

- «Bonsoir! Désolé de vous déranger, mais on est tombé en panne sur la nationale et il nous faudrait un coup de main pour réparer afin de joindre notre hôtel à Osijek.»
- «Mon Dieu, Miroslav Skoro!» S’exclame Marija « Mais entrez ! Et venez vous réchauffer ! Jure, va voir la voiture avec le chauffeur ! »
- «Volontiers!» Reprit Miroslav.

Gordan ne tarde pas à lui faire part qu’il va jouer avec lui dimanche, et que c’était sa « première ». Miroslav lui répond que c’était un grand honneur. Ils continuent à papoter musique et concerts pendant une trentaine de minutes. Marija écoute et participe à la discussion.

Jure apparait un peu plus tard avec le chauffeur :
- «Désolé Miroslav, je ne peux pas dépanner la voiture ce soir ! On est obligé de la laisser là-bas, et attendre demain pour voir si on peut faire quelque chose. De plus, le chemin menant à la nationale est verglacé et impraticable. Impossible de sortir la voiture familiale pour vous conduire jusqu’à Osijek !»

Il leur propose de rester ici cette nuit, et n’iront pas à la messe, qui a commencé depuis vingt bonnes minutes.

Marija leur propose de manger de la pasticada et du poivron farci qui restait, ce qu’ils acceptent volontiers. Deux couverts supplémentaires sont mis sur la table.

Une fois les invités rassasiés, Jure et le chauffeur retournent vers la voiture, rapportent les bagages. Gordan fait installer les visiteurs dans la chambre d’amis, avant que tout ce monde revienne au salon.

La distribution des cadeaux commencent. A Gordan une montre, à Jure une magnifique cravate de soie, et à Marija une belle chaînette en or. On offre aux invités des chocolats et des biscuits au pain d’épices avec des motifs au sucre glace.
Miroslav propose à Gordan d’aller chercher sa tamburica afin de chanter avec cet instrument. Effet de surprise qui, décidément, tranche complètement avec les Noëls précédents. Les airs les plus connus de Slavonie sont repris en chœur.
Les chansons sont coupées par quelque dégustation de Slivovica, une eau-de-vie à base de prunes.

S’en suit aussi des discussions diverses jusqu’à une heure très avancée dans cette nuit de Noël qui se distingue de ceux des années passées.

Puis, un peu éméché par l’alcool fort, Miroslav confie brusquement un secret.

«Décembre 1991, un soldat serbe en fuite s’est présenté chez moi en compagnie d’un enfant de 5 ans qu’il avait recueilli à Vukovar. Il me confie l’enfant et nous ordonne de partir le plus loin possible alors qu’il était recherché par ses compatriotes qui opéraient près des fermes d’Ovcara, à 10 kilomètres à l’Est de la ville martyr (je sus plus tard qu’ils avaient massacré malheureusement pas mal de nos confrères). Je fuis immédiatement. Je vécus en Allemagne pendant quelques années. Je ne suis revenu en Slavonie qu’en 1998. Cet enfant, je l’ai élevé comme s’il était mon fils, et au jour de ses 18 ans, je lui raconte la vérité…»

«…Quelques jours après, nous décidons de rechercher ses véritables parents. Ce fut un parcours semé d’embûches qui a duré 5 ans, tant nous avions peu d’éléments permettant cette recherche. Aussi nous sommes retournés à Vukovar nous renseigner auprès des anciens combattants (branitelj). Et par le plus pur des hasards, il se trouve qu’un des branitelj a connu ce soldat serbe. Il a participé à sa capture et savait où il a été incarcéré.»

« C’est avec son aide que nous sommes arrivés à prendre contact avec l’administration pénitentiaire, et que nous ayons pu avoir un rendez-vous avec un des gardiens de cette prison. Malheureusement le gardien nous confia que ce soldat est mort en cellule quelques années plus tard. Par miracle, le gardien a pris connaissance que le prisonnier avait fait part de cette histoire à sa famille. Cette famille, nous l’avons retrouvée à Kraguljevac, en Serbie. Aussi incroyable que cela puisse être, celle-ci avait aussi fait des recherches et a retrouvé l’identité de cet enfant. Après tant de rendez-vous avec l’administration, nous avons eu confirmation de cette identité via le registre d’état civil.»

«Mais, qu’avez-vous, Marija ?»

Des larmes sont apparues sur le visage de la femme. Ovcara, Vukovar, les images sont encore vives. Elle ressent une blessure s’ouvrir à nouveau dans son coeur.

