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Louis F. Céline

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881227 Publié le 20/05/2004 à 23:05 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
Ce forum pour échanger, dialoguer, se passer des infos sur et autour de L.F. Céline....

Pour commencer, cette phrase...

"je m'interesse peu aux hommes, à leur opinions. C'est le trognon qui m'intéresse. Pas ce qu'ils disent, mais ce qu'ils sont."
Ca peut résumer la pensée (noble) Célinienne...


Joker: on t'attend!
Francky: U're welcome ! (et pour une fois on se tapera pas dessus!)... (enfin, j'espère!)
;-)
FRANK - 770362 lui écrire blog Publié le 20/05/2004 à 23:12 supprimer cette contribution
je vais me coucher!!!mais avant de partir je voulais dire que pour moi, Céline est le dernier romantique....au sens "entier" du terme
792221 Publié le 20/05/2004 à 23:16 supprimer cette contribution
aie..pour moi c'est pareil
1059447 Publié le 20/05/2004 à 23:18 supprimer cette contribution
En voulant « mettre en gras » quelques passages, j’ai commis une erreur de citation sur mon post, la où tu sais, supprime moi cette horreur STP ! ARGGG
1059447 Publié le 20/05/2004 à 23:32 supprimer cette contribution
Pour commencer, je tiens à préciser que je n’ai lu ( Aie pas sur le tête) que « Le voyage » et « Mort à crédit »,
Ben oui désolé, ce qui ne fait pas de moi un spécialiste de cet écrivain au style hallucinant.
Comme je le disais, il me semble avoir lu ces deux livres dans le désordre en commençant part « le voyage ».
J’aimerai bien quelques conseils dans la suite de ces écrits…
Existe-t-il une suite « logique » dans l’ordre de ces écrits

Enfin, il paraît que « LFC » à été pas mal critiqué, pour des idées « engagées »…
Dans quel(s) Bouquin(s) ?

Et quel est votre opinion sur le sujet ?

Je pose juste des questions afin d’éclairer ma chandelle, car je ne suis pas un littéraire ( juste un amateur)

Merci à vous de ne pas me coller une droite au menton …

881227 Publié le 20/05/2004 à 23:36 supprimer cette contribution
Mon Colonel, Francky:

J'suis bien content de nous trouver un terrain d'entente...
Comme ca, on se tapera pas toujours sur la tête, hein mon Colon?

Parce que si Romantisme= fleur bleue, moi, je me marre !
"on est pas des gonzesses" disait mon lieutenant instructeur pendant les classes !
C'est vrai !
Et , pour un malouin de naissance (MOI!!!!!!), le romantisme, c'est l'esprit torturé!
(entre autre...)
Merchi-chi Jean- René!

J'aimerais bien vous lire sur le romantisme:
définition, ect..
Ca m'intéresse!

881227 Publié le 20/05/2004 à 23:58 supprimer cette contribution
citation:
____________________________
Merci à vous de ne pas me coller une droite au menton …
_____________________
la droite (ou la gauche) interdite ici...
SVP....
;-)

On cause littérature !

apres Joker, pu. thym de question...

Déjà, j'ai pas tout lu...
mon avis (tout relatif) sur ce que j'ai lu...
Le voyage au bout de la nuit: @@@@
mort à crédit: @@@@@@@
d'un chateau... @@@
Nord: @@
Rigodon: @@@

j'ai pas lu ses pamphlets (bagatelle, l'école de cadavres, les beaux draps... ) , et souvent des grands lecteurs de Céline m'ont dit que c'était "hystériques et nauséabond"...
Le reste non plus... sniff, c'est une bonne idée, j'vasi (mon gars...) m'y mettre...
Voila...


Et un essai très interessant sur lui, et (un jour je rangerai ma biblio... je le retrouve plus et j'sais plus...ni le titre ni l'auteur... ) ... mais je le retrouverais et posterai l'info...
1059447 Publié le 21/05/2004 à 00:50 supprimer cette contribution
Merci à toi Seberg
Pour ton système d’appréciations…

Mois aussi j’ai été plus emballé par « mort à crédit »
Ce qui n’enlève rien à la « magie » de « Voyage au bout de la nuit »

Donc tu me conseilles

D’un château à l’autre
Rigodon
Et après Nord
( et puis il y a les autres ? aussi…)


Merci de me donner ton avis (tout relatif) évidemment, mais j’aime bien avoir l’avis relatif justement de quelqu’un qui à lu…
881227 Publié le 21/05/2004 à 01:10 supprimer cette contribution
Joker,
Mon systéme d'appréciation il vient de nombreuses années sur la "lenoir-liste"....(nowplaying list... désormais)
Donc: pas de moi!
Et je trouve, en effet, plus sympa de balancer son avis en:
: @ = pas mal
..........
:@@@@@@@= sublime
(à toi de te faire les échelles intermédiaires)

que de me perdre en mots à tenter de te dire que...
ça m'a touché, au final... (plus ou moins)
Et j'ai lu que ça !!!
Je te trouverais demain soir le titre de l'essai...
Bonne nuit, c'est fini pour moi...
Dodo !
881227 Publié le 21/05/2004 à 18:23 supprimer cette contribution
ouf, j'ai trouvé !
Un jour , je fais le rangement de la bibliothèque...

De Ph. Muray: Céline. Chez Gallimard, collection Tel.
Analyse de l'oeuvre intégrale, de la vie du vieux Docteur Destouches !

Et lu récemment aussi un petite chose sympathique:
la littérature à vif, de Olivier Bardolle chez l'esprit des péninsules.
Ou la colère comme style dans la littérature... Amusant en tout cas!

Et la question de jour: comment s'appellait le célèbre chat de Céline?
J'fais une bise à celui (ou celle, merci les filles ! ) qui trouve!

(heu, avec des questions comme ça, on va croire que je lis Gala, moi! )
1059447 Publié le 21/05/2004 à 19:20 supprimer cette contribution
Juste quelques ouvrages : ( pour ceux que ça intéresse )


Alméras (Philippe), Céline : entre haines et passion, Paris, R. Laffont, collection « Biographie sans masque », 1993

Debrie (Nicole), Quand la mort est en colère : l'enjeu esthétique des pamphlets céliniens, Paris, N. Debrie, 1997

Godard (Henri), Céline scandale, Paris, Gallimard, collection « Folio », 1998

Pagès (Yves), les fictions du politique chez Louis-Ferdinand Céline, Paris, Éditions du Seuil, collection « L'univers historique », 1994

Vitoux (Frédéric), Louis-Ferdinand Céline : misère et parole, Paris, Gallimard, collection « Folio. Essais. », 1989

881227 Publié le 22/05/2004 à 23:10 supprimer cette contribution
Post de Jocker 78

Bonsoir Seberg

Difficile d’avoir une préférence…
Comme peut-être la plupart des gens, j’ai lu « Le voyage » avant « mort à crédit »
Alors qu’il me semble que l’inverse serait préférable ( suite logique de « la vie de LFC ) ?

