Un tout petit village Un clocher, une place Un bar-tabac, une épicerie Un calvaire, et des champs Le chant des grillons Et d'affreux sons de cloche Qui me réveillaient le matin Dans un lit froid, glacé.
J'étais vite réchauffée Par un sourire tout doux Un plateau déjeuner Rituel du week-end Dans cette immense chambre Nous dormions tous ensemble Près d'une cheminée Qui fumait un p'tit peu.
Quand au petit matin Nous devions nous lever Moi c'est par la fenêtre Que j' rêvais d' m'envoler J'entends encore vos pas Dans cet escalier sombre J'entends encore maman Me parler de son lit.
Je me revois, petite, Dans les bras de ma soeur Nichée contre son corps J'voulais pas la lâcher Des chatouilles, des câlins C'est si simple le bonheur Au réveil, le matin Entourée de trois coeurs.
Un papa aux p'tits soins Une grande soeur, mon idole Une maman épanouie Et des bisous jolis Elle respirait l'amour Cette grande demeure L'âme de nos grands-parents Flottait dans l'air encore.
Des murs de pierre, humides Y'avait pas de chauffage Mais Dieu qu'on était bien C'était chaud en dedans Et puis dans la cuisine Là près du vieux fourneau Portes fermées surtout Pour garder bien au chaud .
Nos p'tits corps refroidis Chaque nuit de samedi Que nous passions là-bas Notre p'tit coin d'paradis. T'avais fait une chanson Quand j'y pense, je souris Je revois vos visages Et me dis aujourd'hui .
C'était ça le bonheur Nous étions tous heureux Maman, papa, ma soeur Et moi, petite fille Coincée contre leurs coeurs Je n'avais peur de rien J'étais prête à grandir A lâcher toutes ces mains.
J'avais 6 ans je crois Et j'ai fait une grosse chute Du haut de l'escalier J'ai glissé jusqu'en bas Et j'ai cogné ma tête Mon p'tit front a craqué Y'avait beaucoup de sang Mais j'ai même pas pleuré.
Du bout des doigts, souvent Je sens la cicatrice Et ma mémoire glisse Vers ce village, enfant Je suis tombée là-bas Oui tombée en amour J'ai le coeur qui se serre Il y a beaucoup de sans .
Aujourd'hui, et je pleure
Du bout des doigts encore Je caresse tendrement Mon front, il est brûlant De fièvre, sûrement Je me souviens de tout Comme si c'était hier Le fossé s'est creusé La maison est vendue Maman s'en est allée Mais rien, rien n'est perdu .
Parce que je garde en moi L'émotion, les couleurs Les sensations aussi et puis toutes les odeurs De ce jardin d'enfance Dans cette grande demeure.
On peut nous arracher Une racine, deux racines Mais on reste planté .
Parce que l'on pleure Hanté par les souvenirs. Parce que l'on pleure On irrigue pour grandir .
Et ces larmes sont belles Elles viennent arroser Le champ de tous les possibles … La mémoire est une fleur Plus une fleur, plus une fleur, plus une fleur ...
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