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1306404 Publié le 31/01/2005 à 17:42  Rage Embués par les larmes du désespoir Quand jours et nuits se confondent Sans rien effacer de son manteau noir De ses doux rayons, le soleil inonde. Le cœur lacéré, épuisé et meurtri Ne peut plus et n’veut point souffrir. Pourquoi toujours espérer de cette vie Enfin se résigner, reste sa liberté de dire. Oh, mais vaincu, rien n’est certain Car si, Dame la Mort l’interpelle En lui, l’amour, tel un doux écrin Avec rage et volupté, lui f’ra la belle.
| 1306404 Publié le 31/01/2005 à 18:07  Douce amie Elle passe sa vie dans des cimetières Elle croise les doigts, s'assoit par terre Aux morts, elle raconte toutes ses nuits Ils ont le temps, le temps maudit. Elle vient les voir ces anges du soir Et c'est sur le dos d'une pierre Qu'elle leur sussure ses désespoirs Ils aiment assez, rien d'autre à faire. Comme ils s'ennuient quand elle s'en va Ils aiment à se redire tout bas Tous ces secrets qui n'bougeront pas Car enterrés dans l'au-delà. Un jour de pluie, elle ne vînt pas Interloqués, ils décidèrent De remuer ciel et leurs terres A coup de griffes, sortir de là. Et c'est ainsi qu'un soir d'orage Un train fantôme d'os brisés Sur les traces d'un si lourd passé Se mît en route le coeur en rage. Perdus au milieu de nulle part Ils tombèrent épuisés par terre Au loin ils virent un corbillard Qui fît voler mille poussières. Et ces poussières se mirent à rire Car c'était elle, leur douce amie Qui les rejoignait cette nuit Eternellement pour tout leur dire.
| 1306404 Publié le 31/01/2005 à 18:09  Le fil Des déchirures dans la vie De profonds coups d’couteaux Qui lacèrent votre chair meurtrie La vie zombie suit son cours Subitement, tout éclate, se disloque L’écheveau de la vie se dévide On tire un fil qui dépasse Une futile couture craque Au début, le changement est lent Quasi imperceptible, inaudible Il suffit de gommer, sans oublier, humiliée Les photos erronées, le sourire figé Les souvenirs dénigrés, ravivés Un sentiment primitif, amnésiée Vient chavirer le cœur vidé, violé Le doute, la suspicion, l’abandon La colère et la peine en sont le moteur Les non-dits, plus jamais, non plus jamais Le mâle ne s’octroiera plus le mal Les cicatrices à jamais resteront Les plaies béantes se refermeront Vers un avenir serein et heureux Ensemble, enfin unis, nous marcherons Et pour parfaire notre tout nouveau bonheur Naîtront de beaux enfants éveillés qui Ignorant le secret, le malheur et la peur De leurs rires aux goûts sucrés et puérils Viendront marquer à l’encre indélébile La renaissance d’une famille usée mais libre Libre de jouir d’un doux présent, d’un futur Sain, serein, joyeux et sans demi-mesure. Le mal exorcisé enfin nous retrouvons l’équilibre…
| 1306404 Publié le 31/01/2005 à 18:11  Minuit Bientôt minuit, bientôt la nuit, toujours ce gris au compteur ! Dans le noir complet, un téléphone sonne, c’nest plus l’heure Cette sonnerie grêle insolite, inhabituelle et venue d’ailleurs Ce grand miroir mural, reflétant ce visage terne et chiffonné N’importe où, à n’importe quelle heure, témoin de sa peur Cette peur omniprésente, frôlant l’indécence sans leurres. Qu’importent les non-dits, la fade noirceur de sa triste vie. Naïve autrefois, c’est avec ample lucidité qu’aujourd’hui, Vaincue mais sereine, elle sillonne le chemin glacial de l’oubli, Rêvant d’un autre paradis, blanc, où ne règne que pureté, Où les démons sont bannis, les tortionnaires enfin jugés ! Pourquoi croire en ce monde, où règne la corruption, Où les monstres coupables jouissent de divins plaisirs, Où les innocents bafoués, meurtris, salis dans leur chair, Doivent vivre sous le poids de l’injustice pour l’éternité Les laissant choir dans de vastes contrées au goût amer. Plus de place pour le rêve, plus de trêves, plus de répits, Ainsi va le chemin sinueux à souhait, face à l’ennemi. Lui, il se fait passer pour roi, enjôleur et sournois. Elle, il en fait sa proie, indigne, habitée par la folie ! Soumise, il la désirait pour lui ! Rebelle, sans foi ni loi, Elle, enfin, se libère de ses trop lourdes chaînes, meurtrie A jamais ! Son existence, sa force et sa douce survie Elle les puise dans l’amour irraisonné, pur et puissant, Que seule une maman comblée et aimante a pour ses enfants.
