Dans le même temps, alors que le directeur de course Jean Maurel est en liaison avec les bateaux en difficulté, les secours maritimes coordonnés par le Cross Gris-Nez, le Cross Etel et le MRCC Falmouth, organisent très vite le sauvetage des frères Ravussin, indemnes et réfugiés à l’intérieur de leur multicoque chaviré. A 7h, Alain Gautier, manager de Foncia, annonce que le trimaran d’Armel le Cléac’h et Damian Foxall vient lui aussi de chavirer et que le navigateur irlandais est blessé à l’épaule et au thorax et devient une priorité. Le porte-hélicoptères Jeanne-d’Arc de la Marine nationale se positionne immédiatement pour servir de relais de ravitaillement à un Super Frelon. A 15h, l’opération de secours est réussie en un temps record : Damian Foxall, Armel le Cléac’h, Stève et Yvan Ravussin ont été hélitreuillés en moins de 45 minutes et sont à bord de l’hélico qui les emmène dans un premier temps sur la Jeanne d’Arc pour un bilan médical, puis les ramène à terre, à Brest, où ils sont arrivés vers 17h.
D’autres avaries concernent le mono 60 brésilien Galileo qui a brisé sa vît-de-mulet et fait route vers l’Espagne. Le cataraman Victorinox de Dany Monnier et Pierre Dupuy a cassé son bout-dehors et pense repartir mercredi matin après escale à Roscoff. En escale à Lorient pour réparer sa grand-voile, le côtre aurique de 50 pieds de Bob Escoffier et Gérard Faye (Adecco – Etoile Horizon) ne repartira pas. L’équipage a constaté une voie d’eau suite à un problème de structure. Enfin, Négocéane-Donneurs de vie-Branec IV, le trimaran de 50 pieds de Roger Langevin et Henriette Lemay, fait route à vitesse réduite en Manche et tente de rejoindre Le Havre, si les conditions le permettent. Le flotteur bâbord du trimaran est fissuré.
La plupart des équipages sont sortis indemnes du passage de ce front froid. Certains ont connu diverses petites avaries et attendent des conditions plus clémentes mercredi pour réaliser une vérification complète de leur bateau. La mer, toujours forte et croisée après le front, est supposée se calmer au fur et à mesure de la descente vers le sud des concurrents. Sur Gitana X, Thierry Duprey du Vorsent et Erwan Leroux ont navigué sous solent seul une partie de la journée pour réparer la grand-voile endommagée. Sur l’autre trimaran Gitana, le 11, Fred Le Peutrec et Yann Guichard doivent faire face à des problèmes d’électronique. Le leader des multis 50 n’a pas été épargné non plus. Franck-Yves et Kévin Escoffier,sur Crêpes Whaou !, ont vu leur réservoir de gasoil se décrocher. Le père et le fils ont par conséquent perdu un tiers de leur réserve de gasoil et comptent naviguer à l’économie pour ne pas devoir faire d’arrêt express dans les îles. Comme tout le monde, Franck Cammas et Franck Proffit (Groupama 2) ont fait le dos rond au passage du front. En tête depuis hier soir, les deux Franck font désormais route au sud à plus de 20 nœuds de moyenne et sont poursuivis par le duo Bidégorry/Lemonchois (Banque Populaire), à une vingtaine de milles, et Desjoyeaux/Destremau (Géant), à une quarantaine de milles.
Chez les monocoques 60 pieds, Roland Jourdain et Ellen MacArthur (Sill et Veolia) se sont faits chiper la première place qu’ils occupaient depuis le départ. A bord de Virbac-Paprec, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron ont profité du passage du front pour se hisser en tête du classement provisoire. La fatigue est importante pour tous les équipages. Le front froid est arrivé en pleine nuit noire. Sous une pluie battante et à bord de bateaux malmenés par une houle croisée qualifiée de « dantesque » par Jean-Pierre Dick, les marins ont multiplié les manœuvres pour adapter la voilure aux conditions de vent très instables en force et direction. Après une nuit d’enfer, la régate a repris ses droits et les alizés sont proches. Le retour au calme est pour bientôt…
Bruno Ménard / Loïc Le Bras
Extraits des vacations du mardi 8 novembre
Thomas Coville (Sodebo) : « Une vague pyramidale avec une puissance incroyable a soulevé le bateau et l’a frappé par le côté. Le flotteur a été sectionné sur toute sa circonférence. On a abattu et le mât est tombé en arrachant le bras de liaison au vent. Le flotteur a réussi à percuter la coque centrale, provoquant une voie d’eau importante. Nous étions déjà en combinaison de survie. Très vite sur zone, des pêcheurs du Guilvinec se sont approchés dans la houle, à moins de dix mètres. C’était très impressionnant. Je voyais parfois le bulbe du chalutier au-dessus de ma tête. Avec Jacques, on a sauté à l’eau pour monter à bord du chalutier. Sodebo est remorqué derrière, il est très enfoncé dans l’eau. » Stève Ravussin (Orange Project), joint sur son trimaran chaviré avant d’être secouru : « On était tribord amures quand les bras de liaison ont cassé sous le vent, et on a chaviré. La mer était assez grosse, le vent soufflait à 35-40 nœuds. C’était après le front où on a eu des rafales jusqu’à 60 nœuds, je crois, avec un vent moyen à 45. Nous sommes à l |