C’est juste une question … ?



J’en avais trop vu moi des choses pas claires pour être content. J’en savais de trop et j’en savais pas assez. Faut sortir, que je me dis, sortir encore. Peut-être que tu rencontreras Robinson. C’était une idée idiote évidemment mais que je me donnais pour avoir un prétexte à sortir à nouveau, d’autant plus que j’avais beau me retourner et me retourner encore sur le petit plumard je ne pouvais accrocher le plus petit bout de sommeil. Même à se masturber dans ces cas-là on n’éprouve ni réconfort, ni distraction. Alors c’est le vrai désespoir.

Ce qui est pire c’est qu’on se demande comment le lendemain on trouvera assez de forces pour continuer à faire ce qu’on a fait la veille et depuis déjà tellement trop longtemps, où on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces mille projets qui n’aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l’accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent, et toutes pour aller se convaincre une fois de plus que le destin est insurmontable, qu’il faut retomber au bas de la muraille, chaque soir, sous l’angoisse de ce lendemain, toujours plus précaire, plus sordide.

C’est l’âge aussi qui vient peut-être, le traître, et nous menace du pire. On n’a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité. Et où aller dehors, je vous le demande, dès qu’on n’a plus en soi la somme suffisante de délire ? La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai jamais pu me tuer moi.

Le mieux était donc de sortir dans la rue, ce petit suicide. Chacun possède ses petits dons, sa méthode pour conquérir le sommeil et bouffer. Il fallait bien que j’arrive à dormir pour retrouver assez de forces pour gagner ma croûte le lendemain. Retrouver de l’entrain, juste ce qu’il fallait pour trouver un boulot demain et franchir tout de suite, en attendant, l’inconnu du sommeil. Faut pas croire que c’est facile de s’endormir une fois qu’on s’est mis à douter de tout, à cause surtout de tant de peurs qu’on vous a faites.

En fait je pourrai tout surligner en gras tellement c’est bon…

Celle ci aussi je l’aime bien :


" …Quand il était surmené, M. Puta arrivait à prendre un petit air d’intelligence, à cause de la fatigue qui le tourmentait, et uniquement dans ces moments-là. Mais reposé, son visage, malgré la finesse incontestable de ses traits, formait une harmonie de placidité sotte dont il est difficile de ne pas garder pour toujours un souvenir désespérant. "
1059447 Publié le 23/05/2004 à 03:16 supprimer cette contribution
Citation:
Céline s'est toujours défendu d'être un homme à style et non un homme à idées : " Les idées, rien n'est plus vulgaire. Les encyclopédies sont pleines d'idées, il y en a quarante volumes, énormes, remplis d'idées. Très bonnes d'ailleurs, excellentes. Qui ont fait leur temps. Mais ça n'est pas la question. Ce n'est pas mon domaine, les idées, les messages. Je ne suis pas un homme à message. Je ne suis pas un homme à idées. Je suis un homme à style. Le style, dame, tout le monde s'arrête devant, personne n'y vient à ce truc-là. Parce que c'est un boulot très dur. Il consiste à prendre les phrases, je vous le disais, en les sortant de leurs gonds." (Louis-Ferdinand Céline vous parle, 1958)
Cela est en partie vrai. L'évolution stylistique, entre Voyage au bout de la nuit et Rigodon, est incontestable et apparaît comme le produit d'un travail considérable.

On peut isoler Voyage au bout de la nuit de la production romanesque qui suivra. Ce roman, considéré comme emblématique, reste toujours le plus cité. Pourtant, Céline y déploie une prose presque "classique" et précieuse. La transcription de la langue parlée est incontestable mais la présence systématique d'aphorismes et de certaines tournures grammaticales donnent à ce roman un ton singulier, très éloigné des dernières productions de l'écrivain. Mort à crédit sonnera la véritable apparition de la "petite musique" célinienne et des prémices de la trouvaille de l'écrivain, à savoir l'utilisation des points de suspension comme soupirs, comme respirations, comme cadences. Guignol's Band, puis Féerie pour une autre fois, parachèveront cette technique unique. Le lecteur, sollicité par Céline, se doit d'y mettre du sien et de déployer certains efforts pour que le fil du récit ne se rompe pas. La trilogie allemande reflétera la maturité de cette écriture, comme l'aboutissement de toute une vie d'écrivain, obsédé par la mélodie de son texte.

L'innovation est indéniable. Le rendu émotif revendiqué dans les Entretiens avec le professeur Y, crée la force et la particularité céliniennes. Stylisée et ciselée, l'introduction de la langue parlée en littérature possède avec Céline son plus beau représentant. On s'en est réjoui tout autant qu'offusqué. Les répercussions sur la littérature française et américaine (citons pour mémoire Jean-Paul Sartre et Henry Miller) sont indiscutables. Céline lui-même ne s'y était pas trompé et se savait l'inventeur et le précurseur d'une manière nouvelle d'écrire les hommes et le monde. Le fond des romans bâtit une harmonie impeccable avec cette langue si particulière, croise une histoire avec une voix pour engendrer une osmose très personnelle. Les personnages de Céline désolent, séduisent, dégoûtent, font rire et sont attendrissants. La part de réel et de fiction qui les caractérise construit leur identité en les marquant de l'empreinte de leur créateur. L'ensemble forme l'œuvre d'un écrivain hors du commun.
881227 Publié le 23/05/2004 à 10:10 supprimer cette contribution
Céline:

"je me suis livré à la littérature en 27, en quittant la Société des Nations, pour acheter un appartement ... Je le dis très franchement. Rue du Bois à Clichy-sur-Seine. Parce que, à ce moment là, et il m'était très pénible de payer mon terme..."
"Alors là on est très mal vu quand on fait de la médecine et puis en même temps que l'on se fait connaitre comme écrivain, on n'aimait pas du tout cette fonction d'écrivain, ça paraissait ridicule, ce bonhomme assis sur la table, devant une table, qui se met à penser des choses soit-disant sublimes, pour quoi faire? Il sait mieux les choses que les autres... Mais je n'en faisais qu'un but strictement alimentaire, commercial, et nécessaire, et puis voilà que tout d'un coup, on m'a appris que ça se vendait.
Bon, j'ai dit: bon, tant mieux, et puis alors... et puis la vie s'est mise à devenir extrèmement compliquée. Moi ça m'a toujours été une espèce de malédiction, cette affaire d'écrire. Bien. Voilà toute l'histoire."
881227 Publié le 23/05/2004 à 13:53 supprimer cette contribution
On parle souvent du style de Céline...
Voici ce que le vieux Destouches en disait:

"Ah bien, du temps où la vie avait un style, le roman pouvait le refléter... maintenant c'est le cirque ou la loterie.
N'importe qui peut écrire.
Avec la première partie du Bac, vous en savez largement assez pour raconter une histoire.
Le roman n'est que le reflet des journaux.
Tout fout le camp. Je suis le seul aujourd'hui à avoir encore du style...
Oui, je suis le dernier musicien du roman.
C'est ça que j'ai amené.
Une petite musique. Mais ça suffit.
Les sujets n'ont aucune importance. J'écris pour écrire. J'ai toujours écrit pour écrire, mais j'ai publié pour du fric et je me fous du lecteur.
Bien sûr je veux qu'il achète mes livres et qu'il ne s'ennuie pas en me lisant, mais ce qu'il pense de moi, je m'en fous... je reviens à ce style.
Ce style, il est fait d'une certaine façon de forcer les phrases à sortit légèrement de leurs significations habituelles, de les sortir des gonds pour ainsi dire, les déplacer, et forcer ainsi le lecteur à lui-même déplacer son sens.
Mais très légèrement, oh , très légèrement!
Parce que tout ça, si vous faites lourd, n'est-ce pas, c'est une gaffe, c'est la gaffe.
Ca demande donc énormément de recul, de sensibilité, c'est très difficile à faire, parce qu'il faut tourner autour.
Autour de quoi? Autour de l'émotion.
Alors là, j'en reviens à ma grande attaque contre le verbe.
Dans les écritures, il est écrit: "Au commencement était le verbe". Non ! Au commencement était l'émotion, comme le trot remplace le galop, alors que la loi naturelle du cheval est la galop; on lui fait avoir le trot.
On a sorti l'homme de la poésie émotive pour le faire rentrer dans la dialectique, c'est à dire le bafouillage, n'est-ce pas?
Je suis un homme à style, le style, dame, tout le monde s'arrète devant, personne n'y vient à ce truc là. Parce que c'est un boulot très dur. C'est le travail du styliste. Souvent les gens viennent me voir et me disent: "Vous avez l'air d'écrire facilement."
Mais non !
Je n'écris pas facilement! qu'avec beaucoup de peine! Et ça m'assomme d'écrire en plus. Il faut que cela soit fait très très finement, très délicatement.
Ca fait plus de 80 000 pages pour arriver à faire 800 pages de manuscrit, où le travail est effacé. On ne le voit pas.
Le lecteur n'est pas supposé voir le travail.
Lui, c'est un passager. Il a payé sa place, il a acheté le livre. Il ne s'occupe pas de ce qui se passe dans les soutes, il ne s'occupe pas de ce qui se passe sur le pont, il ne sait pas comment on conduit le navire.
Lui, il veut jouir. La délectation. Il a le livre, il doit se délecter. Mon devoir à moi est de le faire se délecter. Je veux qu'il se dise: "Ah! vous faites ça... Ah, c'est facile... Ah, moi mon dieu, si j'avais votre facilité!"
Mais je n'ai pas de facilité du tout, non de Dieu! Aucune.
Rien du tout.
Les types sont beaucoup plus doués que moi. Seulement je me mets au travail. Le travail, eux, ils ne le mettent pas, ils ne se concentrent pas.
Voilà l'aventure. "
1059447 Publié le 24/05/2004 à 19:25 supprimer cette contribution
Citation:
Et la question de jour: comment s'appelait le célèbre chat de Céline?
J'fais une bise à celui (ou celle, merci les filles ! ) qui trouve!

(heu, avec des questions comme ça, on va croire que je lis Gala, moi! )


…le 1er juillet 1951, Céline, Lucette, leurs chiens et le chat Bébert rentrent en France
881227 Publié le 24/05/2004 à 20:01 supprimer cette contribution
Jocker !
et
783673 Publié le 25/05/2004 à 09:41 supprimer cette contribution
qui as lu Semmelweis ???
Professeur Paganel - merci, Lenovo ! - 980920 lui écrire blog Publié le 25/05/2004 à 09:59 supprimer cette contribution

Pour rester sur Céline, quelqu'un a-t-il lu "Bagatelle pour un massacre" ? Si oui, comment a-t-il/elle fait ?

Mon prof d'histoire, 1963 : "Le ciné-club du lycée vous projettera "Le cuirassé Potemkine" ce trimestre. Après quelques années d'interdiction de ce film dans les enceintes scolaires, il semble qu'on ait fini par comprendre qu'assister à sa diffusion ne vous conduira pas nécessairement à vous inscrire au parti communiste "

(Au fait, est-ce pareil avec le voile ?)
1059447 Publié le 25/05/2004 à 11:21 supprimer cette contribution
Salut Seb
Chose promise, chose due ( merci pour le bisou hé hé hé )…

Salut Marie-Ch ( heu ! la photo me rappel quelqu’un…)
Salut Pag
;o)
1059447 Publié le 25/05/2004 à 11:22 supprimer cette contribution
1894-1914 Enfance et Adolescence