| 1306404 Publié le 31/01/2005 à 18:12  Bonheur Seule perdue à l’autre bout du monde Je tue le temps seconde après seconde. A force de déraison, lasse je déambule Moi qui suis emprisonnée dans ma bulle. A coup de forte trahison, ivre je divague. Depuis si longtemps, j’ai quitté les miens, Depuis tout c’temps, j’espère quand la nuit vient. A m’arracher le cœur, je vogue sur les vagues. Perdue dans mon néant, je n’sais rien de leurs vies. Pourquoi la vie m’a tout donné, m’a tout repris ! Je me parle, à moi qui survit mais ne vit plus. Lorsque la nuit approche, je n’pense qu’au temps perdu ! Si j’ai gagné ma place au paradis, ma liberté se meurt. Peu à peu, mon cœur faiblit, je n’crains rien dans mes rêves. Avant qu’il ne soit trop tard, un répit, une trêve, Je rends les armes, le mépris devient bonheur !
| 1306404 Publié le 31/01/2005 à 18:25  Le chemin de l’amour Les rues sont mortes, le froid d’avril L’heure tardive, les fenêtrent défilent. Sur la carte du tendre, je roule à fière allure Vers l’amour, parée de toute désinvolture. Seul l’écho de ta voix enjouée me guide Vers mon Eldorado, vers ce si bel été J’veux m’habiller de dentelles relookées Tu m’as rêvée si douce, belle et limpide. Radieuse, je songe à nos retrouvailles Musique hurlant Mozart ou Mylène Chopin ou U2, je prends un air canaille Amoureuse, tout moi, mi-coton, mi-laine. Le ciel gris est enflammé de mille éclairs Mon cœur, lui, n’bat pas comme d’ordinaire Les joues en feu, les mains tremblantes Eblouie de toutes ces lumières, frissonnante. Cet intime instant magique, ce moment divin C’est celui où j’ me lov’rai tout contre toi Ce n’sera pas du cinéma d’bazar, lointain Ce s’ra toi, moi, nous, enlacés le cœur en émoi. Le jour se lève, mon île, mon trésor, mon monde Soudain dévoile ses contours, palpitantes secondes Le jour se fait lumière, ultime courbe vers toi Tout ne tient qu’à un fil, tu es là et je suis à toi.
