Lent cortège sombre, drapé d'un soleil hardi Procession accablée, qui espérait la pluie. Absence d'une existence, silence de décence Que brise un merle moqueur, niant toute exigence. Une promenade funeste, on suit ce qui n'est plus On suit et on essuie, en roulis continu Des larmes de douleur, des souvenirs trop forts Et retenir un cri est un trop grand effort. Alors on baisse la tête, pour étouffer la voix On fixe du regard une invisible croix Et puis on s'y accroche, comme à une bouée Comme la feuille à l'automne, endeuillée de l'été. Mais là, tel un refrain, partition pathétique Des croches bien trop noires, des noires par trop tragiques Arrachent à la mémoire une âpre mélodie Tel un drapeau en berne, celui de toute une vie. On pleure le meilleur et on oublie le pire On s'accroche, on décroche, on inspire, on expire Le reflux du malheur, le ressac du chagrin Faisant naître une toux, qui recrache le venin. Et l'on respire, enfin, quand le voyage finit Quand on quitte le cimetière, la terre de l'oubli Et l'on rêve d'enfer et non de paradis Pour boire l'eau du Léthé , y puiser l'amnésie
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