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Paganel, aristautarcique - 980920lui écrire blog Publié le 24/04/2009 à 07:18 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
Citation:

I

Stamboul, 19 mars 1877.

L’ordre de départ était arrivé comme un coup de foudre : le Deerhound était rappelé à Southampton. J’avais remué ciel et terre pour éluder cet ordre et prolonger mon séjour à Stamboul ; j’avais frappé à toutes les portes, même à la porte de l’armée ottomane qui fut bien près de s’ouvrir pour moi.

– Mon cher ami, avait dit le pacha, dans un anglais très pur, et avec cet air de courtoisie parfaite des Turcs de bonne naissance, mon cher ami, avez-vous aussi l’intention d’embrasser l’islamisme ?

– Non, Excellence, dis-je ; il me serait indifférent de me faire naturaliser ottoman, de changer de nom et de patrie, mais, officiellement, je resterai chrétien.

– Bien, dit-il, j’aime mieux cela ; l’islamisme n’est pas indispensable, et nous n’aimons guère les renégats. Je crois pouvoir vous affirmer, continua le pacha, que vos services ne seront pas admis à titre temporaire, votre gouvernement d’ailleurs s’y opposerait ; mais ils pourraient être admis à titre définitif. Voyez si vous voulez nous rester. Il me semble difficile que vous ne partiez pas d’abord avec votre navire, car nous avons peu de temps pour ces démarches ; cela vous permettrait d’ailleurs de réfléchir longuement à une détermination aussi grave, et vous nous reviendrez après. Si cependant vous le désirez, je puis faire dès ce soir présenter votre requête à Sa Majesté le Sultan, et j’ai tout lieu de croire que sa réponse vous sera favorable.

– Excellence, dis-je, j’aime mieux, si cela est possible, que la chose se décide immédiatement ; plus tard, vous m’oublieriez. Je vous demanderai seulement ensuite un congé pour aller voir ma mère.

Je priai cependant qu’on m’accordât une heure, et je sortis pour réfléchir.

Cette heure me parut courte ; les minutes s’enfuyaient comme des secondes, et mes pensées se pressaient avec tumulte.
http://fr.wikisource.org/wiki/Aziyad%C3%A9_:_Man%C3%A9,_Th%C3%A9cel,_Phar%C3%A8s
Paganel, aristautarcique - 980920lui écrire blog Publié le 31/05/2010 à 22:53 supprimer cette contribution
Citation:
Je suis bien aise d’apprendre à l’univers que j’ai une terre qui me vaudrait net quarante écus de rente, n’était la taxe à laquelle elle est imposée.

Il parut plusieurs édits de quelques personnes qui, se trouvant de loisir, gouvernent l’État au coin de leur feu. Le préambule de ces édits était que la puissance législatrice et exécutrice est née de droit divin copropriétaire de ma terre, et que je lui dois au moins la moitié de ce que je mange. L’énormité de l’estomac de la puissance législatrice et exécutrice me fit faire un grand signe de croix. Que serait-ce, si cette puissance, qui préside à l’ordre essentiel des sociétés, avait ma terre en entier?... L’un est encore plus divin que l’autre.

M. le contrôleur général sait que je ne payais en tout que douze livres; que c’était un fardeau très pesant pour moi, et que j’y aurais succombé, si Dieu ne m’avait donné le génie de faire des paniers d’osier, qui m’aidaient à supporter ma misère. Comment donc pourrai-je, tout d’un coup, donner au roi vingt écus?

Les nouveaux ministres disaient encore, dans leur préambule, qu’on ne doit taxer que les terres, parce que tout vient de la terre jusqu’à la pluie, et que, par conséquent, il n’y a que les fruits de la terre qui doivent l’impôt.

Un de leurs huissiers vint chez moi dans la dernière guerre; il me demanda, pour ma quote-part, trois setiers de blé et un sac de fèves, le tout valant vingt écus, pour soutenir la guerre qu’on faisait, et dont je n’ai jamais su la raison, ayant seulement entendu dire que, dans cette guerre, il n’y avait rien à gagner du tout pour mon pays et beaucoup à perdre. Comme je n’avais alors ni blé, ni fèves, ni argent, la puissance législatrice et exécutrice me fit traîner en prison, et on fit la guerre comme on put.

En sortant de mon cachot, n’ayant que la peau sur les os, je rencontrai un homme joufflu et vermeil dans un carrosse à six chevaux; il avait six laquais, et donnait à chacun d’eux, pour gages, le double de mon revenu. Son maître d’hôtel, aussi vermeil que lui, avait deux mille francs d’appointements, et lui en volait par an vingt mille. Sa maîtresse lui coûtait quarante mille écus en six mois... Je l’avais connu autrefois, dans le temps qu’il était moins riche que moi:

Il m’avoua, pour me consoler, qu’il jouissait de quatre cent mille livres de rente. « Vous en payez donc deux cent mille à l’État, lui dis-je, pour soutenir la guerre avantageuse que nous avons; car moi, qui n’ai juste que mes cent vingt livres, il faut que j’en paye la moitié?