| 931895 Publié le 31/01/2005 à 18:32  Magnifique. | 1276169 Publié le 31/01/2005 à 18:39  Merfci Romane... | 1306404 Publié le 31/01/2005 à 20:08  Dihya et Perle! Merci de votre visite... | 1290740 Publié le 31/01/2005 à 20:14  Romane | 931895 Publié le 31/01/2005 à 20:19  Ce que tu écris et tellement beau. C'est mélodieux . | 1306404 Publié le 31/01/2005 à 21:15  Merci Dihya Milady
| 1306404 Publié le 31/01/2005 à 22:04  " Tu meurs ... je te regarde " Pour Maman Noël 1995 Comme tous les ans à cette époque, nous faisons les boutiques ensemble. Cette année, une fois encore, tu veux être la maman Noëlle la plus exceptionnelle de la terre. Alors nous courrons dans tous les sens pour remplir ce traîneau. Tu es seulement un peu plus fatiguée que les autres années. Tu t'essouffles plus vite aussi. Tu n'arrives pas à remplir tes chèques, tu me demandes de le faire à ta place et moi, je ne m'en inquiète pas plus que ça ! Veille de Noël Tu m'appelles en catastrophe. Impossible pour toi de décorer le sapin, impossible pour toi de terminer les paquets-cadeaux. Tu m'appelles au secours. Je viens. Je te taquine. Je me moque de toi gentiment. (Mais pourquoi ? Mais pourquoi ?!!) La veillée de Noël Nous sommes tous réunis chez ma soeur. Nous sommes 13, non 12 ... ? Tu sembles déjà Ailleurs. Tu souris, un sourire immense, je regarde les photos, un sourire qui nous enveloppe, mais plus comme avant. Tes yeux brillent, mais d'une flamme que je ne reconnais pas. Nous chantons, tu oublies les paroles. Toi, tu oublies les paroles ? Nous éclatons tous de rire. Elle est fatiguée Mamie disent tes petits-enfants. Trop fatiguée, ce n'est pas normal. Mais la fête continue. Le jour de Noël Nous sommes chez toi, chez vous, maman. Tu nous reçois, comme tu l'as toujours fait. Mais c'est papa qui s'affaire dans la cuisine. C'est l'heure de l'apéro. Un verre dans la main, tu veux porter un toast, tu renverses ton verre, tu ne peux plus le tenir dans ta main. Les petits rigolent, ça les amuse une Mamie maladroite. Moi, je regarde ma soeur. Premières inquiétudes. Soir de Noël Tu es chez moi. Tu viens de m'offrir un téléviseur. Je débranche, je branche, j'installe. Tu m'observes en silence, toi la bavarde ! Et puis soudain, tu hurles. Je suis seule avec toi dans la maison, mais où sont les autres ?? Papa est sorti dans le jardin. Et les autres sont partis. Je suis seule et je panique. Tu me cries que tu as mal à la tête. Je te prends dans mes bras, je te rassure, je t'offre un verre d'eau et tout redevient calme . tu te calmes, voilà, comme ça, c'est bien. Le lendemain de Noël Papa m'appelle. Maman est couchée. Nausées. Je passe la voir. Elle sourit dans son lit et me dit "trop d'excès hier" ! Le médecin passe, diagnostic "crise de foie", c'est tellement habituel en ces périodes festives. On y croit. Veille du premier de l'an Maman, je pars passer le réveillon à Amsterdam avec des amis. Je lis de la peur dans ses yeux. Elle s'inquiète toujours quand je quitte le nid. Mais cette fois, elle panique vraiment. Elle veut prendre une photo avec moi devant la maison. (Je regarde cette photo, je vois un fantôme) Elle me dit "Ma petite fille, fais attention à toi au Danemark". Je ne relève pas, mais je m'inquiète de cette confusion. Le 1er janvier 1996 "Allô maman, c'est moi, tout se passe merveilleusement bien, comment vas-tu ? Je te souhaite une belle et heureuse année, et une bonne santé" Je raccroche. Elle était heureuse de m'entendre. Et !!! 2 janvier Nous sommes rentrés d'Amsterdam, enchantés de ce voyage. Maman m'écoute avec attention, je lui raconte tout, même la soirée dans un coffee-shop, elle sourit. Elle sourit ? Même pas un petit reproche pour la forme ? J'en parle à ma soeur, elle est comme moi, elle s'en étonne. 