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Le vieux Jeannot

Impression :

(Détail)
L'homme sans abri leva la tête lentement et regarda.

Cette dame, visiblement, était habituée aux choses raffinées de la vie. Son manteau était neuf. Elle semblait n'avoir jamais manqué un seul repas de sa vie.

La première pensée de l'homme était qu'elle voulait probablement se moquer de lui, comme les autres.

" Laissez-moi tranquille !!" lança t'il... À son grand étonnement, elle resta là. Elle souriait… de ses dents droites et éclatantes.

"Vous avez faim ?" demanda t'elle.
"Ben non tiens"... répondit-il avec sarcasme, " J'mange tous les jours avec le président !!.. à sa table, m'dame !... alors fichez le camp !."

La dame sourit encore plus. Soudainement l'homme sentit une douce main sous son bras.
"Qu'est-ce que vous faites, la dame ?!" demanda l'homme fâché. J'ai dit fichez moi la paix !!"

Juste à ce moment-là un policier arriva.
" Quelque chose ne va pas, Madame ?" demanda-t-il..
" Aucun problème ici... tout va bien... répondit la dame. J'essaie simplement d'aider cet homme à se relever. Voulez-vous m'aider ? "

Le policier se gratta la tête.
"Ah ! c'est le vieux Jeannot… Il fait partie des meubles dans le coin depuis quelques années, vous savez. Qu'est-ce que vous lui voulez ?"

" Voyez-vous la cafeteria là ? Je vais aller lui chercher de quoi manger et l'amener un peu au chaud ".

" Ça va pas non ?!" le sans-abri résistait.
" J'veux pas aller là, surtout pas là !!" Il sentit à ce moment des mains fortes qui l'empoignèrent sous les bras pour le soulever.

" Laissez-moi, Vous !! J'ai rien fait..."
" C'est une bonne offre pour toi, Jeannot... ne manque pas ça. Il fait froid... "

Finalement, non sans difficulté, la femme et le policier aidèrent Jack à se rendre à la cafeteria et l'installèrent à une table, en retrait, dans un coin de la salle.

C'était au milieu de la matinée, après le petit-déjeuner. Les clients pour le dîner n'arrivaient pas encore. Le gérant traversa la pièce et se tint près de la table.

" Qu'est-ce qui se passe ici ?" demanda t'il.
" Qu'est-ce que c'est tout ça, est-ce que cet homme a des problèmes ?! "
" Cette dame l'a amené pour le nourrir " répondit le policier .
" Ah non !! pas de ça ici !" répondit le gérant, fâché. " Ma clientèle va s’enfuir ! »

Le vieux Jeannot sourit d’un large sourire édenté…
" Voyez... J'vous l'avais bien dit... c'est qui... qu'y'avait raison, hein ?!... Maintenant qu'on a bien rigolé, laissez moi partir ! J'vous l'avais dit que je ne voulais pas venir ici !"

La dame se tourna vers le gérant de la caféteria en souriant et lui dit :

" Monsieur, vous connaissez Dupont et Associés, l'institution bancaire au coin de la rue ? "
" Bien sûr que je la connais ! Ils viennent ici pour leurs réunions hebdomadaires dans une de mes salles de banquet !"
" Et vous faites de bons revenus grâce à cette institution, n'est-ce-pas ?..."
" Mais de quoi vous vous mêlez, vous ?!"
" De quoi je me mêle ?!… mais de rien. De rien du tout… je suis simplement la Présidente et PDG de la compagnie…"
Toujours en souriant, elle ajouta :
" J'avais pensé que vous pourriez changer les choses, tout bêtement, mais puisque..."

Elle jeta un coup d'oeil au policier qui cachait son fou-rire...

" Bien... je vois que nous nous sommes compris... Aimeriez-vous vous joindre à nous avec une tasse de café et un repas, Inspecteur ? "
" Non merci, Madame " répliqua la policier. " Je suis en service."
" Peut-être alors, voulez-vous emporter un café ?"
" Oui, Madame. Ce serait vraiment avec plaisir !"