Jure ressent ces mêmes images dans sa tête.
Long silence, avant qu’il prenne la parole et dit à Miroslav :

«Il faut que je vous dise quelque chose», tout en tenant la main de sa femme en larmes. Puis il raconte :

C’était il y a 18 ans…

En octobre 1991, Vukovar vit ses dernières heures de résistance et de siège. Le bombardement le plus meurtrier a détruit à tout jamais leur maison, tôt, le matin, précipitant miraculeusement Marija et Jure à l’extérieur, à peine tirés de leur sommeil. Des Branitelj viennent soudainement à eux et les conduisent de force au bateau le plus proche, sur le Danube, afin de les évacuer.

Un membre de la famille manque :

«Mon fiiiiils ! Igooor !»

Marija ne cesse de hurler et de pleurer. Elle se débat en vain dans les bras de deux Branitelj qui la retiennent. Jure est aussi empêché de revenir dans la maison désormais en ruines :

- «Mon fiiiiils ! Je dois aller là-bas retrouver mon fiiiils!»
Un Branitelj lui répond :
- «Il faut partir, madame, c’est trop dangereux, vous allez mourir!»
- «Bon sang, mais lâchez-nous ! Criait Jure, laissez-nous y aller!»

Une autre bombe explose, et oblige toute la troupe à se précipiter vers un bateau accosté sur le Danube. Une fois arrivés au bateau, un des soldats déclare qu’il part aussitôt chercher l’enfant.

Il disparut vers la demeure. Il ne revint jamais.

Le bateau part, et emporte avec lui les hurlements et les pleurs de Marija.

Le 24 décembre 1992 une lettre leur annonce la disparition officielle d’Igor. Il avait 5 ans. Le corps reste introuvable jusqu’à ce jour. Et une brique noire est désormais posée parmi tant d’autres au mémorial du cimetière de Mirogoj à Zagreb, symbolisant les disparus et les décès au cours de la «domovinskog rat», la guerre d’indépendance.

Et chaque 24 décembre, la lettre est posée sur le couvert supplémentaire lors du repas de réveillon. Un réveillon devenu désormais comme les autres, mis à part la naissance de Gordan en 1993, qui «recomposa» une famille, mais ne remplacera jamais Igor.

Long silence.

C’est au tour de Miroslav d’être figé par cette histoire. Pendant un long moment il se demande qu’est ce qu’il lui a pris de raconter un tel secret, avant de répondre :

«Bon sang, mais vous êtes la famille Martic?»

«Oui!» Répond Jure.

Miroslav réplique doucement :

«En fait, nous ne sommes pas ici par hasard.»

Jure : «…»

«C’est que…voilà! Je suis à votre recherche. Je devais vous rencontrer dimanche, après la fête!»

Ces dernières paroles font comme une étincelle dans la tête de Marija, une réaction impulsive qui lui fait dire tout doucement, à travers quelques larmes qui coulent encore sur le visage «Mon Dieu, dites-moi qu’il est vivant!»

«Il est vivant!» répond Miroslav,

«Et il est ici!»

«Non!» S’écrie Marija!

Le chanteur s’adresse alors au chauffeur :

«Igor, peux-tu leur montrer les papiers?»

«Non!» S’écrie t’elle à nouveau!

Jure reste figé et ne dit mot.

S’en suivent tant d’étreintes et de pleurs…de joie, cette fois-ci.

Finalement, ce Noël n’est vraiment pas comme les autres.
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 06:00 supprimer cette contribution
conte n° 12

Journal intime de Myriana…

De génération en génération, dans chaque famille, les traditions se suivent…
Mais nous ne savons pas toujours l’origine de la tradition familiale.
C’était le cas de Myriana, cette petite fille de huit ans, jusqu’à cette année…

Journal intime de Myriana…

3 décembre
J’ai préparé le sapin avec maman aujourd’hui. Nous le décorons chaque premier week-end de décembre, et nous le retirons le week-end suivant la galette des rois.
Maman s’évertue à placer chaque année dans notre sapin familial le même nombre de petites étoiles transparentes, des étoiles merveilleuses et brillantes qui sont si belles.
Maman m’as dit un jour qu’elle tenait cette tradition de ma grand-mère, qui elle-même la tenait de sa mère…
J’ai compté 39 étoiles. Le même nombre depuis mon plus lointain souvenir. Il en reste pourtant en réserve… Je n’ai pas pu m’empêcher de regarder dans la petite boîte secrète de Maman.
J’ai demandé à Maman pourquoi on ne mettait pas toutes les petites étoiles de la boîte cette année. Je lui ai avoué avoir fouillé, je n’aime pas mentir à Maman. Elle ne m’a pas disputé mais m’as expliqué que les petites étoiles que nous avons dans notre sapin représentent toutes les personnes qui nous sont chères, les personnes de notre famille qui sont disparues et qui ne peuvent plus être présentes physiquement avec nous. Elles ont chacune leur étoile, elles passent les fêtes de fin d’années dans nos cœurs et savent que nous ne les oublions pas, chacune grâce à leur propre étoile.


