Les cartes perforées d’un orgue de barbarie déployaient leur accordéon de carton et jetaient la Java Bleue aux quatre coins du parvis de Notre Dame. Des badeaux s’arrêtaient un instant devant l’instrument, balançaient un peu la tête au rythme familier puis reprenaient leur pérégrination. Les plus émoustillés par l’air métallique, ceux chez qui il venait de réveiller le souvenir d’un jour ou d’un soir, d’une belle histoire ou d’une voix oubliée, stationnaient un peu plus longtemps et déposaient une ou deux picaps dans la calebasse qu’un petit singe malicieux attaché sur le côté de la boîte à musique leur tendait avec une insistance et un regard mélancolique bien appris.
Il est difficile de savoir, à Paris, où se termine la Marne et où se poursuit la Seyne , et bien j’apprenais que c’était dans une ancienne ville appelé Charenton le Pont. C’est sans doute pour cette raison qu’il n’y a plus qu’un seul pont reliant les deux fleuves : le Pont de Charenton. Or un pont, surtout s’il est long, et encore plus s’il est le seul du quartier, est un superbe endroit pour une embuscade. Les deux extrémités des routes reliant autrefois nommé périphérique étaient bouchées par immondices, c’était de l’incitation au suicide… Pour traverser vers Charenton, il fallait donc avoir beaucoup de chance, beaucoup de munitions, beaucoup de gardes, ou faire un long détour par le quartier d’Ivry, a peine plus dévasté qu’avant la guerre, et le sud. Ou alors on pouvait tenter de passer les souterrains du métro. Mais vu que par endroit il était obstrué par des éboulements, C’était une expédition rendue difficile. Phoenix Centre était sur la rive droite , dans un ancien lieux appelé Vincennes, au nord donc de la Seyne ; toujours dans Paris, bien qu’à la périphérie, car on oublie souvent que la ville ne se réduit pas à son centre. Un des premiers actes du Phoenix avait été de prendre ce pont aux différents groupes de pillards qui s’en disputaient le racket, afin d’assurer la liaison avec ce centre de vie qui formait un confluent, fermé au Sud-est par d’immenses barricades.
Pour atteindre Créteil Soleil, je pouvais soit passer par l’axe Sud, soit retourner au centre Phoenix et passer par Nord Est. Dans les deux cas, je ne savais pas comment j’allais affronter la chose. Ne voulant pas croiser à nouveau les membres du phoenix, j’optais pour la première solution. Je passais la nuit dans une carcasse de camionnette, et, le lendemain matin, j’arrivais au bord du fleuve. Je ne sais pas si depuis la guerre, le niveau de la Marne et de la Seyne avait monté, et les résidents avaient effectué de grands travaux d’irrigation, découvrant de larges champs pleins de limon, propices à l’agriculture. La première image que j’eus fut celle d’un champ dans lequel travaillaient une dizaine de personnes. La seconde image que j’eus fut celle de trois carabines me pointant, à trois endroits différents. J’étais parti avec un Browning, pistolet le plus commun qui soit, juste afin de montrer que, sans me destiner à la guerre, je pouvais riposter. Je l’avais mis en évidence à ma ceinture, afin de dissuader les voleurs de grand chemin et de montrer aux personnes bien intentionnées que je jouais cartes sur tables. Je mis donc tranquillement mes mains sur ma tête, et je descendis vers le groupe. On me prit mon pistolet avant de m’adresser la parole.
« Qu’est-ce que tu viens faire ici ? -Rien qui puisse vous alarmer ; je cherche juste un moyen<
Chapitre 18 : Sic Transit Gloria Mundi. Les cartes perforées d’un orgue de barbarie déployaient leur accordéon de carton et jetaient la Java Bleue aux quatre coins du parvis de Notre Dame. Des bade survivants,apres,chapitre,18