- 1313171 Publié le 02/09/2005 à 19:27  Vu le film d'Asia Argento, « Le syndrome de Stendhal » (1996). Une femme inspecteur enquête sur les crimes d'un serial killer. Elle se rend à un musée à la suite d'un rendez-vous que lui donne une voix féminine, une amie (travestie), afin de lui fournir des informations sur l'enquête. La femme s'y rend mais est prise d'un malaise devant une force projetée par les tableaux. Elle se sent possédée et tombe à la suite d'un malaise. Reveillée, elle entre en contact avec un garçon raffiné qui tient à la raccompagner, en lui faisant comprendre son attrait comme elle pour les choses de l'art. Seule dans son appartement, elle ne peut réfréner l'obsession que lui procure ces scènes représentées, qui apparaissent comme par hallucination, au point d'éprouver un malaise toujours plus grand. Hallucinée par un appel voilé, elle arrive à pénétrer une des peintures et poursuit son enquête de l'intérieur. Changement de décors perturant, enquête étrange mêlée de familiarité étrange. Quelque chose en elle la torture, la saigne. Certains gestes d'automutilation lui sont étrangers à sa volonté. Le serial killer est entré en elle par le biais de sa passion pour la peinture. A force de persévérance, elle réussie à tuer le serial killer, mais son psychanalyste, connaissant sa vie intime, tombe amoureux d'elle , et tue son nouvel amant. Ce film étonnant crée une angoisse qui ne vient pas d'un suspens, mais qui ressort du trouble des identités, qui au fur et à mesure des rôles traversés, travestit sans cesse l'héroîne. La compromission d'une identification stable est aussi bien vécu par les spectateurs ou le personnage, rejetant l'identification traditionnelle necessaire à une compréhension encadrée de l'histoire. C'est une femme flic dont la fonction n'est pas inscrite dans l'histoire, car nous suivons son enquête à travers ses pulsions, plutôt qu'à travers sa raison. Le malaise provient de l'incongruité d'une narration toujours en décalage avec ce qui est montré, du grossissement incongru des parcours d'une balle de revolver (que Tarantino reprendra comme citation explicite dans Kill bill, mais on peut aussi penser à Harold Edgerton et Kenneth Germeshausen, "Dangerous Weapon", 1936), de cachets d'aspirine en très gros plan qu'elle avale du point de vue du canal intestinal, et qui traversent les chairs en gros plan. Edgerton et Kenneth Germeshausen, "Dangerous Weapon", 1936 (détail). Là réside peut-être l'obsénité cinématogaphique de l'image et du plan. Nous suivons l'enquête à travers l'intériorité de rôles qui nous échappent parce que nous ne pouvons prévoir les actions. Là est l'angoisse particulière du «syndrome de Stendhal». Film fascinant.
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