A 16 heures, le 27 mai 1894, naît Louis Ferdinand Auguste DESTOUCHES, au 11 Rampe du pont à Courbevoie (Seine).
Son père, Fernand Destouches, travaille au sein d'une compagnie d'Assurances, Le Phénix, comme correspondancier depuis 1890. Fils d'une famille de cinq enfants, une fille et quatre garçons, Fernand est né au Havre. Auguste, son père, agrégé de l'enseignement spécial, est mort depuis 1874. La famille Destouches, sous l'aile d'Hermance, veuve d'Auguste, est venue s'installer à Courbevoie en 1884.
C'est là que Fernand va rencontrer Marguerite Guillou, fille de Céline Guillou. D'origine bretonne, Céline Guillou tient à Paris un commerce d'antiquités, de dentelles et porcelaines, au coin des rues de Provence et Lafayette.
Le 13 juillet 1893, Fernand et Marguerite se marient et s'installent au 11 Rampe du pont à Courbevoie. Presque aussitôt après sa naissance, le petit Louis est placé chez une nourrice, d'abord dans l'Yonne, puis à Puteaux. A Courbevoie, la clientèle ne se précipite pas dans le magasin de lingerie tenu par Marguerite Destouches. En 1897, les époux Destouches décident de s'en débarrasser et emménagent au 19 rue de Babylone, à Paris. Marguerite est contrainte de travailler dans le magasin de sa mère. Très vite, Louis rejoint ses parents rue de Babylone (avril 1897), avant qu'ils ne s'installent au 9 rue Ganneron. Louis est plongé au cœur de la capitale...
En 1899, Marguerite reprend un fonds d'"objets de curiosité en boutique" au 67 du Passage Choiseul, dans le deuxième arrondissement. Louis découvre l'école communale de la rue de Louvois, située à quelques pas de la boutique de sa mère. Ses résultats scolaires ne brillent pas comme l'attestent les commentaires du directeur de l'école: "Enfant intelligent mais d'une paresse excessive, entretenue par la faiblesse de ses parents. Etait capable de très bien faire sous une direction ferme. Bonne instruction, éducation très relâchée". C'est également en 1899 qu'aura lieu à Paris l'Exposition Universelle et son cortège de modernités, annonciatrice d'un vingtième siècle en mouvement.
En 1904, les Destouches déménagent dans la boutique d'en face, au 64 du Passage Choiseul. La dentelle et les objets anciens restent leur fonds de commerce. En décembre, la mort de Céline Guillou, mère de Marguerite et grand-mère de Louis, affecte durement l'enfant. Son premier vrai contact avec la mort injuste date de là. L'héritage que leur lègue Céline offre aux Destouches la possibilité d'inscrire Louis dans une école privée, l'école Saint Joseph des Tuileries en février 1905. Le 18 mai, il fait sa première communion en l'Église Saint-Roch, puis intègre en octobre 1906 l'école communale d'Argenteuil. Il décroche son certificat d'études primaires le 21 juin 1907. De toute cette période, le petit Louis Destouches gardera une nostalgie certaine du petit commerce et de la difficulté à s'y faire une place. Le Passage Choiseul marquera à jamais l'enfant, et l'écrivain Céline s'en souviendra au moment de rédiger Mort à crédit.
Entre 1907 et 1909, Louis Destouches est envoyé par ses parents en Allemagne et en Angleterre pour apprendre les langues étrangères avant de se destiner à une carrière commerciale. C'est aussi l'époque où son père, que sa condition professionnelle au sein de la compagnie d'assurances rend aigri, marque l'enfant par ses prises de position antisémites. Fin août 1907, Louis part en Allemagne, à la Mittelschule de Diepholz (Hanovre). L'enfant écrit de longues lettres à ses parents dans lesquelles son souci de l'argent transparaît. A partir de février 1909, il est inscrit à l'University School de Rochester et, un mois plus tard, change pour Pierremont Hall à Broadstairs. Ces expériences serviront également de matière au romancier narrant les péripéties du Meanwell College et du couple Merrywin...
Après son retour en France, en novembre 1909, Louis Destouches entame sa période d'apprentissage. En janvier 1910, à l'âge de 16 ans, il entre chez Raimon, rue du 4 septembre, un marchand de tissus. De septembre 1910 à mars 1911, il travaille chez Robert, un bijoutier, puis est embauché chez Wagner, un joaillier de la rue du Temple. En octobre 1911, les frères Lacloche, joailliers, l'embauchent, et l'affectent dans leur succursale de Nice jusqu'au 12 mai 1912. Premiers grands moments de liberté avant l'armée...
Le 21 septembre 1912, Louis Destouches devance l'appel et s'engage pour trois ans. C'est à Rambouillet, au 12e régiment de cuirassiers, qu'il effectue ses classes. Nommé Brigadier le 5 août 1913 puis Maréchal des Logis le 5 mai suivant, il partira en mission de reconnaissance avec le 12e cuirassiers dès la guerre déclarée. D'abord à Audun-le-Roman, en août, puis dans la région d'Armentières, au mois d'octobre, dans les Flandres, Louis Destouches connaît son baptême du feu. Les témoignages du jeune cuirassier Destouches l'attestent de manière claire. La guerre est une horreur absolue. Volontaire pour assurer une liaison risquée dans le secteur de Poelkapelle, entre le 66e et le 125e régiments d'infanterie, il est blessé par balle au bras droit. Opéré à Hazelbrouck, il est envoyé à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris et devient médaillé militaire le 24 novembre, avant de recevoir la croix de guerre avec étoile d'argent. Par la suite, Céline reviendra constamment sur les séquelles de cette blessure, auxquelles il attribuera des maux incurables. En tout cas, le Maréchal des Logis Destouches ne devait jamais se remettre véritablement du spectacle de cette guerre sanglante et destructrice... Plus tard, les "Carnets" écrits par le jeune soldat seront publiés en marge de Casse-pipe.