8 janvier Maman a RDV à l'hôpital pour ses reins. Consultation de routine. Elle a un malaise dans les couloirs en repartant. Ils décident de l'hospitaliser devant l'insistance de papa. Examens de toutes sortes. Etat de fatigue général mais rien d'alarmant. "Vous êtes si sûrs de vous, pauvres c***" !!!) 12 janvier Les cours ont repris. Il fait froid, tellement froid. 17 heures, je suis au portail de l'école, je discute avec des élèves. Tout va bien. C'est le week-end. Je rentre à la maison. Je consulte mon répondeur. "Vous avez 3 nouveaux messages". Je ne sais pas pourquoi mais j'ai peur. J'écoute les messages. "Docteur P. à l'appareil, pouvez-vous me rappeler d'urgence s'il vous plaît, c'est votre maman ..." Je rappelle. Je fonce à l'hôpital. Maman est dans sa chambre, en pleine crise de panique, elle n'arrive pas à joindre ma soeur au téléphone. Papa est livide et me dit "On la transfère à Pontchaillou à Rennes tout de suite". Je vais voir, seule, le médecin. Il me dit "Votre maman a un oedème cérébral." (Quoi ???) "Nous la transférons à Rennes en service neurologie." Je ne peux plus parler, je demande juste, "mais c'est grave ?" même si je le sais déjà. Tumeur au cerveau. Samedi 13 J'appelle maman à l'hôpital et nous parlons, nous parlons, une heure, deux heures. Je pleure, elle me rassure, elle pleure un peu aussi, mais elle se reprend très vite. Nous parlons de sa tumeur, nous nous parlons d'amour, oui d'amour. Je lui dis que je l'aime, que je ne veux pas la perdre. Elle me dit les mots réconfort, elle sait toujours trouver les mots. Elle semble sereine, tellement sereine. Nous ne savons pas à cet instant qu'il n'y a aucun espoir, personne ne nous l'a dit, mais ... elle l'avait senti, et je l'avais senti. "J'arrive maman, j'arrive." Nous sommes tous à Rennes. Elle est assise dans son lit, elle sourit encore. Elle est débordante d'énergie. Cortisone, mon amour, cortisone, je te hais. Un chirurgien nous reçoit ma soeur et moi. Il nous montre le cliché du scanner. Je m'effondre. Ma soeur serre ma main très fort. Je ne m'attendais pas à CA. C'est trop gros. C'est trop visible. Ce n'est pas opérable. "Combien de temps ?" Deux à quatre mois. Je n'ai plus de mots. Je dois me reprendre. Maman nous attend dans sa chambre. Je veux fumer une cigarette. Je veux sortir d'ici tout de suite ! Je hais ce chirurgien glacial. "Ca va mes chéries ?" "Oui ça va maman, ça va ..." "Je ne vais pas être opérée alors ?" "Non ..." "Tant mieux, j'avais peur." Des rayons ... vont venir éteindre tes jours. Comme je regrette ces rayons !! Nous avons "gagné" un mois ... mais à quel prix ! Fin janvier Derniers éclats de toi. Tu nous parles encore. Tu nous mets en garde. "Si je suis méchante avec le traitement, ne m'en tenez pas rigueur, ce ne sera pas M o i ... je vous demande pardon à l'avance." Nous te pardonnons, nous te pardonnerons tout, maman. Février ...... 24 mai 1996 Tu écris tous les jours dans un petit carnet, et puis un jour, mon dieu, un jour, j'ouvre ce petit carnet. Tout est noir sur la dernière page, tu as "gribouillé" ... tu ne voulais pas que l'on lise. Tu ne pouvais plus écrire. Tu oublies les mots. Tu confonds les mots. Aphasie. Tu récites par coeur les règles grammaticales du bled. Tu récites par coeur les tables de multiplication. L'institutrice se réveille. Tu parles, tu parles, tu ne peux plus t'arrêter de parler. Tu es hospitalisée. Tu deviens agressive. (avec papa surtout parce qu'il comprend moins vite que nous) Un jour, tu me dis à l'oreille : "Je t'en prie, fais quelque chose pour arrêter les mots, je n'en peux plus." J'en parle aux médecins. Ils