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AFFRES ENFOUIES

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djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 18/06/2020 à 08:05 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
j'ai encore fait un cauchemar, enfin j'ai erré de semi conscience en mal être, je me suis éveillé oppressé, incapable de me lever aussitôt, la tête farcie d'incertains souvenirs.
oui on peut dire que c'est un cauchemar, le pire c'est qu'on s'y habitue...je suis un spécialiste….pour mon malheur.
Le facteur déclenchant (car sans étincelle pas d'incendie) c'est une chouette. Une banale chouette effraie.
hier matin après mon petit déj, j'ai "fait le tour du jardin" .En général ça m'apaise, car la nature est mon amie, et tout le monde se doit d'avoir au moins une amie.
Les surprises sont souvent attendues; je guette le débourrage des bourgeons, les floraisons, l'élan victorieux du printemps, et les couleurs de la retraite de l'été finissant, avec ses fruits gorgés de sucre...
Là au beau milieu d'un parterre de fleurs basses mon œil remarque en deux temps quelque chose d'inhabituel…
une forme dressée de quoi, trente, quarante centimètres ? une palette de couleurs ternes propice au camouflage, comme recouverte d'un manteau dépenaillé dont le vent léger fait trembler ses oripeaux .
je m'approche, intrigué...une chouette...une effraie reconnaissable au bariolé de sa face immobile les pattes au sol, le bec rentré dans le plumage, les yeux clos.
Est elle malade, blessée ? je recule lentement et je vais téléphoner à la ligue de protection des oiseaux pour demander conseil.
Un jeune (vous avez remarqué, ils sont toujours jeunes) de permanence me rassure en rigolant.
Tout est normal: il s'agit d'une jeunette qui vient de quitter le nid. L'immobilité la protège , et elle n'a rien à craindre de mes chats. Attention toutefois aux parents qui m'observent certainement et qui n'apprécieraient pas un intérêt trop poussé à leur progéniture.
Elle a passé tout l'après midi dans le jardin alternant quelques déplacements chancelants et immobilité .
J'avais laissé les rideaux ouverts pour l'observer , en espérant voir les parents la nourrir dans l'obscurité naissante.
j'allumai alors mon ordi, et la jeunette emplumée adopta alors le comportement des adultes.

Quand je rentrais de sorties nocturnes j'allumais mon éclairage extérieur pour ne pas louper la serrure d'entrée. Je déclenchais souvent des souffles, des sifflements de serpents, des crachotements indignés de ces volatiles perchés dans les arbres.
la jeunette à la vue de la lumière de mon écran vint se plaquer contre la porte fenêtre et imita le vocable de la chouette mécontente.
je lui ris au nez, mais loin de se calmer elle se mit a donner de vigoureux coups de bec dans la vitre !
j'abdiquai par pitié pour sa jeune imprudence, et rendis l'obscurité totale à mon logis.
Comment diable un évènement plutôt sympathique pût il me plonger dans les affres cauchemardesques la nuit suivante ?
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 18/06/2020 à 17:30 supprimer cette contribution
...Face à ces cauchemars , ma réaction était le silence; une tristesse indicible entrecoupée d'excitations souvent inappropriées ; pas bon tout ça pour vivre en couple.
C'est sans doute pourquoi ma douce Armelle lasse d'être réveillée par un conjoint angoissé, transpirant, voire sanglotant s'en est allée.
Bien sûr, j'ai admis qu'Aziliz et Judig seraient plus à même d'être équilibrés en passant le plus clair de leur temps au domicile maternel qui est devenu leur "chez eux".
Dur à avaler, mais c'est le lot de tous les pères aimants lésés, des trois quarts de leur parentalité.
J'ai refusé depuis toujours les sales hoperies chimiques censées ligoter les pensées non souhaitées . Sauf qu'elles ligotent aveuglément..et que cet aveuglement doucereux est toxique et rend dépendant.
Sans maladie mentale grave et dangereuse pour soi ou pour les autres, l'être humain a droit à la tristesse et à garder sa lucidité face à ses tourments.
J'ai refusé longtemps l'aide d'un "soignant écoutant"...une rencontre avec une femme joyeuse et percutante a fait vaciller ma fierté. Son écoute et sa finesse de relance au cœur du sujet m'a fait du bien.
Mais mon âme cabossée et...fidèle l'a sans doute lassée elle aussi...
Le départ d'Armelle n'a rien arrangé ...La persistance heureusement espacée de mes cauchemars a embelli et enkysté mes angoisses.
J'ai donc décidé de consulter ...
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 19/06/2020 à 06:55 supprimer cette contribution
...j'ai bâché aussitôt une première professionnelle; impossible de penser à autre chose qu'à l'odeur infâme de tabac fixée dans son cabinet. Qu'elle se soigne d'abord, avant d'avoir le culot de guérir autrui.
La seconde m'a plu tout de suite...maternelle, ronde, avec un regard amusé. Visiblement elle n'était pas encore blasée par son boulot…
Après les présentations d'usage, il fallut bien commencer : par le tout début, mon enfance, mes parents, mes ancêtres, et tout le st frusquin…
je décidai d'écourter le beau roman merveilleux de ma trajectoire sans problèmes.(bien entendu)
j'en vins immédiatement à mon plus récent cauchemar, et à cette pauvre et innocente chouette effraie…
"hé oui c'est un animal nocturne, censé accompagner vos rêves"
décrivez moi ce que vous avez vu dans le réel et les troubles éventuels que vous avez ressenti"
Après une longue réflexion, j'ai fait émerger deux "troubles" qui ont pu enclencher le cauchemar…
"et bien...l'apparence de la silhouette de cette chouette immobile, dépenaillée m'a saisi, j'ai ressenti une inquiétude sans rapport avec ….et ensuite j'ai repensé à ses coups de bec sonores dans la vitre. ça ressemblait à une alarme, un danger…
pourtant j'aime bien leur compagnie discrète visuellement, mais sonores, je trouve les chouettes rassurantes.
Bon...le temps passe vite et il faut vite sortir le carnet de chèques.
c'est ainsi...elle m'a dit en souriant; "vous savez j'ai des patients qui pendant une grande partie de leur vie vont courir de psy en psy tant qu'on leur dit ce qu'ils veulent entendre, c'est à dire qu'ils ont plein de positif, en eux, qu'ils sont tout à fait aimables et que leur progression thérapeutique est remarquable"
"D'autres foncent et comme des éléphants dans un magasin de porcelaine cassent leurs angoisses comme si le diable était à leurs trousses"
"D'autres sont en classe de découverte, pour changer un peu des diseuses de bonne aventures"
"j'espère pour vous que nos séances ne vous ruineront pas...pour ça prenez des notes pour venir avec du matos, et ...jouez le jeu, ok ?"
Je crois que j'ai bien choisi mon écouteuse..

