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Identité européenne : un point de vue.

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Paganel, aristautarcique - 980920lui écrire blog Publié le 04/03/2006 à 02:53 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
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L’Identité Culturelle de l’Europe

Est-il une meilleure illustration de l’identité de l’Europe, de l’identité culturelle profonde de notre continent que ces témoignages d’influences et d’admirations croisées transnationales qui constituent comme une armature littéraire et artistique paneuropéenne sous-jacente, une architecture unique, dépassant la frontière des cultures nationales et des langues.

Ainsi, dit Goethe, dans « Dichtung und Warheit », « dans notre société de Strasbourg, Shakespeare, en traduction et en original, par fragments et dans sa totalité, par citations et par extraits, eut une action telle que, de même qu’il y a des hommes versés dans la Bible, nous nous confirmâmes en Shakespeare ; nous imitions dans nos conversations les qualités et les défauts de son temps, qu’il nous fit connaître ; En professant joyeusement que quelque chose de très grand planait au dessus de moi, je communiquai la contagion à mes amis qui s’abandonnèrent tous à ce sentiment. »

Le même Goethe traduit « Mahomet » et « Tancrède » de Voltaire. Il traduit « Le neveu de Rameau » de Diderot dont il dit que « ce dialogue éclate comme une bombe au beau milieu de la littéraire française », dans une lettre à SCHILLER, qui lui avait transmis copie du texte de Diderot. Grâce à Goethe « Le neveu de Rameau » est célèbre en Allemagne avant de l’être en France !

De même la publication du Werther de Goethe a-t-elle été un moment important dans l’évolution de la littérature européenne. Il n’est pas un écrivain européen, quelle que soit sa langue, qui n’ait été influencé par ce texte extraordinairement audacieux, si audacieux même que le Goethe d’age mûr avait peine à se reconnaître dans les sentiments du jeune écrivain qu’il avait été.

Ce réseau littéraire européen d’admirations transnationales et translinguistiques, j’en retrouve un éclatant témoignage dans la première phrase du projet de discours de Châteaubriand à l’Académie française - qui sera censuré par Bonaparte : « Lorsque Milton publia le Paradis perdu, aucune voix ne s’éleva dans les trois royaumes de la Grande-Bretagne pour louer un ouvrage qui est un des plus beaux monuments de l’esprit humain. L’Homère anglais mourut oublié et ses contemporains laissèrent à l’avenir le soin d’immortaliser le chantre d’Eden. »

Sans en être nécessairement conscients, tous nous respirons en Europe une atmosphère culturelle unique également influencée et inspirée par la poésie d’Homère, de Virgile, de Dante Alighieri, de Shakespeare, de Goethe, de Baudelaine, et de tant d’autres écrivains et poètes. Une atmosphère marquée par la pensée de Socrate, de Platon, d’Aristote, d’Erasme, de Descartes, de Spinoza, de Hobbes, de Kant, de Kierkegaard.

C’est une merveille de l’Europe aussi que de retrouver le cheminement d’une même métaphore en Europe à travers les siècles, les cultures et les langues. Ainsi Simonide de Ceos, le poète grec inventeur de « l’Art de la mémoire », écrit-il : « Pour les soldats morts aux Thermopyles…. point de larmes mais des hymnes ; point de gémissements mais des odes : monument que ne pourrait détruire ni la rouille, ni le temps dévorant ».

Cette métaphore du poème « monument indestructible » sera reprise par Horace dans ses Odes : « J’ai achevé un monument plus durable que l’airain, plus haut que la ruine royale des pyramides. Mais la pluie ne ruinera pas mon œuvre (…) pas plus que l’innombrable suite des années et la fuite du temps (…) ». L’image est reprise par Ovide, par Boccace, par Ronsard, par du Bellay dans « Les antiquités de Rome », ouvrage traduit par Spenser sous le titre « The ruins of Rome » et dont s’inspire Shakespeare dans le magnifique sonnet no. LV : “Not marble nor the gilded monuments, Of Princes shall outlive this powerful rhyme”. Admirable sonnet de Shakespeare sur l’immortalité de l’être aimé, des sentiments qu’il inspire, et du texte même du poème dont la métaphore centrale remonte, deux mille ans auparavant, à Simonide et qui a ainsi cheminé à travers les corridors du Temps en franchissant les frontières successives du grec, du latin, de l’italien, du français et de l’anglais. Il n’est pas de plus belle illustration de ces liens multiples qui font la substance même de la culture européenne. Ce « monument indestructible », bâti avec des mots, qui traverse le temps et l’espace de Simonide à du Bellay et Shakespeare, c’est l’unité culturelle de l’Europe !