Le gérant de la caféteria se tourna et dit, d'un air pincé :
" Je vous apporte un café tout de suite... Inspecteur..."
Le policier le regarda s'en aller.

" Vous l'avez bien remis à sa place! Bravo ! " dit'il.
" Ce n'était pourtant pas mon intention, croyez le ou pas. J'ai mes raisons pour cela..."

Elle s'assit à la table en face de son invité, étonné. Elle le fixa intensément.

" Jack, vous souvenez-vous de moi? "

Le vieux Jack scruta son visage de ses vieux yeux encrassés.
" J'pense que oui -- vous m'avez l'air familier."
" J'ai veillie un peu, peut-être," dit-elle en souriant toujours... "

" Souvenez-vous, Jack... il y a une trentaine d'années, vous travailliez ici, je suis entrée par cette porte et j'avais froid et faim."

" Vous, Madame ?!" demanda le policier.
Il était surpris qu'une personne qui occupe une telle position sociale aie pu avoir faim.

" Je venais de terminer mes études, je suis venue en ville pour chercher un emploi mais je ne trouvais rien. Finalement, je n'avais plus un sou et je me suis faite éjecter de mon appartement... J'ai erré dans les rues pendants des jours. C'était en février et j'avais froid et je mourrais presque de faim. J'ai vu cet endroit et j'ai pensé que j'aurai la chance de pouvoir y manger.
C'est là que je vous ai rencontré, Jeannot.

Le visage de Jeannot s'éclaira d'un sourire édenté.
" Ah là oui !! je me souviens !!… Je servais derrière le comptoir. Vous êtes venue et vous avez demandé si vous pouviez travailler contre un repas. Et j'ai dit que cela allait à l'encontre du règlement de la compagnie."

" Je sais..." continua la femme. À ce moment-là, Vous m'avez donné le plus gros sandwich au rôti de boeuf que j'aie jamais vu et une tasse de café... et vous m’avez dit d'aller à la table du coin et d'en profiter pour me réchauffer. J'avais peur que cela vous cause des ennuis. Et puis je vous ai vu regarder autour de vous et vous avez déposé dans la caisse le montant de ma nourriture... j'ai su alors que tout irait pour le mieux."

" Depuis, vous avez construit votre propre entreprise ?! " demanda le vieux Jeannot avec joie.

" J'ai obtenu un emploi l'après-midi même. Puis j'ai monté en échelon. Ensuite, j'ai créé ma propre entreprise et elle a prospéré...".

Elle ouvrit son sac à main et en sorti une carte de visite.

" Quand vous aurez fini ici, je veux que vous alliez voir ce Monsieur… Il est le directeur des ressources humaines de ma compagnie. Je vais aller lui parler de Vous. Il vous attendra... et je suis certaine qu'il vous trouvera un emploi à votre mesure... Je pense qu'il aura même les fonds à vous prêter pour que vous puissiez vous acheter des vêtements et vous trouvez un endroit où loger jusqu'à ce que vous puissiez vous débrouiller. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, ma porte est toujours ouverte pour vous."

Le menton du vieil homme tremblait d'émotion.
" Comment je peux vous remercier?"
" Ne me remerciez pas !" dit la femme. Chacun récolte ce qu'il sème, parfois il faut plus de temps, mais là-haut, quelqu'un veille..."

À l'extérieur de la caféteria, le policier et la femme s'arrêtèrent devant l'entrée. " Merci pour votre aide, dit-elle au policier..."
" Au contraire, Madame… Je vous remercie. J'ai vu un miracle aujourd'hui... quelque chose que je n'oublierai jamais. Et... Et merci pour le café !"


Quand on tend la main, on ne sait jamais de quelle façon cela reviendra.





Enregistré le 9 Juillet 2011 à 17:13
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