mais je ne lui ait pas dit tout de suite que je couche sur le papier tous mes tourments, et que des bouts de rêves sont déjà fixés sur papier….sur papier glacé par ces nuits.
sur papier à brûler parfumé à l'encens pour un éternel auto enterrement….
sur papier chiffonné avec rage et brûlé pour que personne ne puisse le lire...
des écrits invisibles notés blanc sur blanc…
et avec tout ça, j'ai trouvé le moyen de pleurer devant cette étrangère l'absence, le manque d'Armelle et de nos enfants...
Naeylle - 2943638 lui écrire blog Publié le 19/06/2020 à 19:43 supprimer cette contribution
Tu as de l'imagination, ya pas à dire


djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 19/06/2020 à 21:07 supprimer cette contribution
si vieillesse pouvait...ben elle peut imaginer encore.
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 20/06/2020 à 08:09 supprimer cette contribution
...au cours d'une autre séance, nous , enfin je avons parlé de religion...
j'ai d'abord pensé qu'on s'éloignait du sujet mais comme j'avais des choses à dire sur les "fesses bénies" autant dégager ça tant qu'on y était...ça ne mange pas de pain.
j'ai dézingué celles qui se prosternent devant un supplicié au lieu de se battre contre les assassins. j'ai dézingué celles qui font couler le sang et qui marchent dedans. Avec ce précepte devenu ridicule aujourd'hui: croissez et multipliez vous...Mais oui, il suffira de parquer les espèces à qui on aura volé l'espace vital. De bonnes vieilles guerres pour tout; pour l'eau, pour les métaux rares, pour le pétrole, pour les flux humains désespérés par leur expansion impropre à survivre où ils sont nés...
bon une fois dit tout ça...quel rapport avec mon ou mes problèmes ?
"on s'éloigne un peu de la chouette" me confirma celle qui répondait au prénom de marjorie.
je marquai un temps de réflexion; "pas si sûr...cette chouette si je l'imagine suppliciée aurait des ressemblances avec ..." je me tus soudain...des images s'imprimèrent en noir et blanc, ou plutôt avec la couleur dégradée des vieux films...
Cette chouette au ventre blanc avec ses oripeaux de jeunette, sa tête penchée pour cacher son bec avec son casque de plumes comme une...chevelure humaine.
je réprimai un tremblement en serrant mes mains l'une à l'autre.
un cadavre...un cadavre d'homme ou de femme dont la blancheur du ventre nu émergeait d'une chevelure dégoulinant sur la poitrine ! dégoulinant de sang peut-être...
Je soufflai un bon coup et d'une voix altérée lançai "la chouette me fait penser à un cadavre, peut être un cadavre de femme"

Marjorie regarda sa montre avec une grimace..."bon nous allons en rester là pour aujourd'hui; c'est bien, vous jouez le jeu"
tu parles d'un jeu ! si je cauchemarde cette nuit je te maudirai Marjorie...


djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 20/06/2020 à 12:43 supprimer cette contribution
...s'en suivit deux nuits presque blanches.
des pensées sans queue ni tête, des images de chouettes crucifiées, des femmes assassinées aux yeux vides, ma fuite éperdue saisi de terreur, pour allez je ne sais où...
je repris mes notes, mes textes...en tentant de relier quelque chose à autre chose.
C'est facile à faire quand on a du recul, de la distance par rapport aux évènements...
S'agissant de moi, de mes noeuds sur le fil de mon mal être, je me trouvais à de multiples carrefours . Alors à gauche, à droite ? et ce n'était pas la bonne route...
alors demi tour, mais le carrefour s'était évaporé. Mon subconscient me signifiait "non, pas de retour en arrière mon gars, avance, avance, tous les chemins mènent à Rome"...
Après une nuit assez paisible, un vague souvenir nocturne me revint....
J'avais déjà noté par écrit un vieux cadenas, un cadenas qui revenait parfois dans mes rêves....
un vieux cadenas en fer blanc . Il ma fallu un peu de temps pour remarquer qu'il était brisé...
Je fixai ma pensée sur ce cadenas ....
mais c'est comme si une barrière invisible m'empêchait de voir au delà...
je me promis d'en parler à Marjorie.
En attendant, je constatai que les appels "casse croûte" de la jeune effraie dès le brun du soir avait cessé.
Sans doute commençait elle à chasser seule...
j'en tirai un symbole positif...allez mon vieux, elle progresse, fais de même....
Je voulus croire qu'elle ne s'était pas posée dans mon parterre par hasard...
Ses jeunes plumes allaient elles retracer les sentiers de ma destinée, et surtout apaiser mes nuits ?
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 21/06/2020 à 07:40 supprimer cette contribution
...me revoici face à Marjorie...accueil détendu , elle m'a accordé un rendez vous matinal, je suis le premier cli...patient.
A peine entré son parfum m'entoure...hmmm des nuances de violette, un peu comme le parfum que portait ma grand mère.
Plus moderne bien sûr, plus capiteux...plus sucré même.
après un échauffement verbal rapide de "comment allez vous ? bien et vous ?"
je sors une fiche où j'ai écrit soigneusement des noms d'objets, des sensations piochées ça et là dans mes rêves et mes pensées...
j'attaque avec ce sacré cadenas brisé ...
Elle sourit; "un cadenas pour enfermer vos souvenirs ?"
"c'est bien, vous l'avez brisé c'est encourageant"
elle réfléchit quelques secondes et me demande; "ce cadenas, que ferme-t-il Qu'est il censé protéger ?"
Je passe en revue, des boites à outils, des portails, rien..."je ne vois rien d'autre qu'une porte" avouais-je...
Je ferme les yeux et une porte de bois sombre, très haute rongée par le temps me semble convenable.
"le cadenas, vous le voyez ?"
"oui, il est cassé il pend, il reste accroché, c'est un vieux cadenas comme on n'en voit plus, un genre de fer blanc..."
"c'est vous qui l'avez brisé ?"
"non, non, je ne crois pas...j'étais petit"
"petit comment ?"
"je ne sais pas trop 9, 10 ans ...mais non je n'aurais jamais eu l'idée de fracturer un cadenas..."
"pouvez vous aujourd'hui "nous" ouvrir cette porte ?"
Mon souffle s'accélère...je sens un mal être insensé qui m''étreint...violemment.
"non, une autre fois, pas maintenant, pas tout de suite"
"ok si on reparlait d'Armelle, de vos enfants ça vous permettrait peut-être d'évacuer un peu de cette émotion enfermée ?" j'ai pigé, elle veut que je pleure, que je craque un peu, que je "craquotte".
Bah elle n'a pas de mérite à ça...c'est trop facile. On aime tellement se victimiser.
Fin de la séance...je ressors lessivé mais je n'ai pas sangloté, juste "mouillé mes yeux pour entretien du globe oculaire".
à la prochaine Marjorie...
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 22/06/2020 à 07:28 supprimer cette contribution
...heureusement que j'ai dormi seul cette nuit.
je crois bien avoir crié.je me suis éveillé couvert de sueur, avec un mal de crane pas possible...
vite mon petit carnet pour noter les errances cérébrales, avant que la bonne odeur de café et la baguette beurrée me les fassent oublier...
Je cours, j'entends sonner mes pas , j'ai peur...j'entends un bruit de moteur, le danger est là ce moteur est dangereux ...
Autour de moi une vaste étendue plate, impossible de me cacher.
un bruit de vagues du vent et soudain un trou dans un mur végétal de faible hauteur.
je m'y engouffre et y reste prostré, tremblant et mouillant mon pantalon, réprimant mon souffle affolé.
c'est comme au moyen âge...je suis dans une cage dont les côtés sont garnies de pointes acérées. je ne peux pas bouger sans me piquer Le supplice est interminable...
soudain un silence qui se prolonge longuement....un silence qui me dit que tout danger est écarté. En fait la porte de ma cage s'est ouverte toute seule...et voilà je m'éveille. heureusement je n'ai pas pissé dans les draps...
Drôlement sympa d'aller bosser après de joyeuses nuits de folie avec moi même....
Ah les fameux et révélateurs "comment tu vas bien ce matin ?" (je me tape de savoir comment tu vas, on ne fait pas de social ici))
le fin du fin c'est de ne pas regarder le collègue lors de la poignée de main...
On n'est pas payés cher mais on rigole bien...tant qu'une promo ne nous met pas en concurrence. Ensuite on se déteste cordialement pendant des années..
Mais il faut bien vivre...et pour vivre presque bien il faut des sous, un minimum...
Mais malgré tout ce vécu banal partagé par la multitude, le boulot me vide la tête, c'est une barrière efficace contre les glous glous du passé qui veulent remonter à "ma" surface...
beaucoup plus efficace en tout cas que les dimanches qui s'étirent...s'étirent, sans Armelle et les enfants.
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 23/06/2020 à 07:52 supprimer cette contribution
...J'avais envie de vider mon sac . D'ailleurs l'accélération du nombre de mauvaises nuits était à prendre en compte.
Mon "intime inconscient" me disait clairement : "je fais mon boulot pour t'aider à éclaircir tes vrais et faux ressentis, il faut que tu y mettes de la bonne volonté toi aussi"
Mais Marjorie avait décidé de prendre des vacances...Hé oui c'est fatigant d'écouter la misère humaine, les banalités pourtant souvent tragiques et redondantes et rester bien à l'écoute comme si on n'avait jamais entendu ces antiennes.
"je vais visiter Prague" se gourmandait elle..
J'ai eu droit aussi à ses vacances dernières.
...la très verte irlande.
"vous partez en vacances vous aussi sans doute ?"
" oui enfin, non je n'ai pas le goût de partir seul"
"vous devriez...le changement d'environnement est salutaire ...la solitude n'est pas une excuse".
Je n'en sus pas davantage sur son statut...
Mariée, pas mariée ? je n'avais pas remarqué d'anneau à son doigt excepté des bagues ...
Mais tout cela ne veut plus rien dire...

Donc j'avais envie de vider mon sac...et Marjorie déambulait en Tchéquie...mais je tins compte de son avis et convainquis Armelle de me laisser Judig et Aziliz pendant une semaine de vacances scolaires.
j'hésitai sur la destination de ce partage de liberté avec nos enfants...
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 24/06/2020 à 06:36 supprimer cette contribution
...ça vous dirait des vacances en camping ?
Ouiii ce serait génial !
"alors ce sera mer ou montagne ?"
Aziliz charmeuse..."s'te plait papa on voudrait retourner au même endroit qu'aux vacances de pâques"
judig qui vient à la rescousse; "ouais, là où on était avec maman, c'était trop bien"