— Moi? dit-il, que je contribue aux besoins de l’État?... Vous voulez rire mon ami... J’ai hérité d’un oncle qui avait gagné huit millions à Cadix et à Surate: je n’ai pas un pouce de terre; tout mon bien est en contrats, en billets sur la place... Je ne dois rien à l’État; c’est à vous de donner la moitié de votre subsistance, vous qui êtes un seigneur terrien. Ne voyez-vous pas que, si le ministre des finances exigeait de moi quelques secours pour la patrie, il serait un imbécile qui ne saurait pas calculer? car tout vient de la terre; l’argent et les billets ne sont que des gages d’échange: au lieu de mettre sur une carte au pharaon cent setiers de blé, cent boeufs, mille moutons et deux cents sacs d’avoine, je joue des rouleaux d’or qui représentent ces denrées dégoûtantes... Si, après avoir mis l’impôt unique sur ces denrées, on venait encore me demander de l’argent, ne voyez-vous pas que ce serait un double emploi? que ce serait demander deux fois la même chose?... Mon oncle vendit, à Cadix, pour deux millions de votre blé, et pour deux millions d’étoffes fabriquées avec votre laine; il gagna plus de cent pour cent dans ces deux affaires. Vous concevez bien que ce profit fut fait sur des terres déjà taxées: ce que mon oncle achetait dix sous de vous, il le revendait plus de cinquante francs au Mexique, et, tous frais faits, il est revenu avec huit millions.
Ce texte a des accents très sarkoziens
Si on met la livre à 120 euros actuels, cela met l'écu à 360 euros, le sol à 6 euros et le denier à 50 centimes. Cela semble raisonnable.
p_carlow, irish_frog - 913080 lui écrire blog Publié le 31/05/2010 à 23:09 supprimer cette contribution

Faut aller au bout :

Citation:
Vous sentez bien qu'il serait d'une horrible injustice de lui redemander quelques oboles sur les dix sous qu'il vous donna. Si vingt neveux comme moi, dont les oncles auraient gagné dans le bon temps chacun huit millions au Mexique, à Buenos-Ayres, à Lima, à Surate ou à Pondichéry, prêtaient seulement à l'Etat chacun deux cent mille franc dans les besoins urgents de la patrie, cela produirait quatre millions: quelle horreur! Payez mon ami, vous qui jouissez en paix d'un revenu clair et net de quarante écus; servez bien la patrie, et venez quelquefois dîner avec ma livrée."

Ce discours plausible me fit beaucoup réfléchir, et ne me consola guère.


Désastre de l'Homme aux quarante écus. Voltaire.

Paganel, aristautarcique - 980920lui écrire blog Publié le 25/06/2010 à 00:34 supprimer cette contribution
Citation:
« Dans la salle, les conversations étaient abolies. Les yeux seuls essayaient de se parler, en vain. Dans les cerveaux des danseurs, les connexions rationnelles avaient dû être débranchées. L’humour, le charme, l’ironie, qui accompagnaient jadis la musique, avaient été laissés au vestiaire avec les vestes et les manteaux. Le seul langage autorisé était celui des corps. Ceux-ci ne s’épousaient pas comme avec le tango et ces danses sorties des bordels. Avec le rock, les mains se quittaient et se retrouvaient, comme si la génération du baby-boom avait voulu ainsi marquer qu’elle serait celle de l’indétermination sexuelle et du divorce de masse. La victoire du rythme binaire consacrait le règne de la masturbation et du cinéma pornographique. Les corps ne se mêlaient pas, ne se touchaient ni ne se frôlaient, chacun restait dans son coin et s’agitait, comme pris de transe. On mimait l’acte de va-et-vient sans retenue, solitairement. Mais chacun s’observait, se reluquait sans vergogne, comme si on jaugeait les capacités sexuelles des uns et des autres pour déterminer qui serait l’étalon le plus vigoureux et les juments à la croupe la plus accueillante. »

-- Eric Zemmour, Petit frère, Denoël, 2008, p. 172-173
2603217 Publié le 21/01/2011 à 17:40 supprimer cette contribution
Citation:
Qui sait encore écrire comme cela

... comme Louis Marie Viaud, alias Pierre Loti.
Un marin. Un voyageur. Les voyages peuvent être propices à l'écriture.
Merci Paga.
Page 1

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