1059447 Publié le 25/05/2004 à 11:24 supprimer cette contribution
1914-1932 Le médecin écrivant

Le 27 décembre 1914, Louis Destouches est transféré à l'hospice Paul-Brousse de Villejuif, dirigé par Gustave Roussy (le docteur Bestombes dans Voyage au bout de la nuit). Opéré une seconde fois au bras droit le 19 janvier 1915, il rejoint le nouveau domicile de ses parents, 11 rue Marsollier, pour une convalescence de trois mois. Louis Destouches restera, à cause des séquelles de cette blessure au bras, invalide à 70 pour cent.
En mai, il est affecté au consulat général de France à Londres, au service des passeports. Il est réformé le 2 février 1915. Il fréquente les milieux londoniens mal famés et la pègre de Soho. Le 19 janvier 1916, il épouse Suzanne Nebout. Ce mariage ne sera pas déclaré au consulat et Louis Destouches rentrera seul en France, considéré comme célibataire par l'état français.
En mars 1916, Louis Destouches est engagé comme "surveillant de plantation" par la compagnie forestière Sangha-Oubangui et il part en Afrique, à Bikobimbo et Campo ("Topo" dans Voyage au bout de la nuit). Au bout de huit mois, il rompt son contrat et, en février 1917, il regagne Douala pour y être hospitalisé à la suite de crises de dysenterie. Le 10 mars, il réintègre le domicile de ses parents. Cette période passée en Afrique a permis à Louis Destouches de faire ses premiers essais littéraires (la nouvelle intitulée Des Vagues).
En septembre, il travaille avec Raoul Marquis, dit Henry de Graffigny (Courtial des Pereires dans Mort à crédit), directeur d'Euréka, une revue scientifique. Louis Destouches y signera la traduction d'un article de l'anglais en février 1918. Embauchés tous les deux par la mission Rockfeller contre la tuberculose, ils parcourent la Bretagne de mars à novembre. C'est à Rennes, le 10 mars, que Louis Destouches rencontre le docteur Athanase Follet. En novembre Louis Destouches quitte la mission et prépare le baccalauréat, dont il obtient les deux parties en avril et juillet 1919.
Il se marie avec Édith Follet, fille d'Athanase, le 10 août à Quintin (Côtes-du-Nord). Le couple s'installe à Rennes et Louis s'inscrit à l'école de médecine à partir de 1920. Le 15 juin, Édith donne naissance à Colette Destouches. En 1922, Louis Destouches effectue un stage à la maternité Tarnier à Paris, et poursuit ses études dans la capitale. Il fait un second stage obstétrical en janvier 1923 à l'hôpital Cochin. Il fréquente également le laboratoire de Félix Mesnil à l'Institut Pasteur. Edith et Louis emménagent à Paris en novembre 1923. Ce dernier soutient sa thèse le premier mai 1924, travail consacré au hongrois Philippe Ignace Semmelweis, précurseur dans la lutte contre l'infection puerpérale.
Dès le 27 juin, Louis Destouches entre à la Société des Nations, dans le service d'hygiène du docteur Ludwig Rajchman ("Yudenzweck" dans L'Église et "Yubelblat" dans Bagatelles pour un massacre). Il est nommé à Genève pour trois ans. En 1925, en qualité d'accompagnateur, il conduit un groupe de médecins aux Etats-Unis, à Cuba, au Canada et en Angleterre. Entre mars et juin 1926, il est envoyé en Afrique (Nigeria, Sénégal). Ces différents voyages l'obligent à délaisser sa vie de couple et Edith obtient le divorce le 21 juin 1926. Louis Destouches commence la rédaction de L'Église. A Genève, il rencontre une danseuse américaine de 23 ans, Elisabeth Craig.
Louis Destouches passe l'été 1927 à Paris et rédige Périclès, qui deviendra Progrès. Il ouvre un cabinet médical à Clichy, au 36 rue d'Alsace, mais le manque de clientèle l'oblige à fermer début 1929. Le jeune médecin est alors nommé comme vacataire au dispensaire de Clichy, sous la direction de Grégoire Ichok. Louis s'installe au 98 rue Lepic à Paris avec Elisabeth Craig. A cette époque, il fréquente le peintre Henri Mahé, la danseuse Karen Marie Jensen, la comédienne Nane Germon.
Au printemps 1931, une secrétaire du dispensaire de Clichy, Aimée Paymal, commence la dactylographie de Voyage au bout de la nuit. Louis Destouches portera son roman chez Bossard, Figuière, Gallimard et c'est finalement Robert Denoël qui acceptera de publier Voyage au bout de la nuit. Son auteur a 38 ans et s'appelle Louis-Ferdinand Céline...

1059447 Publié le 25/05/2004 à 11:25 supprimer cette contribution
1932-1945 Notoriété, obsessions et délires

Céline, soucieux du style, va surveiller de très près la composition de son roman, finalement mis en vente le 5 octobre 1932. Le premier tirage est de 2000 exemplaires. Le 10 novembre, Céline accorde sa première interview et, le lendemain, son anonymat est levé. Il est reçu par Lucien Descaves, Léon Daudet et Jean Ajalbert, trois membres de l'académie Goncourt. Rapidement, Louis-Ferdinand Céline est annoncé comme favori pour le prix Goncourt mais, au dernier moment, quelques jurés préfèrent voter pour Les Loups de Guy Mazeline (six voix contre trois). Le scandale est immédiat et les premières querelles autour de Céline commencent. Voyage au bout de la nuit obtient le prix Renaudot et Céline répond aux journalistes tout en continuant d'exercer la médecine... Mais la grande peine de Louis Destouches en 1932 demeure la mort de Fernand, son père, le 14 mars...Erreur! Signet non défini.


En décembre 1932 il quitte Paris et part pour Genève avec sa mère. Le docteur Rajchman le nomme sur une mission en Autriche et en Allemagne et l'écrivain rédige un article, "Pour tuer le chômage, tueront-ils les chômeurs ?". Les fréquentations de Céline se diversifient et il commence à entretenir quelques correspondances avec Léon Daudet, Lucien Descaves, mais aussi Elie Faure, Georges Altman, Elisabeth Porquerol. Le 16 mars 1933, il publie "Qu'on s'explique" dans Candide afin de clore les débats autour de son roman.
Le succès de librairie est tel que Denoël publie L'Église en avril 1933, alors que son auteur parcourt l'Europe pour oublier le départ définitif d'Elizabeth Craig. Voyage est traduit en italien, en russe (par E. Triolet et L. Aragon) et en allemand. Céline se lie à Evelyne Pollet, se rapproche de Karen Marie Jensen. Il entame la rédaction de Mort à crédit, rédige la préface d'un album, 31 cité d'Antin, rassemblant des fresques d'Henri Mahé. A la recherche d'Elizabeth Craig, il part aux Etats-Unis en prétextant le lancement de l'édition américaine de Voyage, de mai à août 1934.
Le travail que lui demande son nouveau roman, d'abord intitulé "L'Adieu à Molitor", puis "Tout doucement" et enfin Mort à crédit, est colossal. En 1935, Céline se rend à Londres, Copenhague, en Autriche et se lie avec la pianiste Lucienne Delforge. 1935 est aussi l'année de sa rencontre avec Lucette Almansor... Enfin, en 1936, le manuscrit de Mort à crédit, dont les épreuves sont corrigées par Marie Canavaggia, est remis à Denoël. L'éditeur s'affole de l'obscénité de certains passages et imprime l'ouvrage en laissant des blancs. Mis en vente le 12 mai, le roman devient l'objet d'un véritable scandale orchestré par la critique et les publicitaires. Les premières rancœurs de Céline à l'égard des milieux littéraires surgissent. La critique le blesse ou l'ignore et il en est très affecté. Fin juillet, Céline part en URSS jusqu'en septembre et publie Mea Culpa la dernière semaine de décembre.