Au fond de moi je n'ai pas envie de chausser les bottes du séjour d'armelle et compagnie.
je préfèrerais apporter autre chose, un autre souvenir, un autre environnement.
De plus je connais cette station balnéaire, où j'ai passé un été quand j'étais enfant. Je n'en ai pas de bons souvenirs...
Mais la horde filiale est tenace, insistante, charmeuse, boudeuse...
"oui il y a plein d'ac-ti-vi-tés (nos gosses n'ont plus droit de s'ennuyer, d'inventer des jeux, de jouir simplement d'une liberté aux pieds nus)
"géniale la piscine en plus" mais bien sûr, il leur faut une piscine grouillante de vie microbienne à 500 m des plages.
"je m'étais "fait" des copines"
"ouais moi pareil on s'est bien marré"
"il y avait des soirées avec des jeux et on a chanté avec maman au karaoké"

je tente un "vous ne voulez pas changer pour cette fois, c'est chouette la montagne"
"noooon à part marcher il n'y a rien à faire c'est nul"
bien m'en a pris l'an dernier de randonner avec eux...pourtant ils étaient joyeux et toniques.
Avec toute la malice et (un peu) le vice que peuvent avoir les enfants, ils me disent que ce serait bien qu'ils aient des souvenirs de cet endroit avec les deux parents...
ben tiens ! pourquoi pas pour une quinzaine, reformer la famille,
tant qu'on y est...
Et voilà Aziliz qui s'assoit sur mes genoux en me chantant au creux de l'oreille; "siii papa je t'en suppliiiie, on sera super gentils"
Bah...pour une semaine papa va céder...ces deux bougres le savaient sans doute avant moi.
"à une condition; on emmène les vélos...et on s'en servira au moins un peu"

ouaiiis génial, merci mon petit papa...on aidera à faire la vaisselle"
bon, je n'ai plus qu'à préparer le matériel...j'imagine déjà les cris aigus d'enfants barbotant dans la piscine...la musique des a-ni-ma-tions et ses boum boum à l'heure où le jour décline et où on voudrait souffler un peu.
L'odeur de friture du snack...mélangée à celle de la crème anti moustiques...
ah qui dira jamais le bonheur d'être papa...
allez go ! une semaine ce n'est pas la mer à boire....
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 25/06/2020 à 10:06 supprimer cette contribution
...la petite station a bien changé...profitant de l'absence de la future loi "littoral", les bôles, les bords de chemins sont couverts de résidences, souvent secondaires.
ça circule, en sens unique à présent pour que les gens ne s'énervent pas d'une attente de 2 mn.
Disparue la petite épicerie qui faisait son beurre pendant les vacances d'été et qui assurait le service minimum mais fidèle au poste au long de l'hiver.
Le terrain de camping n'existait pas . Juste en face, nous pêchions en jetant un filet dans les étiers boueux qui alimentent les marais salants.
Nos trésors se limitaient à quelques crabes, quelques éperlans...c'était nos a-ni-ma-tions
Nous marchions sans cesse, pieds nus, sauf le soir où les moustiques prenaient le pouvoir par nuages entiers.

Assez pimpant le "terrain de loisirs de plein air"...il faut le reconnaitre. Accueil souriant. La tente à peine montée, mes deux oiseaux sont déjà partis vers la piscine.
ça commence mal, elle n'est pas encore ouverte.
"Pas grave les enfants on va aller à la plage"
"bof elle est loin, il faut encore marcher"
"ah non ! nous avons les vélos"
"ouais mais il n'y a pas d'ombre à la plage"
"bon faites un tour, ne vous séparez pas, je finis l'installation"
hmmm je commence à regretter d'avoir cédé à leur exigence...
pourvu que notre séjour supporte la comparaison avec celui de maman qui était "trop bien".
Je n'aime pas les marais salants. Là je suis servi; le camping n'est séparé des vasières que par un sentier de promenade.
Allez savoir pourquoi, c'est comme si la couleur des choses diminuait en les parcourant. Tout est rabougri: les prunelliers offrent des fruits serrés qui n'ont rien à voir avec les plantureuses prunelles de nos fossés .
je suis sans doute de mauvaise foi, mais ici les prunelliers me semblent beaucoup plus épineux
il faut aimer le vent aussi...il s'engouffre sur ces surfaces vides qui sont une véritable voie d'accélération.
Oui il y a le sel sagement ramassé en cônes blanchâtres autour des oeillets...on en mange si peu... Sans méchanceté, il sert davantage à saler nos routes rarement enneigées pendant les frimas...
Tout le monde s'esbaudit de ces marais heureusement préservés par une nouvelle génération de paludiers...pas moi.
Pourtant je ne peux guère y éviter une balade à vélo avec mes deux enfants...
Enfin, pour ce soir petit repas festif d'accueil avec karaoké . ça promet...
vive les a-ni-ma-tions.
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 27/06/2020 à 07:17 supprimer cette contribution
...Les enfants ont tenu à "karaoker" . les voilà à 5 ou 6 sur scène à chanter des trucs qui ont un point commun...souvent le chanteur d'origine émet une voix nasillarde...aucun instrument véritable, que du synthé.
On dirait de la musique masquée...édulcorée.
il faut les voir imiter les stars..les adultes sourient, fiers de leur progéniture. En cette première soirée aucun parent ne juge bon de pousser la chansonnette.
je me concentrais sur la fonte de mon glaçon dans mon verre d'apéro, quand une voisine daigna m'adresser la parole.
Classique, nos enfants respectifs étant sur scène..."ce sont les vôtres ?" "oui et les vôtres ?" "ils sont mignons et ils ont l'air de bien s'entendre"
"vous avez réussi de très beaux enfants" (ça c'est moi, un compliment un peu lourd à une dame qui semble esseulée ne mange pas de pain) La coquette ne juge pas utile de me renvoyer l'ascenseur...Quoi, ils ne sont pas beaux mes enfants ? non mais !
"on ne se rend pas compte de la chance qu'on a d'avoir des enfants en bonne santé" Et gnin gnin et gnin gnin...
Et ça y est...nous devisons gentiment. La glace est rompue...C'est une parisienne, séparée qui cherche à trouver un emploi dans sa région d'origine. Le pays nantais.
J'ai demandé la permission de m'assoir à sa table...Elle est très souriante, et agréable à regarder. Finalement la soirée va s'avérer
agréable...Après avoir fait tomber l'excitation de mes diablotins par une petite promenade nous avons vécu une nuit de douceur suivant une journée ensoleillée ...
Je me suis toujours senti plus en sécurité sous une toile de tente qu'enfermé entre 4 murs. C'est sans doute lié au sentiment de protection parental dans mes vacances enfantines...J'entendais leur respiration protectrice, tout près, alors qu'à la maison, le silence nocturne régnait, dans un relatif isolement, presque un abandon.
Donc, j'ai passé une nuit sans rêves dont j'aurais pu rêver il y a peu...
Marjorie avait raison...les voyages forment la jeunesse, et les a-ni-ma-tions vident la tête.
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 27/06/2020 à 21:53 supprimer cette contribution
...les jours filent. quelques averses, dont une au milieu d'un bain de mer.
Des visages qui se hâlent et font ressortir les taches de rousseur de mes chers enfants sous leur paisible imprudence.
une semaine c'est un éclair, une portion congrue dans le temps qui nous est imparti.
Une semaine d'ennui s'oublie vite...une semaine de bonheur intense est inoubliable, surtout si elle s'achève en chagrin .
Je ne savais pas encore qu'une journée peut suffire à enfermer un être dans une mort d'une partie de lui même. Enfin je ne le l'ignorais que pour mon parcours. On est tellement plus lucide pour les autres, comme il est facile d'être "soignant", de tenter de se soigner soi-même dans une empathie pleine de bonne volonté et d'amour.