10 décembre
Une semaine que nous avons préparé notre joli sapin. Comme chaque jour, j’ai regardé les petites étoiles aujourd’hui. Mais depuis que j’ai compris ce que chacune d’entre elle représente, elles me semblent encore plus jolies, je vois des Anges dans chacun de leurs jolis reflets. Ca me fait mal au cœur, et je ne sais pas trop pourquoi, mais je suis heureuse de les avoir parmi nous pendant cette période, et je sens que ça fait aussi beaucoup de bien à Maman.

14 Décembre
Papa est venu me chercher à l’école aujourd’hui… Maman a eu un accident. Elle est à l’hôpital.

15 Décembre
Papa m’as emmené voir Maman, il m’a expliqué qu’elle était dans le coma, c’est grave.
Il y a plein de tuyaux mais on croirait qu’elle dort. J’espère que Maman va vite se réveiller.

16 Décembre
Maman est toujours dans le coma. Papa et moi, nous sommes très malheureux. Papy et Mamie arrivent demain.

17 Décembre
Papy et Mamy sont arrivés. Je n’ai pas pu aller voir Maman aujourd’hui, de toute façon je n’ai pas trop envie, je veux juste qu’elle se réveille le plus vite possible.

20 Décembre
Maman est « partie ».

23 décembre
Aujourd’hui, c’était l’enterrement de Maman. J’ai trop de chagrin. Je crois que ma peine ne partira jamais, ça me fait mal partout dans mon cœur, dans mon corps et dans ma tête.

24 décembre
J’ai ouvert la boîte secrète de Maman, et j’ai pris une étoile et je l’ai accroché dans le sapin.
Cette année ma douce maman, tu es la 40ème étoile qui illumine notre sapin… Je t’Aime.
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 06:00 supprimer cette contribution
voilà, cette année, vous avez eu 12 magnifiques contes à lire

je remercie à nouveau de tout cœur ceux et celles qui ont bien voulu participer à l'élaboration de ce fil pour le plaisir de tous
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 06:00 supprimer cette contribution
je vous souhaite à toutes et à tous un très joyeux noël

soyez heureux ! c'est le plus beau cadeau que je vous souhaite...



rendez-vous au 6 janvier pour le résultat des votes
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 06:01 supprimer cette contribution
je rappelle aux conteurs qu'ils ne pourront se dévoiler qu'après le 6 janvier et après avoir reçu le feu vert de ma part ! pas avant ! par contre vous pouvez d'ores et déjà parier sur qui a écrit quoi !!
Père Noël - 1284813lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 06:16 supprimer cette contribution
… n'oubliez pas que vous pouvez parier sur qui a écrit quoi !!
2422872 Publié le 24/12/2009 à 07:06 supprimer cette contribution
bon alors
le 11..gladys
le 8 mladen
le 9 fanfan
le 1 sophie
le 4 xiane
le 10 alibreville
le 7 trazybule
xiane - 381776 lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 07:07 supprimer cette contribution
xiane - 381776 lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 07:09 supprimer cette contribution
alex ? tu es en train d'indiquer tes contes préférés
2422872 Publié le 24/12/2009 à 07:10 supprimer cette contribution
ben non je parie sur les auteurs mon prefere c'est le mien
xiane - 381776 lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 07:12 supprimer cette contribution
Citation:
mon prefere c'est le mien
c*uill*n ! en plus c'est faux, c'est le mien le meilleur !
770362 Publié le 24/12/2009 à 08:36 supprimer cette contribution


Je les (re)lirai demain...aujourd'hui, on a de la route à faire


et bon Noël à tous...et encore un grand merci à la Xi pour l'idée de ces contes et l'organisation du Barnum!


à part fanfan qui a signé son truc, le Santi dont que j'me doute et la Glad qui est vachement repérable...pour les autres, je nage


Fanfan - 1806855lui écrire blog Publié le 24/12/2009 à 09:20 supprimer cette contribution


pour l'instant mes préférés sont 1,3,7 et 8 ... Avec une légère avance pour le taulard et le prof nimbus.

En tout cas, c'est une bonne cuvée !

Merci pour ce moment de lecture.
2477693 Publié le 24/12/2009 à 11:36 supprimer cette contribution
Déjà, coup de foudre pour le 7 : belle écriture , de la fantaise, un zeste de cruauté. Love it !

Et pour le 8 : génial!
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