Début 1937, Céline entame la rédaction de Casse-pipe, très vite abandonnée au profit de Bagatelles pour un massacre, pamphlet écrit en six mois et publié en décembre. Les polémiques sont instantanées, même si l'accueil reste plutôt tolérant. On considère alors ce pamphlet comme une farce (André Gide), comme un réquisitoire naïf... Céline démissionne du dispensaire de Clichy et, en 1938, compose à Dinard un nouveau pamphlet pacifiste et antisémite, L'Ecole des cadavres. L'écrivain est unanimement rejeté par la gauche qui avait encensé Voyage.
En mai 1939, le décret Marchandeau oblige Denoël à retirer de la vente ces deux pamphlets. Céline est exclu de la vie littéraire. En proie à de violentes polémiques, une lettre adressée à Je suis partout le 21 juillet dénote de son état d'esprit : "Mes livres sont retirés de la circulation... Moi aussi."
En septembre, le docteur Destouches ouvre un cabinet à Saint-Germain en Laye, puis revient chez sa mère, rue Marsollier. Le 9 novembre, il est réformé définitivement et déclaré invalide à 70 pour 100. En qualité de médecin, il s'embarque sur le "Chella". Le navire sera accidenté et Céline rapatrié. Nommé au dispensaire de Sartrouville, il part en exode à La Rochelle au volant d'une ambulance avec Lucette.
Après la défaite, Céline s'installe 4 rue Girardon à Paris et écrit "Notre Dame de la débinette", publié en février 1941 sous le titre Les beaux draps par les "Nouvelles Editions Françaises", une succursale de Denoël. Céline envoie une trentaine de lettres à différents journaux pour y parler de son antisémitisme. Pourtant, il refuse obstinément de rallier un quelconque parti politique ou un journal.
A partir de 1942, il cesse ses interventions publiques, écrit Scandale aux Abysses et l'essentiel de Guignol's Band. Denoël réimprime ses pamphlets. Voyage et Mort sont réédités, enrichis d'illustrations de Gen Paul. Le 23 février 1943, Louis Destouches épouse Lucette Almansor à la mairie du 18ème arrondissement de Paris. Ils passent l'été à Saint-Malo. Céline préface le livre d'Albert Serouille, Bezons à travers les âges, qui paraît en janvier 1944. L'écrivain est alors médecin-chef du dispensaire de Bezons.
Le couple Destouches quitte Paris en juin 1944. Il séjourne à Baden-Baden où se trouve l'acteur Robert Le Vigan. Face à l'impossibilité de passer au Danemark, où Céline a déposé de l'or depuis plusieurs années, le couple se rend à Neu Ruppin, près de Krantzlin, chez la famille Scherz. En octobre, le couple, accompagné du chat Bébert et de Le Vigan, parvient à Sigmaringen. Céline loge à l'extérieur du château et soigne les réfugiés. Enfin, le 27 mars 1945, les Destouches réussissent à passer au Danemark et à atteindre Copenhague malgré les bombardements.

1059447 Publié le 25/05/2004 à 11:26 supprimer cette contribution
1945-1951 Les années d'exil


Céline et sa femme s'installent chez Karen Marie Jensen. Le 6 mars, l'écrivain apprend la mort de sa mère, bientôt suivie de l'assassinat de Robert Denoël le 3 décembre.
Le 19 avril 1945, le juge d'instruction de la Cour de justice de la Seine lance un mandat contre Céline, qui reste sans effets. L'avocat Thorvald Mikkelsen légalise la présence de Céline au Danemark, pendant que ce dernier reprend le manuscrit de Guignol's band 2, commencé à Paris, et qu'il réfléchit au projet de Féerie pour une autre fois.

Le 17 décembre, la légation française au Danemark demande l'extradition de Céline. Il est immédiatement écroué avec Lucette, et incarcéré à Vestre Faengsel. Lucette est libérée le 28 mais Céline, que l'état danois refuse d'extrader, demeure en prison près de onze mois. Le 6 novembre 1946, Céline signe un texte intitulé "Réponses aux accusations formulées contre moi par la justice française au titre de trahison et reproduites par la police judiciaire danoise au cours de mes interrogatoires, pendant mon incarcération 1945-1946 à Copenhague". Le 8, il est transféré au Sundby Hospital, puis à l'infirmerie de Vestre Faengsel le 24 janvier 1947. Le 26 février, Céline, pesant 62 kilos, entre au Rigshospital, un établissement civil. Le 24 juin, il promet de "ne pas quitter le Danemark sans permission des autorités danoises".

Il rejoint Lucette à Kronprinsessegade, achève Guignol's 2, reprend Féerie et ce qui deviendra Foudres et flèches. Le 19 mai 1948, Céline et Lucette emménagent à Klarskovgaard, près de Korsør, sur la mer Baltique, dans un pavillon appartenant à Thorvald Mikkelsen. Céline entretient une correspondance très abondante et quelques proches lui rendent visite : Pierre Monnier, Daragnès, Henri Mahé... Il rencontre Milton Hindus, un jeune professeur américain, mais leur amitié sera rapidement brisée.
Fin 48, Casse-pipe est publié d'abord dans Les Cahiers de la pléiade par Jean Paulhan, puis chez Frédéric Chambriand (maison d'édition créée par Pierre Monnier), ainsi que Foudres et flèches. Albert Paraz, dans Le gala des vaches, insère A l'agité du bocal, réponse de Céline à des accusations formulées par J.-P. Sartre, ainsi que leur correspondance. Voyage est réédité par Jacques Frémenger (Ed. Froissart, Bruxelles).

Le 17 octobre 1949, la Cour de justice de la Seine arrête les poursuites engagées contre Céline et le 3 décembre le commissaire du gouvernement réclame à son encontre l'application de la loi pénale concernant les délits mineurs contre la sureté de l'état. Le 25 janvier 1950, le président de la Cour de justice de la Seine convoque Céline et l'annonce de son procès est commenté dans la presse. Le 21 février 1950, la Cour de justice rend son arrêt. Céline est condamné à un an d'emprisonnement, à 50000 francs d'amende et à l'indignité nationale.
En mai paraît L.-F. Céline tel que je l'ai vu de Milton Hindus qui expose la brouille entre les deux hommes. Pierre Monnier publie Mort à crédit en avril 1950 et Scandale aux Abysses en novembre. Paraz, dans Valsez saucisses, continue de plaider en faveur de Céline. Le 25 avril 1951, le tribunal militaire de Paris ordonne l'amnisitie de Louis Destouches.
Enfin, le 1er juillet 1951, Céline, Lucette, leurs chiens et le chat Bébert rentrent en France et atterrissent à l'aéroport de Nice.
1059447 Publié le 25/05/2004 à 11:28 supprimer cette contribution
1951-1961 La retraite à Meudon