Je connais peu d’aussi remarquables chantres de cette unité de l’Europe fondée essentiellement sur la reconnaissance de la diversité culturelle et linguistique, que votre compatriote le néerlandais Cees NOOTEBOOM. Il s’est engagé, en écrivant « l’Enlèvement d’Europe », dans une belle méditation sur l’Unité et la Diversité culturelles européennes. Car, dit-il, et je le cite, « si je suis Européen – et j’espère à la longue commencer à y arriver, au bout de près de soixante ans d’un travail acharné – cela signifie sans doute que la pluriculturalité européenne influence profondément mon identité néerlandaise ».

C’est cela être Européen. Il est essentiel de s’approprier pleinement sa propre identité culturelle nationale, non seulement parce qu’il s’agit du sol originel sur lequel on peut ensuite bâtir une construction intellectuelle et sensible plus riche et plus complète, mais aussi parce que la caractéristique unique de l’Europe est d’être riche de sa diversité, de ses multiples incarnations culturelles, de ses enracinements nationaux. C’est cette prodigieuse diversité culturelle de leur continent qui donne aux Européens leur propre identité d’Européen. C’est parce que je ne peux pas moi-même comprendre intimement ma propre littérature et ma propre poésie, MONTAIGNE, CHATEAUBRIAND, BAUDELAIRE ou MALLARME sans DANTE ALIGHIERI et BOCCACE, sans CERVANTES et St. Jean DE LA CROIX, sans SHAKESPEARE et STERNE, sans GOETHE et sans HEINE que je suis Européen. C’est parce que je partage avec tous les autres Européens les mêmes sources fondamentales de modernité littéraire venant d’horizons profondément différents, c’est, par exemple, parce que je baigne dans une atmosphère moderne imprégnée directement et indirectement par KAFKA, par JOYCE et par PROUST que je suis européen. Comme l’écrit José Ortega y Gasset dans la « Révolte des masses » en 1930, « si nous faisions aujourd’hui le bilan de notre contenu mental – opinions, normes, désirs, présomptions – nous remarquerions que la plus grande partie de ce contenu ne vient pas (au Français de sa France, à l’Allemand de son Allemagne, à l’Anglais à son Angleterre etc.) ni à l’Espagnol de son Espagne, mais du fond européen commun. »

Evoquant l’unité de l’Europe, l’historien BRAUDEL évoque ce qu’il appelle les « unités brillantes » et les distingue des « unités aléatoires ». Les « unités brillantes » s’étendent à tous les domaines de l’art et de l’esprit, pas seulement à la poésie, à la littérature ou à la philosophie mais à la musique, à la peinture, à la sculpture, à l’architecture. Et ce n’est pas par hasard que le Conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne a choisi le thème de la succession des styles architecturaux européens pour illustrer les billets de banque de notre monnaie unique, l’euro. N’est-il pas absolument remarquable que l’histoire européenne ait su ainsi se pénétrer de vastes mouvements d’appropriation stylistique qui la conduisent à se revêtir successivement de temples, d’églises et de monuments romans, gothiques, baroques ou classiques ? Ces styles architecturaux sont nés dans des espaces différents, dans des régions diverses de l’Europe. Ils témoignent de sa diversité et de sa fécondité culturelle. Ils nous apportent aussi une puissante illustration symbolique de ce concept unique d’unité dans la diversité qui est la marque même de notre continent.

L’universalisme de l’Europe

Mais l’unité de l’Europe ne veut pas dire confinement, regard porté exclusivement sur soi, isolement dans une « forteresse ». Je crois profondément qu’on ne peut pas rendre compte de l’idée européenne sans comprendre son aspiration profonde à l’universalisme. Précisément parce que l’Europe a été progressivement construite sur la base d’une reconnaissance sincère et profonde de sa diversité elle aspire à constituer un point de départ pour une unité plus vaste et plus universelle. Une conférence de HUSSERL prononcée à Vienne, en 1935 – en un moment terrible où l’esprit est en danger dans toute l’Europe avec la montée des totalitarismes – est visionnaire :