Une journée peut être une déchirure, un arrachement au silence de l'âme. Un hurlement silencieux devant l'irréparable révélé.
une sidération devant la résurgence d'images enfouies, la surprise de l'envol vers le néant de nos peurs anciennes.
J'avais insisté pour embarquer les vélos...
Nous partîmes donc pédaler pour notre dernier après midi de ce séjour...
je reconnus cette fin de macadam, en légère pente prolongée par un chemin poussiéreux.
Cette géométrie précise de pièces d'eau salée où se miraient les variations du ciel m'était familière et moins angoissante que dans mes souvenirs.
Tant d'années s'étaient écoulées...
A vrai dire, j'y trouvais même les couleurs plutôt agréables.
Nous arrivâmes devant une bâtiment flambant neuf qu'on appelle "grenier à sel".
Son image se superposa immédiatement avec un bâtiment noir, vieux et inquiétant.
oui il était là, à l'abandon avant le renouveau paludier. C'était là...
Nous approchâmes de son entrée qui était grande ouverte, montrant une charpente de bois clair, très belle qui dégageait un sentiment de sécurité.
Mon regard accrocha machinalement le dormant de la porte...je réalisai alors que j'y cherchai un cadenas fracturé...un cadenas en fer blanc.
Un trouble pénible me fit reculer et poursuivre notre route.
"ça va papa ? tu ne dis rien" C'est incroyable, pour des enfants à l'oeil neuf, même nos silences sont révélateurs.
Est ce l'expression de mon visage, la tenue de mes épaules, mon rythme respiratoire, la pâleur de mon visage ?
Toujours est il qu'ils ont "senti quelque chose" en moi...et moi aussi j'ai senti quelque chose en moi...


djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 30/06/2020 à 07:53 supprimer cette contribution
...Nous errâmes au long de ce bel après midi, gagnant le bord des flots, après avoir traversé des ilots encerclés de petits canaux.
Le trait de côte a reculé, c'est une évidence.
Les récents éboulements sont à peine visibles car la hauteur de la terre par rapport au niveau des hautes marées est infime...un mètre cinquante tout au plus.
C'est étonnant, l'océan reprend ses aises comme il y a des millénaires. Il reste de ces temps anciens une sorte de sillon, de déclivité, comme une vallée minuscule. Je me suis amusé à retrouver sur une carte l'ancien trait de côte, et cet effondrement géologique où se mélangeaient un fleuve et une rivière aux cours furieux. La mer et les fleuves venait battre des falaises avant de se retirer lentement. Des noms anciens trahissent ces levées de terre. Savennières, savesne savenay avec cette même racine savenn.
La fureur de ces cours d'eau d'antan se retrouve dans la hauteur des sédiments qu'ils ont abandonnés ...quinze mêtres parfois..
Ici la reconquête océanique sera plus facile et plus rapide sur cette platitude.
"Papa, j'ai vu un lapin, il est entré là dedans"
Aziliz excitée par la vue d'un petit rongeur me tire de mes rêveries.
Effectivement on voit bien le passage d'animaux au pied des prunelliers .
Judig se propose d'y entrer à quatre pattes , l'histoire de pimenter la journée par une "grande aventure"
"arrête, ce ne sont que des épines tu vas déchirer tes vêtements et te blesser"
trop tard, le bougre s'y est introduit grâce à sa petite taille en rampant façon commando...on ne le voit presque plus, je panique un peu, mais je sais comment le faire revenir...
"fais attention !, c'est plein de vipères Là dessous" .
Et ça marche...je ne sais pas comment il a pu faire demi tour dans ce hallier.
Ce sera notre dernière soirée de campeurs.
Au matin, ce sera démontage, chargement et...machine à laver...
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 03/07/2020 à 21:40 supprimer cette contribution
...Comme à chaque fois que je me sépare de mes enfants, je ressens un grand vide et une lourde tristesse.
Les années perdues ne se rattrapent jamais...
Tant et si bien que la nuit suivante fut épouvantable. Je rêvais d'un crépuscule, et
marchais avec aziliz, avec l'angoisse d'avoir perdu judig.
Ses pleurs provenaient d'un immense hallier où je ne pouvais pénétrer. "papa ça pique, j'ai peur"...J'entendais ma respiration oppressée par l'angoisse.
Je serrais fort la main de ma fille, impuissant.
Je m'éveillai en sueur la main crispée sur les draps . Un coup d'oeil à mon réveil matin...horreur 02h 15!
Comment me rendormir avec une tension pareille et un coeur affolé ? Après de longs exercices respiratoires, je décidai de me lever pour faire chauffer une tisane.

Je repris mon cahier où je notais mes rêves et pensées...Quatre jours à attendre pour creuser tout ça avec marjorie.
Elle avait l'avantage de m'écouter, ce qui est la moindre des choses dans son métier.
Sinon on finit par lasser les écoutes gratuites des amis.
"pardonne moi d'écourter mais il est très tard et je travaille demain"
"pourquoi tu ne prends pas pas de tranquillisants ? vois ton toubib"
"sans méchanceté tu te plains beaucoup, tu devrais te secouer un peu"
"inscris toi à un site de rencontre, ce n'est pas bon la solitude pour les angoissés"
"fais comme moi, un bon coup de rouge avant d'aller dormir, ça vaut tous les médocs"
"fais du sport, une bonne défonce et après crois moi tu dormiras"

Généralement ça se termine par "ah dommage, non on n'est libres ce week end"
"pas la peine que tu passes on sera dans la famille tu te casserais le nez"

Ben oui on fait ch.er tout le monde. Car tout le monde à ses problèmes...
Tout le monde veut bien s'enrichir du tempérament plein de vie d'un optimiste qui chasse nos doutes.
Mais personne ne veut se faire "bouffer l'âme" se faire pousser vers l'obscur par un indécrottable dépressif. La fuite est une solution radicale mais efficace...