Les Destouches passent l'été chez Paul Marteau, à Nice, rendent visite aux parents de Lucette domiciliés à Menton et à Albert Paraz, à Vence. Céline signe en juillet un contrat avec les éditions Gallimard. En septembre, le couple emménage à Meudon, au 25 ter route des Gardes. Lucette ouvre un cours de danse et Céline un cabinet médical.
Au même moment, Céline intente un procès aux éditions Julliard qui viennent de publier le Journal d'Ernst Jünger. L'écrivain s'estime diffamé et Ernst Jünger reconnaît lui-même que son éditeur français a effectué une modification de son texte (le nom de "Merlin" est devenu "Céline"...).
Entre mars et mai 52 les éditions Gallimard réimpriment toute l'œuvre de Céline hormis les pamphlets. Féerie pour une autre fois est publié en juin. La critique boude le nouveau roman de Céline et, à de rares exceptions près (Gaëtan Picon, Maurice Nadeau, Roger Nimier, Jean Paulhan et évidemment Albert Paraz), elle demeure muette.Erreur! Signet non défini.


En janvier 1953, André Parinaud publie la première interview de Céline depuis son retour d'exil (voir Céline et son art). Cette initiative a peu d'impact et Céline achève Normance, la seconde partie de Féerie, publié en juin 1954 et dont le succès reste aussi confidentiel. La Nouvelle Revue Française édite en cinq livraisons Entretiens avec le Professeur Y, qui ne rallume toujours pas les passions des lecteurs. Voyage est réédité en collection de poche et au "Club du Meilleur Livre". Cela offre à Céline l'occasion de donner une longue interview, la première d'une très longue série. Finalement, Entretiens avec le Professeur Y paraît chez Gallimard en juin 1955.
A partir de 1956, les lecteurs de Céline se font plus nombreux, grâce à la diffusion de Voyage en poche et à un reportage publié dans Paris Match présentant l'écrivain en compagnie de Michel Simon et d'Arletty à l'occasion de l'enregistrement d'un disque. Céline est en train de rédiger D'un château l'autre et de plus en plus de journalistes viennent à Meudon pour l'interviewer. Dans son pavillon, l'écrivain cultive son décor et son personnage.
D'un château l'autre est édité en 1957 et Céline est l'invité de Lecture pour tous, l'émission télévisée de Pierre Dumayet. L'accueil de ce nouveau roman est favorable. Quelques débats reprennent, opposant les pros et les antis Céline. Il écrit alors Vive l'aministie, monsieur ! pour faire cesser les polémiques. Mort à crédit est publié en édition de poche, avec les fameux blancs.Erreur! Signet non défini.

A partir de 1959, des universitaires commencent à s'intéresser de près à Céline. Gallimard, en mai, réédite les ballets de l'écrivain sous le titre Ballets sans musique sans personne sans rien, illustrés par Éliane Bonabel. L'équipe d'En français dans le texte enregistre une émission télévisée à Meudon mais des protestations en font interdire la diffusion.
En mai 1960 paraît Nord, la suite de D'un château l'autre. Céline travaille sur plusieurs projets, notamment l'adaptation cinématographique de Voyage au bout de la nuit par Claude Autan-Lara et son entrée dans la "Bibliothèque de la Pléiade" pour laquelle il réécrit les passages censurés de l'édition originale de Mort à crédit (il faut noter que l'actuelle édition Folio reprend cette version "remaniée" et aseptisée). Céline entame également "Colin-Maillard" qui deviendra Rigodon. Le 30 juin 1961 il a enfin achevé la deuxième version de ce roman. Le lendemain, le 1er juillet, à 18 heures, Louis-Ferdinand Céline meurt d'une rupture d'anévrisme. Son décès ne sera annoncé par la presse que le 4, après son inhumation au cimetière de Meudon...
1059447 Publié le 25/05/2004 à 11:41 supprimer cette contribution
Pamphlets


À l'exception de Mea Culpa, les pamphlets écrits par Céline entre 1937 et 1941 n'ont jamais été réédités. Cet état de faits est compréhensible. De son vivant, Céline s'y est toujours opposé et, depuis 1961, ses ayant-droits respectent cette volonté.

Mea Culpa, publié en 1936, est un texte court dans lequel Céline évoque le régime communiste, à partir de sa propre expérience, à la suite du voyage qu'il a effectué en URSS en août et septembre 1936. Bagatelles pour un massacre, en revanche, laisse éclater l'antisémitisme violent de l'écrivain. Qu'importent les trois ballets "glissés" dans l'ouvrage, ce pamphlet frappe d'abord par la haine et le fiel développés à l'encontre des juifs. Céline s'en expliquera et justifiera ses positions antisémites par souci d'éviter la guerre, par volonté de pacifisme. En 1957, un entretien avec Albert Zbinden, montre comment Céline se défend d'avoir adopté une idéologie aussi extrême :

"Albert Zbinden : "Disons le mot, vous avez été antisémite."

Céline : "Exactement. Dans la mesure où je supposais que les sémites nous poussaient dans la guerre. Sans ça je n'ai évidemment rien - je ne me trouve nulle part en conflit avec les sémites ; il n'y a pas de raison. Mais autant qu'ils constituaient une secte, comme les Templiers, ou les Jansénistes, j'étais aussi formel que Louis XIV. Il avait des raisons pour révoquer l'édit de Nantes, et Louis XV pour chasser les Jésuites... Alors voilà, n'est-ce pas : je me suis pris pour Louis XV ou pour Louis XIV, c'est évidemment une erreur profonde. Alors que je n'avais qu'à rester ce que je suis et tout simplement me taire. Là j'ai péché par orgueil, je l'avoue, par vanité, par bêtise. Je n'avais qu'à me taire... Ce sont des problèmes qui me dépassaient beaucoup. Je suis né à l'époque où on parlait encore de l'affaire Dreyfus. Tout ça c'est une vraie bêtise dont je fais les frais." (Entretien avec Albert Zbinden, 1957) D'autres raisons peuvent être avancées.