arrêtent les mots. Tu ne parles presque plus. On te perd un peu plus chaque jour. Tu as mal. Tu dors beaucoup. Je te veille. Je te masse. Je te caresse le visage. Je te chantonne de douces mélodies. Tu rentres à la maison. Je prends soin de toi. Nuit ou jour, peu importe, je suis là pour toi. Tu es mon bébé d'amour. Je te câline, je te lave, je te donne à manger, je te chatouille, tu t'accroches à mon cou pour te lever du lit. Tu souris quand je te dis "mets tes tits bras autour de mon cou". Je t'aime tellement. Tu m'appelles dans ton sommeil. J'peux plus dormir, j'veux plus dormir. Jusqu'au bout, tu es restée la même avec tes petits-enfants. Des mots doux, des sourires. Jusqu'au bout, tu es restée digne. Dernière hospitalisation Douleurs au ventre. Toux tenace. Tu ne marches plus. Tu ne parles presque plus. Tu dors, tu dors. Tu souffres, tu souffres. Prostrée. Les yeux brillants. La douleur. Je ne supporte pas. Il faut augmenter les doses au risque de . 23 mai 1996 Tu es en réanimation. 17 heures, après les cours, je fonce. J'arrive trop tard. Je te vois passer sur un brancard. Je cours, "je suis là, maman, je suis là". Toi, tu gémis. Ils te redescendent. Hémorragie cérébrale. C'est fini. Nous te veillons. "Rentrez chez vous, vous ne pouvez plus rien maintenant, nous vous appelerons quand ..." 3h30 du matin "Votre maman est décédée." On va te ramener à la maison maman, tu nous l'as demandé. Un chemisier blanc, une jupe noire ... (tu ne chanteras pas à la chorale ce soir mais nous chanterons pour toi) Un baiser sur ton front glacé. Boîte qui se referme. Chaque jour qui passe Est un jour sans toi. La mort c'est pour la vie L'amour aussi, l'amour aussi .
| Mladen - 595300  Publié le 31/01/2005 à 22:10 
Triste et beau à la fois! Bouleversant!  | 1306404 Publié le 31/01/2005 à 22:15  beaucoup Santino,
| 1307930 Publié le 31/01/2005 à 22:20  Romane  | 1290740 Publié le 31/01/2005 à 22:24  Une émotion retranscrite avant tant d'amour et de dignité... merci Romane, c'est superbe | p_carlow - 913080  Publié le 31/01/2005 à 22:40  Turbulences!
| PHIL - 391201  Publié le 31/01/2005 à 22:59  Pas de mots. Gorge serrée. Juste un baiser. | Gimel - 986228  Publié le 01/02/2005 à 07:44  Grande émotion Merci Romane , oui Carlow c'est pas sans rappeler "les Turbulences" de Ptitange | Sweet-Eden ! - 833184  Publié le 01/02/2005 à 10:42  Bravo pour tes ecrits romane | 1306404 Publié le 01/02/2005 à 12:40 
Milady, Eden, Cyberic, Carlow, Phil et Gimel Il était une fois..." 24 H " Il est 1 heure, le monde dort, le vent souffle dehors, les volets claquent, une fois, deux fois, trois fois, c'est trop, il faut qu'elle se lève. Il faut, il faudrait, elle doit, elle devrait. Putain de conditionnel ! Elle ne bouge pas, se recroqueville sous la couette, ses petits bras repliés, ses jambes serrées, elle tremble, elle ne supporte plus d'entendre ces battements, son coeur, les volets, le vent ? Qu'importe, c'est insupportable. Il est 2 heures, le monde dort encore, le vent s'est calmé, son coeur non. Il est 3 heures. Rien. Le vent dort. Son coeur d'or palpite un peu. Elle ne l'écoute plus. Elle l'ignore. Elle fait comme si . Elle pense à cette chanson de Téléphone "non la nuit n'a pas de coeur". Elle a peur. Il est 4 heures, le silence l'oppresse. Mais que fait le vent, que font les volets ? L'abandonneraient-ils eux aussi ? Pas de réponse. De toute manière, elle n'en attend plus. Il est 5 heures, Paris s'éveille, peut-être. Chez elle, c'est encore et toujours le silence, ce grand Blanc qui l'inquiète tellement. Elle repense au grand Bleu de sa Corse tant aimée. Elle sourit, mais dans le noir, seule sa bouche le sait. Elle sourit