Tout s'achète...L'écoute tarifée aux heures légales également...Je n'aurais jamais imaginé tomber si bas...J'ai besoin de marjorie je le sens, mais quelque part je la hais . Je me déshabille, je déverse mes tripes tout seul devant elle et je n'aime pas ça...Je n'aime pas ça du tout.
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 04/07/2020 à 21:36 supprimer cette contribution
...Marjorie n'est pas très bronzée. Prague n'est plus ce qu'elle était.
Visiblement c'était plus culturel que joyeux ...Je n'en saurai pas davantage.
Je suis en forme ce soir, et je vais lui prouver. "vous savez pourquoi les habitants de Prague ont une réputation coquine ?"
"les hommes sont des pragueurs et ils ont toujours la main sur leur praguette"

Une moue un peu condescendante , un regard qui descend les étages de sa considération de départ. Bref ce trait d'une finesse humoristique remarquable la déçoit...
Ce qui sauve ma propre déception, c'est le retour résigné de son sourire et son oeil faussement sévère enrobé de douceur caramel (c'est la couleur de ses yeux)
Elle pose ses mains jointes sur son bureau et part à l'assaut de ma façade décontractée
"alors quoi de neuf ?, de nouveaux cauchemars, des insomnies ?"
je fais la moue: "pas grand chose de neuf sauf que mon sommeil s'est amélioré pendant cette semaine"
Elle hoche la tête:
"J'ai une idée qui m'est venue pendant mes vacances"
Chouette elle a pensé à moi, si c'est pas mignon...pendant ses vacances.
"Visiblement de telles répercussions sur votre existence doivent avoir pour origine un évènement grave...Votre mémoire ne cesse de biaiser une réalité qu'elle craint plus que tout au monde"
"Oui, sans doute, mais..."
"Alors voici ce que je vous propose; c'est la réalité qui va vous aider, enfin je l'espère...Vous allez consulter les archives des journaux locaux entre avant et après l'âge que vous pensez avoir eu lors de ces évènements"
"Le défilé des infos du passé peuvent vous faire replonger dans des souvenirs enfouis, ouvrir votre intelligence d'adulte à des détails sans intérêts pour un enfant"

"Qu'en pensez vous ?"
Je reste scotché...comment n'y ai-je pas pensé tout seul ?
Ma mauvaise foi reprend vite le dessus; ok c'est à moi de faire le boulot quoi...Avec un peu de chance elle propose ça à tous ses patients.
Mais elle a ouvert une brèche dans un mur invisible. Je vais être acteur de ma quête, faire défiler les années où mes parents étaient vivants, où j'étais un gamin enjoué au sommeil profond et réparateur...
Je plonge mon regard dans le sien...Je ne sais pas si elle peut y lire ma reconnaissance envers elle qui m'inonde...
Finalement Marjorie je t'aime bien...
"Très bonne idée, j'adore lire, et j'aime l'odeur du papier de journal"
"enfin si tout n'est pas sur microfilm "
Nous avons meublé agréablement le temps qui nous était alloué...
je lui ai lu quelques retranscriptions de vieux et plus récents mauvais rêves. Elle prend des notes rapides; c'est la première fois....
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 06/07/2020 à 07:43 supprimer cette contribution
...Quel boulot mes aieux ! feuilleter deux quotidiens pendant des heures sur quatre ans, c'est une parenthèse de vie départementale d'une partie de l'humanité que j'ai sélectionnée.
Des faits politiques, des faits divers, des billets d'humeur des propriétaires des journaux dont je n'ai pas souvenir.
C'est fascinant ce plongeon dans l'évolution lexicale des journalistes. Les précautions oratoires évoluent. Aujourd'hui on "fait attention" à ce qu'on écrit.
"un jeune homme agressé par plusieurs individus de type..." dans les années 60 devient "une rixe nocturne" de nos jours.
Les termes pour désigner les politiques étaient emprunts de solennité, de sérieux...
Il y avait vraiment les pour et les contres. C'était beau cette confiance, beau et con comme disait brel.
Une autre évidence; la présence de la clope et du cigare se remarque sur presque toutes les photos...
Un héros comme lucky luke se devait de prolonger son viril profil par une "tige de huit" comme on disait.
Le tabac n'était non seulement pas dangereux, mais chic.
Je retrouve un vieux souvenir; "trucmuche la cigarette des joueurs du FC Nantes". Des milliers de cancers plus tard les footeux cool, noctambules et peu payés sont devenus des "athlètes de haut niveau"...enfin certains.
Le meilleur ce sont les pubs...Des dessins croqués par d'authentiques artistes.
Avec l'humour de l'époque : "pour une paire de chaussures achetées "une" chaussure supplémentaire sera offerte".

Pas facile de se concentrer il y a tellement de choses du passé qui m'intéressent. Les conflits sanglants si vite oubliés, les photos de jolies starlettes qui reposent désormais au cimetière. Les modes de coiffure et vestimentaires....
J'ai fait le calcul ; sur quatre ans, donc 1260 jours, chiffre doublé pour consulter les deux journaux...ça fait ...2520 journaux à compulser !!!
Non ce n'est pas possible, je vais commencer sans lunettes et finir avec des verres triple foyer !
Après réflexion il va me falloir essarter dans cette forêt où je suis petit poucet.