Durant son enfance, l'écrivain baignait dans le climat d'une France divisée par l'affaire Dreyfus, encore très présente dans les esprits. Les discours antisémites du père de Céline, Fernand Destouches, n'ont pu qu'influencer le futur auteur de Bagatelles pour un massacre. En attribuant l'origine des ennuis financiers de la famille aux juifs (les parents de Céline étaient de petits commerçants parisiens), Fernand Destouches a vraisemblablement contribué à faire naître l'antisémitisme de son fils. De plus, Céline sort à peine, à l'époque de Bagatelles pour un massacre, de l'échec de sa carrière à la Société des Nations, qu'il attribue à Rajchman (voir L'Église), d'un avancement compromis au dispensaire de Clichy à cause du docteur Ichok et surtout de la fuite d'Elisabeth Craig avec, semble-t-il, un américain d'origine juive. En clair, Céline se sent persécuté parce que non juif. Tous ces événements le touchent au plus profond, contribuant à cultiver son antisémitisme. Et puis, le contexte historique d'avant-guerre favorise l'antisémitisme en France. Le gouvernement du Front Populaire, avec Léon Blum à sa tête, ne fait pas l'unanimité en matière de relation diplomatique avec l'Allemagne. Blum est accusé de vouloir pousser la France vers la guerre contre l'Allemagne d'Adolf Hitler. Le sentiment pacifique de Céline se dresse contre les positions adoptées par ce gouvernement et l'écrivain propose une alliance avec l'Allemagne pour éviter le pire. Pour terminer, on pourra s'étonner de la rapidité avec laquelle ont été écrits les pamphlets. Ces textes ont été rédigés dans l'urgence, comme si Céline avait eu besoin de percer un abcès depuis longtemps douloureux. Les mots sortent comme d'un geyser et les hallucinations de Céline sont de plus en plus violentes, extrêmes et démentielles.
Il faut préciser que l'antisémitisme de Céline est toujours resté "littéraire" et verbal. Céline n'a ni collaboré avec le régime nazi (qui avait du reste interdit certains de ses ouvrages) ni soutenu le régime de Vichy. Les témoignages de ses proches l'attestent. De plus, les pamphlets ne sont pas seulement des textes antisémites. Le régime soviétique, l'actualité, la guerre, le système éducatif, les Etats-Unis, voici pêle-mêle différents sujets que Céline passe à la moulinette, avec haine, rage, et sans aucune mesure...
1031836 Publié le 28/05/2004 à 23:41 supprimer cette contribution

Céline , acrivain que l'on m'a conseillé souvent , cependant , flemmardise , manque de temps ????
Je n'ai pus avoir l'impulsion d'achat ..( dur à trouver dans les rayons ) , et donc , je pense sérieusement m'y pencher..
Un conseil , pour une première lecture de l'auteur ...

SVP....
Professeur Paganel - merci, Lenovo ! - 980920 lui écrire blog Publié le 28/05/2004 à 23:41 supprimer cette contribution

Bagatelle pour un massacre.

Ah, tu auras peut-être un peu de difficulté à le trouver en rayonnage
1031836 Publié le 28/05/2004 à 23:42 supprimer cette contribution

En BAL .. merci..
Professeur Paganel - merci, Lenovo ! - 980920 lui écrire blog Publié le 29/05/2004 à 00:11 supprimer cette contribution
Citation:
En clair, Céline se sent persécuté parce que non juif.
Il faut savoir que cette éminente communauté représente environ 1% de la population.

À une heure où on semble très sensible sur les questions de parité (voir par exemple hommes/femmes dans les listes européennes), voire de quota pour certaines communautés ethniques, il est intéressant de voir

1. si sa représentation effective dans les mondes enseignant, médiatique, etc. est bien de 1%. La question avait été posée naguère par un ami facétieux dde Pierre Bergé. Renaud Camus, je crois.

2. Si dans le cas de postes publics elle observe bien la neutralité que l'on attendrait d'elle dans un pays qui a explicitement fait le choix de ne pas jouer le communautarisme. Ceci à titre de simple exercice d'école, sans application directe à la clé. Juste pour le fun.
1059447 Publié le 29/05/2004 à 01:23 supprimer cette contribution
Divers

La correspondance entre Louis-Ferdinand Céline et la pianiste Lucienne Delforge vient d'être vendue à un collectionneur privé en un seul lot pour 38 000 €. Cette vente se déroulait à l'hôtel Drouot le 14 novembre dernier. Composée de six lettres écrites entre 1935 et 1939, cette correspondance a été publiée dans le volume 5 des Cahiers Céline (Cahiers Céline 5 : Lettres à des amies, Éditions Gallimard, 1979, pages 257-270). Cet échange épistolaire débute alors que Céline est en train d'écrire Mort à crédit, son deuxième roman. Les deux amants ont fait connaissance durant un concert, après que Céline ait assisté à un récital donné par Lucienne Delforge un mois plus tôt. Ils voyageront ensemble au Danemark, en Suède, en Autriche, avant que la pianiste ne décide de se séparer de l'écrivain, en mars 1936. Cette séparation ne mettra pas fin pour autant à leur amitié, Céline écrivant, en 1939, "Je t'aime à ma façon - pas très aimable, pas très baisante, mais bien égoïste, donc telle, bien absolue, fidèle et à l'épreuve du temps."
Estimée entre 5000 et 6000 €, la lettre la plus longue (9 pages) a finalement été adjugée à 19 000 €. Plus que jamais, les lettres de l'écrivain, mort en 1961, s'arrachent à prix d'or. Quand on connaît l'abondance de cette correspondance et la ferveur des collectionneurs privés pour Céline, il semble évident que le puits ne soit pas près de se tarir...


* Vente aux enchères publiques d'une importante bibliothèque le samedi 21 juin 2003 à Marseille (14h30). La bibliothèque Mme E. G. : l’Œuvre complète de Louis-Ferdinand Céline : pamphlets, éditions originales, grands papiers – Biographies, bibliographies, discographie, etc – Écrivains maudits et condamnés.

La correspondance entre Céline et Antonio Zuloaga a été vendue aux enchères le 11 octobre 2001. 75 lettres autographes ont été vendues pour 920.000 F, soit le double de leur estimation. Il s’agit d’un ensemble de lettres, représentant 272 pages, écrites entre 1947 et 1955, à un des amis qui organisèrent la défense de l’écrivain à Paris, alors que celui-ci était réfugié au Danemark, à Klarskovgaard, propriété de son avocat danois près de Korsør, qu’il qualifiait de " bled glacial ". Le destinataire, aimablement affublé de l’appellation " mon bon Zoulou " est Antonio Zuloaga, fils d’Ignacio Zuloaga qui portraitura Franco.

* Le manuscrit de Voyage au bout de la nuit a été préempté par la Bibliothèque Nationale de France le 15/05/01 pour la somme de 12,184 millions de francs (frais compris).
Les trois premiers chapitres de ce manuscrit autographe seront exposés à partir du 23 mai à la Bibliothèque nationale de France dans le cadre de l'exposition "Brouillons d'écrivains".
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