longtemps. Grimace d'une ombre perdue dans le temps présent. Pauvre clown qui s'anime dans le vide d'une nuit. Elle est seule. Son sourire est seul. Sont-ils deux ? Il va l'abandonner, elle le pressent. Il est 6 heures. Elle ne sourit plus. Elle l'avait prévu. Fatalement. Et si elle allumait ? Lentement sa main glisse vers "l'interruptheure", va-t-il interrompre ses heures ? Elle a tenu 6 heures, peut-elle prendre le risque de tout foutre en l'air, parce qu'elle manque de lumière ? Non. Pas question. Que la nuit soit, encore. Laissons le jour décider seul de son lever. Mais que fait le coq dans sa basse-cour ? Qu'il hausse le ton, qu'elle entende son chant, qu'elle sache enfin qu'il est l'heure ! Il est 7 heures. Elle se souvient qu'ils ont tué le coq dimanche dernier. Elle pleure. Elle repense au magnifique clocher de son village, aux oeufs cachés dans les arbres, à la Pâques, au coq égorgé, à toutes ces poules faussement attristées qui ne porteront pas le deuil bien longtemps. Dès qu'un autre coq se pavanera sous leurs yeux, elles oublieront leur peine ! Son rire fend ce début de jour. Entaille violente. La nuit n'est plus mais elle reviendra, hélas. Il est 8 heures, le monde bouge. Au loin, quelques voitures, dans la rue, quelques passants, des oiseaux aussi. Adorables gazouillis. La vie. La vie après la nuit. Après la nuit, le beau temps ? Elle confond, c'est pas ça. Comme toujours, elle s'en fiche, elle ne cherche pas, elle aimerait dormir, mais il est l'heure. Elle soupire, s'étire, baille, elle est bien au chaud. Sa nuit froide n'est plus qu'un mauvais rêve. Elle a rêvé qu'elle avait envie de dormir, elle a rêvé que son coeur battait fort, elle a rêvé que le vent soufflait, que les volets claquaient, que le coq ne chantait pas, elle a rêvé tout cela. Elle a rêvé sa nuit. Elle a rêvé ses heures. Il est 9 heures, elle n'a pas quitté son lit. Elle est si fatiguée. Comment peut-on sortir d'un rêve de nuit épuisée ? Il lui vient une idée. Et si elle rêvait de jour, peut-être serait-elle plus en forme au "réveil" ? Il est 10 heures. Elle s'est levée. Miracle. Elle a ouvert les volets, ouvert la fenêtre et fermé la porte de sa nuit. Une clé invisible au creux de la main, elle plisse le front, elle se vieillit, quelques rides, brûlures du temps qui passe, des heures à rêver, à dormir, à rêver qu'elle dort ... enfin, fin en soi, ou début ? Qui peut le dire ? Il est 11 heures. Il était une fois une jeune femme. Les volets claquent. Mais pourquoi ne les a-t-elle pas bloqués ?! Une fois, deux fois, trois fois, c'est trop, mais elle ne se lèvera pas, non, ce n'est pas encore pour cette fois. Elle reste allongée, elle se met en boule, doucement. Le soleil lui caresse le visage. Il est 12 heures. Soleil de midi. Ses démons prennent possession de son corps, elles s'abandonne. Elle aimerait prendre un bain. Nue. Seule. Dans son grand Bleu, ce grand Bleu qui noie le silence, ce grand Bleu dans lequel elle se noie quand l'absence est trop lourde. Son corps est si léger. Sous l'eau, elle vole, les oiseaux ont des nageoires, ils sont craintifs, multicolores, couverts de plumes-écailles, ils l'ignorent, ils ne voient pas ce coeur qui frissonne. Ils sont dans leur élément. Elle est l'intruse. Qu'importe, elle vole, elle nage. Dans cet élément, elle est juste de passage de toute façon. Une simple contrefaçon. Il est 13 heures, l'heure du journal. Elle se replie intimiment. Elle s'écrit, elle se raconte. Mais elle s'oublie, elle se trompe, elle râture, elle efface, elle revient en arrière, elle s'arrête. Plus rien à se raconter. Elle se connaît. Elle connaît tous les recoins de son histoire. Elle avale les années, ses plus belles