Ma famille n'a pas beaucoup voyagé...mes libertés et aventures enfantines n'étaient
possibles que durant les "grandes" vacances d'été.
Allez on va réduire aux mois de juillet et d'août...purée! à la louche encore 416 "canards à me farcir!
Le positif de l'histoire c'est que je redécouvre que je sais faire preuve de patience...

djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 08/07/2020 à 06:55 supprimer cette contribution
...quand on consulte des archives, on déguste avec plaisir un silence difficile à trouver ailleurs.
Par instants fugaces j'ai l'impression d'être dans un cloitre.
ça bouillonne , mes pensées s'entrechoquent avec les pensées du journaliste qui a posé ses mots : mais dans un silence contradictoire propice à la méditation....
Les heures passent, des heures de vies disparues, de grèves générales, de rodomontades guerrières, de vacanciers qui crament au soleil des plages, de catastrophes lointaines, et toujours le choc des photos soigneusement triées.
Après des jours de pieuse retraite dans ce cloitre public, un choc personnel me saute aux yeux.
c'est tellement incroyable ! la photo en noir et blanc d'un "grenier à sel" se superpose avec mes souvenirs d'enfant.
Peint tout en noir, dressé sur les salines, il est sinistre .
Le titre n'arrange rien; "meurtre horrible dans les marais salants"
"un paludier a découvert hier une vision insoutenable...une femme assassinée ligotée dans un grenier à sel.
La malheureuse était une vacancière de la région de tours. La gendarmerie mène l'enquête "
J'ai froid, le sang s'est retiré de mon visage. Je me lève, fais quelques allez retours improbables le cerveau en feu...
Après quelques exercices respiratoires en fermant les yeux, je me dirige vers la machine à café située à l'accueil.
L'employée me parle, je lui réponds comme un automate en me brûlant la langue avec un chocolat chaud si mauvais qu'il n'a sans doute jamais été goûté par son concepteur.

il faut que j'aille jusqu'au bout...c'est ici et maintenant ! Après le choc, l'excitation d'ouvrir le rideau qui sépare le réel de mes terreurs diffuses me tenaille.
l'article est succinct . Je dois suivre les évolutions et conclusions de cette affaire qui me bouleverse...
Sur Le journal du lendemain, rien de plus sinon un bref rappel du meurtre avec les témoignages habituels du maire, de quelques voisins, de l'exploitant du camping où la victime résidait...et du chef des gendarmes qui ne dit pas grand chose...sinon sa volonté "d'aller vite" dans son enquête...
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 09/07/2020 à 08:55 supprimer cette contribution
...Aller vite, aller vite, c'est vite dit.
Quand on remonte l'horloge du temps, le temps nécessaire à une enquête criminelle demande du temps. Les pages se succèdent devant mes yeux impatients.
L'affaire très médiatique pour l'époque est rapidement confiée à une équipe spécialisée venant d'une grand métropole.
Et le temps passe dans mes souvenirs, dans les heures à rechercher un article sur le drame.
On sent que ça piétine, des appels à témoins éventuels passent même à la télé.
Une année passe...une autre. Mais bon sang ils l'ont chopé au moins ?
Pas de recherches ADN à l'époque...
Et ma passion retombe lentement, jusqu'au jour où une photo apparait en première page..
Mon coeur saute dans ma poitrine...trente ans après je le reconnais !
Le cliquetis des rouages de l'inconscient se met en route. Ce type je l'ai vu j'en suis certain.
Son visage me transmet une peur viscérale venue de loin.
Je tente de me raisonner; je n'ai aucune raison d'avoir peur aujourd'hui.
Fasciné par son regard, je prends connaissance des lignes qui accompagnent la photo.
Oui apparemment ils l'ont chopé...grâce à nos cousins germains.
il s'agit d'un ouvrier allemand qui bossait à l'époque aux chantiers navals de ST Nazaire. Un multi récidiviste qui selon les journalistes va être confronté à deux autres crimes non élucidés dans la région.
il se déplaçait avec une mobylette pendant ses jours de repos.
Lentement le kaleïdoscope de mes souvenirs fragmentés et enfouis se met en marche plein pot...
Ah je crois l'entendre sa pétrolette...je crois revoir ma fuite éperdue et mon plongeon dans les prunelliers se refermant sur moi comme une cage de torture.
Et ce moteur qui tournait qui me cherchait obstinément.
Bon dieu, je l'ai échappé belle!
Un beau jour d'aout...Là c'est du concret j'ai la date précise. J'avais 9 ans...j'ai quitté la petite maison que mes parents louaient pour une quinzaine.
A l'époque nous avions une liberté que nous avons perdu progressivement, angoissés par les meurtres d'enfants médiatisés...Et les viols enfin reconnus qui très vite vont lancer le féminisme sur ses rails.
J'ai bien marché 5 kms j'explore un nouvel environnement, les oeillets du bassin maritime où les marées sont ingénieusement capturées pour laisser l'évaporation produire le sel gris...
A l'époque il ne restait que quelques vieux paludiers, c'était la fin...avant que des jeunes déjà écolos sans le hurler n'en reprennent l'entretien et la production.
C'est pourquoi je me suis approché d'une vieille bâtisse en bois teintée en noir dont la peinture craquelait de partout sur ses planches. Le toit était crevé en un endroit.
Mon père m'avait appris à respecter la propriété privée. Mais tout semblait à l'abandon, et le cadenas argenté était brisé...J'ai poussé la haute porte, et tout s'est passé en une fraction de secondes...
Bizarrement dans le silence ambiant et confortable de la lecture, j'avais l'impression de revivre la scène au ralenti.......
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 10/07/2020 à 13:52 supprimer cette contribution
....Une forme, une femme j'en suis certain maintenant, assise, immobilisée, la tête penchée sur sa poitrine ses longs cheveux châtains cascadant cachant ses traits et laissant apparaitre des jambes et un ventre blanc et nu...et en retrait un homme grand aux yeux paniqués et fous, qui fonce sur moi.
Oui on peut en un éclair se sentir en danger de mort, même à 9 ans...ressentir une situation d'extrême urgence inconnue.
Deux réponses possibles...La sidération et la mort, ou la fuite avec une petite chance de survie.
Il faut un peu de chance surtout avec ces grandes jambes déterminées à supprimer un témoin gênant aux petites jambes apeurées...
Dans sa pulsion monstrueuse il se prend les pieds dans je ne sais quoi, et grogne de douleur. Au bout de 400 mêtres de fuite, j'ose me retourner, le coeur dans la gorge.
Je vois le grand échalas, assez loin, boitant bas mais dans cette obligation vitale pour lui de me supprimer, il doit serrer les dents et ignorer en partie l'entorse qui le handicape.
Mon avance s'accroit...parvenu hors de sa vue je m'engouffre à plat ventre dans un grand bosquet d'épineux...les fameux prunelliers.
Je tente de ralentir mon coeur , malgré mon essoufflement et mes jambes tremblantes...
Au bout d'un moment de silence, j'entends une pétrolette qui tourne, qui cherche, pas très longtemps...Le temps joue contre lui, il le sait.
Un silence définitif s'est installé...
Je suis vivant, avec des piqures multiples dont enfin je remarque la douleur qu'elles m'occasionnent...J'ai des petits morceaux de chair qui pendouillent....
J'attends des bruits d'autos pour sortir de mon antre salvateur....
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 11/07/2020 à 12:46 supprimer cette contribution
...Et c'est là, sur le chemin du retour que la sidération me saisit...lentement mais sûrement.
Ma mère qui me houspille gentiment en pansant mes blessures.
"comment as tu fait ton compte" ? l'horreur bloque ma parole .
"je suis tombé en courant"
C'est tout. Je ne dirai plus rien, à personne.
C'est gommé, fermé à clé dans un tiroir intime
il me faudra vivre avec ça des décennies .
Ma peur des mots s'est renforcée avec l'arrivée des gendarmes, sans doute une enquête de proximité.
j'étais seul devant l'entrée, quand avec la fermeté de la loi ils ont cogné au vitrage de la porte. J'ai sursauté comme un ressort, la crainte de l'uniforme a fait trembler mes jambes et je me suis assis sans un mot.
Ma mère et mon père ont répondu qu'ils ne savaient rien, n'avaient rien remarqué...
"il est bien sage ce gamin, vous avez de la chance" a lâché le chef en quittant les lieux.
"Oh la, pas toujours" a répondu mon père en passant sa main dans mes cheveux...