« Je pense naturellement à cette figure spirituelle que nous nommons l’Europe. Ce n’est plus simplement une juxtaposition de nations différentes, qui n’ont d’influence les unes sur les autres que par la filiation, par le commerce ou sur les champs de bataille ; un nouvel esprit, issu de la philosophie et des sciences particulières qui en dépendent, un esprit de libre critique qui mesure toutes choses à des tâches infinies, règne sur l’humanité et crée de nouveaux idéaux illimités. Il en existe pour les individus au sein de leurs nations, et d’autres pour les nations elles-mêmes. Enfin il existe aussi des idéaux sans limites pour la synthèse toujours plus vaste des nations ; du fait que chacune embrasse sa propre tâche idéale selon l’esprit de l’universel, elle verse ce qu’elle a de meilleur au trésor des nations associées. »

Cette identité européenne fondée sur la diversité, l’unité et l’universalité nous l’éprouvons très profondément à la Banque centrale européenne.

Diversité, je l’ai déjà dit, parce que vingt-cinq nationalités sont présentes au sein de la BCE et contribuent toutes très activement, dans le cadre d’une équipe unique, au succès commun. Parce que nous avons, tous ensemble, le rôle d’animer l’équipe monétaire de l’Europe, qui comprend, dans la zone euro, outre la BCE, douze Banques centrales nationales qui ont chacune leur culture, leur langue et leur histoire. Parce que le vaste Système européen de Banques centrales regroupe lui-même vingt cinq Banques centrales nationales. Parce que nous revendiquons cette diversité qui nous enrichit et constitue une composante essentielle de notre identité.

Unité, parce que nous avons la responsabilité éminente de bien garder la monnaie unique des Européens. Parce que l’Union économique et monétaire est une magnifique entreprise sur laquelle les Européens fondent leur prospérité et leur stabilité communes. Parce que la monnaie unique est elle-même l’illustration emblématique de l’unité de l’Europe. Le Conseil des gouverneurs de la BCE a tenu à ce que nos billets de banque soient exactement les mêmes partout en Europe et a décidé qu’ils emprunteraient aux âges architecturaux de l’Europe, je l’ai dit, un très puissant symbole d’unité.

Universalité, parce que nous ne sommes pas repliés sur nous-mêmes mais totalement ouverts sur le monde, en relation étroite avec les Institutions des autres continents. Parce que nous entendons être aussi actifs que possible au sein des Institutions financières internationales et des groupes informels auxquels nous participons, le GVII, le GX, le GXX en particulier. Parce que nous attachons un très grand prix à nos dialogues avec les Banques centrales des autres continents, en particulier aux rencontres que nous avons avec les Banques centrales d’Asie, d’Amérique latine, et de la Méditerrannée. Notre expérience d’une union économique et monétaire profonde fondée sur la libre volonté des pays membres est exemplaire dans le monde “globalisé” d’aujourd’hui en voie d’unification rapide. C’est pourquoi nous exprimons notre totale disponibilité à l’égard des Institutions d’autres continents qui nous observent et songent aux leçons qu’ils pourraient tirer de l’expérience unique de l’Europe.

Permettez-moi de conclure en citant RENAN, qui définissait ainsi l’identité d’une nation: “Dans le passé un héritage de gloire et de regrets à partager; dans l’avenir un même programme à réaliser…”. La gloire et les regrets historiques, l’Europe les possède surabondamment, tout comme elle possède une profonde unité culturelle dans sa diversité. C’est ce “même programme à réaliser”, pour lequel la Banque Centrale Européenne et toutes les Banques Centrales Nationales membres de l’Eurosystème sont, parmi d’autres, des participants actifs, qui est aujourd’hui la pièce essentielle de l’identité européenne que nous entendons parfaire.

1137073 Publié le 04/03/2006 à 05:21 supprimer cette contribution
Citation:
conférence donnée par Jean-Claude Trichet,
Président de la Banque centrale européenne,
à l’occasion de la remise
du Prix bi-annuel Vincent van Gogh pour l’art contemporain en Europe
Maastricht, 10 septembre 2004

Banque centrale européenne
Direction Communication
Division Presse et information
Kaiserstrasse 29, D-60311 Frankfurt am Main
Tél. : +49 69 1344 8304, Télécopie : +49 69 1344 7404
Internet : http://www.ecb.int
Reproduction autorisée en citant la source.

dont acte ....
1123127 Publié le 06/03/2006 à 22:15 supprimer cette contribution
l'europe est une arme à double tranchents
Page 1

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