années, elle vomit ses années noires, ses nuits blanches, ses cernes noires, son teint livide. Elle repense à sa nuit, cherche à la recoudre, mais le fil est usé. Une fois encore, elle abandonne, elle laisse tomber. Bobine qui roule. Sa vie ferait-elle un bon film ? Peut-être. Il est 14 heures. Dans son lit, elle suffoque. Les murs se rapprochent. Elle va mourir. Requiaime for a dream. Une chambre, mille requins blancs, quelques vers solitaires, adieu la poésie. C'est fini. Il est 15 heures. A l'estomac des crampes. Au mur des lézards rampent. Elle a faim. Et si elle se levait. Si elle sortait de ce lit, ce n'est pourtant pas si compliqué. Couette soulevée, pieds dehors, debout sur le parquet, avancer. Et se ruer vers le frigo. Non. Elle n'a pas envie. Elle rêve qu'elle n'a pas envie donc elle n'a pas envie. Un long soupir. Elle ferme les yeux. Il est 16 heures. Un p'tit écolier. Une sonnerie. Des pas précipités dans les couloirs, des rires, des cris. Adieu les chants, adieu le vent. Amis de la poésie. L'école est finie. Il est 17 heures. Elle se sent hors du monde. Les autres vivent. Une larme sur sa joue, sur son jour, celui qu'elle voulait, qu'elle a choisi. A-t-elle rêvé de sa nuit ? Est-elle consciente de son jour ? Elle goûte cette eau salée, elle se pince, elle crie. Elle ne rêve pas. Elle n'a pas rêvé. Même ça, elle ne sait plus le faire. Voile sombre, paupières baissées sur Hier, sur Demain mais il reste encore quelques heures à tenir auJourd'hui. Oui, elle va tenir.Ô jour, nuit, un délicieux mélange. Il est 18 heures. Rien à dire. Elle respire lentement. Il est 19 heures. Le téléphone. Tiens, quelqu'un pense à elle. Non, c'est une erreur. Elle laisse sonner, une fois, deux fois, trois fois puis arrache le fil. Et un de moins. Elle avance. Elle est bien. Les fils s'en vont, peut commencer la cicatrisation. C'est ce que disent les médecins en tous cas. Ce soir, elle a envie de les croire ou bien faire semblant. Il est 20 heures. Le monde pleure devant la petite lucarne magique, le monde s'apitoie. Tant de malheurs, de misère, d'injustice. Elle zappe. Elle se zappe aussi. Dans la main gauche, sa petite clé invisible, dans la main droite, sa petite télécommande invisible. Son monde à elle serait-il invisible ? Elle commence à douter de tout, de sa propre existence même. Un miroir, il lui faut un miroir. Il est 21 heures. La nuit tombe. La nuit se lève ? Mais elle, non, toujours pas. Elle a froid. Il est 22 heures. Elle ouvre sa main. Brille la petite clé argentée. Il est l'heure. Porte entrouverte. Il est 23 heures. Elle ne peut plus penser. Confusion. Le vent pénètre dans la chambre. Elle n'a pas fermé la fenêtre. Le monde entre par cette plaie béante. Mais elle est sourde aux bruits du dehors. Elle a la chair de poule. Elle repense au coq qui n'a pas chanté ce matin. Elle repense à ce nouveau coq qui chantera peut-être demain. Mais pas pour elle. C'est trop tard. Gentils coquelicots mesdames. Il est minuit. Mi-nuit, mi-couverte, mi-lène, une musique suspendue. "Et je te rends ton Amour ..." A-t-elle rêvé de son jour ? A-t-elle rêvé de cette sonnerie de téléphone ? Le fil est rompu. Elle n'a pas rêvé. Un autre jour s'achève. Mais demain, il se lèvera sans elle. De toute manière, cela fait des jours, des nuits qu'elle ne se lève plus. Le monde s'éveillera, le monde tournera, le monde s'endormira. Et coule la vie et coule le sang de ses veines, raisin de sa colère, le "sans" mauvais, tellement mauvais. C'est la faute à pas de chance. Sa vraie vie, ce sera pour une autre vie. Elle n'entendra plus ces battements, son coeur, ses volets. Ce bon vieux futur vient de faire la nique au conditionnel. Un futur sans aile.