Fin des vacances...envolés mes 9 ans...
Envolés mes chers parents, à jamais ignorants de ce drame qui me consumait.
Mes cauchemars n'ont pas commencé tout de suite...Mais j'avais des difficultés d'endormissement . je luttais avec des rituels de sécurisation . Mes terreurs refaisaient surface en grandissant avec l'arrivée de la télévision . Ses images fouettaient mon imaginaire et pire charcutaient mon inconscient qui par réflexe faisait barrage à l'émotion normale de la simple peur.
Les choses se sont gâtées avec mon amour pour Armelle, mon premier orgasme lumineux, le plus beau.
Je me sentais responsable de sa sécurité, j'aurais donné ma vie pour la défendre...
Mais j'imagine qu'une petite voix me susurrait; "reste éveillé on ne sait jamais"

Les fruits de cet amour d'abord judig, puis aziliz ont fait exploser ma "culpabilité acceptée par avance" Je n'ai jamais été certain d'être en capacité de défendre les miens, sans comprendre pourquoi..
Les cauchemars n'ont pas abimé que moi...Ma fatigue s'est ressentie au travail, Armelle était impuissante , elle s'est battue avec courage puis avec la lassitude de l'habitude...

J'ai repris rendez vous avec Marjorie , ma "terre à pleutre" ....
djenie à l'idée - 3130878lui écrire blog Publié le 12/07/2020 à 16:28 supprimer cette contribution
...Le temps a passé. ma dernière visite à Marjorie remonte a plusieurs mois. je ne pense plus avoir besoin d'elle désormais, mais je garde son numéro, on ne sait jamais.
Je suis allé à la gendarmerie pour tenter d'être utile à je ne sais quoi.
Exorciser mon silence d'enfant peut être, je ne cherche pas à comprendre, j'agis au mieux pour moi et pour les autres
Un brigadier chef m'a reçu gentiment.
Après recherche il m'a indiqué que "l'assassin des marais" était décédé dans sa prison germanique.
Un week end d'ennui j'ai retrouvé sur le net la famille de la victime.
je leur ai téléphoné et j'ai raconté...tout ou presque.
Certains m'ont écouté avec stupeur, d'autres presque avec colère. Je comprends qu'ils ne peuvent comprendre et accepter tout ça.
Ils ont bien voulu me donner le nom du cimetière tourangeau où repose leur parente.

Je m'y suis rendu comme pour un pèlerinage, moi qui ne croit ni en dieu ni en diable.
Et pourtant j'ai bien cru en un bel après midi du mois d'août être poursuivi par un diable humain
Je suis resté silencieux devant sa tombe, comme pendant toutes ces années, mais mes pensées ont parlé pour moi, longuement.
A défaut de croire, ça ne coûte rien d'espérer qu'elle puisse m'avoir entendu.

Je dors mieux, avec de très rares cauchemars et malheureusement toujours des difficultés d'endormissement. Je lis jusque très tard n'importe quoi, pour chasser ce qui s'éloigne de plus en plus...j'ai tenté une confession, laïque bien entendu, au coin d'une table.
J'y avais invité Armelle pour un repas prétexte.
Perdue dans son écoute Je ne m'attendais pas à une telle tristesse dans ses yeux. ...J'ai eu très envie de la prendre dans mes bras.
Armelle , mon Armelle, a retiré la main que je voulais lui prendre.
Elle a rencontré quelqu'un, s'est elle excusée en me souhaitant bonne chance pour la suite de ma vie.
J'écoute mes enfants comme jamais je n'ai écouté personne. je traque tout chagrin, tout silence prolongé...Il faut que je me dépêche, l'adolescence va bientôt me ravir cette confiance merveilleuse qu'ils ont encore en moi...
Hier soir, j'ai entendu les kwak kwak courroucés probablement d'une hulotte,
Maman et papa hulotte veillent sur leur progéniture de tous leurs kwak kwak , en défiant mes chats, pas très vaillants devant cette détermination.
Régulièrement je songe en écoutant les hou hou nocturnes qu'ils appartiennent à la jeune effraie par laquelle toute cette histoire a commencé...
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