| PHIL - 391201  Publié le 01/02/2005 à 13:03  Sutout ne la laisse pas seule, seule dans sa nuit, dans ses pensées. Dis lui que l'algèbre c'est de l'amour. Rappelle lui que deux moins égalent un plus. Dessine lui - + - = + | 1306404 Publié le 01/02/2005 à 13:17  Phil ...Je le lui dirai ...et lui dessinerai: " - + - = + " Sera t-elle prête à voir et entendre ???
| 931895 Publié le 01/02/2005 à 18:39  Que d'émotion. Je ne trouve pas les mots. Comme dirait Santino, c'est si triste mais tellement magnifique à la fois. | 1306404 Publié le 01/02/2005 à 21:29  Calimera ! Tu dis ne pas trouver les mots...mais ta " visite " me fait chaud au coeur, nul besoin de mots! Un grand MERCI à toi!
| 1306404 Publié le 01/02/2005 à 21:54  Quand tout bascule Errant par le monde, en des lieux enchanteurs Des visages bien-aimés aux voix murmurantes Surgissant du passé, des nuées de souvenirs Qui défilent, son nom même, rien plus jamais Ne sera pareil à ce que c’était voilà si longtemps Les souvenirs, les rêves, l’ordre de tout ce qui aurait dû Et aurait pu être, et que naguère elle avait vu Une existence magique, toute vouée à tomber Comme la neige, tout voué à n’être plus, Dissiper en un clin d’œil, comme la pluie, Les rires, la musique, la beauté, la souffrance Les amis, leurs sourires laissés derrière eux Les souvenirs aussi doux que la rosée, Tel du satin sur sa joue…Avec une nuit entière Pour chercher de nouveau ce précieux chant d’hiver Abrité dans un cocon d’amour, Pour un éternel toujours. Vie de feu rapidement consumée, Et trop tôt, bien trop tôt terminée. Un jour votre vie est merveilleuse Le lendemain, elle devient un cauchemar. Il y a des moments comme ça Où tout bascule, tout s’effondre La descente aux enfers a débuté Par pur hasard, à la lecture d’une lettre Etait-ce la vérité, était-ce un peut-être Nul doute, rien ne sera plus comme avant Agir, oui mais comment, avec tact et quand Espérer un instant opportun, la tribu endormie Le face à face outrageant où roi est le déni Tenir jusqu’à plus d’heures, malgré les cris Enfin savoir, laisser se déverser les larmes Dans un torrent de dégoût, prendre les armes Rassurer l’innocent et lui caresser les joues Dans un ultime soupir, savoir rester debout Pour ne point mourir de douleur, à genoux.
| 1276169 Publié le 01/02/2005 à 21:58  Une pure Merveille .. romane ... Merci à toi | 1306404 Publié le 01/02/2005 à 22:05  à toi Perle pour tes passages... pour toi!
| 1276169 Publié le 01/02/2005 à 22:06  Sincère ... Ce texte est magnifique ... | PHIL - 391201  Publié le 01/02/2005 à 22:55  Rester debout quand il n'y a même plus d'intérieur, Laisser une carcasse vide déambuler, au gré des vents, au fil des rues, Croiser un regard qui n'en est plus, happant le vide de son immensité, Hurler une douleur muette qui ne peut plus sortir, Questionner l'infini, lever un poing vengeur, et puis renaître dans un sourire, au détour d'une page, contempler un visage, se perdre dans ses yeux, connaître des printemps, courir, bouger, sauter et rire, et rire, rire...Jusqu'à en oublier sa douleur. A Romane qui écrit si bien la vie. A Perle pour un petit réconfort. |
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